« Jusqu’à nous enterrer dans la mer »: le film intégral en ligne (sous-titres FR)

affiche_danslamer_taille-moyenne_franc.jpgComment le petit peuple, les gens modestes, et les femmes en particulier des quartiers populaires vénézuéliens (que les grands médias s’évertuent à invisibiliser) vivent-ils la guerre économique décrétée par les Etats-Unis, organisent-ils la résistance et renforcent la démocratie à la base… ? De cela, l’information calibrée ne parle jamais. Ce film surgit d’un an de vie commune du réalisateur Thierry Deronne avec les habitants du barrio Bello Monte, dans l’état d’Aragua et fait le point sur la révolution bolivarienne en essayant de faire « politiquement du cinéma plutôt que du cinéma politique ». Pour le professeur de cinéma documentaire Thierry Odeyn (INSAS, Bruxelles) ce film nous apporte « une trace de la construction d’une démocratie au Venezuela » et pour l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique et spécialiste de ce continent qu’est le journaliste français Maurice Lemoine, «c’est le film le plus juste que j’ai vu sur l’Amérique Latine».

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Histoire du travail effectué par un village de communard(e)s pour faire avancer la Révolution Bolivarienne

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Notre Commune El Maizal est constituée de 22 Conseils Communaux dont 12 font partie de la Municipalité Simon Planas de l’Etat de Lara et 10 de celle d’Araure, dans l’état de Portuguesa. Nous sommes une des premières communes à avoir regroupé des terres de différents états. Depuis notre création nous gérons une exploitation de 2200 hectares dont environ 1800 sont essentiellement destinés à la culture du maïs. C’est Chavez en personne qui nous a remis ces terres le 5 mars 2009. Il nous a visités deux fois – le 29 novembre de la même année, c’est depuis El Maizal qu’il a transmis le n°344 d’Alo Presidente”.

Cette année-là, nous avions réalisé notre première plantation communale d’environ 150 hectares de haricots à l’aide d’un crédit géré par la Banque Mutuelle Gustavo Vegas Léon. En 2010, nous sommes passés au maïs avec un financement géré par le Conseil Communal El Esfuerzo de la communauté d’El Cerrito, car à cette époque-là nous n’étions pas encore officiellement enregistrés. Ce n’est que récemment, en octobre 2012, que le Ministère des Communes a procédé aux premiers registres légaux, celui de la Commune El Maizal a été signé le 25 mars 2013.

En 2011 et 2012, nous avons semé 250 hectares de maïs et en 2013 nous en avons planté 600, cette année-là ayant été une année cruciale pour la Commune qui, après de multiples conflits avec la Corporation Venezuela de Alimentacion, entreprise d’Etat avec laquelle nous partagions l’utilisation des sols, décida de s’en retirer lors d’une Assemblée. Cette superficie cultivée est restée constante jusqu’en 2015.

En 2016 et 2017, 1100 hectares de maïs ont été cultivés avec la participation de 68 petits producteurs; le financement attribué par le gouvernement révolutionnaire ne correspond qu’à une superficie de 600 hectares mais le reste a pu être cultivé grâce aux excédents provenant de la Commune. C’est ainsi que s’est constitué le Réseau de Producteurs qui s’étend et se renforce actuellement avec l’ajout d’autres cultures.

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.. mais la Commune El Maizal, ce n’est pas que du maïs !

En travaillant incessamment, nous avons pu mettre en place diverses expériences de production parallèlement avec notre développement organisationnel, grâce à notre détermination à aller de l’avant et au soutien du gouvernement révolutionnaire.

Cela nous a permis de contribuer de manière significative au bien-être de notre population, d’abord dans le cadre de la Commune El Maizal et maintenant au-delà, ce qui a amené la Municipalité Simon Planas à créer sa cité communale et son district de développement agro-industriel. Pas à pas, nous avons monté d’autres entreprises de propriété sociale directe et des unités de production qui forment aujourd’hui notre système d’économie communale. En 2011, nous avons lancé un projet d’élevage en achetant 48 taureaux destinés à l’engraissement grâce à un crédit du FONDEMI. Lors de l’Assemblée de juillet 2011, qui s’est tenue sur le terrain de foot de Sabana Alta, nous avons choisi le statut de l’entreprise, première étape dans ce nouveau défi. Puis nous avons agrandi le troupeau en y ajoutant quelques vaches, ce qui nous a permis de fabriquer nos premiers fromages. Cette nouvelle expérience nous a encouragé à demander un autre crédit auprès de FONDAS pour l’acquisition de bétail laitier en 2013, commençant par 60 vaches et 3 taureaux. L’année suivante, nous avons rajouté 50 vaches et 2 taureaux à ce troupeau. Dès 2012, nous nous sommes lancés dans la vente de viande et en 2013, dans celle de fromage aux Conseils Communaux de notre secteur. Fin 2017, nous disposions d’un cheptel de 1150 têtes. Nous avons amélioré chaque jour notre travail de sorte que nous avons pu maintenir puis augmenter la production de fromage, de beurre et de viande qui, ajoutée à celle du maïs, nous a permis d’organiser des journées de vente en plein air avec les conseils communaux.

Le Centre de stockage et de distribution de la Commune El Maizal

Dès 2013, quand la commune d’El Maizal a commencé son activité de vente aux conseils communaux, deux nouveaux défis se sont posés à nous : créer les conditions nécessaires au stockage de notre production et de celle des petits producteurs de la région (contribuant ainsi à lutter contre les intermédiaires et la spéculation), et élargir peu à peu le circuit des communautés desservies au-delà de notre territoire.

C’est ainsi qu’en 2014, la vente extérieure à notre secteur s’est étendue aux 86 Conseils Communaux de Sarare et La Miel. En 2016 s’acheva la construction de notre Centre de stockage et de distribution, répondant ainsi au besoin de disposer d’un espace où stocker la totalité de nos produits, dont le fromage, la viande, les haricots, le maïs, le beurre, les légumes, entre autres. Rien qu’en décembre 2017, près de 8 000 kilos de viande ont été écoulés, approvisionnant tout le secteur de la Commune El Maizal ainsi que les deux paroisses de la Municipalité, Sarare et La Miel. A la même époque, nous avons écoulé 1 500 kg de fromage, 800 kg de beurre, près de 4 tonnes de légumes dont des poivrons, de la coriandre, des oignons, sans compter la vente de près de 2 500 kg de café moulu.

Nous avons participé à bon nombre d’autres actions de vente en dehors de la Municipalité, couvrant des communes ou des organisations sociales, institutions et associations diverses ; nous étions par exemple présents pendant trois années consécutives sur les Marchés Communaux organisés par le Ministère des Commune à Caracas.

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La transformation du maïs : meule et minoterie

En 2017, nous avons tenté de réaliser un vieux rêve : transformer nous-mêmes le maïs que nous produisons, alors qu’il finit habituellement entre les mains de l’industrie agro-alimentaire, remis par ce même gouvernement auquel nous fournissons toute notre production subventionnée. Un système fermé qui renforçait notre dépendance et détournait une part importante du produit de notre travail de notre zone d’activité et de notre Municipalité. Après diverses tentatives et projets, nous avons fini par intégrer le Programme de Minoteries lancé par le Ministère des Communes et nous disposons déjà des infrastructures nécessaires pour en accueillir une qui devrait être opérationnelle sous peu et sera alimentée par la production de notre Plan de Semis. En parallèle, nous avons récemment installé un moulin, en sorte de disposer des deux options pour répondre aux besoins de la population ; elle aura une capacité de production journalière d’environ 2 000 kg de maïs.

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe et Communale (EPSDC) de Briques Simon Bolivar

La EPSDC de briques Simon Bolivar, créée en 2010, a été cruciale pour la réalisation de nombreux projets par la Commune El Maizal, en termes de construction d’infrastructures sociales et productives. C’est de là que proviennent les briques utilisées dans la construction des maisons de la Grande Mission Logements Venezuela, des lycées et des écoles que nous avons bâties, des maisons communales et des entrepôts, y compris les intrants permettant d’améliorer le rendement des récoltes. Une bonne partie de l’amélioration de notre habitat est due au travail de ses ouvriers. Cette même usine a pu maintenir une production de 400 000 briques par an jusqu’à ce que survienne la crise du ciment en 2016. Actuellement, elle est à l’arrêt à cause du coût élevé des matériaux et de son emplacement difficile d’accès.

L’Entreprise de Propriété Collective Directe Communale de Distribution de Gaz Camilo Cienfuegos

L’entreprise de distribution de gaz Camilo Cienfuego a été inaugurée en 2012 après la présentation de son projet à PDVSA Gaz et un conflit avec la Mairie de Simon Planas au sujet de son contrôle (qui perdure dans une certaine mesure). L’usine alimente 190 Conseils Communaux, et près de 16 000 familles avec la vente de 25 000 bonbonnes par mois. Elle est dirigée par une équipe de producteurs qui vivent dans les différentes communautés du territoire de la Commune. Elle est toujours en fonctionnement à ce jour malgré un contexte de crise, avec des baisses ponctuelles dans les cas où une expédition au secteur approvisionné est nécessaire et où des difficultés surviennent lors de l’entretien des camions. Elle est actuellement en pourparlers avec les conseils comunaux pour chiffrer de manière transparente ses coûts de production et rechercher des solutions qui ne représentent pas une charge supplémentaire pour les communautés.

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L’Unité de production communale de cultures

A Sabana Alta, qui fait partie du secteur de la Commune El Maizal, fonctionne une UPC de cultures protégées, un complexe agricole de 6,6 hectares constitué de 12 unités destinées à l’ensemencement d’une surface de 540 m2 chacune, un réservoir australien de 300 000 litres, des systèmes d’irrigation, un bureau, des appartements, des salles de bain, une serre pour la germination et pour les jeunes plants, une salle de fertilisation et un local pour les pompes, le tout recouvrant une superficie de plus de 160 m2. Elle a été construite par la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture et administrée par FONDAS pendant 8 ans, celle-ci l’ayant laissée complètement à l’abandon suite à une mauvaise gestion. Puis elle a été dévalisée jusqu’à sa récupération par la Commune.

En 2014, la Commune El Maizal l’a reprise en main et depuis lors nous la restaurons petit à petit à nos propres frais, après avoir relancé sa production dès le début, avec diverses cultures comme les poivrons, les tomates, les oignons, les concombres, la coriandre, le pois quinconcho, le manioc (yuca)…

Lors de la session du Conseil Présidentiel du Gouvernement Populaire des Communes du 15 août 2015, le Président Maduro a signé son transfert à la Commune El Maizal, scellant ainsi notre victoire dans ce combat. A ce jour, six unités récoltent les poivrons tandis que les six autres sont en pleine reprise et viendront s’ajouter à sa capacité de production. Jusqu’en avril 2018, nous avons obtenu une récolte d’environ 3000 kg alors que cette plantation n’en est encore qu’à 50% de son exploitation. L’objectif de production annuel est d’environ 30 tonnes de légumes.

La plantation de semences de maïs et de riz sera aussi développée dans le cadre des projets-clés visant à renforcer l’autonomie dont a besoin notre production agricole. Parmi les réparations effectuées, la pose de la toiture de six pépinières et la remise en état d’un système d’irrigation qui avait été détérioré autant par l’usure que pendant le cambriolage, surtout au niveau de ses tuyaux, tubes et valves, ont exigé un gros investissement.

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L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon (anciennement Porcinos de Alba)

L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon, anciennement nommée Porcinos del Alba et aux mains de la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture, a été récupérée par ses travailleurs et les habitant(e)s de la Commune El Maizal le 28 juin 2017. Elle a été occupée parce que ladite entreprise n’assumait pas comme il le fallait l’entretien de l’unité de production, provoquant la perte de bétail et portant préjudice aux travailleurs, probablement pour la céder ensuite au secteur privé. Alors qu’elle dispose d’une capacité d’accueil de 6000 têtes de bétail, elle a été récupérée avec 350 animaux faméliques, des reproductrices pour la plupart. Les travailleurs, préoccupés par leur état, leur avait donné des mangues jusqu’à ce qu’au bout de 28 jours de privation de nourriture, ils aient fini par l’occuper avec l’aide de la Commune El Maizal.

En décembre 2017, après cinq mois de travail sous le contrôle de la commune et des travailleur(se)s, le troupeau avait déjà regagné 2 150 bêtes, dont 900 en croissance et 665 pour l’engraissement, sans compter les reproductrices et les veaux à la mamelle. La plus grosse difficulté que cette unité productrice de base a rencontrée a été d’obtenir de l’alimentation pour bétail à un prix juste qui dans les dispositifs actuels, dépend d’un quota chez des distributeurs d’aliments contrôlés par l’Etat. Curieusement, elle n’a pas pu y accéder jusqu’à présent, ce qui l’a obligée à recourir à l’achat par intermédiaires à des prix spéculatifs au cours des premiers mois.

La mortalité du bétail a chuté de 98%, les animaux sont suivis par des vétérinaires et un accord a été conclu avec Porcinos de Alba pour régulariser la fourniture d’aliments en échange de l’achat assuré par l’Etat de la majorité de la production. Mettre en route sa propre usine de production d’aliments équilibrés dans l’U.P.C. constitue une priorité pour la Commune El Maizal. C’est ce qui lui permettra d’améliorer les conditions de sa production et, par ailleurs, de récupérer la flotte de véhicules adaptés aux exigences du transport des porcins, actuellement à l’abandon.

S’y ajoutent : la remise en état des silos de chaque aire de travail (10 d’une capacité de 14 000 kg, dont 8 nécessitent une maintenance et 2 des réparations importantes, y compris un petit silo de 2 000 kg), l’installation d’une unité de production d’électricité assurant l’autonomie de l’U.P.C., et pour finir l’installation d’un système d’éclairage pour garantir sa sécurité en améliorant sa surveillance.

L’Unité de Production Communale Simon Bolivar (anciennement UCLA)

Le 17 octobre 2017, nous nous sommes engagés dans une nouvelle bataille. En effet, les installations de la station expérimentale de l’Université du Centre-Ouest Lisandro Alvarado, dans le secteur El Torrellero, étaient à l’abandon bien qu’ayant bénéficié d’un financement de l’Etat ; elle avait une longue expérience de la pisciculture derrière elle, grâce aux infrastructures qui s’y trouvaient et dont elle avait besoin pour son activité.

Nous avons été convoqués par le Conseil Communal de la Collectivité de Torrellero qui nous a proposé de nous charger de sa relance et d’assurer sa gestion avec celle-ci. Cette position avait été prise en Assemblée suite à l’indignation soulevée par les vols permanents et les dégâts importants causés à cette infrastructure destinée à la production et à la formation, et qu’il fallait maintenant remettre en état pour qu’elle retrouve son emploi. Ceci en hommage à la méthodologie du “point et du cercle” dont parlait Chavez.

L’UCLA réagit à cette récupération en mentant à l’opinion publique, affirmant que l’unité était pleinement opérationnelle et que ses installations étaient menacées. Elle porta plainte en Justice bien que l’évidence même prouvait tout le contraire. Nous sommes donc engagés dans un procès judiciaire dont nous sortirons certainement gagnants. Nous y avons trouvé du bétail de race Caroro dans de très mauvaises conditions, une maison considérée comme patrimoine régional tombait en ruines, les médicaments vétérinaires étaient périmés, les machines pillées et les étables s’écroulaient à cause des infiltrations d’eau, les caves et les pièces d’habitation étaient en mauvais état ou totalement endommagées. Bref, nous étions face au résultat de nombreuses années d’abandon.

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En mars 2018, la Commune El Maizal, avec l’accord de la communauté, décida d’installer là son troupeau laitier, car l’espace et les conditions qui s’y présentaient après l’aménagement des lieux permettait de mieux s’en occuper. Cette décision a été prise suite à l’incendie criminel de plus de 200 hectares de pâturages situés sur les terres de El Maizal, qui a mis notre cheptel en danger.

En avril 2018, nous avons obtenu une production journalière de 180 litres de lait et de 15 à 18 kg de fromage. Notre cheptel, qui se trouvait alors à l’UPC Simon Bolivar, comptait 46 vaches Girolando et 36 Carora, 25 veaux Girolando et 14 Carora répartis dans 14 parcs installés sur les 90 hectares dont les pâturages et les clôtures ont été récupérés. En ce qui concerne les infrastructures destinées à l’élevage, nous disposons de 4 corrals, une salle de traite mécanisée avec 4 stations dont 2 sont en activité et le reste en cours de restauration. Il y a également 8 chambres froides dont 2 fonctionnent, 3 entrepôts utilisables et un logement actuellement occupé par les producteurs qui vivent sur place.

Nous essayons de relancer le projet de pisciculture, vu qu’il existe six étangs sur le site (le premier en voie de réfection pour l’élevage de tilapias); la remise en état d’une salle d’alevinage, base de l’autonomie que requiert le bon déroulement de cette expérimentation, est également envisagée. Dans le cadre du démarrage du Plan de Semis 2018, nous avons déjà préparé 3 hectares pour la plantation de maïs, 4 pour le Verger Communal en collaboration avec la communauté, et ½ hectare pour les producteurs qui vivent à l’UPC.

Le Verger Communal est une nouvelle ligne de travail du Plan de Semis 2018, qui consiste à former des Brigades de plantation, que ce soit avec des équipes de producteurs provenant des différentes UPC et/ou des comuneras et comuneros qui développent le processus organisationnel du Mouvement Communal Simon Planas. La Commune El Maizal y conserve les intrants de base pour la culture de de produits essentiels comme le maïs, le quinconcho, les haricots et la yuca, entre autres. La majorité de la production est destinée à la consommation familiale des brigadistes, et le restant à l’approvisionnement à des prix équitables des secteurs où ceux-ci mènent leur travail politique et social. Ces ressources permettant de reconstituer le stock d’intrants et de créer un fonds pour la plantation suivante.

L’UPC Simon Bolivar a aussi un fort potentiel de développement du tourisme communal, car sa région est constituée de formations rocheuses offrant aux visiteurs nationaux comme étrangers l’occasion de pratiquer des sports extrêmes et d’effectuer des randonnées dans un milieu naturel riche en cascades, en faune et en flore. Cette unité est cruciale pour l’effet de levier qu’elle exerce sur les processus fondamentaux assurant la viabilité de la Commune et du Mouvement Communal Simon Planas, du fait qu’elle réunit toutes les conditions pour l’installation de plusieurs unités de conditionnement ; à part celle du fromage et du beurre qui fonctionne déjà, il pourrait s’en ajouter une produisant de la charcuterie et de la viande sous diverses présentations et découpes, ainsi qu’ un abattoir pour les bovins et les porcins, par exemple. Pour cela, il nous faut remettre en état les chambres froides et évaluer l’état des infrastructures physiques afin d’établir un plan de restauration ou de remplacement, tant de la maison que des entrepôts, y compris l’achèvement de l’aménagement des parcs et la réfection des clôtures extérieures, travail qui a déjà été commencé.

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Un travail de gestion et de production communales réinvesti dans le social

Notre Commune El Maizal a subvenu aux besoins sociaux des communautés grâce aux revenus de projets financés par l’Etat et aux excédents générés par nos entreprises et unités de production. Ceux-ci ont été nombreux au cours des dernières années, ce qui constitue une nouvelle preuve de l’importance du partage des responsabilités tel qu’il figure dans la Constitution Bolivarienne et dans les programmes de nos conseils communaux ; ce sont les deux axes majeurs de notre Révolution.

Nous pouvons affirmer avec fierté que c’est grâce à la mobilisation de la population et à sa gestion directe qu’ont pu être réalisés l’asphaltage des routes, effectué par les communes de Paujisal, Palmarito, El Flaco, Caballito et Palma Redonda, l’électrification de commune comme Paujisal, Palma Redonda, El Playon, La Calanchera, Brisas Del Cerrito, Palma Sola, Palmarto. Sans oublier la construction de l’aqueduc de El Calvario.

Nous avons aussi construit deux dispensaires, l’un à Caballito qui est sur le point de fonctionner, l’autre à Palmarito, que nous avons aussi équipé et qui est déjà en activité. S’y ajoutent plus de 1200 mesures d’aides en matière de santé, que ce soit pour des opérations, l’achat de médicament ou d’équipements médicaux. Sans compter divers dons apportés à des écoles, des lycées et à diverses activités sociales et culturelle, de même qu’à des églises catholiques et évangéliques, fournissant par exemple des kits sportifs à des disciplines comme le base-ball, le football, le volley ball et des uniformes pour les équipes, et enfin la construction du stade de El Cerrito.

Nous avons remis en état cinq écoles rurales et construits avec nos excédents trois lycées pour 450 élèves environ à El Cerrito, Caballito et Sabana Alta où a également été édifiée par nos soins la Maison Communale. Notre travail a aussi permis la construction de 284 logements distribués sur tout le territoire de la Commune, dans le cadre de la Grande Mission Logement. Nous projetons d’édifier une infrastructure qui servira de siège au groupe universitaire de L’Université Polytechnique Territoriale J.J. Montilla de l’Etat de Portuguesa, avec laquelle nous avons passé un accord en vue de construire des annexes qui accueilleront au minimum 300 de nos jeunes dans le cadre de trois Programmes Nationaux de Formation (P.N.F.) dans les spécialités de soins vétérinaires, agro-alimentation et conditionnement-distribution d’aliments.

Nous oeuvrons à un regroupement politique autour d’un projet de Cité Communale

Tout comme nous avons développé la Commune El Maizal, nous avons mis en route le Mouvement Communal Simon Planas, avec la collaboration des différentes communes de la Municipalité, relevant le défi d’aller encore plus loin dans l’édification de l’Etat Communal, projet stratégique de notre Commandant Chavez qui a devant lui une route toute tracée dans les Lois du Pouvoir Populaire; pour nous, il s’agit de la seule stratégie qui nous permette d’affronter la phase actuelle d’escalade de l’agression impériale en sortant des limites de l’Etat bourgeois et de ses méthodes de gestion politiques comme la corruption, la bureaucratie et le clientélisme ; méthodes qui ont depuis toujours favorisé la dépendance et le colonialisme du capitalisme rentier vénézuélien.

C’est pour cette raison que nous avons créé nos Conseils Communaux constitués de Communes, dont celle de El Maizal est la pionnière. Et nous continuons à nous regrouper politiquement pour consolider notre autogouvernement. Nous avancerons dans cette voie avec un nouveau pas en avant consistant à organiser nos Villes Communales pour ensuite développer la Fédération Communale avec son District Moteur de Développement Agroindustriel, pièce maîtresse de notre stratégie visant à devenir un modèle de construction du socialisme.

L’évaluation de notre territoire et des communes créées nous mène à la conclusion qu’il nous faut créer deux Cités Communales, bases de notre future Fédération Communale, ce qui veut dire que les communes faisant actuellement partie des paroisses Sarare et Gustavo Vegas Léon de Simon Planas constitueront une Cité Communale, parmi elles : El Maizal (sachant qu’elle est aussi composée de conseils communaux de l’Etat de Portuguesa), Lanceros de Atures, Sarare (où nous avons relevé le défi de développer une véritable dynamique communale et de faire en sorte qu’elle redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être), Armando Bonilla (projet de cette commune suite à l’élargissement du territoire de la Commune de Sarare) et Ezequiel Zamora.

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La deuxième Cité Communale sera constituée des Communes de la Paroisse Buria (certaines comprenant des Conseils Communaux de l’Etat de Yaracuy), terre de Negro Miguel et de son épopée libertaire, dont Negro Miguel, Minas de Buria, Revolucionarios de Buria Con el Cuartel de la Montana, et Rio Turbio de Buria Patria Querida. Ce sont donc 9 Communes qui feront partie des deux Cités Communales devant former la Fédération Communale, en hommage à notre Commandant Chavez et à notre Général d’hommes et de femmes libres, Ezequiel Zamora : nous consoliderons ainsi notre Système de Gouvernement Populaire.

Ce processus met l’accent sur le rôle des femmes, des jeunes et de la production. Voilà pourquoi s’est développé le Mouvement des Femmes Communardes, créant ses propres méthodes et objectifs à partir de son programme, car la grande majorité de nos membres sont des femmes, ce qui fait notre force et caractérise nos actions tout en garantissant la qualité de sa ce que nous entreprenons ainsi que nos victoires. Il nous faut aussi renforcer le Mouvement des Jeunes Communeros, qui représente un autre succès important de notre lutte, à savoir le ralliement d’une importante partie de la jeunesse qui assume les tâches les plus variées et s’exprime par sa propre voix dans toutes nos actions.

Nous nous engageons aussi à développer intégralement la production communale avec son réseau de producteurs, dans la perspective d’améliorer notre Programme de plantations comunal qui vise à rendre plus efficace encore le travail effectué sur nos terres. La distribution et le conditionnement de notre production doivent être effectués de nos propres mains. Associer nos femmes et nos jeunes à la capacité organisatrice de nos Conseils Communaux et de nos Communes et à notre production, voilà la formule organisationnelle proposée durant toutes ces années et qui doit s’imposer plus que jamais en cette période extrêmement difficile que connait la révolution bolivarienne.

Source : http://www.albatv.org/Comuna-El-Maizal-en-el-camino-de.html

Traduction : Frédérique Buhl

Photos: Juan José Moreno pour Terra TV et Alba Ciudad

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La révolution qui progresse en Haïti est directement liée à celle du Venezuela

Vivre le Vénézuéla (II)

Une main est posée à plat sur la table. L’autre glisse du haut en bas, l’index appuyé sur la liste comme de peur qu’un nom s’envole. Hector, militant chaviste, a trop souvent entendu la plainte de celle ou celui à qui on a pris la place dans la file de distribution du gaz. « Souvent on passe une journée à tout expliquer aux gens, puis ils oublient et il faut tout recommencer ».

Un des grands problèmes, selon lui, ce ne sont pas les militants de droite qui depuis 2017 font alliance avec la pègre pour allumer, de préférence la nuit, les incendies que les satellites du monde entier transformeront « live » en révolte populaire. C’est l’absence prolongée des cadres du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) et l’inaction de certains fonctionnaires gouvernementaux. Surtout en ce mois de janvier 2019 où le secteur privé a augmenté les prix au-delà du supportable pour créer le chaos et empêcher Nicolas Maduro d’assumer le verdict des urnes. A chaque augmentation du salaire décrétée par le président a répondu une hausse des prix, mais celle-ci a passé toute mesure. Des réponses ! Des réponses ! Geler les prix des aliments ! Face aux plaintes populaires, le formateur de la commune Jesus Garcia a lâché un jour : « Moi au moins je suis ici, avec vous ».

D’ou la valeur de « thermomètre » de la réunion sur les services (voir épisode précédent) qui se tient ce soir dans le secteur El Rosario, quelque part dans l’Ouest populaire de Caracas. Le monde ne connaît que l’Est de la capitale car c’est de ses quartiers riches que partent les manifestations de l’opposition. L’Ouest, où vit 80% de la population et qui est le vrai centre de gravité politique du pays, n’attire pas micros et caméras. Ce soir on gravit à pied l’enchevêtrement de ruelles humides, les trois corps inégaux d’escaliers, la plaque de ciment qui sert aux enfants de terrain d’entraînement de base-ball, une lente marche guidée par la salsa vieja :

Hoy tristeza, mañana felicidad !

Au bout de l’impasse au sol strié pour éviter les chutes, un groupe de femmes converse au seuil de la salle des fêtes. Le secteur d’El Rosario a tardé a répondre aux appels du pied de la commune « Altos de Lidice ». Mais le travail des responsables féminines de la santé dans les secteurs voisins a porté, brisant la méfiance. Un pas considérable, quand chaque goutte d’eau peut renverser ou renforcer le courant de la vie ou du néant.

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Le militant montre la liste. « Voici comment nous avons fait : le matin je suis allé frapper à toutes les portes, à cinq heures du matin, tant pis pour les gens fâchés d’être ainsi réveillés, et je leur ai crié ¨le gaz ! Le gaz !¨ Oui, en frappant à toutes les portes ! » (applaudissements). Puis j’ai attendu tout le monde à l’heure dite, à sept heures du matin, et chacun a reçu le numéro correspondant à sa bonbonne, ainsi pas de petits finauds débarquant avant les autres, pas de gens faisant la file depuis la veille pour passer devant les autres, chaque famille a reçu sa bonbonne, et croyez-en mon expérience: il faut partir du recensement des familles mené par chacun des CLAPs (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production). »

« Oui, se lève Betty, l’autre jour j’ai vu des personnes qui commençaient la file depuis 18 heures la veille… »

« Ah pour ça vous savez ce que je fais, reprend Hector le vétéran ? je m’assieds dès l’aube au lieu d’arrivée du camion et si je vois des gens qui arrivent avant l’heure je leur dis : revenez à l’heure du camion. Ah et autre chose il faut prévoir une équipe pour descendre jusqu’à l’avenue et guider le camion et l’aider à répartir le gaz. Chaque famille paie sa bonbonne et si on veut donner un pourboire au chauffeur, chacun est libre de le faire mais moi je préfère ne pas me mêler d’histoires de sous.»

Quand Johanna propose de diviser les camions en trois zones, la fibre du pédagogue inquiet se réveille chez le jeune Jesus Garcia, accroupi au bord du cercle: « On reviendrait aux années 90. Pourquoi ne pas travailler à partir de nos organisations, des conseils communaux, des CLAPs ? Quand je parle de zones, le rassure la première, je parle de la quantité de personnes. Chaque camion amène autant de bonbonnes pour autant de personnes, qu’elles soient organisées en CLAPs ou en conseils communaux. »vlcsnap-2019-01-22-16h46m07s850.pngvlcsnap-2019-01-22-16h51m54s601« D’accord, poursuit Jesus Garcia, mais ne retombons jamais dans la représentativité, dans l’obligation d’attendre des mois ou des années pour voir si la personne que nous avons élue fait bien ou mal son travail, à nous d’assumer nos tâchesEt n’oublions pas qu’ici au Venezuela, ce gaz n’appartient pas à l’élite, il est notre propriété et qu’il est pratiquement gratuit; Pas question d’en faire commerce. »  A El Rosario, quartier aux 350 familles, tout le monde se connaît, et la méthode a fonctionné. Ici même le boulanger qui escroque la commune et sa mère, venue le défendre à la réunion, continuent à réclamer leurs bonbonnes et on les leur donnera. Au sortir de la réunion, les abrazos se mêlent aux rires, puis s’éloignent à reculons les silhouettes qui saluent et les reflets de lunettes dans la brume de la nuit.

Le lendemain, avant l’assemblée plénière du gaz communal, Jesus Garcia anime deux réunions dans une classe de l’école primaire: sur la boulangerie communale (où il dénude les calculs douteux du boulanger) et sur l’achat de la viande par la boucherie communale. Il explique aux différents conseils de la commune que les producteurs de viande préfèrent qu’on les paie avec du sel pour les aliments du bétail, qui vaut plus pour eux que l’argent vu la difficulté de trouver ce complément dans leur région. Au total si chacun joue son rôle, on vendra aux familles du pain et de la viande à 40% du prix que pratique le secteur privé, et il en restera un bénéfice pour la banque communale.

« Dehors les gens sont arrivés, on avait dit à sept heures » interrompt un participant.

« On y va, on y va, dans quinze minutes !» promet Garcia.

L’assemblée plénière du gaz se déroule à deux pas de la crèche de Noël construite en carton des boîtes alimentaires des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs). Dedans un âne aux dents hilares réchauffe le nouveau-né qui en a bien besoin à cette heure, sur les hauteurs de Caracas. Au micro, le jeune Garcia interroge la cinquantaine d’habitant(e)s : « Et si à el Rosario ils ont réussi a organiser la distribution du gaz calmement et sans heurts, est-ce parce qu’ils sont extraterrestres ? Non, ils sont comme nous, et nous sommes comme eux. Etait-il vraiment nécessaire de recourir à la violence ou de nous en prendre au voisin, comme cela est arrivé ici l’autre soir ? ». Puis il énumère les points de la méthode expliquée la veille lors de la réunion sur les services, appelle à l’estrade les responsables du gaz des divers conseils communaux, leur propose de prendre en main la nouvelle méthode, cède le micro pour des questions, des propositions.vlcsnap-2019-01-24-17h13m36s635

Si on regarde l’histoire de la commune « Altos de Lidice », en pleine guerre économique qui exerce une pression de plus en plus forte force sur les habitant(e)s, force est de constater qu’au-delà du rôle « d’éclaireur » de Jesus Garcia, les responsables assument de plus en plus leur responsabilité concrète, et que ce sont des femmes en majorité. C’est le doux paradoxe de cette assemblée : au moment où elles débattent de gaz, viande, pain et de démocratie participative, à quelques dizaines de mètres, des opposants frappent sur des casseroles, et quelques gamins de 12 à 13 ans tapent eux aussi sur du métal en dévalant les trottoirs, rieurs. Le profond mécontentement populaire n’a pas donne le niveau politique espéré par la droite, même si les meetings d’opposants ont, pour la première fois, retrouvé l’affluence. Les foyers de violence duraient ici une nuit, là une autre, sans suivi, sans enracinement, preuve de leur caractère « planifié », destinés à la blitzkrieg des médias internationaux. Les chavistes aussi se mobilisent en nombre mais attendent que Maduro agisse vite, et agisse plus fort, face aux entrepreneurs privés, au patronat, aux montées quotidiennes des prix qui asphyxient le peuple, et à l’incapacité de nombreux fonctionnaires à effectuer la tâche qu’on attend d’eux.

La partie n’est pas simple puisqu’au gel des prix les producteurs répondent en paralysant la production, et la révolution productive planifiée par Maduro ne va pas aussi vite que la guerre économique. Sur le plan international le président a joué de son talent diplomatique, s’assurant le soutien de puissances comme la Chine ou la Russie pour redresser l’économie. En intrônisant un jeune leader d’extrême droite depuis Washington, qui ne fait pas l’unanimité dans les partis d’opposition, et en rejouant la carte de la violence, l’opposition locale dilapide son maigre crédit politique. Elle heurte de front la culture démocratique, patriotique et pacifiste ancrée profondément chez les vénézuéliens de tout bord. La droite, ici ou dans des pays comme le Brésil, est d’ailleurs vouée à un exercice éphémère  du pouvoir: ses politiques ultra-néolibérales et racistes créent très vite des bombes à retardement social, qui les condamnent à la fuite en avant, par exemple en voulant détruire le Venezuela.

A part réussir sa « révolution productive », le salut du Venezuela bolivarien passe plus que jamais par réduire l’écart entre l’Etat et les attentes des citoyens. Jesus Garcia: « Dans notre commune aucun service public ne fonctionne correctement (un an sans eau potable, sans éclairage, sans transport et un service de gaz irrégulier). Face à cette réalité nous avons décidé de fortifier les équipes et leurs porte-paroles, l’organisation communale, tout en demandant à la mairesse Erika Farías une meilleure articulation entre le cabinet des services et notre commune. Ce soir nous, les habitants du quartier, nous nous sommes mis d’accord sur plusieurs points. L’un d’eux est qu’il existe des solutions, il n’y manque que la volonté politique et une meilleure articulation. L’autre point est que nous rejetons la violence, les barrages de rue comme solution. Si nous sommes une commune, c’est pour quelque chose, la route est ouverte. Prendre ses responsabilités face aux problèmes et chercher les solutions en profondeur avec les habitants qui s’organisent est la clef pour réduire les problèmes dans la rue. Nous savons quels sont les plans de l’empire mais si dans le quartier, dans la commune, nous faisons bien les choses, nos territoires seront des espaces inexpugnables, et libres de toute tentative de violence fasciste. »

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Thierry Deronne, Caracas, 25 janvier 2019

Photos : Jesus Reyes

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Vivre le Vénézuéla

D’un coup de hache un géant a tranché ces collines de terre aujourd’hui semées de maisons. Des grands quartiers populaires de l’Ouest de Caracas roulent chaque matin les affluents humains qui rient, jurent, s’arrêtent, s’étirent et repartent, se pressent dans le métro: le monde du travail noue et dénoue le Venezuela. Là-haut un vieil ermite devenu fou avait bougé un caillou, puis deux puis trois, faisant jaillir la source. « Une eau pure » raconte un vieillard qui mime de ses bras la taille du ruisseau. « On pourrait creuser un puits d’eau profonde » répond aujourd’hui Jesus Garcia, le jeune coordinateur de la commune « Altos de Lidice ». La majorité des participants à la première réunion de l’année sont, comme toujours et partout, des femmes. Cette fois, les pieds de métal des pupitres de l’école primaire fraîchement repeinte ne font pas de bruit.

– Parfois on entend dire moi je n’aime pas la manière dont Maduro gouverne le pays, commence Garcia, hé bien voyons comment nous allons gouverner notre commune. Parce que c’est notre devoir de nous autogouverner. On va voir si nous en sommes capables, nous, et une commune, en principe, c’est plus facile à gouverner qu’un pays, non ? Maintenant, si nous disons aux gens que pour monter la banque communale nous devons faire deux élections, ils vont nous pendre. Ils en ont marre, ils ont déjà voté tant de fois, ils veulent des réponses concrètes. (Acquiescements). Autre chose : nous n’allons pas créer cette banque puis attendre le financement. Nous avons déjà l’argent. Alors cette banque créons-la sans délai. (Garcia dessine au tableau). Les trois projets sont, primo, semer des pommes de terre sur les terres récupérées la haut.

– A condition qu’on ne nous les vole pas ! lance Yudami.

– Exact. On a pris des mesures pour ça, là-haut. L’autre jour j’ai parlé avec la mairesse Erika. Il y a dans la cour de la Corporation Municipale de Services plusieurs camions abandonnés, jamais réparés depuis des lustres, certains n’ont plus les pneus du devant, à d’autres il manque une pièce, j’ai dit à Erika « pourquoi ne pas donner un de ces camions à la commune ? ». Ici avec nos mécaniciens, on s’arrange pour les réparer, on trouve les pièces manquantes. Avec un seul de ces camions que ne pourrions-nous faire ! Nous pourrions aller chercher les semences de la commune El Maizal, des semences de maïs, de haricots… Le deuxième projet c’est la boulangerie communale. Comme vous savez le boulanger à qui nous avions donné le crédit, les gens s’en sont plaints parce que son pain c’était de la farine et de l’eau, sans levure. Avec la levure, il vendait du pain ailleurs ! Il faut monter nous-mêmes notre boulangerie, nous devons acheter les fours, il y a beaucoup de gens qui savent faire du pain dans la commune. L’autre problème est qu’avec l’hyperinflation, le distributeur de farine de l’Etat ne fournit plus sans être payé d’abord et il faut trouver la levure autrement qu’aux prix du marché noir. Le troisième projet de la banque, c’est le recyclage. Nous parlons de salarier des équipes de jeunes qui vont trier les déchets. Au Venezuela nous sommes très en retard sur le recyclage et pourtant, avec tout l’argent gagné, on pourrait faire beaucoup.

– Je ne suis pas d’accord Jesus ! (c’est Rosiris qui parle), nous sommes tous égaux, nous sommes tous des êtres humains, il serait injuste que ces jeunes doivent trier des papiers hygiéniques souillés mélangés à du verre. C’est à chacun de trier.

– Moi je peux dire d’expérience, poursuit Luisa Elena, qu’il y a une grande réceptivité, j’ai travaillé avec les grand-mères, certaines sont ici à la réunion, et elles ont encouragé leurs petits-fils à trier eux-mêmes. Imaginez, quand on aura recensé tous les coins obscurs du quartier, tous ces lampadaires qu’on pourra avec l’argent gagné…

Un homme mince, lunettes à monture noire, se lève : un professeur d’économie de l’université bolivarienne, accompagné d’étudiant(e)s comme Mariana qui a dessiné un plan des fonctions de la banque. « Une banque comunale n’est pas comme une banque privée qui utilise notre argent pour faire des bénéfices sans que nous ne puissions rien contrôler. La banque communale génère des bénéfices pour la communauté. Chaque projet a ses caractéristiques et ses cycles. Semer des pommes de terre ou faire du pain, ce sont des frais différents et des délais de remboursement différents. Les étudiants peuvent vous aider, par exemple donner un cours de comptabilité… »

– Une question (Yarimir lève la main) : et si je propose à la banque un projet de gâteaux, qui serait bien sûr soumis à l’évaluation collective… ?

– … dans ce cas, reprend le professeur, je suppose que vous devrez vous mettre d’accord sur les critères de recevabilité des projets.

– Moi je sais que ce n’est pas un point à l’ordre du jour, intervient Yusleiny, mais je voudrais dire que c’est regrettable ce qui s’est passé l’autre soir quand est venu le camion du gaz communal, il n’y avait pas assez de bonbonnes. Quand j’ai vu les gens courir derrière le camion, je me suis sentie très triste.

– Oui nous devons tout réorganiser lors de la prochaine réunion sur le gaz, dit Jésus Garcia.

– Il y en a qui ont sorti leurs armes et ont tiré…

– Et l’eau ! (c’est Mara qui parle), écoutez-moi, là tout en haut, il y a des gens qui n’ont pas d’eau depuis un an et je peux vous certifier, j’ai un peu honte de le dire, que les camions-citernes sont pleins, que de l’eau il y en a mais les travailleurs de l’entreprise on ne leur a pas payé leurs allocations de décembre, et ils ont décidé de chômer, ils préfèrent ouvrir les robinets pour vider les camions…

– Moi ce que je veux dire ici puisque nous aurons bientôt la prochaine réunion sur le gaz, c’est que nous devons nous engager, mais vraiment nous engager. Parce que souvent à la première réunion nous y sommes tous, puis à la suivante, il y a la moitié qui vient, et à la suivante la moitié de la moitié. Cette banque nous devons la penser au-delà de tout intérêt individuel, c’est un bénéfice pour tous, s’exclame Rosiris.

Les longs cheveux des participantes sont comme les filets qu’on replie avec patience, dans une barque tendue entre passé et présent. Depuis vingt ans, le journaliste du vieux monde est resté sur le quai et leur a tourné le dos. Il ne peut pas considérer la patience de ces « pêcheuses » comme un bon « sujet ». Ainsi durant vingt ans fut cachée au reste du monde l’humble course des temps qui se surveillent du coin de l’oeil. Ne fuis pas, dit le passé au présent, oui, oui je sais, répond le présent. Les écrans ont caché le lointain, la quantité est devenue « vérité » et ceux qui avaient le plus intérêt à se connaître se sont éloignés. La droite rêvait de prendre racine ici, mais elle ne peut plus compter que sur les médias occidentaux. C’est pourquoi ceux qui débarquent à Caracas ne comprennent pas la sérénité, la nonchalance, le rire là où ils croyaient trouver violence, crise humanitaire, exode, famine. Notre révolution a vingt ans mais quel âge a-t-elle ?

Thierry Deronne, Caracas, 21 janvier 2019

Photos : Jesus Reyes

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“Il faut parler des gens ordinaires… de celles et ceux qui construisent le processus de transformation du Venezuela”. Interview de Marco Teruggi, journaliste argentin vivant au Venezuela

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46429155_10155898174620936_8326680056264916992_oPoursuivant ses rencontres avec les étrangers qui résident au Venezuela et partagent avec son peuple la construction du processus bolivarien, le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (a interviewé Marco Teruggi (photo), journaliste argentin et internationaliste latino-américain, qui vient de publier et présenter dans plusieurs pays son livre “Mañana será historia, diario urgente de Venezuela” (« Demain ce sera de l’Histoire, journal urgent du Venezuela »). Sa tournée sud-américaine lui a permis de converser et débattre d’une réalite vécue, bien éloignée de celle que nous martèlent les médias.

Tu as présenté ton livre « Mañana será historia, diario urgente de Venezuela » dans plusieurs pays, parle-nous de sa réception et des débats qu’il a suscités ?

Mañana será historia, diario urgente de Venezuela” a été publié récemment en Argentine, au Chili et en Colombie. Depuis le mois d’octobre je l’ai présenté en Argentine, en Bolivie et au Chili. Je poursuivrai cette tournée en janvier 2019 en Colombie. De la quarantaine et quelques conférences, événements auxquels j’ai participé autour du livre mais aussi et surtout autour de la réalité du Venezuela, je tire un même un diagnostic. Il existe un processus d’encerclement du Venezuela, un encerclement diplomatique, médiatique, politique, économique. Il existe aussi un besoin de défendre le processus révolutionnaire de la part de nombreux secteurs, compagnes et compagnons, dans les divers pays que j’ai traversés, mais on constate aussi un manque d’information pour briser ce blocus, ce processus quotidien par lequel les grands groupes médiatiques, les gouvernements de droite et les instances internationales comme l’OEA attaquent, accusent et cherchent à délégitimer de manière programmée ce qui se passe au Venezuela.

En termes généraux, disons que le Venezuela s’est transformé en zone de silence de laquelle il est très difficile de parler au-dehors. Il y a parfois des peurs, un manque d’information, en général on trouve des secteurs disposés à défendre mais qui ont besoin de matériel pour pouvoir livrer ce débat. Ce livre a permis d’ouvrir une porte pour débattre de quelques points essentiels de l’actualité vénézuélienne liés à la période de son écriture – plus de deux ans -, mais aussi à des époques antérieures et à celle qui peut suivre. En général, je dirai qu’il y a une bonne réception et une nécessité, surtout, de produire des matériels, dans n’importe quel format, pour pouvoir renverser la vapeur et ouvrir le débat du processus vénézuélien. Un débat qui va de la compréhension de comment sont construits l’encerclement et le siège du Venezuela à comment se joue le processus interne, quel est le débat sur les communes, les milices citoyennes, la production, l’industrie pétrolière, les cryptomonnaies, bref, sur toutes sortes de thèmes qui ont surgi des questions du public au fil des présentations.

Comment l’argentin que tu es et qui vis au Venezuela, qui écrit et analyse constamment sur les agressions de l’impérialisme, a-t-il été amené à connaître le processus bolivarien ?

J’ai découvert l’expérience vénézuélienne à travers Chávez en 2005 quand il s’est rendu à Mar del Plata, puis en 2011 en rencontrant quelques mouvements populaires sur place, et enfin en 2013 lorsque j’ai décidé de venir m’installer définitivement ici. Il y a six ans que je vis et milite au sein du processus de la Révolution Bolivarienne. Dans mon cas comme dans celui de nombreux autres compagnons, je crois que le processus vénézuélien a agi comme un espace d’invitation. Une invitation à contribuer et à défendre un espace qui a proposé quelques unes des hypothèses les plus avancées du vingt-et-unième siècle pour penser des transformations radicales dans une société latino-américaine. Comme moi, de nombreuses compagnes et compagnons ont débarqué ici. Aujourd’hui ce mouvement d’attraction de la révolution s’est affaibli vu les difficultés économiques mais aussi à cause des incompréhensions qui existent, souvent, sur ce qui se passe. D’où l’importance de générer et revitaliser toutes sortes de cercles de solidarité autour du processus. On peut partir de la reconnaissance démocratique, du fait de reconnaître Nicolás Maduro comme président légitimement élu du Venezuela  – fait qui ne sera pas reconnu par plusieurs gouvernements du continent et certainement pas non plus par les États-Unis – jusqu’à la compréhension et au débat sur ce processus de transformation et le modèle de société, d’économie et de culture qu’il propose aujourd’hui et qui affronte les immenses difficultés d’une attaque nationale et internationale, ainsi que sur ses propres limitations et contradictions dans le camp du chavisme, un espace plus large que celui du gouvernement, et qui se bat, justement, pour trouver des solutions. C’est pour cela que je suis et je reste un internationaliste latino-américain vivant au Venezuela, qui défend une perspective historique, qui défend un processus et qui se propose aussi de pouvoir observer ses contradictions, ses débats pour les raconter tant à l’intérieur qu’au-dehors.

Récemment, dans une conférence de presse internationale, le président Maduro disait qu’aux Etats-Unis en 2018 sont sorties plus de quatre mille news négatives sur le Venezuela, sans compter ce qu’a produit le reste des grands groupes médiatiques internationaux. Comment faire face et répondre à ces campagnes médiatiques, depuis le champ du journalisme ?

Ces campagnes contre le Venezuela en termes médiatiques ne sont pas le fruit de l’improvisation mais de l’articulation entre les principaux médias des pays d’Amérique Latine et d’Europe, alimentés par les grandes agences de presse qui génèrent de manière permanente la matière première pour alimenter ces matrices d’opinion. Ajoutons la volonté claire de démoniser le processus mené par Nicolás Maduro et en général par le chavisme, pour exporter un sens commun selon lequel la situation est si critique qu’elle exige une intervention internationale.

Contre cela existent plusieurs niveaux d’action. Le premier tient dans ce que je proposais, simplement: la légalité et la légitimité du processus électoral récent, qui va de la défense du Venezuela en tant qu’espace politico-démocratique où ont eu lieu récemment plusieurs élections, plus de quatre, remportées par le camp chaviste en présence d’observateurs internationaux. Il faut souligner l’incohérence de la droite qui reconnaît les résultats quand elle gagne mais ne les reconnaît pas quand elle perd.

Le deuxième niveau d’action consiste à montrer qu’au Venezuela est proposé un approfondissement de la démocratie, basé sur la démocratie participative et citoyenne; il existe ici en fait un processus et un débat sur la démocratie plus riches que ce qui existe dans les pays d’Europe ou d’Amérique Latine.

Enfin on peut évoquer les expériences d’organisation et montrer comment il existe une partie de la société, du chavisme, qui s’organise pour faire face aux problèmes de distribution, pour produire, pour défendre leurs territoires face aux attaques; le chavisme comme expérience est beaucoup plus large et dépasse les limites du gouvernement ou du parti lui-même.

Bref, selon les espaces où nous nous trouvons, il est nécessaire de proposer l’un ou l’autre de ces niveaux et ainsi, effectivement, de démasquer la construction autour de ce qui se passe au Venezuela, comment cela est construit ou est en train de se construire, c’est-à-dire réussir à sortir de la langue, des mots que les grands médias imposent pour parler du Venezuela. Il faut parler de ce qui nous intéresse en usant d’un vocabulaire qui nous intéresse, sortir de ce confinement dans lequel on tient tout le monde au sujet du Venezuela, pour au contraire parler de ce thème dans la langue politique qui nous intéresse.

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Il y a quelques jours nous avons interviewé Thierry Deronne qui remarquait qu’au sortir d’une récente tournée en Europe tu concluais que “nous sommes pratiquement seuls” dans cette bataille. Qu’as-tu perçu dans ce voyage et comment faire parvenir aux citoyens européens un message différent sur ce qui se passe au Venezuela?

Je crois qu’une des manières de rompre avec la solitude consiste à expliquer le Venezuela non pas à travers ses porte-parole, discours ou narrations officielles ou du gouvernement. Je crois qu’une des manières, justement, d’ouvrir le débat et de sortir de ce confinement part d’évoquer ce qui se passe au Venezuela à partir d’autres voix, par exemple celles du mouvement féministe, des communard(e)s, de gens organisés dans les barrios pour la distribution des aliments, des voix de travailleur(se)s de la culture et de l’art, de journalistes.

Il s’agit d’élargir la quantité et la manière de raconter ce qui se passe ici, justement pour élaborer une stratégie, une architecture différente de celle que martèlent les grands médias parce qu’en fin de compte il s’agit d’une campagne pour isoler le Venezuela. Je crois que cette ouverture est nécessaire, il convient de ne pas en rester à la figure de Nicolás Maduro comme la seule manière de défendre le processus bolivarien hors des frontières, surtout dans des sociétés comme les européennes où le thème du leadership est un thème qui n’est pas aussi simple d’aborder qu’en Argentine ou au Venezuela.

La meilleure manière de motiver de nouveaux secteurs est de les convaincre de la nécessité d’appuyer le Venezuela à partir de débats sur ce qui rend amoureux du processus: son expérience de construction autour du pouvoir territorial, du pouvoir communal organisé. S’ouvrir au Vénézuéla depuis ces espaces, avec une narration qui n’escamote pas les difficultés, qui reconnaît les problèmes qui sont d’ailleurs présents dans les débats quotidiens du chavisme. Je crois que cette manière de faire peut contribuer à rapprocher les gens qui se sont éloignés: expliquer comment sont les problèmes, comment on en débat sur place et sortir d’un espace de débat limité à la figure de Nicolás Maduro ou de quelque dirigeant de poids.

Concevoir ce débat depuis ce qui se passe dans les soubassements de la Révolution Bolivarienne, un sous-sol fait de tout ce qui a émergé dans tout ce temps. Parler des gens ordinaires, des gens pauvres qui construisent le processus de transformation et du Venezuela comme puissance qui se bat pour ne pas être écrasé ni par l’escalade nationale et internationale, ni à l’intérieur de la révolution par des secteurs dont le projet nie cette vision transformatrice.

Source: https://twitter.com/redeuropave/status/1078603016763310080

Traduction: Thierry Deronne

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« Chavez a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières des discriminations », entretien avec Maria Gabriela Blanco

Le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) rencontre María Gabriela Blanco, membre de l’Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) et militante active en Belgique au sein de Venesol et INTAL Amérique latine, membres du réseau.

Née à Higuerote, dans l’État de Miranda, Gaby Blanco (photo) a étudié l’Économie sociale à l’Université Nationale Polytechnique Expérimentale des Forces Armées et a été chroniqueuse pour l’hebdomadaire culturel Todos Adentro dans la rubrique Diversité populaire. Elle collabore depuis 2012 au magazine Épale CCS dans la rubrique Soberanía Sexuales et vit actuellement à Bruxelles. Elle nous explique comment ce collectif comprend le processus bolivarien au Venezuela et pourquoi il convient de le défendre.

Différents collectifs, mouvements, organisations sociales, partis politiques et vous, Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) font partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Qu’est-ce qui vous a unis pour faire partie de ce projet pour la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple Vénézuelien ?

Je dois d’abord décrire l’organisation qui m’a appris ce que signifie être chaviste, surtout à une époque où le fait de prendre des positions qui dérangent en haut lieu entraîne régulièrement des attaques discriminatoires. L’Alliance Sexo Género Diversa Revolucionaria, ASGDRe, créée en 2009, est un collectif composé de personnes de sexualités et d’expressions de genre diverses, dissidentes de l’hétéronorme (femmes et hommes lesbiennes, trans, homosexuelles, hétérosexuelles et fluides), que nous organisons pour créer, renforcer et consolider la lutte pour nos droits en tant que population discriminée et exclue.

À partir de là, nous nous proposons d’assumer un rôle historique, participatif et moteur dans les luttes des peuples opprimés, c’est pourquoi nous rappelons toujours que nous sommes le fruit de la Révolution bolivarienne. Le travail que nous réalisons nous le faisons à partir de nos relations quotidiennes intimes et sociales, à partir de nos communautés, de notre condition de classe, de nos moyens alternatifs d’éducation et de formation et des espaces d’organisation populaire. En tant qu’Alliance, nous affirmons le besoin fondamental de formation interne ainsi qu’avec les autres communautés afin de mettre en commun et d’approfondir nos connaissances, ainsi que pour nous reconnaître mutuellement comme sujets et sujets politiques de transformation et d’émancipation dans les processus de changement social.

Rencontre nationale des mouvements de la sexo-diversité à Caracas

Il ne faut cependant pas tout mélanger, notre lutte et nos réflexions n’exigent pas le respect ‘diplomatique’ de notre existence, encore moins d’être inclu.e.s dans les logiques de consommation du système capitaliste et patriarcal, nous voulons changer ce système. Nous défendons le fait que le sexe et la diversité des genres font partie d’une lutte de classe et c’est précisément pour cette raison que nous ne sommes pas d’accord avec des objectifs qui sont clairement vindicatifs et fragmentés, mais que nous reconnaissons et nous nous articulons avec de multiples luttes, parmi lesquelles celles des afrodescendants, travailleurs, féministes, paysans, écologistes, indigènes, travailleurs culturels et tous ceux qui sont convaincus de construire un système plus fraternel et humaniste dans la perspective de Notre Amérique. Cela nous amène à faire partie du RÉSEAU EUROPÉEN de Solidarité avec la Révolution bolivarienne qui s’est fondé avec des objectifs très divers, mais communs, ce qui me rappelle beaucoup les débuts de l’ALBA des Mouvements sociaux en 2009.

En Europe, des personnes venues du Venezuela ont demandé le statut de réfugié ou le statut de demandeur d’asile en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre ; au Venezuela, des personnes sont-elles persécutées à cause de cette situation ?

Dans les articles 19, 20, 21, 22 et 23, relatifs aux Devoirs, Droits Humains et Garanties, la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela oblige l’État à garantir, « sans aucune discrimination, la jouissance et l’exercice inaliénables, indivisibles et interdépendants des droits humains » ; stipule également que « toute personne a droit au libre développement de sa personnalité » et donc que « tous sont égaux devant la loi », interdisant la discrimination fondée sur la race, le sexe, la croyance, la condition sociale ou celles qui, en général, ont pour but ou pour résultat de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits et libertés individuels.

Ainsi, tout un appareil législatif découle de la Constitution pour protéger en la dotant de droits fondamentaux notre communauté de genre dissident. C’est pourquoi, en l’honneur de la vérité et contre la malhonnêteté, aucun(e) compatriote qui aurait le plein usage de ses facultés ne peut affirmer et demander l’asile au prétexte d’une persécution puisque dans notre pays la diversité sexuelle et de genres n’est pas criminalisée, au contraire, elle est légalement garantie. Aucun fonctionnaire de la Puissance publique nationale n’a le pouvoir de soumettre ou de réprimer une personne trans, lesbienne, homosexuelle, bisexuelle, queer, pansexuelle ou tout autre forme existante en dehors de l’hétéronormatif (Loi du Statut de la fonction de police en matière d’administration du personnel et développement de la carrière dans la police, articles 70 et 143).

De plus, par respect pour les sœurs LGBTQIA qui viennent en Europe en provenance de pays comme le Soudan, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Mauritanie ou le Yémen où l’homosexualité est punie de la peine de mort, il est honteux pour moi de savoir que certains Vénézuéliens ont fait cette requête. Au Venezuela, nous avons également des représentants politiques, qu’il s’agisse de chavistes ou d’opposants qui ont gagné les élections et qui exercent actuellement leur mandat, qui assument ouvertement leur différence de sexe ou de genre.

Il est regrettable que les collègues de l’Association Civile Vénézuélienne Igualitaria, créée en 2012 dans le but d’unir leurs forces avec d’autres collectifs et mouvements sociaux pour développer des stratégies d’information, de formation et de sensibilisation des citoyens en matière de droit à la non-discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression du genre, qui soutiennent le Mariage civil égalitaire comme un de leurs drapeaux de lutte, aient reçu des demandes de Vénézuéliens à l’étranger, pas seulement en Europe, pour obtenir un document, presque comme une faveur personnelle, pour soutenir la thèse de personnes qui disent être persécutées du fait de leur orientation ou identité sexuelle et veulent ainsi obtenir le statut de réfugié. Ces demandes ont été rejetées catégoriquement par cet organisme.

Il faut dénoncer le fait que les pays qui se prêtent à la désinformation et à l’isolement du Venezuela dans le concert international, jouent au jeu statistique de ceux qui fabriquent les « crises humanitaires et migratoires » dans le monde, telles que l’USAID, NED, Open Society Foundation, parmi d’autres opérateurs politiques qui attaquent le Venezuela, en augmentant le nombre de personnes déclarées en asile politique pour renforcer le scénario de la ¨dictature¨. Mais il faut dire aussi que le Venezuela, comme le reste de notre Amérique et les pays d’Europe plus ou moins égaux en droits, souffre de la maladie du machisme, héritage de l’ « ancien » monde colonisateur. C’est une dette historique due à notre communauté, victime de l’hétéropatriarcat. C’est là que l’héritage du commandant Chávez reste pertinent, puisque c’est lui qui a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières de la discrimination et nous intégrer dans les politiques de l’État.

Comment s’y prendre à partir du Réseau européen ou de collectifs comme ASGDRe pour contrer la manipulation des médias et la désinformation sur ce qui se passe au Venezuela ? Comment briser ce siège médiatique, quelles alternatives avons-nous ?

Il faut raviver la rébellion et la créativité des médias populaires et alternatifs qui ont tant contribué à la prise de conscience, à l’organisation et à la mobilisation du pouvoir populaire au Venezuela. La résistance, la guérilla et la contre-offensive communicationnelle ont caractérisé les mouvements sociaux et les conseils communaux à une époque où, au Venezuela, nous ne pouvions même pas imaginer être inclus dans les grilles de programmes de la télévision traditionnelle, en raison du caractère hégémonique de ses contenus. Reprendre les stratégies de base de la communication (pochoir, peinture murale, sérigraphie, formation, construction de contenu, agitation), les relier aux outils sociaux actuels et surtout comprendre le territoire et ses habitants comme l’espace symbolique où va s’établir l’artillerie de la pensée. Que faire avec tout cela ? Au Venezuela, même si le courant dominant l’invisibilise, des changements profonds se produisent, les gens se regroupent, réfléchissent, conçoivent leur avenir avec ou sans le blocus.

Nous devons enregistrer et diffuser ce réel pour qu’il devienne viral, tant sur le territoire communal où le processus révolutionnaire se déroule que dans les territoires adjacents (pour les motiver) et ceux qui vivent des expériences similaires (pour les inciter). Pour donner un exemple concret, La Minka, une entreprise de propriété sociale, réalise un travail collectif en faveur de la communauté d’Altagracia et de La Pastora à Caracas. En ce moment le thème de leurs luttes se résume dans le slogan : « Espace vide, espace récupéré », qui leur permet de développer une stratégie pour promouvoir l’agriculture urbaine. En plus de fonctionner en tant que Maison Culturelle, La Minka est aussi une boulangerie, une production de textiles, organise des ateliers de danse, de poésie, de théâtre, de graffitis, et participe aux débats dans les Assemblées Populaires. Elle réalise aussi un travail de guérilla de communication en enregistrant l’événement politique depuis la base, en direct avec ceux qui le vivent. Cette expression d’autogestion communale est certainement une de celles que le Réseau peut promouvoir et accompagner pour équiper notre artillerie de défense de la Révolution Bolivarienne…

Comment renforcer la solidarité internationale avec le Venezuela et défendre le processus révolutionnaire depuis l’Europe ou la Belgique ?

En termes vénézuéliens, le Réseau doit serrer les coudes avec notre peuple qui fait l’impossible pour résister aux agressions de cette guerre non conventionnelle. La communication, comme je l’ai expliqué précédemment, est stratégique, elle doit être une priorité, puisque l’ennemi parie sur l’occultation et la désinformation par rapport aux transformations politiques qui se mettent en place.

C’est pour cela que le flux d’information doit être constant, véridique et immédiat, afin de ne pas donner au lobbying des médias qui désinforment une chance de se positionner aussi facilement. Ce type de diffusion, je l’imagine à partir de l’essence même de la guérilla communicationnelle, avec une utilisation maîtrisée des ressources, un message clair et une compréhension de ce que nous voulons transmettre. Et ce que nous voulons transmettre sera en accord avec les camarades qui sont sur le territoire. Rien ne peut se faire sans l’avis du peuple vénézuélien. Je crois que le RÉSEAU devrait avoir un bureau au Venezuela chargé de s’articuler avec les mouvements sociaux, les communes et les plates-formes citoyennes pour planifier des campagnes et des stratégies de solidarité. En 2019, par exemple, en Amérique latine, l’Assemblée internationale des peuples aura lieu au Venezuela et les réunions préparatoires ont déjà commencé et je crois que le Réseau doit exprimer son soutien et son intérêt à participer à cet espace… Nous devons également faire un travail de persuasion avec les camarades des différentes gauches européennes pour accompagner cette construction sans précédent que nous appelons le Socialisme du 21e siècle, qui n’a pas de modèle, qui s’appuie sur l’approfondissement des communes, sur l’articulation constante avec les mouvements nationaux, citoyens et les plates-formes continentales d’intégration comme l’ALBA, la CELAC, Unasur, ASA, au lieu de jouer le jeu d’une droite internationale qui table sur l’isolement d’un pays qui, comme Cuba, a été pour beaucoup de frères l’espoir d’un autre monde possible.

Traduction: VeneSol, https://venesol.org/2018/12/27/asgdre/#more-3077 

“Les médias sont obligés d’occulter 90 % de la population vénézuélienne, celle qui tente de s’organiser” (interview de Thierry Deronne, l’un des créateurs de TERRA TV)

Interview réalisée par le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne @REDEuropaVE

Nous rencontrons aujourd’hui Thierry Deronne. Né en Belgique, il vit depuis 25 ans au Venezuela. Cinéaste, documentariste, professeur universitaire et journaliste, il travaille à rendre visible ce peuple vénézuélien qui, malgré les agressions externes auxquelles il est soumis, continue à nous surprendre dans la construction d’un « autre monde possible ». 

Ton collectif produit divers documentaires sur la Révolution Bolivarienne tels « Marche » et prochainement « Commune ». Parle-nous de ces productions récentes.

Ces documentaires sont deux productions de TERRA TV, une télévision paysanne que nous avons créée récemment. Nous voulons construire un média cohérent avec notre démocratie participative, citoyenne, non seulement dans le discours mais aussi et surtout dans la manière de s’organiser et dans son mode de production. On peut voir les premières vidéos sur la page Facebook @terratv2018. Le documentaire ¨Marche¨ vient d’être projeté à Londres, Liège et Bruxelles. Nous l’avons réalisé directement avec les compagnes et compagnons de la plateforme paysanne qui ont remonté à pied les quelque 400 kilomètres qui séparent le bourg rural de Guanare de la capitale Caracas. Ils racontent comment, en pleine guerre économique contre la Révolution Bolivarienne, les mafias agraires appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics ont lancé une contre-offensive pour récupérer les terres remises au peuple par le Président Chávez. Et comment ils ont décidé de marcher sur Caracas pour réaffirmer leur appui au Président Maduro, mais aussi pour lui demander de renouer avec la réforme agraire et de faire cesser les assassinats de leaders et militants de la lutte pour la terre.

Le documentaire ¨Commune¨ naît de l’idée de chercher le lien entre luttes paysannes et production d’aliments dans les communes urbaines pour faire face aux pénuries organisées par le secteur privé majoritaire dans l’économie. La relation nouée avec les habitants des Altos de Lídice a ouvert la boîte de Pandore. Le tournage s’est transformé en course quotidienne entre les réunions des comités de santé, la mise en route des boulangeries ou entreprises textiles communales, l’eau, le transport, avec son cortège de doutes, conflits, chutes et rechutes, absences, humour, redémarrages, progrès, reprise à zéro, élections des conseils communaux, bals populaires de salsa, petits déjeuners d’arepas (galettes de maïs, aliment quotidien) pour nourrir les enfants et les ausculter médicalement, jusqu’aux cerfs-volants qui flottent haut par-dessus les terres froides qu’on vient de semer pour les comités locaux d’approvisionnement. Ce documentaire sortira en mars 2019 et comptera huit épisodes d’une heure chacun.

Tu vis depuis longtemps au Venezuela. Que retires-tu de cette expérience, qu’est-ce que ce peuple est en train de construire ? Peut-on l’expliquer en Europe ?

Oui, c’est après une première expérience de formation audiovisuelle dans le Nicaragua sandiniste des années 80 que je me suis établi ici, il y a 25 ans. Ce que je lis dans cet acharnement à vouloir nous détruire de la part du suprématisme des Trump, Macron, Bolsonaro, de l’Union Européenne, dans la résurgence historique d’une Sainte-Alliance médiatico-économique, c’est que nous sommes – entre autres – une avancée dangereuse, contagieuse, rebelle, souverainiste, de l’Afrique en Amérique Latine. Nous sommes les héritiers et héritières des idées égalitaires du président d’Haïti, Alexandre Pétion, qui sauva Bolívar et lui donna des armes et d’importants moyens financiers pour qu’il puisse commencer son Passage des Andes avec son armée populaire d’ex-esclaves et de paysan(ne)s et libérer d’autres peuples de notre Amérique. Les vénézuélien(ne)s surprennent jusqu’à leurs propres structures partisanes quand ils descendent à pied des hauts plateaux, traversent des rivières, forcent des barrages d’extrême droite, pour élire une Assemblée Constituante ou, plus récemment, avec cette marche paysanne historique qui a parcouru 400 kilomètres pour soutenir Nicolás Maduro contre les secteurs conservateurs de l’Etat.

Les européens sont prisonniers de leur incapacité à penser un pays hors du cadre et du champ médiatiques. Il est très révélateur que beaucoup à gauche croient que cette guerre économique que l’Empire a conçue et perfectionnée pour détruire le socialisme de Salvador Allende, ou le Nicaragua, ou Cuba, est… une « crise humanitaire » ou la « faillite d’un socialisme dictatorial » au Venezuela. Cette gauche qui s’informe par les « médias » et qui a fini par se faire penser par eux, ne perçoit pas l’objectif impérial de marteler et magnifier, à travers la guerre économique, cette image de migration massive pour justifier une intervention extérieure. La causalité a disparu, substituée par les effets… et les effets sont devenus l’« information ». Les grands médias ont amené les Européens à se couper du monde. Dans le passage de sa politique étrangère sous commande médiatique, l’Europe a perdu pour longtemps sa crédibilité.

Dans notre cas, il y a  quelque chose de plus : les médias sont obligés d’occulter 90% de la population vénézuélienne parce qu’elle tente de s’organiser, que ce soit dans les quartiers populaires ou dans les zones rurales. C’est ainsi qu’en 2017 une minorité violente d’extrême-droite, multipliée par les caméras, s’est transformée aux yeux du monde en « peuple vénézuélien », et grâce à l’inversion du montage des « news », en « peuple réprimé par Maduro ». C’est ainsi que ceux qui ont été emprisonnés pour avoir participé ou organisé des attentats à la bombe, des incendies de maternité, des lynchages d’afrodescendants, etc, sont devenus des « prisonniers politiques ». Si la majorité des Européens croient dans une propagande qui nous ramène aux années trente ou à la Guerre Froide, on comprend pourquoi ils peuvent soutenir des coups d’État ou des invasions armées contre ce qui est en réalité une démocratie électorale et participative, qui bruit quotidiennement des critiques émanant des partis de tout bord et de l’ensemble de la population, dans la rue et depuis les médias en majorité privés et d’opposition.

Avec ce type de films, peut-on desserrer l’étau communicationnel et médiatique contre le Venezuela ? Quel peut être le rôle des médias communautaires, alternatifs pour faire front à la manipulation médiatique et à la désinformation contre le processus bolivarien ?

La révolution bolivarienne a une identité très participative mais notre communication sociale semble incapable de l’exprimer dans toutes ses contradictions et ses potentialités. Par exemple, presqu’aucun média bolivarien ne parle de la tâche difficile et passionnante de construire une commune, alors que c’est la stratégie centrale du chavisme. Passer toute notre vie, jour après jour, à répondre aux mensonges de l’hégémonie médiatique ne nous laisse pas le temps de développer notre propre agenda, de parler du monde nouveau que nous voulons construire.

Un autre problème est celui qu’énonce Clausewitz : utiliser les mêmes armes que l’adversaire peut nous amener à lui ressembler. On le voit par exemple dans la croyance que les médias actuels peuvent servir à exprimer notre processus bolivarien. Jouer sur le terrain de Twitter ou de Facebook – conçus par les grands groupes états-uniens pour multiplier la consommation individualiste, voire narcissique, du réel – nous fait perdre du temps et retarde une tâche stratégique : celle d’inventer des technologies numériques originales, révolutionnaires, qui renforcent l’organisation et la conscience populaires. Les exemples de l’Equateur, du Brésil, etc., nous le rappellent : alors que la gouvernance mondiale s’exerce via les médias et les réseaux sociaux, la gauche reste incapable – ce qui est incompréhensible à ce stade – de créer de nouveaux moyens numériques pour connecter le collectif, de démocratiser radicalement la propriété des grands médias ou encore de refonder des écoles de communication sociale indépendante de la logique du marché.

Hugo Chávez critiquait cette manie de vendre le socialisme comme un savon, comme une vitrine, cette habitude mécanique de nos médias publics d’édulcorer la réalité et d’effacer les critiques qui émanent des quartiers populaires et de la campagne, critiques qu’il voyait comme moteur vital – car populaire – de la révolution. Pourquoi ne pas compter sur l’intelligence du public, sur son désir de participer au sens d’un message, sur sa maturité et sa capacité de comprendre qu’une critique populaire n’est pas une destruction ?

Depuis les années 60 nous savons qu’une communication révolutionnaire doit dépasser qualitativement celle de son adversaire, et qu’il s’agit par exemple de « faire politiquement des films plutôt que des films politiques » (Jean-Luc Godard). Paulo Freire parlait d’“une télévision de la question plus que de la réponse¨. Et Mao Zedong expliquait qu’“une action ne doit pas être une réaction mais une création“. En ce sens, notre école populaire de cinéma a étudié l’expérience des presque 4000 films d’actualité produits par l’équipe de Santiago Álvarez, devenus aujourd’hui patrimoine de l’UNESCO, qui ont pendant trente ans renforcé la révolution cubaine en en déployant sa chronique populaire et souvent critique.

Julio García Espinosa, autre cinéaste et penseur cubain, parle de cette image ¨qui exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui illustre et embellit les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage et la mise en page. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Une partie de l’équipe de Terra TV réunie à Caracas entre tournages ou ateliers parmi les mouvements sociaux, un projet qu’on peut découvrir et soutenir ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Terra Tv fait aussi partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Comment vois-tu le travail et comment impliquer davantage de collectifs dans la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple vénézuélien ?

Notre ami Marco Teruggi a fait un excellent rapport après sa tournée en Europe effectuée il y a quelques mois. Après avoir observé qu’« aujourd’hui nous sommes pratiquement seuls », une de ses propositions pour sortir des cercles d’habitués est de nouer des relations avec les mouvements sociaux, des organisations de femmes, les syndicalistes, les étudiant.e.s, etc… Nos documentaires cherchent à exprimer l’épopée populaire, le grain de folie de celles et ceux qui construisent, sans tomber dans la vitrine pour convaincus. Ces films rendent visible un peuple vénézuélien qui n’est pas la victime humanitaire, dépouillée de son Histoire, mais le sujet historique, collectif, créateur, qui après vingt ans de révolution ne se lasse pas d’inventer un autre monde possible – raison pour laquelle les médias occidentaux doivent l’occulter.

Source: https://twitter.com/redeuropave/status/1073866045503492096  

Traduction: Philippe Hennebert pour VENESOL www.venesol.org

URL de cet article : https://bit.ly/2Bz5iew

Teaser de “Commune”, nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne de TERRA TV

“Commune”, qui sortira en avril 2019, est un nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne produit par TERRA TV et et par l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE).

Sans doute y a-t-il un grain de folie à vouloir encore montrer au monde ce qui se passe au Venezuela hors du champ médiatique, à l’heure où le gouvernement mondial s’exerce par les médias, et où s’est creusé un abîme insondable entre la réalité d’un pays et son image à l’extérieur. ¨Commune¨ nous fait entrer au coeur des contradictions qui font avancer une démocratie participative, celle que les médias ont occultée depuis vingt ans pour la transformer aujourd’hui en ¨dictature de Maduro¨.

Ce film est parti d’une idée de Terra TV : comprendre le lien entre luttes paysannes et agriculture urbaine comme base des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs) qui résistent aux pénuries provoquées par la guerre économique. La relation nouée avec les habitant(e)s de la Commune Altos de Lidice, née au sein des quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, a ouvert la boîte de Pandore. De réunion en réunion, le tournage s’est fait tourbillon quotidien : santé, approvisionnement, eau, électricité, transport… doutes, conflits, flottements, absences, chutes, rechutes, humour et nouveaux départs…. élections, reélections de conseils communaux, fêtes de quartier, “arepazos” pour nourrir et ausculter les enfants, cerfs-volants flottant sur les hautes terres froides qu’on s’est promis de semer pour soutenir les CLAPs, avec toujours, partout, les femmes en première ligne…

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Assemblée populaire, maquette du quartier… Jesus Reyes à la caméra et Victor Hugo Rivera au son

Cette chronique d’une organisation populaire depuis sa naissance repose sur les épaules de Jesús Reyes, de Victor Hugo Rivera, issus de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision.

Jesus Reyes explique : « Les images parlent d’elles-mêmes, il y a de l’affection dans leur conception, elles cherchent à être vues et tentent de faire comprendre un futur pas si lointain. La poésie ne se détermine pas, elle naît de ce que nous observons jour après jour, à l’aube, l’après-midi, le soir.  On n’a pas peur de montrer la vie, quand on connaît la mort de près, on montre les blessures. Nous travaillons tous les jours.  »

Victor Hugo Rivera se dit ¨fatigué de voir comment notre époque a rétréci l’oeil documentaire, de voir le latino-américain rester une victime individualisée, vidée de son Histoire, objet humanitaire monnayable dans les télévisions et les festivals. L’art du réalisateur, de l’équipe qui réalise, ce n’est pas de chercher un thème mais de laisser le thème le trouver, non pas de choisir les gens mais de les laisser vous choisir. La forme de l’image naît de ce moment d’égalité, d’amour, de respect, de compréhension, de construction.¨

Et de citer Julio García Espinoza: ¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Thierry Deronne, Caracas, 25 novembre 2018

« Commune » de Jesus Reyes et Victor Hugo Rivera, production Terra TV, sortie le 20 janvier 2019. Pour acquérir le DVD en sous-titres français, on peut écrire à partir de cette date à Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4ok

Terra TV, révolution dans la télévision (II)

Les délégués de la Marche Paysanne Admirable arrivent dans l’état de Falcón, le 11 novembre 2018. Au centre, Arbonio Ortega (poing levé, lunettes et chemise blanche). Le portrait rappelle la lutte du ¨général des hommes et des terres libres », Ezequiel Zamora (1817-1860). A gauche, en chemise bleue et chapeau, le dessinateur paysan Bracamontes qui croque au jour le jour les épisodes de la marche… (voir première photo).

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Au pied de la statue de José Leonardo Chirino le chef de la rébellion des esclaves enthousiasmés par l’exemple des jacobins noirs de Haïti, précurseurs de la geste indépendantiste de Simon Bolivar.

Sourire sage et espiègle d’Arbonio Ortega. ¨Terra Tv est notre moyen de communication¨ nous dit, dans sa barbe et sa voix rauque, ce pédagogue et organisateur têtu des luttes paysannes. Il l’avait promis : « La marche doit continuer. Quelque chose s’est produit qui va au-delà du terrain de chacun, de la lutte de chacun, quelque chose que nous ne pouvions imaginer quand nous avons commencé à marcher« . L’appui logistique promis par le gouverneur local tarde ? Qu’importe ! L’infatigable marche paysanne décide de parcourir ¨a pata¨ l’état de Falcón, selon l’expression devenue son credo politique, ¨à patte¨, “à pied¨. Elle passera par ces montagnes où les paysans se souviennent des guérillas des années soixante puis vous mènent au lieu précis où les espagnols coupèrent les mains du leader afrodescendant José Leonardo Chirino, coupable d’écrire la première page de l’indépendance, en ralliant à lui les jacobins noirs vénézuéliens enthousiasmé par la révolution haïtienne. Falcón aux roches arides, aux troupeaux de chèvres battus par tous les vents des Caraïbes, terre de corps sans sépultures qui voit revenir aujourd’hui ces paysans aux pieds nus, ces ¨pardos¨, qui sauvèrent un jour de la déroute la république de l’aristocrate Bolivar et passèrent avec lui les Andes pour libérer d’autres ¨égaux¨. À chaque halte la marche paysanne d’aujourd’hui se ressource à ces forces séculaires.

Le plan est de faire halte dans dix-sept villages successifs jusqu’à Coro, capitale de l’État. Se réunir dix-sept fois avec les travailleurs de la terre et de la mer – écouter, recueillir les dénonciations, élaborer ensemble le plan qui sera soumis au gouvernement bolivarien. Ces cahiers de doléances serviront à la grande assemblée finale à Coro, le 23 octobre. Sur la côte, Betzany Guedez, formatrice de Terra TV, se met au travail avec les pêcheurs exploités par les entreprises de crevettes. Un autre formateur, Victor Hugo Rivera, court avec la seconde caméra à une réunion de paysans.

Betzany Guedez (bord gauche) au travail

Projection du documentaire « Marche » dans les villages de Falcón

Chaque soir Arbonio, Yudy, Neyda et Gerardo montrent ¨Marche¨, aux assemblées de village pour transmettre l’expérience et rallumer de nouvelles volontés. Malgré la lenteur des fonctionnaires de l’Etat dans l’application des instructions de Nicolas Maduro en faveur des paysans, ce documentaire produit par Terra TV a contribué à renouer des liens entre gouvernement et travailleurs ruraux. À l’autre bout du pays, dans l’État de Portuguesa, les rebelles d’¨El Guayabo¨ ont reçu le 15 novembre, de l’Institut National des Terres, le titre de propriété de cent hectares restés longtemps improductifs aux mains de l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ici aussi les paysannes et les paysans fraternisent avec le formateur de Terra TV Juan José Moreno qui filme avec eux la remise des terres : “Nous vous devons cette victoire parce que vous êtes les seuls à rendre visible notre lutte.¨

La remise des terres du  » Predio El Guayabo »

Pas de studio, ni de politologue, ni de journaliste, ni de maquillage. Pourquoi faudrait-il recycler le formatage universitaire ou commercial des ¨communicants¨? Ici nul ne doit demander la parole, ni attendre qu’on la lui donne et encore moins dire merci. On ne demande pas l’autorisation de faire la révolution. Terra TV est une télévision hors de la télévision, hors de Caracas, où chaque territoire a voix égale. C’est une école permanente qui transmet par la base l’expérience populaire et forme techniquement de nouveaux regards paysans. ¨Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie¨ (Louis Althusser). Cent ans d’expérience et de philosophie révolutionnaires de la communication ne sont pas restés tout à fait vains.

Thierry Deronne, Caracas, 18 novembre 2018

Pour participer à la création de Terra TV, il reste un mois ! C’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros comptent ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible. Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

Premières européennes de ¨Marche¨ à Liège le 6 décembre et à Bruxelles le 12 décembre 2018.

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