“Patience dans les collines”, le nouveau documentaire de TERRA TV (Venezuela, juillet 2019)

Synopsis: Patience dans les collines” raconte comment les communard(e)s de Villa Nueva, dans l’état de Lara au Vénézuéla, décidèrent d’occuper et de cultiver les 186 hectares d’une plantation de café. En à peine 5 mois celles et ceux que méprisaient les grands propriétaires et certains fonctionnaires publics ont donné à ces terres un visage nouveau. Une lutte en forme d’école populaire dans un Vénézuela inconnu du monde. 

Espagnol sous-titres français. Durée: 18 minutes. Enquête et réalisation: Betzany Guédez. Assistant du son: Yoneider Garcias. Production et montage: Terra TV, juillet 2019.

Betzany Guedez, réalisatrice et formatrice de Terra TV, en plein tournage de « Patience dans les collines »

Patience dans les collines” est la 55ème production de Terra TV. Pour celles et ceux qui découvrent ce projet en cours de route et nous demandent comment y participer, voici deux moyens de le faire :

  • Vous pouvez effectuer un don Paypal via ce mail: contact@fal33.org . Le compte bancaire (IBAN) est: FR7642559100000801265236108 , au nom de France Amérique Latine, 28 rue Baudrimont 33100 Bordeaux (France).
  • Vous pouvez aussi donner du petit matériel audiovisuel ou informatique :

– caméras/caméscopes
– téléphone de type smartphone avec caméra intégrée/appareils photos…
– ordinateurs/disques durs/ cartes mémoire/webcam…
– appareils photos
– micros/micros cravate/ filaires/HF
– amplificateurs/enceintes
– câbles audio/vidéo/secteurs (HDMI, VGA, usb, etc.)
– casques audio (filaires/bluetooth…)

Ce matériel (neuf ou de seconde main) servira à renforcer la capacité de production des collectifs paysans de production audiovisuelle que Terra TV forme au Venezuela et bientôt, dans le reste de l’Amérique Latine. Il peut-être envoyé directement par colis jusqu’au 29 juillet à Franck David membre de l’asso France Amérique Latine Bordeaux qui nous l’apportera lors du voyage organisé cet été avec son équipe de solidarité. Son adresse est:

Franck David

1186 route des Paponats 

33220 Saint Avit Saint Nazaire

 (France). Portable: 0630999066

D’avance, merci pour votre aide !

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« Nous, les vénézuéliennes, ne reviendrons jamais à la soumission ! »

Yirley Rodriguez

La vénézuélienne Yirley Rodríguez Naranjo est une militante du collectif Cimarrón engagé dans la révolution bolivarienne et dans la lutte féministe. Elle nous parle des droits conquis par les mères et les femmes au foyer, du travail en commun avec les colombiens déplacés et les brésiliens du Mouvement des Sans Terre, dans la lutte pour une vie digne. Interview réalisée par Fabian Perlini, publiée dans le numéro sur la grève des femmes du 14 juin 2019 de «vorwärts» (en avant!), le journal socialiste suisse, www.vorwaerts.ch

Qu’est-ce que le « Collectif Cimarrón », peux-tu nous parler du travail de ce groupe ?

Cimarrón est une organisation sociale de femmes et d’hommes qui fait partie du mouvement populaire vénézuélien. Il est né en 2005 dans la ville de Maracaibo, dans l’État du Zulia. C’est un territoire limitrophe de la Colombie, qui a conféré au collectif Cimarrón ses caractéristiques de lutte – comme faire face aux agressions permanentes du paramilitarisme colombien, au déplacement forcé de la population colombienne par la guerre, à la guerre de guérillas, mais aussi construire la relation des peuples frères de Colombie et du Venezuela dans une lutte commune.

Cimarrón est né à la chaleur de la révolution bolivarienne, dans les luttes des étudiants universitaires et dans la construction d’un État communal : des jeunes s’organisent pour construire des conseils communaux et des communes, à travers la création et le développement d’une méthode de formation avec les communautés, la lutte politique féministe et l’action culturelle dans la rue. Pendant ces 13 années, Cimarron a développé un travail de base pour féconder la révolution culturelle, la révolution féministe, la révolution socialiste.

Tu travailles avec les Travailleurs sans Terre du Brésil. Comment cela s’est-il produit ?

Le collectif Cimarrón a rencontré le Mouvement des Sans Terre (MST) du Brésil, par l’étude des mouvements sociaux de Notre Amérique, et aussi par le travail que la brigade internationaliste Apolonio de Carvalho (délégation du MST au Vénézuéla, à la suite d’un accord passé avec le président Chavez) mène ici pour appuyer les processus d’unité du mouvement populaire, de formation politique avec ceux qui militent dans la révolution bolivarienne. Nous donnons la même importance que les brésiliens au travail de base et de formation au-delà des conjonctures, et c’est ce qui nous a amenés à fraterniser. Nous avons construit une idée qui est celle d’une école de formation politique marxiste, qui développe la méthode du matérialisme historique dialectique recréé par Paulo Freire dans l’éducation populaire. Une école des et par les mouvements sociaux.

Au cours de l’année 2016 et 2017, la compagne Luisa du Collectif Cimarron a assumé la responsabilité de l’école et depuis 2018, j’assume la tâche de coordonner l’école au nom du collectif, l’idée est de faire tourner cette tâche, pour que l’expérience aboutisse à former des militant(e)s dans le domaine de la coordination et du développement de la méthode (1).

Quelle est la signification de la lutte des femmes dans la situation actuelle au Venezuela ?

Les femmes du monde du travail se sont construites comme le sujet politique qui fait preuve de la plus grande participation à la base et à la direction de la révolution bolivarienne. Puisque cette révolution est une proposition politique de justice sociale pour les opprimés, les exploités et les démunis, les femmes la comprennent comme une stratégie d’émancipation définitive des systèmes d’oppression capitaliste, patriarcale, raciste et colonialiste qui placent les femmes au centre de toutes les agressions. Ainsi, les femmes se constituent en peuple chaviste, c’est-à-dire comme militantes, militantes, créatrices, productrices de la lutte politique pour construire le pouvoir populaire contre le pouvoir de l’état ancien, bourgeois, machiste, raciste, colonial et de masse, et se sont organisées dans les différentes structures qui ont été créées comme celle du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), celle de l’Etat communal dans les conseils communaux et les communes, ainsi que les missions sociales créées pour résister au blocus immoral que les Etats-Unis ont imposé au Venezuela: comme les CLAPS (Comités Locaux de Production et d’Approvisionnement).

Une des femmes des quartiers populaires qui ont défendu la frontière du Venezuela face aux assauts paramilitaires, le 23 février 2019. Voir « Le peuple bolivarien inflige une nouvelle défaite aux médias occidentaux » https://wp.me/p2ahp2-4wb

Les femmes chavistes d’aujourd’hui sont en pleine résistance contre l’ingérence et le blocus imposés par les États-Unis, par exemple lors de la bataille des ponts du 23 février 2019 à la frontière entre la Colombie et le Venezuela où les paramilitaires et la CIA épaulèrent l’autoproclamé Guaido dans l’entrée en force d’une pseudo « aide humanitaire » comme prétexte de l’invasion. Les femmes se sont rassemblées à la frontière pour la défendre contre l’invasion étrangère, ce sont elles qui ont défendu en nombre la souveraineté et l’intégrité territoriale, avec la force d’une peuple féminin chaviste prêt à donner sa vie pour défendre les droits et le pouvoir déjà conquis. Et ce n’est pas un slogan: l’article 88 de la Constitution Bolivarienne du Venezuela prévoit des droits historiques tels que la reconnaissance de la valeur économique du travail domestique comme production de richesse, ce travail que les femmes accomplissent gratuitement depuis des siècles en tant qu’esclaves du patron et de la famille. Comme beaucoup d’autres droits à présent inscrits dans la Loi Organique du Travail, le congé postnatal de 6 mois, la réduction de la journée de travail avec le même salaire pour la protection de l’allaitement maternel, l’interdiction de licenciement dans les deux années post-accouchement pour le père et la mère.

Ces droits nouveaux qui portent par exemple sur les rapports de production au travail, ont été construits dans plus de 60 assemblées de femmes organisées en 2011, auxquelles j’ai eu l’honneur de participer, nous avons participé, discuté et débattu des contradictions rendues visibles, je me souviens qu’une compagne avait dit que le patron allait se fâcher parce que nous ne travaillerions que 4 heures après l’accouchement et qu’ils n’allaient plus donner de travail aux femmes, ce qui a enflammé le débat: une autre a répondu que l’employeur avait plus besoin de nous que nous de lui, que dans le socialisme on doit respecter les heures d’allaitement comme un acte de souveraineté alimentaire pour ne pas donner plus ces produits Nestlé qui rendent malades les enfants, que tout cela serait un coup d’arrêt porté au machisme patronal et aux transnationales de l’alimentation. C’est ainsi que s’est forgée la compréhension du triple temps de travail imposé aux femmes et de comment une Loi Organique se devait d’éliminer cette triple exploitation.

C’est ainsi qu’au Venezuela, la femme s’est configurée en sujet politique : dans le débat, dans la contradiction qui n’est plus passée sous silence, dans la reconnaissance du nous, dans le sentiment d’être fortes, actrices directes, courageuses de l’Histoire. Plus jamais la vénézuélienne ne reviendra à la soumission dont elle a été l’objet. Certaines personnes critiquent le fait que des femmes passent toute la journée dehors dans la rue, hors de chez elles, qu’elles perdent leur temps dans le parti, dans le conseil communal, au centre de soins, dans la manif, dans la remise des colis d’aliments du CLAP, qu’elles négligent leurs familles, qu’elles cherchent un amant, qu’elles sont devenus folles, que les valeurs sociales se perdent. À ces critiques, nous répondons que, oui, nous sommes devenus folles d’amour pour le peuple, que oui, se perdent les anti-valeurs que nous imposaient des racistes, des machistes: celles de l’obéissance, de la soumission, et que se construisent les valeurs de la solidarité, du travail socialiste et du respect, que se construisent des relations sociales féministes et socialistes parce que jamais nous ne redeviendrons, ni aucune femme émancipée, les esclaves du travail domestique gratuit ou des relations privées ou publiques violentes au nom de mensonges comme la liberté individualiste du capitalisme ou l’amour romantique.

Source : https://www.vorwaerts.ch/feminismus/wir-frauen-werden-nie-wieder-in-die-unterwerfung-zurueckkehren/

Merci à Natalie Benelli

Traduction: Thierry Deronne

Note: (1) dans cette vidéo réalisée par Terra TV sur un des ateliers de cette école, Yirley Rodriguez nous explique en détail cette méthode de formation des mouvements sociaux :

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Le pouvoir constituant se mobilise pour le logement populaire

Le Venezuela est un pays hautement polarisé. La politique s’éveille chaque matin dans les conversations, dans les transports en commun, autour des kiosques à journaux, dans les bars, dans les écoles, dans la rue, au boulot… partout. Au coeur de cette politisation, le phénomène citoyen du chavisme compte vingt ans d’existence. Son sujet social, enraciné dans les quartiers populaires des 80% de la population, reste invisibilisé par les médias privés nationaux (majoritaires) et internationaux. Seule a droit de cité médiatique la minorité de classe moyenne et haute qui manifeste, souvent avec violence, son refus des verdicts électoraux et rêve encore d’un débarquement de marines, d’un coup d’Etat à la Pinochet, et d’un nouveau Plan Condor pour “nettoyer” définitivement le pays. Comme ces manifestant(e)s des quartiers aisés sont le seul “peuple” admis à la télé, on comprend que les visiteurs étrangers soient surpris de découvrir la réalité sociale du Venezuela. Telle la mobilisation citoyenne du 18 juin 2019, arrivée aux portes de l’Assemblée Constituante, en plein coeur de Caracas, pour défendre une nouvelle loi sur le logement populaire.

Alors que la “Gran Mision Vivienda”, créée par le président Chavez avec l’objectif de construire des logements bon marché (50 % du prix du secteur privé) pour les secteurs populaires, vient d’atteindre la barre de deux millions 694.185 mille logements en juin 2019 (avec près de 12 millions de bénéficiaires) et garde le cap sur l’objectif de 3 millions de logements, un collectif de 400 personnes est venu demander à ses député(e)s un droit de parole dans l’hémicycle. Dans quel but ? Présenter une loi sur la production autogérée d’habitats et de logements populaires.

« Renforcer les capacités des populations à produire et à reproduire leur vie, c’est cela, l’autogestion » expliquent dans leur manifeste plus de 30 organisations, dont le Mouvement des Habitant(e)s et les Assemblées Vivre au Venezuela. Le collectif a dû faire le tour de plusieurs entrées des bâtiments de l’Assemblée Constituante avant d’être reçu par le député Ricardo Molina, ancien ministre du Logement et de l’Habitat, des Transports et Travaux publics, qui était sorti leur parler à l’angle de la place Bolivar. Molina s’est engagé à travailler sur la loi, d’abord dans les commissions, pour la présenter ensuite en assemblée plénière.

Ce projet de loi a été présenté il y a deux semaines lors d’une mobilisation semblable. Aujourd’hui, l’objectif est d’accélérer le débat. Vu le contexte qu’affronte la nation, la proposition des organisateurs(trices) est de renforcer les organisations du pouvoir populaire, en particulier sur l’axe du logement.

« Beaucoup de progrès ont été réalisés au cours de toutes ces années avec la Grande Mission du Logement au Venezuela, le quartier populaire a été reconnu et revendiqué, ainsi que les habitant(e)s exclus et rejeté(e)s dans la périphérie urbaine. Nous comprenons qu’il reste encore un long chemin à parcourir. Nous voulons réaliser de nos propres mains la reconstruction territoriale de notre habitat : logement, zones récréatives, espaces socio-productifs. À notre Assemblée Nationale Constituante, nous proposons d’autogérer nos maisons, avec des outils et des matériaux fournis par l’Etat” nous explique Irma Pacheco tandis que la mobilisation avançait sur les trottoirs de l’avenue Universidad.

Dans le communiqué accompagnant la présentation du projet de loi, les organisations précisent: “Il y a une expérience sans précédent reconnue aux niveaux national et international: à ce jour 37% des maisons construites par la “Grande Mission Logement” ont été construites par des organisations populaires sous différentes modalités de gestion. C’est une grande école.” C’est à partir de cette expérience que l’idée est de faire avancer le débat sur la loi, sans plus retarder son approbation.

Habitad-20-300x168Habitad-5-300x168Source: http://www.crbz.org/en-defensa-de-la-vivienda-popular/

Traduction: Thierry Deronne

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La commune « Che Guevara », une expérience d’auto-gouvernement au Venezuela

S’il n’y a pas de café pour tous, il n’y aura de café pour personne”. La phrase est attribuée à Ernesto “Che” Guevara, dans les premières années de la révolution cubaine, quand on lui tendit une tasse au cours d’une réunion. Refus des privilèges jusque dans ses moindres détails. La conscience du collectif. Tou(te)s ou personne. Sur les collines touffues des hauteurs de Tucaní, chef-lieu du municipe Caracciolo Parra Olmedo, Mérida, cette phrase du Che résonne pratiquement. Non seulement parce qu’il y a du café pour toute la commune, au point d’en user comme monnaie d’échange, mais surtout parce que les prémisses des communard(e)s se basent sur la même aspiration à vivre mieux, dans un projet collectif qu’ils construisent depuis quelques années et continuent à défendre au milieu des difficultés auxquelles est soumis le pays.

Dans la Commune Che Guevara vivent 1600 familles, quelques 6000 personnes, organisées en 12 conseils communaux. La population élit deux représentants par conseil communal pour le parlement communal. Même si la légalisation s’est formalisée en 2013, cette organisation se construit depuis les 2008 et 2009 quand, avec le mouvement social et politique Corriente Révolutionnaire Bolivar et Zamora, les habitant(e)s ont établi la planification territoriale des communes, un plan toujours actuel et qui vise la construction d’une cité communale.

Le gouvernement des Etats-Unis nous assiège, désinforme sur notre processus révolutionnaire. Pas seulement sur ce que fait notre gouvernement mais aussi sur le travail que nous menons dans les communes, dans les conseils paysans, dans les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs)explique Cati Lobo, communarde et militante de la “Corriente”.

Ecoles, lycées, dispensaires et, principalement, production. Une des forces majeures tient dans la capacité productive de la commune. Dans les zones de moindre altitude, on observe des plantations de banane à cuire, de potiron, de yucca (manioc). A mesure qu’on gravit les collines, apparaissent en quantité des hectares d’ananas, d’orange et de citron. 15 camions d’ananas, quelques 450 tonnes sont produites chaque semaine aux moments de plus forte production. Et chaque semaine un camion de citron et d’oranges, parmi d’autres exemples.

La commune compte plusieurs entreprises familiales mais le bastion productif est le café et le cacao. La fierté de la commune, ce sont l’entreprise “Che Guevara 2021” qui produit, traite et distribue le cacao et dans une moindre mesure le café, ainsi que la Coopérative Colinas del Mirador (COLIMIR), productrice et distributrice de café.

La commune impulse l’échange de production en interne, avec d’autres communes, des privés, et l’Etat. Dans ce circuit intérieur on utilise le café comme moyen de paiement. Les prix de plusieurs produits se mesurent en kilos. Dans cette municipalité relativement proche d’une vaste zone frontalière qui s’étend économiquement de jour en jour (où domine le peso colombien), en pleine guerre économique que subit le pays et qui affecte entre autres la monnaie nationale, l’équivalence du café est une alternative inventée par les habitants.

Les entreprises de propriété sociale ne se concurrencent pas, elles pratiquent des prix unifiés. Avec d’autres communes on échange différents types d’aliments (viande, pâtes, riz) contre du café et du cacao. Même les uniformes scolaires s’échangent lors de journées organisées par les différents conseils communaux. Cette pratique est si courante que COLIMIR utilise une monnaie propre pour ses échanges avec des producteurs associés: le “Cafeto”, équivalent d’un kilogramme étalonné physiquement en sacs de café que la coopérative garde dans ses dépôts.

Pratiques et créations du peuple dans ses batailles quotidiennes pour affronter la guerre économique déployée par les Etats-Unis et ses alliés locaux. Ces derniers ont organisé des violences à Tucaní à la fin de février 2019: les “guarimbas” (violences d’extrême droite) ont obligé les conseils communaux à renforcer les conditions de sécurité pour empêcher le retour de telles actions. La défense territoriale de la commune est assurée par des brigades de défense populaire. “Les organisateurs de guarimbas ne peuvent être nos porte-paroles” affirme un boulanger qui possède un commerce face à la Place Bolívar, place nettoyée et reconstruite lors des journées de travail volontaire réalisées les samedis.

Les communes sont un des héritages les plus importants en termes d’organisation construits par la révolution bolivarienne. Organisation des gens visant à résoudre les problèmes quotidiens et à construire un pouvoir ascendant pour construire la nouvelle société. Comme l’explique Cati Lobo: “C’est le peuple qui impulse les communes. C’est le peuple, les bases citoyennes, qui s’approprient le projet communal et travaillent le plus dans ce sens. Ces efforts et ces initiatives ont permis d’arriver à ce que nous voyons aujourd’hui. Nous voulons détruire l’Etat ancien. Si nous ne croyons pas en notre propre pouvoir, si nous n’en faisons pas un précédent, on ne nous reconnaîtra pas. Nous sommes appelé(e)s à chercher les formes et les alternatives. Avancer vers l’auto-gouvernement, c’est un défi qui n’a rien de facile. Pour le relever, nous avons besoin de force et de conscience.

Source : Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Traduction: Thierry Deronne

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La démocratie participative au Venezuela. Interview de Blanca Eekhout, Ministre des Communes

L'Assemblée générale des conseils communaux et des communes est la plus haute instance de décision selon la loi vénézuélienne

L’Assemblée générale des conseils communaux et des communes est la plus haute instance de décision selon la loi vénézuélienne

Interview de Blanca Eekhout, ministre des Communes de la République Bolivarienne du Venezuela

Depuis l’étranger, le Venezuela est souvent dépeint comme une dictature, où le chef de l’Etat, Nicolas Maduro, règnerait de manière autoritaire et violente sans prendre en compte les aspirations populaires. Cette description se heurte pourtant à une réalité qu’il est impossible de nier : le chavisme et le président Maduro possèdent le soutien d’une partie non négligeable de la population vénézuélienne. La propagande du système médiatique ne permet donc pas de répondre à la question : pourquoi ?

Un des éléments de réponse est à chercher du côté de la démocratie directe et participative implantée au Venezuela depuis l’avènement d’Hugo Chávez au pouvoir. Cet aspect central de la Révolution Bolivarienne est systématiquement nié par le système médiatique. Les luttes du peuple vénézuélien au sein du système de Conseils communaux et des Communes socialistes sont invisibilisées. Nous sommes donc allés interviewer Blanca Eekhout, ministre des Communes afin qu’elle explique au lecteur francophone l’originalité de la démocratie vénézuélienne. 

Blanca est une militante sociale de la première heure, elle a été la fondatrice de nombreux médias communautaire comme Catia Tve, et est devenue la première présidente de la chaîne publique ViVe TV, puis de VTV. Élue députée en 2010, elle deviendra vice-présidente de l’Assemblée nationale de 2011 à 2015.  Cette jeune femme, qui a consacré sa vie à la lutte sociale et à l’approfondissement de la démocratie dans son pays, a occupé plusieurs postes de la haute fonction publique. Elle a été Ministre de la Communication et de l’Information (2009-2010), Ministre de la Femme et de l’Égalité des genres (2016-2018). Elle est aujourd’hui Ministre des Communes depuis septembre 2018.  

Le Ministère des Communes est situé dans le centre de Caracas dans un immeuble où furent relogés plusieurs vendeurs ambulants, il y a quelques années. Il apparaissait logique que ce ministère central déserte les quartiers administratifs traditionnels pour s’implanter aux côtés du Peuple. La ministre nous recevra dans son modeste bureau où trône côte à côte un portrait d’Hugo Chávez et de Josefa Camejo, une héroïne de la guerre d’indépendance du Venezuela: bon résumé iconographique du parcours politique de notre interlocutrice. 

Pendant que Blanca répondait avec fougue et passion à mes questions, je pensais aux revendications des Gilets jaunes français, exprimées à plusieurs milliers de kilomètres de Caracas. En cause ? Les thèmes évoqués par la ministre vénézuélienne: l’Assemblée Constituante et la mobilisation populaire pour écrire la nouvelle Charte suprême, les modalités du référendum révocatoire pour tous les élus, la force des conseils communaux et des communes -où toutes les décisions sont prises lors d’Assemblées générales, la nécessité d’inventer de nouvelles formes de propriété pour développer le pays. Les paroles de Blanca Eekhout fusent comme une rafale de AK47, chaque balle est un concept qui fait écho aux préoccupations politiques exprimées sur les ronds points de France. 

L’autre son de cloche que vous pouvez lire ci-dessous témoigne de l’extraordinaire vivacité démocratique du Venezuela, qui marque la colonne vertébrale du projet politique de la Révolution bolivarienne. On comprend mieux alors la terrible violence politique et médiatique qui s’abat contre ce Peuple. La démocratie participative vénézuélienne doit être absolument balayée pour enrayer le risque de voir fleurir 1, 2, 3 Blanca. Pour que ce modèle ne donne pas d’idées à d’autres et ne menace pas le système politique encore dominant…pour l’instant.  

Romain Migus Quelles sont les racines de la démocratie participative au Venezuela ? Comment s’est construit le modèle démocratique de la Révolution Bolivarienne ?  

Blanca Eekhout : Il faut commencer par le début de notre mouvement politique, ou en tout cas par la prise de pouvoir par le Commandant Chávez. Sa première action du gouvernement fut de convoquer un processus national constituant. Hugo Chávez a appelé le Peuple à refonder notre République. Avant cela, tout notre cadre juridique était déterminé par le pouvoir en place, par les oligarchies mais aussi par la dépendance historique héritée de notre histoire coloniale. Donc, refonder notre République a impliqué de changer de charte suprême, mais le plus important était de savoir qui allait participer à ce débat. La première action a donc consisté à convoquer un référendum pour mettre en place ce processus constituant. Ce fait politique extraordinaire avait pour racine historique le Congrès d’Angostura, réalisé sous l’égide de notre Libérateur Simon Bolivar, en 1819 (1). Bolivar donnera un discours historique lors de ce congrès et rappellera notamment : « Heureux le citoyen qui invoque et convoque son peuple, consulte la volonté du souverain ». C’est pour cette raison qu’au Venezuela, à partir de 1999, une fois que la nouvelle constitution est approuvée, notre démocratie est devenue participative et « protagonique ».

Avec Blanca Eeckout, Caracas 2019.

R.M : Excuse-moi de t’interrompre, mais pourrais-tu expliquer à nos lecteurs comment se sont organisés les comités constituants ? Comment s’est déroulé le débat au sein de la population pour nourrir de projets cette Assemblée Nationale Constituante ?

B.E : D’abord, il y a eu une élection nationale pour choisir nos représentants : il y avait des indigènes, des travailleurs et travailleuses, les femmes en tant que mouvement, les pêcheurs, les paysans, toutes les forces sociales, ceux qui étaient invisibles, ceux qui n’avaient jamais été consultés sur le destin de leur patrie ni sur les lois qui régissaient leur vie. Mais la véritable consultation a été réalisée lors d’assemblées de rue. On a créé différents mécanismes par lesquels on systématisait les propositions ; des camions recueillaient les propositions à travers tout le territoire national. Les mouvements initiaux, ceux du mouvement ouvrier, paysan, participaient par des lettres de propositions et de requêtes historiques. Ce fut une consultation nationale très, très large et complète car nous le modèle duquel nous voulions sortir avait eu comme objectif l’application des mesures néolibérales dictées par le FMI et la Banque Mondiale. Ceci avait provoqué une réponse forte de la part du peuple qui était descendu dans la rue en 1989. Cet événement, que nous appelons le Caracazo avait été réprimé de façon très violente. Toutes les demandes qui s’étaient exprimées en réaction contre le modèle néolibéral ont fini par se trouver recueillies dans le processus constituant, en tant que demande de la République, pour garantir le droit à la Sécurité Sociale, la réaffirmation de notre droit à l’éducation gratuite, à la santé gratuite, à la redistribution des revenus, à la reconnaissance des droits indigènes, etc.

Au début, nous avions une révolte nationale mais nous n’avions pas encore un développement des mouvements sociaux suffisamment organisé. C’est la convocation du président à une Assemblée Nationale Constituante qui fait que nombre de ces mouvements se regroupent comme force nationale. On reconnaît alors, par exemple, la communication comme un droit de l’homme ; pour la première fois, les médias communautaires alternatifs commencent à occuper l’espace hertzien alors que dans le vieux modèle précédent, ceux-ci étaient considérés comme illégaux, pirates, et étaient sanctionnés. Nous avons mis en marche un processus de révision de la question pétrolière, ainsi que de la question agraire pour faire face à toutes ces pratiques terribles de saccage de la terre par les grands propriétaires ; c’est pour cela que le mouvement paysan avance à partir du processus constituant. Ce processus a été une impulsion pour que se développent, se consolident et se renforcent les différents mouvements sociaux dans notre pays.

R.M : On peut dire que le processus constituant marque le départ d’une nouvelle démocratie. En quoi est-elle différente de la démocratie représentative dans laquelle vit la majorité des peuples du monde ?

B.E : En premier lieu, nous, nous avons innové en ce qui concerne l’exercice permanent du pouvoir et de la non-délégation de la volonté. C’est-à-dire que pour le peuple vénézuélien, notre souveraineté réside dans le peuple, elle ne peut pas être déléguée. C’est pour cela que nous dépassons le modèle de la démocratie représentative dans lequel tous les cinq ou six ans, selon les élections, le peuple finit par déléguer à un autre son droit de souveraineté. Dans le cas du Venezuela, il ne peut pas être délégué même si nous réaffirmons l’élection directe et universelle. Nous avons d’ailleurs, au Venezuela, battu des records, car nous avons eu 25 processus électoraux. Nous avons inclu lors de notre Constituante, la possibilité pour les citoyens d’organiser des référendum révocatoire à mi-mandat pour tous les élus. Nous avons été le premier pays à faire un référendum révocatoire pour le président de la République. Nous avons organisé un référendum révocatoire au président Chavez ; et il a été confirmé dans ses fonctions. Mais, au Venezuela, je disais que l’exercice de la démocratie et de la participation n’est pas délimité par des élections au terme d’un quinquennat ou sextennat. D’abord, nous élargissons les pouvoirs. Des trois pouvoirs traditionnels en démocratie (exécutif, législatif et judiciaire), nous en avons rajouté deux : le pouvoir électoral et le pouvoir moral. Le pouvoir électoral est devenu un pouvoir avec suffisamment de force et d’autonomie pour garantir des élections libres, directes, transparentes, totalement automatisées(2). Quant au pouvoir moral, il traite tout ce qui a à voir avec la défense du peuple (3), la fiscalité ; il est devenu un pouvoir important à l’intérieur de la République. 

En plus de cela, nous avons établi quelque chose de plus important et de nouveau, c’est le renforcement du pouvoir populaire. Le pouvoir populaire, c’est l’exercice permanent de l’auto-gouvernement sur le territoire. Nous avons approuvé des lois pour organiser ce pouvoir populaire, et qui déterminent l’organisation, le développement économique de tout ce qui est ce modèle de transfert d’attributions politiques, de gestions de ressources économiques. C’est ce qui nous donne aujourd’hui une force dans le pays.

R.M : Avant de s’attaquer à l’expérience des communes, on va déjà parler des conseils communaux. La première loi de Conseil communal a été votée en 2006  et, je crois qu’il y a eu de nombreuses modifications pour l’adapter peu à peu à la réalité concrète. Ceci démontre aussi que le Venezuela est en train d’inventer un nouveau système et qu’au début en tout cas, il a tâtonné. On va poser une question basique, mais essentiel pour nos lecteurs qui ne savent rien ou presque du modèle de démocratie vénézuélienne : qu’est-ce qu’un conseil communal ? En quoi consiste-t-il ?

B.E : La loi des Conseils Communaux garantit l’exercice, à tous les niveaux territoriaux de nos communautés de voisinage, à tous les citoyens d’un territoire, de se réunir en Assemblée citoyenne. Ils décident des processus d’actions au cours d’une prise de parole générale. Grâce à des élections directes, lors des assemblées territoriales, il est décidé par l’Assemblée générale de qui est à la tête des projets, des comités, et de la mise en marche des politiques publiques sur le territoire. Nous avons également une loi pour organiser l’économie populaire, nous avons les lois qui régissent l’organisation des communes, ainsi que des lois de communication qui relèvent également du pouvoir populaire.

R.M : Qui décide du rayon d’action du Conseil Communal ? Par qui va-t-il être composé ? Quelle est la relation avec l’Etat et les échelons administratifs de la démocratie représentative qui continuent d’exister ?

B.E : Au sein du Conseil communal, les gens décident, en Assemblée de l’espace territorial qui va délimiter l’action de leur conseil.  Les citoyens doivent être disposés à se regrouper volontairement en fonction de la délimitation géographique de leur territoire. Il y a des conseils communaux beaucoup plus petits, il y en a de plus grands ; s’ils se constituent dans les zones urbanisées, la population se concentre dans un immeuble, et cela peut dépendre de l’urbanisme. Dans les immeubles d’un même quartier, il peut y avoir deux ou même trois conseils communaux. L’assemblée de citoyens décide également de la capacité d’organisation. Pour nous, l’assemblée citoyenne est l’instance de délibération la plus importante ; c’est ce qu’il y a écrits dans l’article 20 de notre loi des Conseils Communaux (4). Elle est aussi l’organe de décision pour l’exercice du pouvoir communautaire : la participation et le protagonisme populaire. Les décisions du conseil communal doivent s’appliquer de manière obligatoire. Le conseil communal est reconnu par toutes les autres autorités qu’elles soient municipales ou régionales. Les conseils communaux dans une communauté paysanne peuvent être constitués par un plus petit nombre de familles en raison de l’immensité de l’espace et de la faible concentration de population. Ainsi, les assemblées de citoyens établissent eux-mêmes la délimitation de leur espace territorial.

R.M : Comment les gens s’organisent-ils au sein du Conseil communal ? 

B.E : Dans le Conseil communal, il y a des comités de santé, d’éducation, de culture, d’alimentation, de communication populaire, il y a aussi un comité de d’équité et d’égalité entre les genres, et bien d’autres comités en fonction de la réalité de la vie sur le territoire du Conseil communal. Mais il y a également un comité qui se charge de la question de l’économie et un autre qui se charge de la sécurité. Par sécurité nous n’entendons pas seulement la sécurité interpersonnel, mais aussi la sécurité et la défense intégrale de notre territoire qui est constamment menacé par une invasion étrangère.

R.M : Combien de conseils communaux y a-t-il sur tout le territoire vénézuélien ? 

B.E : En ce moment, il y en a 47.834. Cela représente l’équivalent de 14 millions de personnes.

R.M : Cet approfondissement de la démocratie directe et du pouvoir populaire vous a amené à reconsidérer le thème de la propriété (de la terre et des moyens de productions). Comment ces deux thèmes s’articulent-ils ? Pourquoi, aux cotés de la propriété privé ou publique avez-vous dû inclure la propriété sociale directe et indirecte ? Comment s’interconnectent l’économie populaire et le pouvoir populaire ?

B.E : Les unités de production familiale, nombre d’entre elles sont également discutées en assemblée citoyenne. Le développement d’une unité de production familiale, une Entreprise de Production Sociale, nombres de réalisations de ce type naissent dans le débat lors de l’assemblée de citoyens. En ce moment, nous sommes encore en train de travailler pour amplifier les types de propriété, non seulement les types d’organisation de propriété sociale mais aussi les types de propriété individuelle, familiale qui existent dans la commune et se mettent au service de la commune. Nous avons encore beaucoup à faire en ce qui concerne le développement d’un modèle économique communal, d’un circuit économique communal.

Les initiatives et les expériences de quelques communes sont extraordinaires, mais nous ne sommes pas encore parvenus à une articulation totale. Nous avons des systèmes de monnaie ou de banque communale qui existent, mais le développement est inégal. Il y a des communes qui ont réussi à dépasser les attentes même de ce que permettait la capacité productive et d’autres qui ne sont pas parvenues à s’articuler au niveau économique et continuent d’être des expériences isolées. Aujourd’hui, nous faisons un travail important pour systématiser la propriété sociale et collective. Nous nous inspirons aussi des conseils paysans qui ne fonctionnent pas tous selon la propriété sociale. Les paysans ont la propriété de leur terre, propriété individuelle ou familiale, et néanmoins, à partir d’expérience coopératives ils finissent par se rassembler pour que s’ajoute toute la production d’une commune à un effort collectif bien que la propriété soit diversifiée. Les mécanismes et les types de propriété sont diversifiés sur le territoire communal et nous affrontons un défi énorme qui consiste à garantir que tout permette l’autogestion, l’autonomie alimentaire et le renforcement économique sur le territoire.

R.M : Venons-en à la Commune. Qu’appelez-vous une Commune au Venezuela ? Comment expliquerais-tu à une personne qui ignore tout de ce processus politique de premier ordre, ce qu’est une commune et comment fonctionne-t-elle ?Quelle est la relation de la Commune avec les Conseils communaux ?

B.E : Peut-être que la première chose serait de dire qu’il s’agit d’un regroupement de conseils communaux mais c’est beaucoup plus que cela. L’idée est que toutes les forces et les mouvements présents sur un territoire forment une commune.  En plus des Conseils communaux, on trouve dans la Commune les conseils de jeunesse, les conseils paysans, les Conseils de production des travailleurs ; tout ce qui fait la vie politique et économique d’un territoire vient former la commune.  Les différents comités qui forment un conseil communal ont ensuite un porte-parole, qui, dans la commune, participe aux instances d’auto-gouvernement. Un porte-parole de chaque conseil communal siège au parlement de la commune. L’idée est que cela constitue un système d’agrégation et détermine une nouvelle géométrie du pouvoir. L’objectif est qu’à un moment donné, ce modèle communal dépasse les structures héritées de notre vieil état, où le modèle administratif est basé sur la mairie, ou le gouvernement régional. Ces structures qui nous viennent de la colonisation sont très liées au vieux modèle de démocratie représentative. Elles ne relèvent pas du système permanent et direct d’auto-gouvernement du peuple sur un territoire qu’il a lui-même décidé. Aujourd’hui au Venezuela, Il existe 3078 communes de ce type. Dans la commune et le conseil communal, l’assemblée de citoyens est l’instance supérieure, raison pour laquelle elle permet une démocratie permanente qui ne peut être déléguée. C’est une démocratie pleine, elle est participative, protagonique.

R.M : Quelle est la relation entre cet Etat communal qui prend forme et les structures traditionnelles de l’Etat vénézuélien ?

B.E : Les vieilles structures de l’Etat, les mairies, les conseils municipaux, les gouvernements régionaux, continuent d’avoir un rôle. Nous les avons maintenus, nous les avons rénovés, nous continuons d’organiser des élections –que le chavisme vient de gagner, d’ailleurs- mais nous croyons que si le pouvoir réside dans le peuple, l’exercice de démocratie par ce souverain qu’est le peuple, doit être permanent et le développement de politiques publiques doit être également entre les mains du peuple. C’est pourquoi, pour nous, le pouvoir de la commune et du conseil communal constitue la base de ce que doit être le nouvel Etat, un Etat véritablement populaire, un Etat qui rompt avec la bureaucratie, avec l’héritage de ce modèle de fausse démocratie bourgeoise et représentative. Nous sommes dans un processus d’invention permanente avec des erreurs et des réussites mais nous essayons de construire un autre modèle. Nous ne pouvons être protagonistes de notre processus politique qu’en le faisant, qu’en nous rencontrant, qu’en débattant, qu’en le discutant dans le même temps où nous sommes un acteur protagonique de ce changement.

Assemblée générale pour élire l’auto-gouvernement de la Commune Simon Bolivar dans l’Etat rural d’Apure (photo: Carolina Cruz)

R.M: Si le Conseil communal dépend en partie des instances administratives locales ou nationales pour financer ses projets, la Commune entend être véritablement autonome. Qu’en est-il de l’économie communale ?

B.E : La commune a son mode de fonctionnement propre mais elle intègre les initiatives de l’Etat central comme la création de comité pour la protection sociale ou le Carnet de la Patrie (5). Elle se charge aussi de nouvelles tâches. A cause de la guerre que nous subissons, les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP) ont été créés et se chargent de la distribution directe de l’alimentation dans la Commune, maison par maison (5).

Il faut que la Commune soit autosuffisante dans le temps, et qu’elle ait les capacités de produire dans tous les secteurs : agricole, touristique et même dans l’industrie communale car nous avons développé grâce à l’investissement de l’état des processus industriels communaux qui garantissent tant l’approvisionnement au niveau de la commune que l’échange et l’apport au niveau national. Le développement économique de la commune est un élément fondamental pour qu’une commune soit une commune. Dans ces temps de guerre, la production est une impérieuse nécessité. Mais il y a aussi des processus différenciés : la capacité de production n’est pas la même dans une zone urbanisée que dans une communauté rurale.

R.M: Evidemment.

B.E : Néanmoins, dans les communes urbaines, nous avons des boulangeries communales, des potagers communaux, les gens commencent surtout à développer l’activité textile et nous avons obtenu, qu’à l’intérieur d’une commune urbaine, il existe des brigades de production auxquelles l’Etat a attribué des terres pour qu’ils produisent dans des zones rurales et rapportent les produits en zone urbaine.

R.M : Quel est le lien entre l’Etat, le Ministère des Communes, dont tu es la plus haute représentante, et les communes elles-mêmes ? C’est-à-dire entre cet état hérité mais également nécessaire pour appliquer une macro-politique, et les forces populaires organisées ?

B.E : Le Ministère des Communes promeut l’organisation de la Commune, il facilite les mécanismes pour qu’elle soit légale, pour qu’elle s’organise, pour que l’on forme les citoyens et citoyennes et qu’ils puissent se constituer en conseils communaux puis en commune. Ainsi, l’une des principales tâches est de promouvoir l’organisation du peuple pour qu’il parvienne à établir ses propres mécanismes d’auto-gouvernement. L’un des éléments également important, c’est la formation. D’une part, dans le processus de production et d’autre part dans la mise en marche des politiques sur le territoire, des politiques publiques qui se font au niveau de la commune. Nous soutenons de fait tous les leaderships naissant pour que se constituent des Communes. Mais, il y a un autre élément qui représente une tâche importante pour nous en tant que ministère. Il nous faut permettre l’articulation nationale de toutes les communes. Le commandant Chávez disait qu’une commune isolée pouvait même être contre-révolutionnaire. La seule façon pour qu’elle soit révolutionnaire, profondément démocratique et transformatrice, c’est qu’il y ait un tissu social communal, qu’il y ait une véritable articulation entre toutes les communes. Nous favorisons l’organisation de congrès et de rencontres entre les communes. Lors d’une récente rencontre nationale que nous avons organisé, a surgit l’idée de la création d’une Université des Communes. Ou plutôt devrais-je dire d’une Multiversité plutôt qu’Université. Tout ce travail de mise en relation dépend du Ministère. Celui-ci apporte, lorsque cela est nécessaire, des ressources pour le développement d’initiatives de production, des semences pour l’agriculture, des outils, des machines.

Mais l’organisation des communes ne peut relever exclusivement de la responsabilité du Ministère des Communes. Il existe un tel niveau de développement des forces communales qu’elles-mêmes sont et doivent être promotrices de la création d’autres communes, et organisatrices de ce grand mouvement communal national. Nous sommes donc dans une phase de transfert de pouvoir et d’attributions que détient le Ministère aux communes. Pour l’organisation du territoire, l’un des mécanismes est : « la commune sème d’autres communes ». Une commune pionnière, entreprenante qui s’est développée de façon importante économiquement, socialement et au niveau politique devient un facteur multiplicateur des communes à partir de son fonctionnement.

La ministre des Communes Blanca Eeckhout lors d’un échange avec les comuneros

R.M : Quels sont vos prochains défis politiques ?

B.E : Nous pensons que l’exercice permanent de la démocratie est plus que jamais nécessaire. C’est pourquoi, il nous faut accélérer le transfert de nouvelles attributions au mouvement communal. Nous sommes actuellement dans une phase d’organisation d’élections pour garantir le renouvellement des leaderships, et le renforcement des assemblées citoyennes. Et nous organisons ceci dans un scénario complexe, à cause de toutes les menaces et les attaques contre notre pays, ainsi que la guerre économique qui s’abat contre le Venezuela.

R.M : Dernière question, quelle est l’importance du thème de la démocratie pour la  Révolution Bolivarienne au Venezuela ? 

B.E : La Révolution bolivarienne au Venezuela existe parce qu’il y a un peuple organisé qui exerce le pouvoir. Sans cela, nous n’aurions pas pu supporter les terribles attaques dont nous sommes victimes depuis vingt ans. On nous a appliqué toutes les doctrines de guerre pour transformer le Venezuela en un état voyou, failli, nous vivons sous la menace permanente de coups d’état et d’une intervention militaire. Dans ces circonstances, dans les moments les plus difficiles, la Révolution a toujours convoqué le peuple souverain, comme ce fut le cas encore lors du processus constituant que nous avons initié en 2017.

Cette année là, alors que nous affrontions depuis plusieurs semaines un épisode insurrectionnel qui pouvait provoquer une guerre civile dans le pays, le président Nicolas Maduro a décidé de consulter le peuple, et de convoquer de nouveau une Assemblée Constituante. Ce processus a été encore plus démocratique que celui que nous avons fait en 1999 car le processus d’élections a été territorial et par secteurs de la population. Nous avons choisi de façon directe nos propres porte-paroles pour les personnes âgées, pour les personnes présentant un handicap, pour les paysans, pour les pêcheurs, pour la jeunesse, pour les travailleurs, pour les communes, pour toutes les forces vices de notre pays. Il y a des représentants de tous les secteurs dans notre Assemblée Nationale Constituante.

Actuellement, il y a un débat sur tout, ouvert, acharné, mais ce qui était fondamental pour aller à cette Assemblée Nationale Constituante, ce fut de chercher la paix. Ce qui démontre que la démocratie apporte la paix, la vraie démocratie, celle qui ne réduit pas la volonté du peuple, qui n’est pas la démocratie représentative. La démocratie participative et protagonique est une garantie de paix et c’est la garantie d’une Patrie. Dans les moments les plus difficiles, notre président Nicolas Maduro, de même que le Commandant Chavez avant lui, a constamment appelé au dialogue, à la négociation, à écouter les autres, et il a assumé au sein de ce dialogue des engagements énormes, comme rénover tous les pouvoirs au beau milieu d’une guerre.

En 2017 et 2018, au milieu de la guerre économique (6), de la guerre terroriste, de la tentative de guerre civile (7), nous avons convoqué un processus constituant et nous avons gagné. La voix du peuple est la voix de Dieu, elle s’est manifestée et nous avons retrouvé la paix le lendemain de l’élection des députés constituants. Puis, nous avons convoqué des élections municipales et régionales et enfin une élection présidentielle, et nous avons gagné. Je crois que, difficilement, en plein état de siège, en situation de blocus, un gouvernement se soumet à autant d’élections comme nous l’avons fait. C’est la confiance du peuple, c’est l’exercice direct et réel de la volonté du peuple de vivre en démocratie et d’avoir la paix. Devant toutes les menaces de la barbarie fasciste, je ne crois pas qu’il existe d’autres façons de garantir notre révolution, si ce n’est par une démocratie totale. Parce que, ainsi, c’est le peuple entier qui est concerné et qui s’unit pour la défendre.

C’est cela un peuple en mouvement. Et pour être en mouvement, il doit être protagoniste de son destin. Il ne peut être un « invité de pierre ». C’est pourquoi, malgré les mensonges médiatiques, malgré le fait que des millions d’hommes et de femmes ont été rendu complétement invisible, ils continuent de défendre cette révolution. Si nous résistons et que nous continuons d’avancer, c’est parce que le peuple est un véritable acteur politique, parce que cette démocratie est une vraie démocratie.

Extrait de notre rencontre avec Blanca Eekhout (en français)

Cette interview serait sûrement encore un fichier .mp3 dissimulé dans un des nombreux dossiers de mon ordinateur sans l’aide précieuse et admirable de Sylvie Carrasco qui nous a aidé à la transcrire et à la traduire. Qu’elle en soit mille fois remerciée.  

Notes ajoutées par nous :

(1)  Convoqué par Simon Bolivar le 15 février 1819 dans la ville d’Angostura (actuelle Ciudad Bolivar) au Venezuela, cette Assemblée constituante avait pour but d’organiser administrativement et législativement les territoires libérés de l’Empire espagnol ou en passe de l’être.

(2)  Pour connaître comment fonctionne le pouvoir électoral, et le système électoral vénézuélien, lire Romain Migus, «Tout comprendre à la nouvelle offensive contre le Venezuela», Venezuela en Vivo, 09/01/2018, https://www.romainmigus.info/2019/01/tout-comprendre-sur-la-nouvelle.html

(3)  Le défenseur du Peuple est une figure équivalente au Défenseur des droits, en France.

(4)  « Ley Organica de los Consejos Comunales », publié au journal officiel nº39.335, 28/12/2009, disponible sur http://www.minci.gob.ve/wp-content/uploads/downloads/2012/11/LEY-CONSEJOS-COMUNALES-6-11-2012-WEB.pdf

(5)  Pour comprendre le système du Carnet de la Patrie ou des CLAP, lire Romain Migus, « Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat. Chroniques d’en bas nº4 », Venezuela en Vivo, 02/08/2018,

https://www.romainmigus.info/2018/08/entre-mesures-durgence-et-construction.html

(6)  Pour se rendre compte de la férocité de la guerre économique contre le Venezuela, lire Romain Migus, « Chronologie actualisée des sanctions économiques contre le Venezuela », Venezuela en Vivohttps://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

(7)  Lire Maurice Lemoine, Chronique d’une déstabilisation, Montreuil : éd. Le Temps des Cerises, 2019.

Note de Venezuelainfos: on trouvera sur ce Blog, sous les rubriques « commune« , « conseils communaux » ou « démocratie participative » quelques centaines de reportages ou d’analyses sur l’expérience communale au Venezuela.

URL de cet article: https://www.romainmigus.info/2019/06/la-democratie-participative-au.html

Vivre la démocratie vénézuélienne

64295586_2378141485844814_2039834338584952832_nS’il est un aspect du Venezuela que tout journaliste occidental se doit d’occulter (mises à part les causes de la guerre économique qu’il appelle « crise humanitaire »), c’est bien la démocratie participative. La solution finale consiste à éliminer le peuple pour faire croire que Maduro tient par « obstination » ou par « habileté ». En 2017 déjà, le sursaut citoyen pour élire une Assemblée Constituante et sortir par le haut des violences d’extrême droite, avait été repeint par les médias comme « imposition de Maduro ». Hélas pour eux, vingt ans après les premiers pas de la révolution bolivarienne, la démocratie participative déborde encore et toujours les urnes (et ladite guerre n’y est pas étrangère). Le 9 juin 2019, la Commune socialiste d’Altos de Lidice, à Caracas, a voté et a élu son premier Parlement Communal, au bout d’un an d’efforts et de pédagogie.

T.D., Caracas juin 2019

Reportage photo d’une journée d’élections, offert par Cacica Honta

Photos de Cacica Honta

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Comment vit-on dans une commune du grand Caracas ? par Michele de Mello (Brasil de Fato)

Par la journaliste Michele de Mello, Brasil de Fato | São Paulo (SP), 5 juin 2019.

Applaudissements et rires à gorge déployée pour l’avant-première du film « Commune« . En seulement 18 minutes de projection, le public se multiplie par trois dans le secteur de la “redoma”, au centre du quartier populaire du Lídice, La Pastora, quartier historique de la zone centrale de la capitale où vivent 130 000 vénézuélien(ne)s et qui compte encore des maisons de style colonial dans sa partie basse.

Le mouvement des gens du quartier, traversé par les motos aux klaxons aigus, les enfants jouant au ballon et les chiens à la recherche de restes, s’interrompt pour la projection de la production de Terra TV qui raconte la vie quotidienne de la Commune socialiste de Altos de Lídice. Celle-ci célèbre ce 3 juin 2019 un an d’existence.

Les enfants regardent le documentaire sur la commune. (Photo : Carolina Cruz)

Cette soirée d’un lundi ordinaire sur une colline de Caracas, acquiert un charme supplémentaire lorsque des dizaines de personnes, les yeux rivés sur le mur de l’école maternelle du quartier, se voient, reconnaissent leurs voix et observent le résultat de leurs efforts.

La Commune Socialiste d’Altos de Lídice rassemble 350 familles à travers sept conseils communaux (Bosque, La Redoma, Poder y Union, el Rosario, Madre de Dios, Tres Uniones, Vista Bonita). C’est la première commune fondée dans le quartier populaire de La Pastora et la centième organisation communale du Grand Caracas.

Jésus Garcia, 26 ans, militant du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) et l’un des fondateurs de la commune, se remémore une année de construction, les yeux mi-clos: « Je suis très fier, satisfait, je voudrais obtenir le double de tout ce que nous avons accompli jusqu’à présent. Ce que nous avons fait est héroïque, toute cette construction a coûté beaucoup d’efforts, non pas parce que les gens ne veulent pas, mais à cause du moment que nous vivons. Sanctions, blocus, bureaucratie et réformisme. Il est très réconfortant qu’il y ait encore aujourd’hui des gens qui croient en Hugo Chávez, qui impulsent l’État communal« .

Le premier anniversaire de la commune d’Altos de Lídice. (Photo : Carolina Cruz)

Commune ou rien

Les communes sont des formes d’organisation populaire, territoriale et productive, dont le modèle économique se base le bien commun et la propriété commune. Cette forme a été promue par l’ancien président Hugo Chávez, en particulier au cours des dernières années de son mandat. Dans l’un des discours les plus connus de Chávez, intitulé « le coup de timon« , le chef d’État avait fait une série d’autocritiques sur le processus de la révolution bolivarienne, concluant sur un “commune ou rien!” comme méthode pour avancer dans le socialisme.

Et les vénézuéliens ont répondu à l’appel. Selon le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux, il y a aujourd’hui près de 48.000 conseils communaux et 3.115 communes créées au Venezuela. Rien qu’en mai de cette année, 20 autres ont été enregistrées légalement.

La multiplication est due, entre autres facteurs, au succès de l’expérience. « Beaucoup de gens ne s’étaient pas intégrés mais dernièrement, quelle que soit l’activité que nous faisons, nous voyons arriver davantage de participant(e)s et c’est gratifiant, cela montre que ce que nous faisons n’est pas vain« , dit Betty Valecillos, 26 ans, assistante administrative et membre de l’équipe de santé de la commune.

Betty Valecillos explique qu’elle s’est trouvé une famille dans la commune. (Photo: Michele de Mello)

Pour le bien commun

En 12 mois de construction communale à Altos de Lídice, il a été possible d’inaugurer une pharmacie communale, avec des médicaments donnés par des organisations de gauche de l’étranger. La pharmacie offre des médicaments – si difficiles à trouver en période de blocus – aux communard(e)s, la priorité étant donnée aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes.

Un autre domaine dans lequel de grandes nécessités ont été produites par les sanctions états-uniennes est celui de l’alimentation. En plus de garantir la distribution d’aliments à bas prix via les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les membres de la Commune Altos de Lídice prévoient également d’ouvrir un restaurant communal pour garantir les repas aux populations les plus vulnérables du secteur. Pour déterminer qui en bénéficiera, l’équipe de santé, en collaboration avec les médecins de la Mission sociale « Barrio Adentro », procédera à un recensement, une pesée et une consultation de chaque habitant(e) de la zone communale.

En plus d’améliorer le régime alimentaire, on stimule la coopération entre les communes afin d’assurer une alimentation moins chère. En un mois seulement, deux marchés communaux ont eu lieu, en mettant en vente notamment des produits des Communes El Maizal, dans l’état de Lara, San Martín dans le quartier San Juan, dans la zone ouest de Caracas, et El Panal 2021, dans le quartier 23 janvier, près du Palais présidentiel de Miraflores, dans le centre de la capitale. Café, pain, sardines, sardines, légumes, un peu de tout, produit par tous, pour tous.

On a également réussi à planter du maïs et des poivrons sur la partie la plus haute du “barrio”, là où ce quartier populaire touche les limites du Parc National Warairarepano, qui s’étend tout autour de Caracas.

En écoutant les témoignages, on peut voir qu’un autre aspect qui génère l’unité d’action des habitants autour de la commune est le besoin de services publics. Afin de garantir la propreté des rues et le bon fonctionnement de tout ce qui est d’utilité publique, la Commune a créé une Brigade d’Entretien qui répond aux besoins quotidiens en eau, mais coordonne également le système de collecte sélective et de recyclage des ordures, qui a déjà recueilli 200 kilos de matières recyclables pour générer des revenus aux habitants.

Le service d’eau n’est pas encore continu, mais aujourd’hui, la société publique Hidrocapital a distribué des dizaines de réservoirs d’eau dans toute la communauté et l’approvisionne régulièrement en camions-citernes.

Après avoir lu la liste des objectifs atteints et de quelques autres, Jésus ajoute: « Nous célébrons l’effort et la victoire. Elle est due à la patience, à l’effort et à la volonté de vivre mieux, de vivre dans un monde meilleur. Même si les oligarchies historiques nous ont envoyés vivre ici dans des baraquements, sur les hauteurs, cela ne veut pas dire que nous devons vivre mal« .

Reconnaissance internationale

Lors de la célébration de l’anniversaire, avec gâteau et chanson traditionnelle, les communard(e)s ont reçu des messages de soutien du Brésil, de la Colombie, de l’Argentine et des Etats-Unis.

Le travail ne s’arrête pas. Dimanche prochain, de nouveaux délégué(e)s des conseils communaux seront élus pour un mandat de deux ans. Ensuite, il s’agira de former le parlement communal, puis la banque communale, chargée de créer des liens communautaires et de gérer l’argent produit par la commune.

Le parlement communal serait la plus haute instance d’autonomie, composé de trois délégué(e)s des unités sociales productives créées au sein de la commune, un représentant de chaque conseil communal et un représentant de la banque commune.

Ces structures de base sont prévues par la Loi Organique des Communes, promulguée en 2010 pour donner un caractère constitutionnel à l’initiative. Avec la législation a été créé le Ministère des Communes, qui en plus de promouvoir la création de propriétés communales, conseille l’organisation et offre un soutien financier, politique et technique.

Obstacles à l’intérieur de l’État

Lorsqu’un collectif propose de créer un nouveau modèle socio-économique à l’intérieur des structures de l’ancien modèle de production, des contradictions apparaissent. Le délégué du comité des finances et l’un des fondateurs de la commune, Jizeeh Luy, un commerçant de 60 ans, ne s’en cache pas : « être membre d’une commune fait de vous une personne très critique vis-à-vis de l’Etat”.

« Nous nous engageons à former une commune dans la partie basse du quartier. Ce serait formidable, parce que nous aurions plus de force pour réclamer l’approvisionnement en eau » dit Jizeeh Luy. (Photo : Michele de Mello)

Le prochain grand défi est de résoudre le problème les transports publics à Altos de Lídice. En raison du blocus états-unien, les pièces de rechange sont difficiles à trouver, de sorte que les propriétaires d’autobus et de fourgonnettes privées ne veulent pas monter la colline pour éviter l’usure des véhicules. Et les unités de transport public sont également arrêtées par manque de pièces de rechange.

La proposition des communard(e)s est que la mairie ou le gouvernement du district de la capitale leur donne une partie des bus avariés, à l’arrêt depuis des mois, voire des années, dans des aires de stationnement des institutions publiques. Toutefois, puisqu’il s’agit de biens publics, ils ne peuvent pas être remis aux citoyen(ne)s.

« Mais si vous êtes en pleine guerre, et que vous n’avez pas la possibilité de résoudre le problème du transport et si une commune se montre capable de résoudre un véhicule et de résoudre ce problème, c’est quelque chose qui pour nous est illogique de la part de l’Etat et qui nous remplit d’impuissance, que nous ne puissions résoudre un problème de transport pour nous, simplement parce qu’un fonctionnaire nous dit que c’est très difficile de nous donner une concession. Ah, mais pour une entreprise privée, c’est possible, d’importer des bus de Chine ! » critique le fondateur de la commune.

Jésus Garcia dresse la liste des réalisations de la commune en un an. (Photo : Marco Teruggi)

Vers l’État communal

Malgré ces difficultés, ce qui peut apparaître dans les livres comme une utopie, comme quelque chose de lointain ou même d’inaccessible, est bien une réalité au Venezuela. L’article 10 de la Loi Organique des Communes le définit en ces termes: “La commune est une forme d’organisation politico-sociale de droit et de justice établie dans la Constitution, dans laquelle le pouvoir est exercé directement par le peuple, par autogestion, selon modèle économique de propriété sociale, de développement durable (..). La cellule fondamentale de conformation de l’état communal est la commune.

Bien sûr, un texte de loi ne suffit pas. Pour que le rêve écrit sur le papier puisse s’incarner, nous avons besoin de gens comme Jésus Garcia. Militant social 24 heures sur 24, il décrit l’avenir proche, le regard brillant: « Je me suis fixé un objectif : en 2017, structurer les conseils communaux. En 2018, construire une commune. En 2019, atteindre l’indépendance. En 2020, construire d’autres communes et, en 2021, avoir une ville commune. Ce rêve que j’ai partagé avec Chávez en visitant la Caserne de la Montagne [où reposent les restes de l’ancien président]. J’ai dit : « Compadre, je vais travailler dur et je vais l’obtenir”.

Michele de Mello

Edition: Pedro Ribeiro Nogueira

Source : https://www.brasildefato.com.br/2019/06/05/como-e-a-vida-em-uma-das-mais-de-tres-mil-comunas-venezuelanas/  

Traduction: Thierry Deronne

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Le président Maduro relance la construction du pouvoir communal

Beaucoup de ceux qui condamnent l’impérialisme états-unien ne savent pas, ou parfois ne s’intéressent pas, au fait que le Venezuela construit une démocratie participative avec ses conseils communaux, communes, et toute sorte de formes de pouvoir citoyen. Comme si on ne pouvait défendre ce pays que par défaut, au nom du principe de la souveraineté. Or il y a une sacrée différence entre la patrie de Bolivar et d’autres victimes de la voracité états-unienne. Non seulement cette démocratie a mené plus d’élections que n’importe quel autre pays en vingt ans, mais elle persiste à vouloir aller plus loin que la forme représentative. Cette construction d’une démocratie participative est l’aspect le plus intéressant pour n’importe quel progressiste. C’est aussi l’aspect où on lit le mieux les contradictions et la tension créatrice entre Etat ancien et souveraineté populaire. C’est lui aussi qui explique les actions en cours des Etats-Unis pour éliminer le Venezuela bolivarien en tant qu’exemple d’émancipation pour les peuples (au moins autant que la volonté de s’emparer de son pétrole). Alors, pourquoi ne pas sortir de la position défensive et de la “respectabilité” face à la dictature médiatique ? Et oser dire que c’est parce que la liberté du Venezuela est notre liberté, que nous voulons, aussi, le défendre ?

Le 15 avril nous avons publié le témoignage d’un jeune formateur communal, Jesus Garcia, en forme de critiques et propositions pour la politique gouvernementale de construction du pouvoir communal. Le 25 avril, le président de la République bolivarienne du Venezuela Nicolás Maduro, lui a en quelque sorte répondu en lançant un Plan d’offensive communale 2019 : « J’appelle à un débat pratique, théorique, politique et stratégique pour élaborer le plan offensif communal de 2019 et déterminer avec précision les potentialités du pouvoir communal. Vingt jours pour formuler une résolution et des propositions concrètes« . Les conclusions et mesures qui s’ensuivront produiront-elles des effets sociaux et politiques réels ? Une chose est sûre: au Venezuela les initiatives gouvernementales ne sont qu’un des leviers du changement. L’autre dépend de ce qu’on appelle ici la coresponsabilidad du peuple. L’état communal ne peut devenir réalité que si les lois, les mesures, les soutiens économiques du gouvernement sont portés et suivis dans leur exécution par la participation directe des citoyen(ne)s.

Le plan annoncé par le chef de l’Etat, et qui fait partie du plan de gouvernement général 2019-2025, se compose de cinq éléments principaux :

– Organisation et participation citoyennes.

– Circuit économique communal.

– Transformation intégrale de l’habitat.

– Sphère sociale et culturelle (dont l’éducation fait partie intégrante).

– La défense intégrale du pays, avec la participation des équipes populaires de défense.

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Le président Maduro lors de l’annonce du Plan de l’Offensive Communale 2019, le 26 avril

Nicolas Maduro a chiffré les ressources pour promouvoir l’économie productive au sein des secteurs populaires à travers l’organisation renforcée des conseils communaux. « Nous devons reprendre l’idée des banques communales comme axe de financement des processus productifs.” Pour concrétiser ce plan, il a approuvé un financement public de 16.557 millions de bolivars, à distribuer de manière équitable, sous la supervision et la vigilance du pouvoir populaire dans tout le pays. Il a également demandé l’intégration de plusieurs missions sociales pour élaborer le plan. « Je veux que ce plan intègre la Mission des emplois pour les jeunes, le Mouvement “Nous Sommes Venezuela” et les 2 millions 200 mille miliciens et miliciennes (volontaires des secteurs populaires assumant des tâches défensives). Nous devons bâtir l’Economie Communale Productive !

Le président a décidé de nouvelles remises de terres agricoles. « 200.000 financements et 250 000 hectares seront donnés au Pouvoir Communal pour promouvoir la production nationale”. Maduro a également annoncé la création de l’Université bolivarienne des Communes dans le cadre de la mission d’enseignement supérieur Alma Mater. Il a invité les organisations citoyennes à présenter ses proposition concrètes pour son exécution : « je vous attends le 15 mai avec un Plan d’offensive communale 2019 et vos propositions concrètes pour nous guider et reprendre l’offensive dans les domaines économique, culturel, social, politique, territorial, militaire« .

T.D., Caracas, 26 avril 2019

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La manière d’être des vénézuélien(ne)s rend possible l’existence de cette révolution

Interview de Jesus García, porte-parole de la Commune Socialiste Altos de Lídice (Venezuela) par le blogueur argentin Federico Simonetti

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Federico Simonetti : Commençons par le commencement. L’expérience que vous avez développée s’appelle « Commune socialiste des Hauts de Lidice« . Pourquoi socialiste ? Qu’entendez-vous par socialisme ?

Jesus García : Une nouvelle façon de faire les choses. Une façon différente de celle dans laquelle nous avons été élevés. Une façon différente de l’habitude de faire les choses. D’un point de vue scientifique, nous avons peut-être encore un long chemin à parcourir pour faire avancer l’idée de notre socialisme. Chavez a donné beaucoup d’idées. Mais je crois que dans la commune, le meilleur exemple de construction du socialisme nous est donné par la pratique, par l’action, la marche. L’une des grandes erreurs de la révolution bolivarienne est peut-être de ne pas avoir une bonne systématisation de tous ces processus. Reinaldo[Iturriza] y a travaillé, il a beaucoup progressé dans ce domaine.

Lorsque nous travaillons à la collectivisation de l’action, à tous points de vue, dans le domaine de la santé, du social, de l’économique, du productif, c’est là que nous construisons le socialisme. Bien sûr, nous avons encore beaucoup de relations financières, beaucoup de relations purement capitalistes. Mais quand le profit généré par notre travail est redistribué en parts égales ou va directement à l’investissement social, quand nous ne pensons pas à tirer un profit maximal mais plutôt à résoudre les problèmes dans la commune, nous croyons que nous créons quelque chose de nouveau. Parce que ça ne s’est jamais produit avant.

Quand auparavant dans le quartier quelqu’un investissait dans une aide sociale ou célébrait la journée de l’enfant, on pensait : « Quelle bonne personne, quel gentil gars, qu’il est cool, sympa” Non ! Ici, cette histoire de “brave type” ne fonctionne plus, ça doit devenir un système de gouvernement. Et quand on en fait un système de gouvernement territorial, on construit le socialisme. Nous n’avons pas trouvé dans le cadre du capitalisme une figure de ce type. Nous croyons donc que c’est là, dans la Commune, dans le système du travail territorial, que nous donnons naissance au socialisme.Secuencia 11 Arepa.Imagen fija007

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Photos: Jesus Reyes

FS : Chávez expliquait qu’il était nécessaire d’aller vers le socialisme. Tout en reconnaissant comme tu le dis que les relations capitalistes continuent de prévaloir aujourd’hui. Quel est le rôle de la Commune dans cette transition du capitalisme au socialisme ?

JG : La commune est la cellule. C’est l’espace de l’accouchement, de l’expérimentation, l’espace idéal de création, il n’y en a pas d’autre. Il est sur le territoire ou il ne l’est pas. C’est dans la commune ou pas. La commune n’est rien d’autre que cette usine où nous sommes tous comme des ouvriers, serrant des boulons, maniant des clés, huilant la machine, le moteur. Comme l’a dit Chávez, la commune, c’est la cellule territoriale du socialisme. S’il y a des groupes de réflexion, des intellectuels et des gens qui aiment penser depuis l’extérieur du territoire, eh bien, c’est leur façon de voir les choses. Mais nous, nous pensons, nous corrigeons, nous pensons, nous corrigeons et voilà. Si on n’expérimente pas, comment créer le socialisme ? La commune, c’est cela, c’est l’espace d’expérimentation en soi du socialisme.

FS : L’autre jour, lors de la réunion avec l’équipe de santé du quartier, tu as dit quelque chose qui m’a marqué, quelque chose comme “il faut abolir l’Etat ancien”. Quelle est cet État ancien ? Quel type d’État existe aujourd’hui au Venezuela ?

JG: Un truc horrible, mon pote ! (rires) C’est une structure très bureaucratique, très lente. Qui ne s’adapte pas aux processus des communautés. À l’heure actuelle, nous avons des processus qui vont très vite, parce qu’ils doivent aller très vite, parce que les temps actuels l’exigent, nous sommes en pleine guerre, nous ne pouvons pas aller lentement. Quand on présente un projet à une institution, on dit : “Non ! cela doit d’abord passer par cette démarche, puis par ici, puis par ici, puis il faut cette signature, puis cette autre signature, et alors moi je signerai”. Une année s’écoule et le projet n’est pas encore approuvé.

L’État est comme une structure déjà grise. Quand Chavez a lancé les missions sociales, il l’a fait précisément pour créer un Etat parallèle, qui serait plus rapide, qui irait plus profond, qui n’aurait pas autant de bureaucratie. Chavez l’a dit en 2012 : nous vivons une phase de transition vers le socialisme, et nous devons le faire au niveau territorial, au niveau des communes, dans son fameux discours du “coup de timon”. Malheureusement, cela s’est étiolé avec le temps.

Cet État ancien est un obstacle contre lequel nous devons lutter. Et toujours chercher à ce que chaque Commune ait l’autonomie et l’organisation suffisantes pour dépendre le moins possible de cet Etat. Parce que la Commune qui dépend de l’Etat est comme un être humain en état végétatif, avec une pompe à oxygène, fonctionnant à l’électricité. Un humain qui, s’il n’a ni électricité ni centrale électrique, va mourir. La Commune ne peut pas mourir parce que l’Etat ne marche pas. La Commune doit être un Etat par elle-même, elle doit gouverner le territoire et ne peut dépendre d’un Etat bureaucratique, sinon elle meurt.

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Jesus Garcia dans sa commune d’El Lidice, Ouest de Caracas. Photo: Jesus Reyes

FS : Tout au long de l’Histoire, il y a eu de nombreuses expériences de pouvoir populaire dans le monde. Elles ont toujours été traversées par un débat crucial, celui de savoir si le pouvoir populaire devait se développer au sein de l’État ou parallèlement à l’État : comment voyez-vous cela, ici, au Venezuela ?

JG : Eh bien, il y a des visions contradictoires. Personnellement j’ai vécu les deux. Il y a la vision, dans laquelle je crois, qu’il faut parfois être dans l’État ancien pour le détruire de l’intérieur, comme l’a fait Chávez. Entrer dans l’État pour le démêler de l’intérieur, et en même temps construire ce qui est parallèle. Je pense qu’ils faut les deux. Par exemple, beaucoup de gens ont critiqué Ángel [Prado] de la Commune d’El Maizal, parce que la population l’a élu maire. « Si c’est un membre de la commune, pourquoi doit-il être maire ?” a-t-on entendu. Eh bien, précisément parce que nous avons besoin d’un infiltré qui transfèrera tout le pouvoir qu’il peut au peuple, et ce pouvoir du peuple construira le nouvel État parallèle. Quand l’autre maire reviendra dans quatre ans pour gouverner, il dira : « Et maintenant, qu’est-ce que je fais ici si ce gars a pratiquement tout transféré à la Commune ? » Eh bien, je n’en sais rien, je m’en fous ! Qu’il utilise sa mairie comme salle de ping-pong, je ne sais pas (rires).

Je pense que nous avons besoin des deux choses. Maintenant, toute femme ou homme communal(e), communard(e), révolutionnaire, qui entre dans l’Etat sans avoir une idée claire de ce qu’il ou elle va faire, mais simplement avec la simple supposition abstraite qu’il va construire le socialisme, il ou elle est mort(e), mort(e). Si je dois entrer, même si c’est dans le « Ministère des affaires sans importance », je dois savoir clairement que dans ce Ministère j’ai la fonction de transférer tout pouvoir au peuple. Sans clarté dans l’objectif, je me perds dans cette mer. Parce que cette mer a ses plaisirs, son luxe. Avec ces quatre murs qui vous entourent. Et tu crois que tu es en train de construire le socialisme. Mais en fait, on réalise la feuille de route d’un Etat bureaucratique, de l’Etat bourgeois. Donc, je crois qu’il faut être dans les deux espaces, pour détruire l’un et pour construire l’autre en parallèle.

FS : L’autre jour, j’ai lu une très bonne publication sur Facebook sur les difficultés dans votre “parroquia” (1). Tu y fais beaucoup de critiques sur le pouvoir public, l’État. Dans quelle mesure penses-tu qu’il y a de la naïveté (ou de manque de compréhension du rôle stratégique du pouvoir populaire) et de querelle d’intérêts (de luttes de classe), dans la non-priorisation du développement communal par les fonctionnaires de l’Etat ?

JG: Ça dépend. Dans le domaine économique, il y a une lutte d’intérêts parce qu’il y a de l’argent en jeu. Ceux qui sont ministres de l’Économie dans ce pays ne sont pas naïfs. Ils savent qu’il y a les communes, ils savent que Chávez a donné au peuple une grande quantité de terres pour les faire produire, qu’il les a données aux communes et aux conseils paysans, ils savent que tout cela existe. Lorsqu’ils décident de ne pas s’articuler avec la Commune et de donner la priorité aux grandes entreprises, ce n’est pas par naïveté.

Chez d’autres, oui, c’est dû à un manque de compréhension de l’importance stratégique des communes. Par exemple, lorsqu’une institution interrompt un transfert de compétences, que ce soit dans les transports, dans l’eau, dans n’importe quel service, parfois c’est parce qu’elle ne comprend pas qu’en rendant cela possible, elle ferait un pas très important dans le rôle historique qu’elle joue dans la révolution, que ce serait un saut qualitatif dans la construction du socialisme. Beaucoup de compagnons ne le savent pas. Le parti au pouvoir a fait des efforts, mais très minces, au sujet de la formation, du débat sur le socialisme, du débat fort, sincère et direct sur la construction du socialisme.

Un fonctionnaire qui occupe des postes de direction ne peut pas être nommé parce qu’il sait bien parler, ou parce qu’il est le copain de l’un ou de l’autre. Il doit l’être parce qu’il comprend le projet. Et beaucoup ne le comprennent pas. Non, frère ! Tu n’as pas un poste d’État pour gérer, tu as l’État pour faire la révolution ! Et pour faire la révolution, il faut donner du pouvoir au peuple. Et il y a de très nombreuses lois, toute une panoplie légale pensée et promulguée pour donner du pouvoir au peuple.

Sur le plan économique, c’est différent. Dans le domaine économique, il y a une lutte d’intérêts marquée, une lutte de classe, en ce moment, dans tout le dossier économique vénézuélien. Entre ce qu’on appelle la nouvelle bourgeoisie, qui pour moi est la même bourgeoisie qu’avant, qu’on appelle la bourgeoisie rouge, les “Bolibourgeois”, etc… il y a une lutte entre eux et la paysannerie, les communards, etc. Il y a une lutte de classe constante, évidente, dure. Mais dans d’autres domaines, c’est simplement parce qu’ils ne comprennent pas l’importance de donner une place centrale à la Commune. Voilà.

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Réunion de l’équipe de santé. Photos: Jesus Reyes

FS : La Commune a la tâche stratégique d’aider, à un moment donné, à démonter l’Etat bourgeois, mais aujourd’hui l’Etat est dirigé par le chavisme. Il y a donc une tension, parce que, d’un côté, nous devons nous battre avec cet État, mais de l’autre, nous devons le défendre, parce que si on perd ce leadership, quelque chose de bien pire arrivera. Comment vivez-vous cette tension ? Y a-t-il une place pour la défense du gouvernement dans la stratégie communale ?

JG : Un copain disait : « Cet État, quel qu’il soit, est un mur”. Un grand mur de contention qui nous permet de ce côté-ci du mur, du côté gauche du mur, de construire ce que nous construisons. Quand les briques commencent à tomber du mur parce qu’elles s’amollissent, il faut les boucher les trous avec du ciment. Combien de temps nous faudra-t-il porter les briques de cet État ? Eh bien, jusqu’à ce qu’il soit complètement ramolli. Quand ce mur ne servira plus à rien, quand on pourra pratiquement voir à travers. Mais tant qu’il est encore là, tant qu’on ne nous tue pas parce que nous sommes des membres de la commune, tant que la police ne nous passe pas à tabac parce que nous sommes des communard(e)s, tant que nous construisons, tant que nous sommes autonomes, nous devons défendre ce mur. Parce que nous savons que bon nombre des choses qui nous semblent aujourd’hui quotidiennes et normales, ne seraient plus quotidiennes ou normales sous un gouvernement de droite. On en a des exemples partout en Amérique latine à l’heure actuelle. Nous devons protéger ce mur aussi longtemps que possible. Quand l’ennemi stratégique et historique nous attaque de manière effrénée, comme le fait l’impérialisme américain en ce moment, ce n’est pas une coïncidence. Ils ont une bonne raison pour le faire. Bien sûr, nous savons qu’il y a des gens qui négocient, quelques briques qui tombent, dans ce cas on rebouche avec une nouvelle brique et voilà.

FS : Le projet de Chávez était que le pouvoir passe complètement à la Commune, même au niveau national. Le pouvoir a de nombreuses facettes, prenons trois des plus importantes : la souveraineté alimentaire, les FANB (Forces armées Nationales Bolivariennes) et les secteurs stratégiques de l’économie : comment la Commune s’articule-t-elle autour de ces trois axes ?

JG : 2019 est l’année où nous avons décidé de cesser d’être une Commune simplement urbaine en tant que bonne organisatrice des enjeux sociaux, de l’enjeu sanitaire, pour devenir une commune productive. Si nous voulons être indépendants, nous devons être une commune productive. Nous prévoyons de créer beaucoup de terres cultivées et, surtout, de créer une bonne banque de semences pour les années à venir. Pouvoir semer non seulement dans les territoires de la Commune, mais aussi dans les territoires voisins. Et que toute cette population puisse compter sur cet apport en nourriture. Une Commune est productive ou n’est pas.

En ce qui concerne l’aspect stratégique de l’économie, nous voulons également aborder la question des services publics. Nous voulons qu’au moins un service public soit placé sous le contrôle de la Commune. La collecte des déchets solides pour le recyclage, la question de l’eau, la question de l’électricité. Nous pensons avant tout au recyclage, nous pensons qu’il est possible d’en tirer une bonne quantité de ressources. Dans le contexte de la guerre économique et du blocus, apprendre à réutiliser bon nombre des choses que nous jetons est devient quelque chose de providentiel. La question du recyclage revêt une importance stratégique. Il ne s’agit pas seulement de recycler pour sauver le monde, ce qui est aussi un objectif du Plan de la Patrie (plan d’action du gouvernement bolivarien, NdT), mais aussi de recycler pour survivre. Sinon, nous devrons continuer à importer de plus en plus.

La question de la sécurité n’a pas encore été abordée en profondeur. Dans la Commune, il y a des miliciens civils (citoyens qui se forment volontairement aux tâches défensives, NdT), oui. Cependant, nous n’avons pas créé le « corps de combat de la Commune ». Ce processus doit être mené avec le plus grand soin, car nous ne voulons pas non plus faire fuir les gens. Mais c’est un processus nécessaire. Dans la commune, il n’y a eu qu’une seule vague de violences importante il y a environ trois ans, nous n’étions pas encore une commune en tant que telle. Après cela, nous avons dit : « Cela ne se reproduira plus ici, il n’y aura plus de guarimba » (violences d’extrême droite, NdT). En vérité, cela s’est produit un peu plus bas que le territoire de la Commune, à sa périphérie, mais nous nous sommes dit que cela ne pouvait pas se reproduire. Et avec la conformation de la Commune, nous avons commencé à nous préparer pour que cela n’arrive plus.

FS : Et les Forces Armées Bolivariennes, elles laissent la Commune se charger de créer ce groupe de défense ? Elle vous aide ? Comment ça se passe ?

JG : Oui, c’est ce que je te disais à propos du mur. Le mur nous permet de faire ces choses. Imagine, sous un gouvernement de droite, si nous formions un corps de combattants de la commune ! En quelques minutes les forces de sécurité nous tomberait dessus. Je ne veux même pas imaginer ce qui arriverait.

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Photos: Jesus Reyes

FS : L’article 3 de la loi organique du pouvoir populaire dit quelque chose de très intéressant. Il affirme que le développement du Pouvoir du Peuple est lié au niveau de conscience et d’organisation du peuple, comment s’opère la relation entre le développement de la conscience et l’exercice direct du pouvoir ?

JG : Je pense que cela part de l’individu. Dans la commune il y a des porte-parole très actifs, des compagnes et compagnons qui aiment aider les autres, qui consacrent leur vie à aider les autres. Certain(e)s (les moins nombreux) ne se revendiquent pas comme révolutionnaires. D’autres, la majorité, se disent révolutionnaires, chavistes, et le font parce qu’ils comprennent le processus. Je pense que dans les deux cas, il y a un processus de croissance de la conscience. Je crois qu’on devient conscient dans la mesure où on comprend que si on n’aide pas l’autre, ça ne sert à rien d’être au monde. Pour faire du mal ? Si tout ce que tu vas faire ne sert qu’à toi et ne tourne qu’autour de toi, de quelle conscience parle-t-on ?

C’est parce qu’il y a des gens comme ça dans la Commune, parce que c’est dans l’idiosyncrasie des vénézuélien(ne)s, qu’il est possible que cette révolution existe. Sans cette solidarité, cette camaraderie, sans ce voisinage, sans ce soutien qui court de l’un à l’autre, je pense qu’il serait difficile que se soit produite et survive une révolution comme celle que Chavez a proposée ici.

Il y a des gens dont l’idiosyncrasie est d’aider l’autre, et il y a des gens qui, au-delà de l’idiosyncrasie, ont la conviction que c’est la solution. Et lorsque ces deux volontés sont unifiées, les instances du Pouvoir populaire, les conseils communaux, les communes, les collectifs avancent. C’est toute une culture populaire, ici : donner un coup de main à autrui. Prenons l’exemple que nous vivons maintenant avec l’eau. Dans le quartier d’El Lídice, quand l’eau arrive à la partie basse de la commune, et que toutes les maisons sont remplies, tout le monde sort un tuyau pour que le voisin d’un peu plus haut qui n’a pas reçu l’eau, puisse remplir son réservoir. Jusqu’à minuit, on prépare le café, on te donne de l’eau, « tu es fatigué ? Il te manque un baril ? » Aider l’autre. Et cela est dû au fait que Chavez l’a proposé comme quelque chose de tous les jours, avant c’était exceptionnel, aujourd’hui c’est quelque chose de quotidien dans la révolution bolivarienne. Il s’agit d’un trait important de la conscience, et lorsqu’elle se traduit par la recherche du pouvoir communal, alors nous créons le socialisme. Parce que l’idiosyncrasie passe du statut de culture à celui de projet territorial. Nous donnons naissance à une autre réalité, à quelque chose de différent.

FS : Une puissante révolution féministe a lieu dans le monde. Le rôle historique dans lequel le machisme a voulu confiner les femmes est remis en cause. En visitant cette commune, nous avons vu que la majorité des porte-paroles sont des compagnes qui exercent toutes sortes de pouvoirs. Quel est le rôle des femmes dans la Commune ?

JG: Sans les femmes, il n’y a pas de commune. C’est aussi simple que ça. Ce n’est pas un slogan, c’est réel. Une bonne partie des communes du Venezuela, si ce n’est toutes, sont dirigées par des femmes, dans toutes leurs instances. Ce sont les femmes qui font avancer les processus politiques dans ce pays. Dans la commune, les femmes pratiquent un féminisme combatif et militant, mais peut-être n’en ont-elles pas conscience. Elles font leur travail, elles sont majoritaires dans toutes les assemblées, dans toutes les réunions, dans toutes les instances. Mais beaucoup d’entre elles ne sont peut-être pas conscientes de l’importance de leur rôle en tant que femmes dans la société et dans la Commune.

Je pense que c’est un travail qui doit être fait de manière adéquate. Parfois on a des courants féministes qui viennent de l’extérieur du territoire pour “organiser les femmes”. Non ! Venez, écoutez, comprenez le processus, travaillez avec eux, souffrez avec eux, créez avec elles. Et sur cette base, une fois que vous comprenez le processus qu’elles vivent, proposez quelque chose, construisez. Mais ne venez pas imposer vos idées ou celles de votre groupe parce que vous êtes allées en Argentine ou au Chili, et que vous avez vu les femmes y faire telle ou telle chose. Non, il faut observer comment ça se passe ici et à partir de là créer les conditions, les transformer, en produire la philosophie, etc… Je ne suis peut-être pas le meilleur exemple pour promouvoir les processus féministes. Mais je pense que parfois les femmes ne sont pas conscientes du pouvoir qu’elles ont. Nous devons trouver un moyen de leur faire comprendre que sans elles, il n’y a rien.

FS : Chávez disait que la Commune ne peut pas être une île socialiste dans une mer capitaliste, sinon la mer finira par l’avaler, comment cela se passe-t-il dans la cette commune ? Comment se passe l’articulation avec les autres communes ?

JG : Nous sommes en train de la créer. Je pense que nous avançons bien, surtout si on tient compte du fait que notre commune vient de naître. Nous avons à peine deux ans d’existence et nous faisons déjà beaucoup de choses. Aujourd’hui, nous cherchons avant tout à établir des relations économiques avec d’autres communes du pays sur le plan de l’alimentation. Nous essayons de stimuler l’organisation communale suivant le schéma du point et du cercle de la Commune. Nous tentons de faire en sorte que les lieux proches de notre commune soient impactés par sa politique. C’est comme lorqu’un Etat, un gouvernement, aide ses pays voisins, pour prendre un exemple géopolitique. Avec les tonnes de pommes de terre que nous avons rapportées il y a deux semaines, nous avons pu donner des pommes de terre à un prix économique aux conseils communaux voisins. Nous voulons faire la même chose avec d’autres aliments, et tout ce que nous pouvons partager avec d’autres conseils communaux, nous allons le partager. Nous voulons aussi aider à construire plus de communes dans notre parroquia (1), parce que la nôtre est la seule de toute La Pastora. Nous sommes seuls à ramer dans cette mer. Dans un contexte où le pouvoir communal a diminué, nous devons rassembler toutes celles et ceux qui croient en cette idée. Et nous mettre en mouvement.

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Photos: Jesus Reyes

FS : Chávez avait cette caractéristique d’avancer pas à pas, en gardant les pieds sur terre et les yeux sur l’horizon, le lointain. Comment sera-t-on dans dix ans, si tout va bien ?

JG : C’est ici que je dois pleurer ? (rires) Ecoute, d’abord, je ne voudrais pas pouvoir penser égoïstement : je voudrais qu’au moins chaque secteur de El Lidice organise sa commune, ce serait essentiel que la commune puisse en promouvoir d’autres. Deuxièmement, que toutes les instances d’autonomie gouvernementale fonctionnent et qu’elles fonctionnent bien, qu’elles ne soient pas une copie de l’État ancien, qu’elles soient le nouvel État. Troisièmement, que nous ayons l’indépendance, je pense que c’est la clé, l’indépendance de la commune. Chávez l’a dit. Il faut que chaque commune lutte pour l’indépendance sur le plan territorial . Comment administrer ses services, comment administrer son économie productive, comment gérer sa dynamique sociale, comment protéger chacun de ses habitants avec des politiques diverses, et que la participation à chacun des processus électoraux communaux atteigne plus de 60%. Nous devons faire participer les gens, pas seulement en votant. Nous avons besoin de nouveaux espaces de participation.

Je crois que pour que les communes soient le gouvernement de l’avenir, elles doivent se connecter avec l’avenir. Si nous nous pensons comme les Communes de l’Union Soviétique, nous sommes foutus, à l’heure des téléphones portables, quand presque tous les jeunes communiquent plus à travers ces appareils que face à face. C’est l’avenir, allons-y. Faut-il créer un réseau social ? Devons-nous créer de nouvelles formes d’interaction ? Nous devons les créer. Mais nous ne pouvons pas en rester au papier, au journal mural. La commune doit aborder l’avenir, elle doit être l’avenir, elle doit être le gouvernement de l’avenir. C’est comme ça que je vois les choses.

Il y a beaucoup de companeros qui ont peur de ça. Pour eux, créer un café pour les jeunes d’aujourd’hui et non comme un café d’antan, n’a pas d’intérêt. Mais quelle population la Commune aura-t-elle dans les dix prochaines années si on ne prend pas en compte cette tranche d’âge ?

Quand Maduro a lancé le “Carnet de la Patrie” pour faire arriver les aides sociales, ça m’a donné un peu de nostalgie. Par ce que pour moi, la Commune aurait dû s’approprier ces espaces de technologie et de participation d’une manière plus territorialisée. Bien sûr, Maduro l’a peut-être fait, lui aussi, à partir de la nécessité d’échapper à l’Etat bourgeois, et de chercher la technologique qui permette d’atteindre les gens d’une manière plus directe. La Commune doit se penser dans ce miroir.

Bref, pour l’avenir, je vois une commune indépendante, une commune qui ne peut être isolée, et qui pour être indépendante, doit être productive, et en même temps, doit tisser un lien quotidien plus fort avec chacun(e) de ses habitants. De nouveaux espaces de participation. C’est là que se situe l’horizon de l’avenir.IMGP5611

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Photos: Jesus Reyes

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14 avril 2019, le festival international de théâtre s’invite dans la commune Altos de Lidice.

FS : Tout ce que tu me dis me rappelle cette phrase d’un héros du Venezuela et de toute notre Amérique – Simón Rodríguez: « Inventons ou nous errerons », cette volonté de créer sans copier de vieilles formules. Y a-t-il quelque chose que je ne t’ai pas demandé et que tu aimerais dire ?

JG : La situation actuelle des communes est très complexe. Nous avons un triple espace de combat. Celle de la commune en tant que telle, ses vicissitudes, ses problèmes. Celle de la guerre à laquelle tous les Vénézuéliens sont confrontés. Et en outre, l’espace de lutte avec l’Etat bourgeois qui devient plus fort et plus difficile.

Qu’allons-nous faire pour ne pas disparaître ? Le mouvement communal doit se repenser, être un mouvement. En ce moment, nous ne sommes pas un mouvement, nous sommes isolés. Nous devons bouger pour que l’État sache que nous sommes là. Est-il possible de réaliser l’avenir que nous proposons, au-delà de la guerre, avec cet État ? Je ne parle pas de l’Etat bourgeois d’un point de vue philosophique, mais plus précisément de la manière dont les dirigeants du moment se comportent aujourd’hui. C’est toute la complexité du moment. Comment faire ?

Les rencontres qui ont eu lieu jusqu’à présent avec le président ont été des espaces qui suivent dans la même logique. Les communard(e)s se réunissent pendant deux ou trois jours, produisent un document d’environ 20 pages, le donnent au président, qui a déjà son ordre du jour, et à partir de cet ordre du jour, on approuve trois points du document, tou(te)s les communard(e)s applaudissent, repartent et attendent la prochaine réunion avec le président. Non, mon frère, ce n’est pas comme ça que ça doit marcher. Chavez proposait un débat. Quand Chavez a rencontré les communes, c’était un débat, n’importe qui pouvait se lever et dire quatre choses à Chavez, et soit il disait oui c’est ça, soit il disait non. Mais c’était un débat, pas une réunion protocolaire. Avec les communes, il ne s’agit pas de faire des rencontres institutionnalisées, non. Avec les communes, il faut discuter politique. Parce que c’est avec ces gens que vous allez construire le socialisme. Ce n’est pas avec d’autres gens. Avec quel sujet social allez-vous construire le socialisme ? Avec celle ou ceui qui habite le territoire. Qu’il soit jeune, femme, noir(e), blanc ou blanche, brun(e), athée, catholique, chrétien(ne), protestant(e), qui que ce soit. Tout est là.

Ce qui se passe, c’est que les choses deviennent de plus en plus floues et que l’on retombe dans l’État qui impulse beaucoup de politiques nationales, mais sans territoire. C’est une complexité qui, à mon avis, ne fait pas l’objet d’un débat. Nous le subissons tou(te)s, nous le critiquons tou(te)s, nous l’écrivons tou(te)s, mais il ne se passe rien au-delà. Nous devons nous rencontrer, créer un espace de débat et de concrétisation, avec des propositions sérieuses. Si ce n’est pas avec les mille communes dont on nous parle, alors que ce soit avec les trente qui le veulent. Nous oserons. Nous oserons proposer autre chose. Tel est notre défi.

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Photo: Jesus Reyes

Note : (1) La paroisse est l’instance juridictionnelle immédiatement inférieure à la municipalité.

Source: https://fedechimo.home.blog/2019/04/11/la-comuna-es-la-celula-territorial-del-socialismo/ 

Traduction : Thierry Deronne

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« Marche », luttes paysannes au Venezuela: le documentaire complet en ligne (sous-titres français)

Synopsis : Venezuela, 2018. Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats. 46 min. Video HD

Le documentaire « Marche », produit par Terra TV, a été réalisé avec les compagnes et compagnons de la plateforme paysanne qui ont remonté à pied les quelque 400 kilomètres qui séparent la ville de Guanare de la capitale.

Pourquoi soutenir Terra TV ?

En juillet 2018, les militant(e)s de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma et de Télévision ont relevé le défi de créer la télévision paysanne Terra TV. Dès le départ cette télévision a été voulue et pensée par les paysan(ne)s eux-mêmes. Ils et elles veulent aujourd’hui multiplier la production et la diffusion de leurs images pour renforcer leur pouvoir de négocier avec le gouvernement, accélérer la remise de titres de propriété, et s’organiser territorialement. Ils nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle. Pour disposer des moyens de formation et de production audiovisuelles, nous avons donc lancé une campagne de financement participatif. Nous voici très proches de l’objectif, avec 95% du total apporté par 140 donateurs (trices). Vous pouvez nous aider à gagner cette bataille en exprimant votre solidarité ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

L’heure est venue de sortir de la « critique des médias » pour initier concrètement la réappropriation populaire de l’information. La télévision, enlisée dans le degré zéro de son potentiel social et de son écriture audiovisuelle, redeviendra un formidable outil de formation et d’information en s’enracinant dans chaque territoire et en se faisant cohérente avec la démocratie participative. C’est-à-dire en changeant son mode de production. A Terra TV, chaque point du territoire, chaque voix ont la même valeur. Pas de studio, pas de journalistes, pas de politologues, pas de maquillage, pas de formatage, ni de « sujet » ou de « temps de parole » préétablis. Ici on ne coupe pas la parole. Le temps nécessaire à produire une information ressemble au temps de la production paysanne. Terra TV est une école permanente qui forme les paysan(ne)s à transmettre leur regard.  Terra TV sera en priorité le canal des voix féminines et sera aussi le relais de luttes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure où la concentration des médias privés criminalise les mouvements sociaux. Nous voulons libérer la télévision de cette globalisation qui oblige à passer par de grands groupes médiatiques. Vive le dialogue direct entre les peuples !

D’avance, merci pour votre soutien !

L’équipe de Terra TV

Le visage de la télévision paysanne émerge dans les reportages réalisés depuis juillet 2018:

terra tv productions

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Projection de « Marche » lors d’une assemblée paysanne, état de Falcon, Venezuela

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Ateliers de formation de Terra TV

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