Comment fonctionne une commune au Venezuela (BBC Monde)

Par Daniel Garcia Marco (@danigmarco) BBC Monde, Caracas. 1er novembre 2017

Déjà malade, quelques jours après avoir remporté sa réélection et six semaines avant sa dernière apparition télévisée, Hugo Chavez était très mal à l’aise. C’était le 20 octobre 2012. Il avait encore six ans de mandat devant lui, mais, sans doute poussé par la maladie, sentait le besoin d’accélérer son projet socialiste. « Est-ce que je vais continuer à prêcher dans le désert ? » houspilla-t-il ses ministres, auxquels il reprocha de ne pas avoir lu un livre sur l’histoire des communes chinoises remis quelque temps auparavant. Maduro baissa les yeux, comme les autres ministres, donnant raison à Chavez qui lança : « la commune ou rien ! Nicolas, je te confie ce projet comme je te confierais ma vie : les communes ». Avec le temps, cette phrase est apparue comme un testament.

5 ans ont passé. L’actuel président Nicolas Maduro, aux prises avec une grave crise économique, n’a pas fait  des Communes sa priorité. C’est une chose qui pourrait bien changer avec l’actuelle Assemblée Nationale Constituante (ANC), ce corps plénipotentiaire élu par la population le 30 juillet dernier pour réformer l’État et rédiger une nouvelle Constitution. « J’en appelle à une Constituante profondément ouvrière, profondément communale » avait dit Maduro le 1er mai. Désormais installée depuis début août, l’ANC pourrait réaliser ce que Chavez ne put faire: donner à la Commune un rang constitutionnel.

« Âme du socialisme réel »

Mais, qu’est-ce qu’une Commune ? C’est une forme d’organisation basée sur l’autogouvernement et l’autogestion qui possède son propre modèle économique. La sublimation du « pouvoir populaire » que recherchait Chavez. « L’âme du projet de socialisme réel », disait le leader de ce que l’on a appelé la Révolution bolivarienne. L’un de ses plus grands exemples est la Commune socialiste Panal 2021 (Panal signifie : « nid d’abeille ») dirigée par le collectif ou la fondation Alexis Vive.

Panal 2021 a, au-delà de la « commune chinoise » plusieurs référents : les communes des zapatistes au Mexique et la Commune de Paris, un mouvement insurrectionnel qui gouverna la capitale française durant une brève période en 1871.

Panal 2021 se situe dans le quartier 23 janvier ; sans doute le quartier populaire le plus politisé d’Amérique Latine, un bastion de la gauche malgré le triomphe de l’opposition aux élections parlementaires de 2015.

La commune regroupe huit grands blocs d’immeubles, 3600 familles, 13000 habitants. Parmi eux, il y a de nombreux opposants, ce qui n‘empêche pas beaucoup d’entre eux participent à la logique communarde.

« Nous voulons que ce « Commune ou rien » de Chavez ne reste pas un slogan, qu’il soit une action quotidienne. La révolution, ce ne sont pas les ministres qui la font mais les peuples organisés », dit à BBC Monde Ana Marin, porte-parole de l’organisation anticapitaliste Alexis Vive.

Cette commune a démarré en 2006 et elle se distingue par la prise des décisions en assemblées et par des « moyens de production sociale », c’est-à-dire, des petites entreprises telles qu’une boulangerie, un atelier textile et une fabrique d’empaquetage de sucre qui sont entre les mains de la communauté.

Pour sa création, elle a compté sur une aide initiale de l’État, qui a animé et financé l’autogestion. La commune Panal 2021 s’est étendue à d’autres zones de Caracas et même à d’autres régions du pays. Et elle aspire à continuer de croître.

La commune, qui possède sa propre banque pour l’attribution de microcrédit, est en train de mettre la dernière main à la frappe de sa propre monnaie, le Panal, qu’on utiliserait pour payer une partie du salaire des travailleurs, lesquels pourraient dépenser leur argent dans les magasins de la commune. Pour eux, la logique capitaliste de l’offre et de la demande ne s’impose pas. « Il s’agit d’une économie planifiée, qui n’est pas au service du capital mais au service du bien commun et de la répartition équitable de la richesse » affirme Marin, qui assure que les « unités productives » sont rentables.

« Nous ne sommes la main d’œuvre de personne »

L’atelier textile constitue un exemple d’activité. Un portrait en couleur de Chavez domine cet espace où se trouvent plus d’une dizaine de machines à coudre et une machine à broder acquises avec les ressources du gouvernement du District capitale de Caracas. « Ici, il n’y a pas de chef. Ni d’employés. On les appelle des producteurs. Il s’agit d’une organisation horizontale » : José Lugo, porte-parole de l’économie communale, me le montre avec un exemple. Il appelle deux jeunes femmes, je leur propose un prix pour la confection d’uniformes. Toutes les deux me répondent de la même façon, au grand contentement de Lugo : « Nous devons convoquer une assemblée dans laquelle nous fixerons le prix de notre produit ».

«Il n’y a personne qui nous impose le prix que va coûter notre force de production », renchérit Lugo. « Nous ne sommes la main d’œuvre de personne. Nous sommes une force productive. C’est ce que nous a enseigné le Commandant Hugo Chavez Frias », ajoute-t-il.

Dans l’atelier on confectionne des sacs, des tee-shirts et des uniformes avec le logotype d’une abeille du Panal 2021. Les douze productrices connaissent toutes les étapes du processus textile. Elles ont commencé avec six machines et en ont désormais 19 ainsi qu’une camionnette pour la distribution. Les excédents que génèrent cet atelier et le reste de ce que l’on appelle « les unités socio-productives », affirment les porte-parole, sont réinvestis dans la communauté ; celle-ci propose des prix beaucoup plus accessibles car dans la Commune on évite les canaux de distribution, argument-ils.

Une enquête du portail digital local Armando.Info a dénoncé, néanmoins, le fait que le tissu entrepreneurial est en train d’apporter des bénéfices surtout à l’équipe de direction d’Alexis Vive. BBC Monde n’a pu joindre son responsable, Robert Longa.

Pas besoin de policiers

La commune, c’est aussi le contrôle social. Marin s’enorgueillit du fait que le niveau de scolarisation soit plus élevé qu’ailleurs et du haut niveau de sécurité grâce au système de caméras de surveillance. « Nous faisons office d’intelligence sociale. Les caméras représentent un mécanisme de prévention et de dissuasion » dit Marin ; elle assure que les habitants sont actifs et signalent la présence d’éléments externes. La porte-parole nie, cependant, que le collectif Alexis Vive dispose d’armes. Nombre de ces groupes ralliés au gouvernement chaviste, sont accusés de constituer les forces de choc de la dite révolution bolivarienne.

L’autogestion fait qu’eux-mêmes contrôlent leur territoire, affirme la porte-parole. « Ici, il n’y a pas de police, non pas parce qu’elle ne peut pas entrer, mais parce qu’elle n’est pas nécessaire » assure-t-elle. Quant à sa structure, la commune du Panal 2021 se divise en « petits nids », qui se composent de 10 à 12 habitants par bloc, responsables d’environ 300 familles.

Les « nids »apportent des propositions aux assemblées ordinaires, qui se tiennent dans la salle omnisport tous les 15-20 jours. Là, on décide à mains levées. Il n’y a pas de vote secret et universel.

Marin reconnaît le leadership du collectif Alexis Vive en matière de proposition ; il est dirigé par Longa et constitué d’un noyau dur de quelques 50 personnes. « Ici les gens se plient toujours à ce que nous décidons. Non pas parce que c’est l’Alexis Vive qui doit décider de tout, mais parce que nous avons la confiance des gens » dit Marin.

La disparition de l’État ?

L’objectif final, me dit Lugo, c’est que cette commune, l’une de celles qui ont les plus importantes ressources et organisation, soit autosuffisante et en mesure d’être autogérée.

C’était le rêve de Chavez ; en 2007, les poches pleines de pétrodollars, réélu avec la plus large majorité, avec une opposition détruite et une fois dépassées les difficultés sous forme de coup d’état, chômage pétrolier et autre, il relança son idée d’État communal. « C’est la culmination du projet politique de Chavez », dit à BBC Monde l’historienne et professeure Margarita Lopez Maya qui a évolué vers une position critique, et a étudié à fond le projet du commandant. Chavez a tenté d’introduire le nouveau schéma d’organisation territoriale dans la réforme de la Constitution qu’il proposa en 2007. Néanmoins, lors du référendum,  il essuya l’une de ses rares défaites électorales.

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Malgré tout, il continua. En 2010, la Loi Organique de Communes, fut approuvée ; on y développe l’idée d’État Communal, une nouvelle forme d’organisation « qui permettra aux vénézuéliens et aux vénézuéliennes d’atteindre le bonheur social dans la société socialiste » dit le texte.

L’évolution socialiste de Chavez

Chavez cherchait à rompre avec la Constitution de 1999 – elle sera à présent réformée par l’Assemblée Constituante – nombreux sont  les chavistes qui qualifient ce texte de trop bourgeois et libéral. « La discussion consiste à savoir si Chavez a toujours voulu le socialisme et qu’il n’a pas pu le mener à bien jusqu’à ce qu’il ait un pouvoir sans contrepoids ou si, en vérité, il s’est peu à peu laissé convaincre par le socialisme » expose Lopez Maya; elle voit dans ce tournant une claire influence du modèle cubain et de Fidel Castro, qui, lui aussi, vira au socialisme après avoir gagné le pouvoir dans l’île.

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La mort de Chávez, la chute des prix du pétrole et la crise économique ont mis un frein – pour le moment – au rêve du commandant. « Sur le chemin que nous avions parcouru avec le président Chavez, nous avons un peu reculé avec le président Maduro du fait de tout ce qui s’est passé » admet José Lugo, le porte-parole économique de Panal 2021.

« Mais, avec l’Assemblée Constituante, ce que nous avons reculé, nous allons le parcourir quatre fois plus vite, en marche avant », confie-t-il.

BBC Monde n’a pas reçu de réponse à sa demande d’entretien avec le Ministère des Communes et avec la Commission de la Constituante pour le renforcement de la Démocratie participative, les Communes et les Conseils Communaux. L’idée de la Constituante consiste à renforcer les liens entre le peuple et l’État, mais Lugo poursuit un objectif plus lointain : « L’intention, au bout du compte, c’est de démonter l’État, c’est ce que disait le commandant Chavez : en finir avec la bureaucratie, réduire l’État dans la mesure du possible. Ce serait l’idéal ».

« Ceci pourrait paraître une utopie, mais nous sommes bien là », dit-il.

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-41827684

Traduction : Sylvie Carrasco

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Je crois en l’Etat communal. Une discussion nécessaire à l’Assemblée Nationale Constituante. Par Isaias Rodriguez

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Isaias Rodriguez (assis, au centre) lors d’une récente assemblée populaire à Guarenas

Je crois en l’état communal et je crois que l’heure viendra où les citoyens comprendront tout le bénéfice qu’ils peuvent en tirer. Bien sûr, chaque chose en son temps. Je ne sais pas si c’est le meilleur moment pour imposer au Venezuela un Etat Communal mais je crois que nous devons aller dans cette direction…

Les gens pensent qu’un Etat Communal c’est le « communisme », on leur a mis ça dans la tête… Pour les chrétiens, « commune » signifie communion, partager le corps du Christ à travers une hostie… Mais « commune »  désigne aussi un des états révolutionnaires les plus importants du monde : la Commune de Paris où le peuple occupa la capitale pendant trois jours pour défendre sa souveraineté face à la Prusse. Il faut bien comprendre le concept de commune.

Rome est organisée en communes. Le lieu où le Libertador Simon Bolívar avait juré de libérer à l’Amérique est la commune du Monte Sacro. Autrement dit je ne suis pas en train de parler de quelque chose nécessairement lié à un processus idéologique déterminé.

Je crois que la commune est l’état idéal pour le travail social: une société petite où les citoyens peuvent démocratiquement établir leurs besoins, et même organiser leur loisir, comment ils peuvent disposer de parcs, d’espaces verts. Comment ils peuvent contrôler les crises de la question climatique. Enfin tout ceci sur une petite échelle parce que quand tu essaies de résoudre cela globalement tu te retrouves face à des intérêts que t’en empêchent comme les transnationales.

Dans une commune tu sais où tu vas placer l’hôpital, le lycée, les chemins, faire en sorte que tu puisses te déplacer en vélo. Je parle d’une société que j’ai vue, qui n’est pas utopique, je la connais, je parle d’espaces communaux qui sont réels.

Si nous avions des communes en ce moment au Venezuela il n’y aurait pas de problèmes de production d’aliments parce que la commune elle-même sème, produit, c’est à dire qu’on résout un problème en petit et que si plusieurs groupes résolvent leurs problèmes en petit quand tu les unis tu as crée une culture sociale pour vivre en fonction sociale et pas individuellement. La commune est le meilleur espace pour éduquer les personnes à la vie en société, pour vivre dans la compréhension que le plus important ce n’est pas un être humain mais LES êtres humains…

Cet espace communal je continue de penser qu’il serait l’idéal. Que pourrait-il se passer? Dans un pays comme le nôtre qui même s’il a grandi en tant que peuple, n’a pas suivi cette croissance sur le plan institutionnel, les institutions peuvent encore voir la commune comme une rivale: les conseils municipaux ne se font pas à l’idée d’être déplacés par le pouvoir des communes, mais le jour où ils comprendront que ce pouvoir va les renforcer, alors il ne sera plus si difficile de l’intégrer comme quatrième pouvoir dans la structure des pouvoirs publics au Venezuela. Le Pouvoir National, le Pouvoir Régional, le pouvoir Municipal et le Pouvoir Communal.

Je crois qu’il faut commencer à éduquer le pays pour qu’il comprenne ce qu’est le Pouvoir Communal et comment il peut le servir et je suis partant pour qu’il s’intègre dans ce processus.

Isaias Rodriguez (actuel ambassadeur du Venezuela en Italie)

Source : https://isaiasrodriguezweb.wordpress.com/2017/10/29/creo-en-el-estado-comunal/

Traduction : Cathie Duval

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Mensonges médiatiques contre France Insoumise (partie III) : « dictature et crise humanitaire au Venezuela »

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Ces derniers mois en France, on observe au hasard des plateaux de télévision et de radio une situation plutôt comique : tout militant insoumis est sommé de rendre des comptes sur le Venezuela. Or s’il y a quelqu’un qui doit rendre des comptes, c’est bien le journaliste. D’abord, pour avoir occulté les 90 % de la population qui n’ont pas participé aux violences et les ont rejetées, faisant passer la minorité insurgée pour « la population »; Ensuite, pour avoir inversé l’ordre du montage. L’agression des commandos de la droite et la réponse des forces de l’ordre, montées à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants. Il y a plus grave : les médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui a alimenté l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention. Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste zone grise (Primo Levi) des grands groupes privés médiatiques, à l’abri de son écran d’ordinateur ou d’un studio ouaté à dix mille kilomètres de Caracas, acceptera de reconnaitre qu’il a encouragé des assassins ?

Les insoumis de France n’ont aucun compte à rendre mais nous sommes tous en droit d’en demander aux « médias ».

Avec huit millions d’électeurs qui ont élu une assemblée constituante le 30 juillet 2017, malgré les violences d’extrême droite et la campagne médiatique, la démocratie vénézuélienne déjà riche en pouvoir communal, médias associatifs, mouvements sociaux, est une démocratie vivante. Elle n’a jamais connu une telle densité d’élections : depuis juillet on a compté deux consultations internes organisées par les partis de droite, l’élection nationale de la Constituante, et ce 15 octobre aura lieu celle des gouverneurs. L’ensemble de l’échiquier politique y participera.

Autre point non négligeable : alors que des gouvernements néo-libéraux – comme ceux de la France ou du Mexique – continuent à détruire la protection sociale de la population, la guerre économique subie par le Venezuela ne lui a pas fait renoncer au maintien et au développement de ses investissements sociaux en faveur des secteurs populaires. L’ONU vient de le confirmer par la voix de la Secrétaire Exécutive de la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) Alicia Bárcena. « Le dernière décennie a été très prometteuse pour le Venezuela en matière sociale. Nous, nous enregistrons une réduction très importante de la pauvreté au Venezuela, sans précédent et aussi de l’amélioration de l’égalité, » a-t-elle déclaré le 22 septembre au siège des Nations Unies, à New York. Elle a souligné que malgré la situation économique mondiale, au Venezuela, les programmes sociaux n’ont pas été réduits, en particulier les missions qui ont des objectifs très concrets : « Dans le domaine social, nous pensons que les choses s’améliorent, dans le domaine économique, il faut mettre plus insister pour pouvoir d’une certaine façon restabiliser les politiques macro-économiques. » Pour Bárcena, les missions sociales du Venezuela sont importantes pour obtenir la réduction de la pauvreté réelle et l’insertion dans le marché du travail ou dans l’éducation : « Ces expériences sont très importantes et ne doivent pas être perdues ». La politique d’assistance sociale stimulée par le Gouvernement Bolivarien a permis de réduire l’indice de pauvreté extrême qui était de 10,8% en 1999 à 4,4% actuellement. Enfin Bárcena a condamné les sanctions unilatérales imposées par les Etats-Unis au Venezuela : « Nous espérons que ces problèmes pourront être résolus. Chaque pays doit résoudre ses problèmes intérieurs par ses propres moyens et l’interférence étrangère est contre-productive ».

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Dans son discours à l’ONU, le président Trump soutient, comme les journalistes, qu’il y a une dictature au Venezuela. Or ces 4 dernières années, et depuis que Nicolas Maduro a accédé au pouvoir, il y a eu pas moins de 4 processus électoraux: 1) élections présidentielles en avril 2013, avec un taux de participation de 79,7%; 2) élections municipales en décembre 2013, avec un taux de participation de 58,36%; 3) des élections législatives auxquelles ont participé 74,17% des électeurs inscrits; et enfin 4) le tout récent processus constituant qui a vu une participation de 41,3% malgré les violences et un appel à l’abstention de la part de secteurs radicaux de l’opposition.

Peut-on qualifier de dictature un système politique dans lequel non seulement on a pu réaliser 4 élections en 4 ans, soit en moyenne 1 par an, mais dans lequel également on reconnaît les victoires mais aussi les défaites? En décembre 2015 le président Maduro n’a-t-il pas reconnu la victoire de l’opposition aux législatives, ou en décembre 2013 la conquête de 81 municipalités -soit 39,34% de l’ensemble des communes- par cette même opposition?

S’il y avait réellement un régime dictatorial au Venezuela, comment comprendre alors que les médias privés n’ont cessé d’augmenter en nombre, font 85 % d’audience et sont pour la plupart opposés au gouvernement ? Et que les 17 partis d’opposition aient inscrits 77 candidats aux élections du 15 octobre prochain pour les postes de gouverneurs dans les 23 états du pays? Ce qui représente 77% des candidats inscrits alors que le Pôle patriotique (partis qui appuient le gouvernement, dont le PSUV) n’en a inscrit que 23%!

Doit-on vraiment parler de dictature dans un pays qui a non seulement réalisé 21 élections depuis 1999, mais qui les a réalisées avec une transparence validée par des organismes internationaux tels que le prestigieux Centre Carter ? Même les plus féroces opposants au soi-disant “régime dictatorial” de Maduro ont légitimé ces processus et leur transparence en participant et emportant des victoires en 2013 et 2015, et en s’inscrivant aux élections à venir; n’est-ce pas au final un signal clair qu’ils donnent sur la fiabilité de la démocratie vénézuélienne, de son système et de son pouvoir électoral?

Mais encore : peut-on appeler dictature un pays où la différence entre le nombre de personnes en âge de voter et le nombre de personnes effectivement inscrites sur les listes électorales est seulement de 3% ? A ce compte-là on peut dire que le Venezuela vivait sous le joug d’une féroce dictature avant 1999, lorsque cette même différence était de plus de 30%! Précisons que sous la prétendue dictature de Maduro le taux moyen de participation aux élections est d’un peu plus de 70%…

On voit bien d’évidence que le terme “dictature” des journalistes n’est pas adéquat pour un pays qui garantit le droit de vote et n’a cessé d’améliorer les conditions de participation des citoyens. En comparaison on est en droit de se demander ce qu’il en est du système électoral étatsunien: quel taux de participation aux élections? Quelle différence entre personnes en âge de voter et personnes effectivement inscrites sur les listes électorales? Les conditions de la transparence du processus électoral et du secret du vote sont-elles bien réunies?

Et quelle profonde contradiction, inexplicable pour tout théoricien ou philosophe politique, que de dire qu’une Assemblée Constituante, expression du peuple souverain originel, n’est pas démocratique! Dans toute définition classique -et toujours actuelle- de la démocratie, l’Assemblée Constituante est au contraire l’espace, le lieu et l’instrument de l’expression du peuple souverain. Aurait-on une autre définition de la démocratie aux Etats-Unis?

Pourquoi donc Donald Trump s’aventure-t-il à qualifier l’Assemblée Nationale Constituante d’illégitime? Elle procède pourtant du dispositif prévu par l’article 348 de la Constitution actuellement en vigueur, par ailleurs dûment débattue et approuvée par referendum populaire en 1999: “La convocation d’une Assemblée Nationale Constituante pourra être prise par le Président ou la Présidente de la République en Conseil des Ministres; par l’Assemblée Nationale à la majorité des 2/3; par les Conseils Municipaux réunis en assemblée générale à la majorité des deux tiers; ou par 15% des électrices et électeurs dûment inscrits sur les listes électorales”

Pourquoi dire que “le Président Maduro a créé l’Assemblée Nationale Constituante”! C’est le peuple vénézuélien qui l’a créée le 15 décembre 1999 en débattant largement puis en l’approuvant par referendum. Ce sont 8.089.320 vénézuéliens qui, le 30 juillet 2017, ont élus leurs députés constituants. Ces citoyens représentent 41,3% des inscrits sur les listes électorales, et ce malgré l’appel à l’abstention de secteurs dits “démocratiques” de l’opposition, et les obstacles physiques (bureaux de vote attaqués, brûlés, barricades) imposés par ces mêmes secteurs pour empêcher le libre exercice du droit de vote universel et secret. Si l’on ajoute à ces 41,3% la traditionnelle abstention de 30% en moyenne constatée lors des processus électoraux antérieurs, il ne reste que 28,7% qui se seraient abstenus pour répondre à l’appel de l’opposition!

Donald Trump affirme que l’Assemblée Nationale Constituante usurpe les pouvoirs de l’Assemblée Nationale législative aux mains de l’opposition. Cette affirmation se heurte à 2 objections majeures. D’abord la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela en vigueur précise ceci dans son article 349: “… Les pouvoirs constitués ne pourront en aucun cas entraver les décisions de l’Assemblée Nationale Constituante”; celle-ci compte en effet avec des pouvoirs qui sont hiérarchiquement au-dessus de ceux des pouvoirs constitués, y compris le pouvoir législatif. Ensuite cette affirmation ignore le récent décret pris par l’Assemblée Nationale Constituante qui régule les relations et les domaines d’intervention avec les 5 autres pouvoirs -que l’ANC reconnaît et entérine donc-. Qui sont les 5 pouvoirs prévus par la Constitution de 1999: exécutif, législatif, judiciaire, électoral et moral]

Donald Trump affirme encore que le prétendu dictateur Maduro “emprisonne les dirigeants de l’opposition élus démocratiquement”. Faut-il considérer comme « prisonniers politiques » les assassins du parti d’extrême droite grec Aube Dorée, parce qu’ils sont emprisonnés ? Dans un État de Droit, qu’il s’appelle France ou Venezuela, être de droite ne signifie pas être au-dessus des lois ni pouvoir commettre impunément des délits tels qu’assassinats, attentats à la bombe ou corruption. Ce n’est pas pour leurs opinions politiques mais pour ce type de délits que des personnes ont été jugées et emprisonnées.

Rappelons que les leaders actuels de la droite n’ont jamais respecté les institutions démocratiques : ce sont les mêmes qui en avril 2002 avaient mené un coup d’État sanglant contre le président Chavez, avec l’aide du MEDEF local et de militaires formés à la School of Americas. Ce sont les mêmes qui ont organisé les violences de 2013 à 2016. Notons l’identité d’un de leurs mentors : Alvaro Uribe, un des plus grands criminels contre l’humanité de l’Amérique Latine, ex-président d’un pays gouverné par le paramilitarisme et les cartels de la drogue, qui possède les plus grandes fosses communes du monde, qui compte 9500 prisonniers politiques, 60.630 personnes disparues au cours des 45 dernières années et qui depuis la signature des accords de paix a repris une politique sélective d’assassinat de leaders sociaux et de défenseurs des droits de l’homme. (Pour une information complète et en photos sur ces liens des héros du « Monde » avec le paramilitarisme colombien, lire « Venezuela : la presse française lâchée par sa source ? » http://bit.ly/1NQgl43)

Comment fait-on aux Etats-Unis pour garantir le droit à la vie, à la libre circulation, à la santé, à l’éducation et au travail quand des groupuscules, se disant “pacifiques”, bloquent durant des heures, voire des jours, les autoroutes, les rues et avenues et empêchent de façon violente les gens de sortir de leurs résidences et d’aller au travail, d’accéder aux centres de soins, aux écoles ou aux marchés? Comment garantit-on, aux Etats-Unis, l’ordre public quand des groupes violents et armés, convoqués par des secteurs de l’opposition aux avant-postes des manifestations “pacifiques”, agressent à coups de cocktail Molotov, de mortiers et d’excréments les forces de sécurité? Quelle est la marche à suivre, aux Etats-Unis, quand ces mêmes groupes violents dont les membres se cachent courageusement le visage sous des cagoules incendient des écoles, assiègent des maternités, et à l’instar des méthodes fascistes ou suprématistes brûlent vif des personnes à cause de la seule couleur de leur peau? Permet-on, aux Etats-Unis, que ces mêmes groupes se prévalent du droit à manifester pour lancer des bombes et tentent d’envahir des casernes militaires?

Enfin, pour justifier sa volonté d’intervenir au Venezuela, Donald Trump évoque une crise humanitaire, alors que le PNUD, organisme émanant de cette même ONU, a signalé en mars dernier que le pays de Bolivar a maintenu un haut indice de développement humain (IDH) -0,767 contre 0,762 en 2012- malgré l’agression économique subie et la brutale chute des prix du pétrole ces 4 dernières années. Cela situe le Venezuela à la 71e place sur 188 pays en termes d’Indice de Développement Humain. L’argument de la crise humanitaire est donc bien léger et il faudra en trouver d’autres plus crédibles et solides. S’il y a crise humanitaire, c’est bien dans des pays comme le Pérou ou le Brésil dont l’IDH est 0,740, ou même la Colombie avec un IDH de 0,727! N’y a-t-il pas contradiction à imposer des sanctions économiques à un pays sous prétexte de crise humanitaire, et contribuer par ces mêmes sanctions à l’aggravation de ladite crise? Car c’est bien ce qui est visé : empêcher le peuple vénézuélien d’accéder à des crédits internationaux lui permettant de se procurer des médicaments et de la nourriture.

Avec un taux de 4,4% de pauvreté extrême, et de 18,5% de pauvreté générale le Venezuela est bien mieux loti qu’un nombre conséquent d’autres pays aux taux bien supérieurs de pauvreté. Comment soutenir, à moins que cela ne soit qu’un prétexte, qu’un pays est englué dans une crise humanitaire quand la production per capita de ces 4 dernières années se maintient à des niveaux relativement élevés -9% de plus que ceux qui ont été enregistrés lors des 3 dernières décades-? Et, répétons-le, tout cela dans un contexte de guerre économique orchestrée et de chute drastique des prix mondiaux du pétrole… Toute l’industrie alimentaire ou sanitaire qui opère dans le pays avec des capitaux américains n’a pas été détruite. Ce n’est pas l’ouverture d’un couloir humanitaire, cheval de Troie d’une intervention au Venezuela, qui résorbera la pénurie dans ces secteurs, mais bien la levée de l’embargo commercial clandestinement mis en place depuis 4 ans contre le peuple vénézuélien par ces grands capitaux.

Source : 15 y Ultimo (Pasqualina Curcio) : http://www.15yultimo.com/2017/09/07/dictadura-y-crisis-humanitaria-inventos-de-donald-trump-para-intervenir-en-venezuela/ et Venezuelainfos

Traduction : Jean-Claude Soubiès

Lire les deux volets antérieurs de ce dossier :

 

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Succès pour l’avant-première du documentaire « Jusqu’à nous enterrer dans la mer »

Organisée par ATTAC Bruxelles, que nous remercions pour son travail constant de réinformation face à l’univocité médiatique, l’avant-première du documentaire sur la révolution bolivarienne « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » a rempli la salle du cinéma « Aventure » dans le centre de la capitale, ce jeudi 21 septembre. Vu l’énorme affluence il faudra sans doute organiser une nouvelle séance pour ceux qui n’ont pu entrer dans la salle… La projection a été précédée d’une interview en vidéo de Maurice Lemoine et suivie d’un débat sur la situation actuelle du Venezuela, avec Carolina Gerendas et Paul-Emile Dupret.

Le film est le fruit d’un an de vie en commun avec les habitants du quartier populaire « Bello Monte » dans l’état d’Aragua au Venezuela. Il tente de faire le point sur la révolution bolivarienne. Il est aussi une autre manière de parler de la politique et de la faire s’exprimer. (Réalisation: Thierry Deronne, Venezuela, 2017. Durée: 60 min. Vidéo HD.)

On peut commander le DVD  en écrivant à Gloria Verges de France-Amérique Latine (FAL 33) : gloriaverges@free.fr

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L’Assemblée Constituante dans les territoires

DJtRU6BXUAEqLcwL’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est installée depuis plus d’un mois. La dynamique politique du conflit au Venezuela a changé depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, le pays n’est plus en surface ce qu’il était il y a quelques mois: l’insurrection de la droite s’est éloignée des rues. C’était un des objectifs centraux de l’élection de l’ANC : faire rentrer le débat politique dans le champ de la démocratie, au moins pour le moment – même si en sous-main des mouvements de violence sont en marche.

Avec ce nouvel équilibre des forces, une autre initiative a vu le jour : le déploiement d’une partie des députés constituants dans les territoires, du vendredi au dimanche, jours établis de manière hebdomadaire pour une dynamique qui se veut la colonne vertébrale du processus constituant. Plusieurs assemblées ont eu lieu dans le pays, la majorité au cœur des quartiers populaires et des zones rurales, certaines avec des autorités institutionnelles – des maires par exemple – et d’autres directement avec la population.

Nous avons recueilli les thèmes débattus au cours de cinq de ces assemblées: dans la Centrale Sucrière Ezequiel Zamora, sur la Place Hugo Chávez de Sabaneta, au Centro Agricole Génétique Florentino, dans la cour d’une maison de Barinitas et dans une école de El Cobre. Quatre assemblées citoyennes dans l’état de Barinas, une dans l’état du Táchira, avec la participation d’ouvriers, de petits producteurs agricoles, de membres de communes, de voisins du secteur et de députés constituants. Dans tout ce qu’on a entendu lors de ces assemblées on peut dire qu’il existe trois grands axes et besoins exprimés par la base: la production, la corruption et la justice.

La production

C’est un thème répété depuis des années : il est nécessaire de produire plus, et de dépendre moins du pétrole. C’est ce qui s’est dit dans chaque assemblée, où ont été présentés des plans concrets de production tant pour les entreprises d’État que pour des expériences sociales-communales – on compte 137 communes à Barinas, 75 dans l’état de Táchira, et presque toutes connaissent un développement productif. La proposition est claire, l’heure historique exige d’augmenter les niveaux de production, la capacité pour la consommation nationale et l’exportation. Ceux qui produisent la richesse – ouvriers, producteurs, communards – ont montré leur volonté de construire des réponses face aux nécessités du pays.

Le diagnostic sur des entreprises dans les mains de l’État montre que la majorité ne fonctionnent pas comme elles devraient, et produisent en-dessous de leur potentiel, ce qui n’est pas le projet originel. Cette situation constitue une limitation sévère dans une économie partagée entre trois propriétés – privée, d’État, sociale/communale – dans une guerre économique où l’État est appelé à jouer un rôle central.

La corruption

Tous les débats sur la production ont eu pour corollaire la nécessité de combattre la corruption. Le problème touche deux domaines fondamentaux : l’État et le secteur privé. L’accent a été mis sur le premier, et en particulier sur deux aspects. L’un d’eux est la difficulté que rencontrent les initiatives sociales/communales, ou les entreprises publiques elles-mêmes, pour obtenir des réponses dans les demandes faites à l’État – qu’ils s’agissent d’institutions ou d’entreprises. L’autre aspect abordé est le mauvais usage des ressources dans les entreprises d’État qui se traduit, par exemple, par la déviation d’intrants destinés à la production agricole: des entreprises d’État elles-mêmes revendent ces biens aux réseaux du marché noir qui les revendent ensuite aux producteurs à des prix inaccessibles.

Dans chacun de ces cas la conclusion est claire : il est nécessaire d’en finir avec la corruption. Il s’agit d’un problème qui pèse depuis des années sur l’économie, détruit des projets, empêche le développement du modèle productif national. Sans sanctions, commet réactiver la production ? Comment faire pour que les nouvelles initiatives aient du succès et ne finissent pas comme les précédentes ?

La justice

Le besoin de justice s’est manifesté tant vis-à-vis des corrompus que vis-à-vis de ceux qui ont dirigé et pratiqué l’insurrection armée de la droite menée d’avril à juin, qui a fait plus d’une centaines victimes, et qui a donné lieu à une augmentation des faits de délinquance. Cette exigence que la justice s’exerce s’est exprimée en particulier dans les villages assiégés pendant cette période de violences – c’est le cas de Barinitas et de El Cobre. Dans le premier cas, la population a dû affronter principalement des groupes armés ramenés de l’extérieur pour causer des destructions. Les preuves: la mairie et le commissariat de police avec des marques des incendies et des destructions, les magasins vandalisés qui n’ont pas encore rouvert, l’ouvrier assassiné par une arme à feu. Dans le second cas, le plan a combiné l’incursion de forces de choc de la droite – sûrement paramilitaires – avec l’action d’habitants de l’opposition. Ceux-ci ont agressé les voisins chavistes et les centres électoraux pour tenter d’empêcher les élections à l’Assemblée Constituante du 30 juillet.

On a besoin de justice dans ces villages, d’une justice qui ne concerne pas seulement les dirigeants nationaux de l’escalade violente – comme Voluntad Popular -, mais qui soit aussi plus locale, complexe, où de « bons voisins » se sont transformés en assassins potentiels et où des groupes armés ont suivi des schémas de type militaire.

***

Les députés constituants se sont trouvés face à un éventail de demandes. Leur tâche est de réaliser une synthèse pour l’élever jusqu’à l’Assemblée Nationale Constituante et à ses commissions de travail respectives – au nombre de 22, chacune s’occupant d’un axe thématique différent – et d’ébaucher une architecture constituante de démocratie représentative et participative qui se déroule tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hémicycle.

On ressent la nécessité de ces assemblées. Il persiste dans les communautés un grand manque d’information sur l’Assemblée Constituante, il y a une sensation de distance vis-à-vis de ce nouveau pouvoir : alors que l’Assemblée Constituante prend des mesures politiques – et parle à travers un nombre réduit de personnes- la réalité économique se détériore chaque jour. Grâce aux mesures économiques annoncées par le président Maduro et à ces rencontres face à face sur le terrain, la distance se réduit, et permet à la population de s’approprier d’une instance pour laquelle elle a voté dans l’espoir qu’elle résoudrait ses problèmes.

Il n’existe pas de clef unique pour résoudre les urgences et les nécessités stratégiques. Les causes de la situation sont économiques et politiques, tant internationales que nationales, dans un contexte de tentative d’assaut final dirigé depuis les Etats-Unis. Dans cette complexité, où l’Assemblée Nationale Constituante doit prendre des mesures concrètes, on peut construire des mécanismes pour mettre en marche une participation populaire directe. Il faut valoriser le fait que dans leur immense majorité les gens sont prêts à résister, à en faire plus, même face à la détérioration des prix, à la corruption qui les affecte directement dans leurs expériences productives, et aux vagues de violence armée dirigées par la droite avec leur cortège de traumatismes et d’affrontements collectifs.

C’est dans la rencontre entre ces deux instances – territoires et députés constituants – que se trouve une des réponses à comment affronter la situation. Une situation qui en surface peut paraître plus calme : pas souterrainement, car la nécessité d’en finir avec l’expérience bolivarienne à tous les niveaux est intacte. Nous vivons en guerre.

Marco Teruggi

 

Source: https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/09/11/la-asamblea-nacional-constituyente-en-los-territorios/

Traduction: Thierry Deronne

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Boaventura de Souza Santos: « Pourquoi je continue à défendre la Révolution Bolivarienne au Venezuela”

Décrit comme le « sociologue de l’antiglobalisation » et le « penseur étoile des mouvements sociaux », le portugais Boaventura de Souza est un des principaux initiateurs du Forum Social Mondial et l’un des intellectuels de gauche les plus respectés d’Europe. Cependant son travail dépasse les frontières nationales et universitaires. Docteur en Sociologie du Droit de l’Université de Yale, il occupe les fonctions de directeur du centre d’Etudes Sociales de l’Université de Coimbra et travaille également comme chercheur à la faculté de Droit de l’Université de Wisconsin-Madison aux États-Unis.

Entretien réalisé par Arturo Wallace, de BBC World Service, août 2017.

Lorsque vous écrivez «En défense du Venezuela » que défendez-vous, ou qui défendez-vous exactement ?

Je défends les majorités du Venezuela, parce que jusqu’à maintenant il est évident que ces majorités ont manifesté pour continuer les politiques d’inclusion sociale et de progrès menée pour les classes défavorisées. Comme vous le savez en 1998, au moment de l’élection de Hugo Chavez, 60% de la population du Venezuela vivait sous le seuil de pauvreté et aujourd’hui c’est beaucoup moins. Bien sûr en ce moment, il y a une crise au niveau de l’approvisionnement, une crise économique très grave. Mais jusqu’à présent la majorité pauvre du Venezuela n’a pas manifesté contre (l’actuel gouvernement), sauf lors des élections (parlementaires) de 2015, lorsque l’opposition a gagné mais avec une faible avance..

La société vénézuélienne est polarisée, avec de fortes différences. Et défendre le Venezuela, c’est défendre la démocratie vénézuélienne et le droit des majorités à manifester démocratiquement. Si vous regardez bien, l’opposition organise un référendum – bien qu’il n’ait aucune valeur juridique – et on parle de 7 millions, le gouvernement organise des élections pour une Assemblée Constituante et on parle de 8 millions. Et ensuite une entreprise privée dit qu’en réalité il n’y avait que sept millions, mais ce que tout cela montre c’est que la société est divisée. Et dans nos sociétés les divisions doivent se résoudre démocratiquement.

Mais la démocratie vénézuélienne fonctionne-t-elle ?

Ce qui est clair, c’est que le Venezuela n’est pas une dictature, car si c’en était une, l’opposition ne pourrait pas faire ce qu’elle fait : brûler des centres de santé, brûler des écoles, bombarder le Tribunal Suprême avec un hélicoptère, recourir à tous types de provocations dans la rue. Dans les médias internationaux ces provocations sont présentées comme émanant du gouvernement, alors qu’il est clair que ce n’est pas le cas. Et nous le savons car nous avons déjà vu cela avant. Vous avez peut être regardé par hasard le reportage de Sky News avant les élections (pour l’Assemblée Constituante) sur ce qui ressemblait à une guerre civile à Caracas ; alors souvenez vous de ce que Sky News a fait en Libye, à Tripoli et aussi à Mossoul en Syrie ; ensuite il s’est avéré que tout n’était que mensonges. On essaie de ne pas montrer la réalité du Venezuela aux médias internationaux et c’est pour cela que défendre le Venezuela c’est défendre un peu la démocratie et une sortie non violente à cette crise, car si cela se termine dans la violence, les vénézuéliens en premier lieu, mais aussi le monde entier va en souffrir.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux ont déguisée pendant des mois en « révolte populaire ».

Et vous êtes certain que la majorité des vénézuéliens appuient le gouvernement actuel ? Comme vous l’avez-vous-même rappelé, la dernière fois que l’opposition a participé à des élections, elle a gagné….

C’est vrai, la majorité a voté en décembre 2015 en faveur de l’opposition, cela ne fait aucun doute, mais si on y regarde bien, c’était dans un contexte de crise. Et il est évident que Maduro n’est pas Chavez. Nous savons aussi qu’il y a des problèmes – personne ne peut nier qu’il y a des problèmes au Venezuela – et nous savons aussi que Maduro n’est pas Allende. Mais il faut dire que lors de l’organisation des élections de 2015 la plupart des gens étaient très mécontents de certaines orientations de la Révolution Bolivarienne, mais ils voulaient continuer avec la Révolution : la corriger, pas l’éliminer.

C’est pour cela que lorsque l’Assemblée Constituante est arrivée – dans les conditions difficiles que nous connaissons, avec des salles de vote brûlées, saccagées- huit millions de personnes sont sorties manifester pour la défendre. Il me semble que la majorité des vénézuéliens n’est pas totalement d’accord avec les choix actuels de politiques bolivariennes de Maduro , mais elle veut poursuivre le projet d’intégration sociale, d’élargissement du pouvoir vers les communes, vers les plus pauvres, etc. Il ne s’agit pas d’éliminer complètement les conquêtes acquises depuis 1998. C’est dans ce sens que je parle de majorités.

Mais vous croyez que les conditions dans lesquelles a été élue l’Assemblée Constituante peut être considérée comme un exercice de démocratie et ses résultats comme l’expression de la volonté des majorités ?

Oui, c’est un exercice propre d’une démocratie, pas d’une dictature. Les procédures peuvent varier, proposer différentes formes de choix. Et l’article 348 de la Constitution stipule que le président a cette prérogative (de la convoquer). En fait j’ai toujours critiqué, d’une façon solidaire, certains aspects de la politique bolivarienne; cela ne date pas d’aujourd’hui. Et bien sûr, je pense personnellement – bien que je ne sois pas vénézuélien – qu’il aurait mieux valu garder la Constitution de 1998, et beaucoup de personnes pensent que ce serait possible. Mais dire que l’Assemblée Constituante n’est peut être pas pleinement démocratique est une hypocrisie, dans la mesure où l’Assemblée Nationale exerçait un blocage total à Maduro depuis le début.

Mais c’était un processus plus symbolique qu’effectif, alors que l’Assemblée Constituante, elle, a du pouvoir : de fait, une de ses première décisions a été la destitution de la procureure générale Ortega (NDLR : depuis cette interview, Luisa Ortega et son époux ont fui la justice vénézuélienne à la suite de la découverte d’un vaste réseau de corruption qu’ils dirigeaient depuis le Ministère Public dans la frange pétrolifère de l’Orénoque, et de l’omission juridique de nombreux cas de fraude massive sur le change de devises pour le commerce extérieur. Luisa Ortega collabore à présent, selon le Miami Herald, avec le gouvernement états-unien). Pensez vous que ce genre de décision contribue à la confiance et au dialogue que le gouvernement prétend défendre ?

Non. Et je pense réellement qu’il y a une polarisation croissante et très inquiétante, les deux parties polarisent vraiment la situation. Vous pouvez constater, par exemple qu’il y a eu une tentative pour diviser les militaires, tentatives derrière lesquelles l’interférence nord américaine était très forte, interférence avérée, parce qu’ils essaient de boycotter tout le processus bolivarien du Venezuela. Et les réactions ne me semblent pas bonnes non plus, bien évidemment. Ce qui me semble intéressant cependant c’est que l’opposition a décidé de participer aux élections régionales et locales qui vont avoir lieu. C’est l’expression de leur volonté d’affronter le vote et de continuer sur la voie démocratique, ce qui, selon moi est une très bonne nouvelle.

D’un autre côté, au Venezuela actuellement nous sommes face à une situation de dualité de pouvoir, avec d’un côté l’Assemblée Nationale et aussi un vide institutionnel très fort, parce que Maduro a révoqué la procureure générale, et d’un autre côté l’Assemblée Constituante, qui ne va pas l’accepter. Le résultat est une situation – qui n’est pas nouvelle dans l’histoire, la Russie a connu cela pendant un temps en 1917 – où le pouvoir est divisé dans la société ce qui rend de plus en plus difficile une solution dialoguée. Et nous n’avions jamais connu cette situation auparavant en Amérique Latine.

Ce que nous avons connu ce sont les dictatures sanglantes qui sont venues après, la destruction de tout, et cela doit inquiéter tous les démocrates. Et c’est pour cela que tous les efforts devraient tendre vers le dialogue. Certaines personnes ne sont malheureusement absolument pas intéressés par le dialogue. Et je me demande s’il n’y a pas des forces à l’extérieur qui ont intérêt à ce que le Venezuela, qui a toutes les richesses minérales du monde, ne soit pas un pays vraiment souverain, et non dépendant des États Unis ; on sait bien que tous les pays qui ont des réserves jugées stratégiques pour les intérêts américains ont été éliminés, détruits. Et il existe plusieurs façons d’intervenir. Nous ne pouvons pas rester naïfs. Après l’Opération Condor dans le Cône Sud de l’Amérique Latine au cours des années 70, nous ne pouvons plus être naïfs : il existe de nombreuses formes d’intervention dans les affaires d’un autre pays. Et je pense que sans cette polarisation le problème pourrait être résolu par la voie démocratique. Mais là, je ne sais pas, et cela m’inquiète beaucoup.

Pourtant cela fait 18 ans que le chavisme est au pouvoir. N’est-ce pas là la preuve qu’on exagère le poids de cette soi-disant conspiration organisée par Washington ?

Le problème ce n’est pas le nombre d’années qu’il est au pouvoir, mais s’il gouverne correctement. Et au Venezuela il y a eu un problème structurel très clair : le pays n’a pas su tirer profit des bénéfices du pétrole pour reconstruire un État qui vivait historiquement de ses rentes et dans la dépendance des États Unis. Parce qu’en fait Chavez ne l’a pas changé : il n’a pas profité des bénéfices du pétrole pour changer le modèle de production de l’économie au Venezuela. Au contraire, d’une certaine façon, il est encore plus dépendant de la production du pétrole. C’est bien évidemment un problème structurel. Auquel il faut ajouter le problème de la corruption, qui ne date pas d’aujourd’hui. La corruption était complètement endémique au Venezuela, dans les années 70 et 80. C’était un cas d’étude.

Il n’y a plus de corruption au Venezuela ?

Bien sûr que si. Comme dans d’autres pays. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Le problème c’est qu’il y a deux poids, deux mesures : par exemple au Brésil, la présidente la plus honnête d’Amérique Latine, Dilma Roussef, a été destituée par les politiciens les plus corrompus d’Amérique Latine. C’est ça qui me gêne. Et sur quoi repose cette double politique? en fait c’est très simple : cela dépend si tu es aligné sur les logiques internationales du néolibéralisme, des privatisations et d’abandon des richesses naturelles au marché international. Si tu es d’accord tout est toléré, comme on tolère que l’Arabie Saoudite exécute des jeunes qui ont participé au printemps arabe, ou que les femmes soient fouettées pour avoir conduit une voiture, cela ne provoque aucune vague. En ce qui nous concerne, ce n’est pas du tout ce qui se passe, et c’est cette double politique qui me gêne. Mais je ne cherche absolument pas à cacher les problèmes structurels du pays.

Brésil, mars 2015. « Dilma dehors ! », « Assez de corruption ! », « Nous réclamons une intervention militaire d’urgence face aux trois pouvoirs pourris ! ». « Assez d’endoctrinement marxiste », « Assez de Paulo Freire » (créateur de la célèbre « Pédagogie de l’opprimé », NdT), « US Navy et Air Force, sauvez-nous à nouveau! », des effigies de Lula et Dilma pendues à un pont : comme au Venezuela, des classes moyennes transformées en « révolte populaire » par les médias internationaux ne seraient pas fâchées de voir intervenir militairement les États-Unis, voire de remettre en activité les caves de la dictature militaire pour éliminer les « toxines marxistes ».

Mais vous pensez que les inquiétudes sur la qualité de la démocratie au Venezuela ne sont qu’une façade ?

Non, je pense qu’il faut lutter pour la qualité de la démocratie. Mais encore faut il se mettre d’accord sur ce que l’on entend par démocratie . Il existe des groupes qui essaient de construire un pouvoir communal depuis la base. Par exemple, il existe aujourd’hui au Venezuela une structure très importante qui s’appelle le Pouvoir Communal, à laquelle participent des gens très critiques vis-à-vis des politiques de Maduro et qui essaient de construire depuis la base un pouvoir communal qui est un pouvoir participatif, pas nécessairement représentatif en termes de démocratie représentative. Mais vous savez bien qu’il existe d’autres formes de démocratie.

Et le Venezuela avait un système électoral très sophistiqué. Et je suis surpris que l’entreprise privée Smartmatic dise – sur quelle base, je l’ignore, ce que je sais c’est qu’elle vient de signer un contrat pour plusieurs millions avec la Colombie – qu’ils n’étaient que sept millions, et non pas huit. Il y a des choses que nous ne comprenons pas, qui me surprennent et m’incitent à garder mes distances en raison que ce que j’ai vu en d’autres occasions en Amérique Latine. Les conséquences sont toujours les mêmes : guerre civile, morts, de plus en plus d’assassinats, et ce serait regrettable pour le peuple vénézuélien et les démocrates du monde entier.

École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida.

Et l’unanimité des décisions de l’Assemblée Constituante ne vous semble pas suspecte? Dans quelle mesure un organe qui prend de telles décisions peut il être considéré comme représentatif de la société vénézuélienne ?

Je ne suis pas certain que les choses soient comme cela.

Mais c’est ce qui s’est passé jusqu’à présent…

Bien sûr, mais cela n’a pas encore commencé, pour ainsi dire. Nous allons voir ce qui va se passer. D’un autre côté, au Venezuela les mécanismes démocratiques sont encore très forts. Quand cette Assemblée Constituante aura terminé son travail, la nouvelle Constitution devra être approuvée, elle ne pourra pas entrer en vigueur comme cela, il faudra un référendum. Alors les vénézuéliens auront l’occasion, lors du référendum, de dire s’ils sont pour ou contre. En d’autres termes il me semble qu’il existe encore des mécanismes qui permettent une issue démocratique, une issue avec un minimum de violence – qui hélas est déjà très importante – et avec un minimum d’intervention internationale. Nous allons voir si cela est possible, mais il ne faut pas renoncer à espérer. Même si, pour l’instant, les deux parties n’ont pas un comportement propice au dialogue.

Et vous pensez que la volonté de dialogue du gouvernement est réelle ?

Il ne faut pas oublier que tout a commencé lorsque l’opposition a gagné les élections en 2015. Elle a gagné les élections législatives, pas les présidentielles, mais la première chose qu’elle a dite a été : « il faut détruire la Révolution Bolivarienne et faire partir Maduro ». C’est-à-dire que les premières déclarations du nouveau président de l’Assemblée ont été pour détruire tout ce qui a été fait auparavant. Ce n’est pas normal. Et il ne faut pas s’étonner si les partisans du gouvernement ou de Maduro commencent à envisager les façons de se défendre. Et je me réjouis que jusqu’à présent, ils aient choisi le chemin d’une Assemblée Constituante, car ils auraient pu recourir à une lutte armée et tout le monde sait qu’au Venezuela il y a beaucoup d’armes.

C’est pour cette raison que je préfère, d’une certaine façon, reconnaître l’Assemblée Constituante, préparer un vote lors d’un référendum, et reconnaître le verdict, quel qu’il soit. Mais il faut faire en sorte que le processus puisse continuer, même si c’est au bord du chaos. On est au bord au chaos, mais beaucoup de pays ont connu cela : mon pays, le Portugal, est passé par quelque chose de très proche en 1975, et nous nous en sommes sortis. Après la Révolution d’Avril au Portugal on disait qu’une intervention nord-américaine était nécessaire. Et nous sommes parvenus à maintenir le système démocratique..

Bien sûr, le Venezuela n’est pas le Portugal, les pays sont différents, les contextes sont différents. Mais je continue de défendre la possibilité d’une issue de dialogue démocratique, ce qui probablement n’est possible que si l’on n’attise pas la dualité de pouvoir avec l’Assemblée Nationale, si on laisse l’Assemblée Constituante rédiger une Constitution et la soumettre par référendum, et surtout si on mise avec force sur les élections régionales et locales. Les élections régionales et locales vont nous dire ce que pense réellement le peuple. Et toutes les informations que je reçois de l’intérieur du pays, de gens qui sont avec les peuples, c’est que les gens ne sont pas contre la Révolution Bolivarienne, mais ils veulent manger, ils veulent résoudre les problèmes.

Et ils pensent aussi que pendant longtemps il y a eu un boycott de la part des forces de l’oligarchie qui ont bloqué l’approvisionnement de la société. Mais bien sûr, il n’y a pas de récoltes, il n’y a pas de médicaments, il n’y a pas de couverture santé et tout cela est insupportable. Et les gens ne sont pas du tout satisfaits.

Mais cette situation peut elle s’expliquer uniquement par le boycott de l’oligarchie? N’est-ce pas aussi un résultat des politiques du chavisme ? Comment un boycott peut il expliquer que le Venezuela soit devenu, selon les termes de Ricardo Hausmann, « le pays le plus endetté du monde ? »

Le Venezuela n’est pas le pays le plus endetté; le pays le plus endetté ce sont les États-Unis: 23 milliards de dollars de dette publique. Il ne l’est ni en termes absolus, ni en termes relatifs. Mais ce qui se passe c’est que les États Unis peuvent imprimer les billets qu’ils veulent et la valeur du dollar se maintient…

Mais la dette vénézuélienne est significative…

Oui elle est très importante. Et je ne vais pas vous dire que le boycott en est la seule raison (de la crise économique au Venezuela). Il n’y a pas qu’une seule raison. Et il y a eu des erreurs. Je ne suis pas du tout en train de présenter le pauvre Maduro comme une victime innocente de toute l’opposition. Pas du tout. En fait lorsqu’il y a des erreurs dans une démocratie, que fait-on? On les corrige. Et c’est pour cela que certaines erreurs de la Révolution Bolivarienne ont provoqué la défaite aux législatives de 2015 .

Mais que s’est-il passé ensuite ? La droite qui a gagné les élections (législatives) a décidé que la seule façon de conquérir le pouvoir et de faire reconnaître sa victoire était de détruire la Révolution Bolivarienne au lieu de la corriger.

C’est le problème aujourd’hui. C’est la cause de la polarisation. Parce que lorsqu’on pense qu’il ne faut pas corriger les erreurs mais tout détruire, alors il faut agir de façon plus radicale. C’est ce qui s’est passé au Brésil : il a fallu un coup d’état. Car s’il s’était seulement agi de corriger les erreurs de Lula – qui étaient grandes et que j’ai critiquées à l’époque – on aurait pu trouver une solution démocratique, attendre les élections suivantes et renverser Dilma Roussef à ce moment là. Mais l’oligarchie était impatiente et a choisi la voie du coup d‘état. Je pense que c’est ce qui va arriver au Venezuela. Ou qui peut arriver. Parce que les mécanismes démocratiques qui existent encore sont très fragiles et exigeraient de grands leaders ou la protection d’institutions comme la CELAC et l’UNASUR, qui, si elles étaient fortes pourraient intervenir et dire « Mes amis, nous allons essayer de sauver le plus important ». Mais c’est ce qui manque en ce moment, et les fautes sont partagées. L’important selon moi, c’est de maintenir une structure démocratique, parce que le résultat va être terrible. Et c’est ce que l’on ne peut pas accepter.

Vous êtes optimiste ou pessimiste?

A l’heure actuelle, je suis de plus en plus pessimiste, parce que tous les jours je constate que les possibilités de dialogue s’amenuisent et que la pression internationale, la pression des États-Unis crée une situation propice à un coup d’état. Mais, en plus, l’opposition est très divisée. Elle n’est unie que pour détruire la Révolution Bolivarienne, mais pour rien d’autre et qu’est-ce que cela pourrait produire ? Une grande incertitude, peut être beaucoup de violence et un recul total des avancées sociales.

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-40898069

Traduction : Pascale Mantel

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Les urgences du chavisme

par Marco Teruggi

24 août 2017

photos : la mobilisation citoyenne pour élire une assemblée constituante le 30 juillet a surpris jusqu’aux partis chavistes et a paralysé la stratégie violente et médiatique de la droite.

D’un jour à l’autre, les tranchées de l’Est riche de Caracas ont disparu. Comme un épais brouillard qui aurait tout enseveli puis se serait dissipé. Laissant apparaître un échec clair et net, aussi rapide que le repli commencé le 25 juillet et rendu décisif par la journée du 30 juillet, lorsque plus de huit millions de citoyen(ne)s des zones populaires ont défié les violences de la droite pour aller élire une Assemblée Constituante, surprenant même les partis chavistes.

Les scénarios de guerre des rues qui envahissaient photos, titres des journaux, discours et réseaux sociaux sont délaissés. Le passé récent semble lointain, les corps en flammes des afrodescendants brûlés vifs par ceux que les médias nous ont repeints durant trois mois en « combattants de la liberté », les attaques nocturnes près du palais de Miraflores, les nombreuses news montrant l’autoroute Francisco Fajardo envahie par les gaz, les boucliers et autres spectacles ne paraissent plus que des souvenirs à l’odeur de cendre.

Le passé est-il révolu? Un question se pose, appelant une réponse sérieuse : où sont passés les groupes de choc qui ont sévi pendant trois mois, les structures paramilitaires qui ont assiégé des villes des jours durant, les bandes qui agissaient comme des mercenaires? Difficile de croire qu’ils s’en sont retournés chez eux…

Retour à la normalité donc, à un ordre restauré à l’intérieur du désordre d’un moment historique caractérisé par l’emploi de coups à l’estomac pour couper le souffle et de coups de crosse pour mettre KO. Retour aussi à une capacité de réflexion moins confuse que celle imposée par un épisode insurrectionnel d’une droite latino-américaine. Une fois le brouillard dissipé, l’ennemi en pleine réorganisation, montrant des signes de crise et laissant entrevoir la main invisible de l’Amérique du Nord retourne son regard sur lui-même, c’est-à-dire sur nous-mêmes, la Révolution. Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit? D’un espace d’analyse approfondie destiné à la repenser, la théoriser, la réviser et dégager des questions comme :

En quoi consiste la stratégie chaviste? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller?

L’Assemblée Constituante nous a sorti de l’impasse. Le Président a visé juste et a bien piloté. La bataille politique, l’importance de la confrontation, ses résolutions possibles ont eu pour résultat l’épopée électorale, la réponse pacifique, du 30 juillet. Tous les autres problèmes étaient passés à l’arrière-plan devant l’éventualité de voir le pays s’engager dans une guerre civile et dans une logique de gouvernement parallèle, se trouvant dans l’incapacité de trouver une solution démocratique au conflit. C’était l’une des raisons de la participation massive au vote.

Maintenant l’Assemblée Constituante se réunit au quotidien, les élections des gouverneurs approchent –le temps reprend un rythme accéléré – l’épopée laisse place au quotidien, et deux dimensions se dégagent de ses débats et/ou de sa crise : la dimension politique et la dimension économique.

La dimension politique

Des contradictions se font jour, c’est inévitable. La question se pose : comment les traiter? L’une d’elle est que le processus révolutionnaire crée, à partir de ses centres de direction, des instances et des participants avec lesquels il a ensuite des difficultés à communiquer. Un exemple paradigmatique en est le mouvement des agriculteurs , une cible stratégique comme l’a souligné Hugo Chavez, avec lequel la direction et ses institutions ont maintenu et maintiennent toujours une relation reposant sur une connaissance insuffisante et/ou une volonté de contrôle.

La dynamique qui s’en dégage pourrait être synthétisée de la manière suivante : ceux qui ouvrent des portes doivent ensuite les refermer, et ceux qui ont été convoqués ont essayé de les ouvrir. C’est ce qui semble émerger de l’Assemblée Constituante avec les particularités de son espace et l’apparition toute récente de cette jeune instance. L’Assemblée Constituante a une richesse : sa représentativité de la société vénézuélienne et son caractère populaire. Elle représente des agriculteurs(ices), des paysans(nes), des ouvriers(ères), des étudiants, des indigènes, des personnes handicapées, des retraités(es), des entrepreneurs et des représentants des régions. Que signifient tous ces gens réunis là pour le pays? La politique enclenchée avec cette convocation non-partisane semble contenue dans le même langage, les mêmes personnes, les mêmes noms.

Tout le monde sait qu’un renouvellement interne du processus révolutionnaire est nécessaire – c’est aussi inévitable que l’existence de contradictions – l’Assemblée Constituante et la dynamique qui la parcourt consistant à se déplacer dans les régions, à aller à la rencontre des communes, à s’ouvrir à des critiques, des propositions nouvelles et à la mise en œuvre de solutions, peut être le lieu de cet éventuel renouveau. Ce qui permettrait d’éviter à l’Assemblée Constituante de se transformer en nouveau pouvoir public qui se réunit entre quatre murs. Car il s’agit avant tout de créer un mouvement historique de participation de tous les protagonistes, dans lequel le peuple prendra part aux débats, aux travaux constitutionnels, à la résolution des problèmes et aux formes de société qu’il souhaite. Il doit s’agir, comme prévu, d’un processus constituant, d’un pouvoir originaire.

Il existe toujours une marge entre les paroles et la réalité, mais aussi la possibilité de la réduire.

LA DIMENSION ECONOMIQUE

Le risque que présente une Assemblée Constituante qui ne parle pas le langage des citoyens ordinaires est aggravé par la situation économique.

Si nous avons repris l’initiative au niveau politique -le débat sur l’Assemblée Constituante est d’avant-garde dans l’exercice de la démocratie en Amérique Latine surtout et c’est à la dimension politique du conflit que le chavisme doit sa supériorité-  la situation reste caractérisée par la forte pression sur le plan économique. La fureur avec laquelle l’attaque contre la monnaie a été déclenchée après le 30 juillet, la manière dont la majorité de la population supportait et supporte encore la spéculation exercée en toute impunité, la flambée des prix, la perte du pouvoir d’achat et la détérioration des conditions de vie sont devenues évidentes. L’explication politique des causes de la situation économique permet de susciter un réflexe de résistance durable au sein de la population. Mais jusqu’à quand? Jusqu’à quand peut-on parler de guerre économique alors qu’elle ne va qu’en s’aggravant? Jusqu’à quel point la révolution pourra-t-elle continuer à ne pas capituler en gardant le silence face à une regression économique qui ne fait que s’accroître?

Il faut prendre des mesures. La population le demande clairement.

Dans l’immédiat, il faut freiner la hausse des prix de tous les produits et services –hormis ceux qui appartiennent à l’Etat, comme le métro par exemple- devenu pratiquement gratuit, la fuite des devises, remédier aux difficultés à se procurer des médicaments. Il faut faire preuve d’autorité pour remédier à cette situation, rétablir l’ordre devant ces faits, sévir contre la spéculation et la corruption surtout : la corruption privée et publique aggrave une situation déjà difficile en situant une part du problème au sein même des rangs chavistes. On l’a constaté avec la mafia de la Procureure générale Luisa Ortega, transformée en « chavisme critique » par un gauchisme occidental sous influence médiatique. Tout a donc commencé et se termine là?

Sur le plan économique aussi existe un niveau stratégique où se joue la part essentielle du modèle de société en construction. Il semble y avoir consensus autour de trois formes de propriété à mettre en œuvre : privée, publique et sociale/communale. Les signaux donnés actuellement par la direction indiquent une concentration d’efforts pour atteindre le premier objectif, qui est d’œuvrer à l’émergence d’un entreprenariat national -mais jusqu’à quel point une bourgeoisie nationale peut-elle se développer dans le cadre des économies latino-américaines actuelles?- et de maintenir des accords avec les grandes sociétés d’importation, pourtant désignées comme responsables du désapprovisionnement et de la hausse des prix.

Par contre, l’enjeu du développement de l’économie qui restera entre les mains de l’État n’apparaît pas clairement. Il faudrait définir quels seront les domaines concernés et faire le bilan des expérimentations réalisées ces dernières années, ainsi que celles faites au niveau communal. S’agit-il d’une décision prise sous la contrainte d’un contexte de crise, y aurait-il à la base une volonté communale, ou bien la stratégie adoptée reposerait- elle sur le secteur privé auquel seraient subordonnées les deux autres formes de propriété?

Ce tableau – incomplet- révèle une immersion dans des problèmes causés par les prix du pétrole et l’affrontement à une guerre économique dirigée par les États-Unis dont l’objectif est d’isoler le pays, de l’asphyxier, de le mettre sous blocus afin d’aggraver les difficultés économiques dans le but de lasser la population et de l’éloigner de son gouvernement.

C’est dans un tel contexte que les débats ont lieu, avec un pistolet sur la tempe.

Le brouillard dissipé, les débats peuvent commencer, les pratiques, les stratégies, les perspectives repensées. Jusqu’à quand cela durera-t-il? A quel moment la droite et les États-Unis reviendront-ils déclencher une nouvelle insurrection armée dans la rue que les médias opposeront à une « répression de Maduro » ? Mais cette question est peut-être mal posée : l’insurrection a lieu aujourd’hui-même, non pas dans la rue mais sur le plan économique. Selon toute logique, répondre à cette escalade au moyen des formules déjà utilisées ces dernières années devrait aboutir à des résultats similaires. Mais il devient urgent de changer les formules, à moins que les résultats ne soient bons ou pas trop mauvais au vu du scénario à affronter. Bons dans les chiffres macro ou dans la vie des citoyens ordinaires?

La population met tous ses espoirs dans l’Assemblée Constituante . Où les placer sinon là? C’est pour cela qu’elle est allée voter, pour obtenir des réponses concrètes, immédiates et stratégiques. La droite n’a rien proposé durant l’année et demi passée à la tête de l’Assemblée Nationale, elle a juste ciblé sa tactique sur l’aggravation de la confrontation politique par une escalade vers un coup d’état. Elle n’a pas su gérer sa victoire électorale et n’apparaît pas comme une alternative pour répondre aux attentes de la population. Cela fait partie de sa crise.

Comment le chavisme gère-t-il sa victoire du 30 juillet?  Jusqu’à présent, sa stratégie est orientée vers la justice pour les nombreuses victimes, le conflit politique et l’installation de la structure institutionnelle de l’Assemblée Constituante

Arrive maintenant l’heure de l’économie, du rétablissement des équilibres. C’est d’une décision toute politique qu’il s’agit là.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/08/26/las-oportunidades-urgentes-del-chavismo/

Traduction : Frédérique Buhl

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-3g8

Venezuela : ruptures du storytelling

Le 2 août, peu après la forte mobilisation citoyenne qui s’est manifestée lors de l’élection d’une Assemblée Constituante, les vénézuéliens ont pu voir sur Globovision (une des télévisions privées majoritaires dans le pays) Henry Ramos Allup, un des plus belligérants leaders de l’opposition, déclarer: « nous avons décidé de participer aux élections régionales, à celles des maires et aux présidentielles. » (1). Un secteur important de la droite se démarque publiquement des violences de l’extrême droite de Leopoldo Lopez et admet la validité du Centre National Électoral (qu’il dénigrait jusqu’ici comme instrument chaviste). Légitimer le retour à la voie démocratique préconisé par le président Maduro ? Le storytelling distillé à toute heure, tous les jours et par tous les moyens, et auquel croient par conséquent dans leur quasi totalité les citoyens occidentaux, commence à tourner dans le vide.

Plus le temps passe, plus le mammouth de la concentration mondiale des médias éprouve des difficultés à empêcher la diffusion d’éléments qui lui échappent. L’image d’une guerre civile ou celle d’une opposition démocratique en lutte contre un régime répressif ne tient plus. On sait que la majorité des victimes a été causée par les violences de l’extrême droite (2), que cette violence est confinée à quelques pour cents du territoire – zones riches ou paramilitarisées (municipalités de droite et frontière avec la Colombie), que la grande majorité vit en paix et rejette ces violences, y compris parmi les électeurs de droite (3). Le « régime » (en réalité un gouvernement élu) a arrêté et jugé rapidement les membres des forces de l’ordre qui ont fait un usage excessif de la force (4).

« Je ne comprends pas pourquoi Maduro ne se dépêche pas d’adopter la constitution de l’Arabie Saoudite pour faire plaisir au gouvernement états-unien ».

Il faut aussi détruire le périlleux exemple d’une Assemblée Constituante. Alors que ce 4 août des militants chavistes, féministes, écologistes, militants de la culture populaire ou contre la spéculation immobilière étrennent à Caracas leurs sièges de députés constituants (5), les grands médias dénigrent le suffrage des vénézuéliens en relayant les dénonciations de « fraude » lancées depuis Londres par le directeur de Smartmatic – une société commerciale qui a fourni les machines du Centre National Electoral (CNE) mais n’a pas accès aux données du vote (6).

Les médias ne mentionnent pas une source bien plus sérieuse. Après avoir observé le scrutin sur place, le Conseil des Experts Électoraux d’Amérique Latine (CEELA) formé de juristes et d’ex-présidents des tribunaux électoraux de plusieurs pays d’Amérique Latine, conclut que « le résultat des élections au Venezuela est véridique et fiable. » Le CEELA précise que le Conseil National Électoral (CNE) a employé « le même système qu’il a utilisé pour toutes les élections, y compris celles de 2015 où l’opposition a remporté la majorité des sièges à l’Assemblée Nationale ». Ce système électoral, qualifié par l’observateur Jimmy Carter de « meilleur du monde » (7) permet à « toute personne de vérifier que ceux qui sont venus voter étaient bien les 8.089.320 annoncés par le CNE » (8)

Une des conséquences de la vitesse émotionnelle, de l’instantané satellitaire, de l’absence de contexte, etc.. qui caractérisent toute campagne de propagande s’appelle l’obligation de moyenne. D’un côté mille médias nous martèlent exactement la même version, de l’autre le Venezuela réel reste lointain, difficile d’accès. La plupart des citoyens, intellectuels ou militants en sont réduits à faire une moyenne forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et une minorité de vérité. Ce qui donne, dans le meilleur des cas : « il y a une lutte entre blocs, il y a des problèmes de droits de l’homme, une symétrie de la violence, une guerre civile, je condamne la violence d’où quelle vienne, etc.. ». Et dans le pire, ce plaisir lâche de répéter les titres de 99,9 % des médias sans rien connaître du Venezuela, de crier avec la meute pour se sentir puissant, de montrer du doigt et de faire la chasse aux « suppôts du dictateur ». En France surtout, mais aussi en Espagne, le Venezuela est remplacé par un écran blanc pour projections privées et règlements de compte entre courants politiques. Le problème est que la quantité de répétition, même si elle crée une qualité d’opinion, ne fait pas une vérité en soi. Le nombre de titres ou d’images identiques pourrait d’ailleurs être mille fois plus élevé, cela ne signifierait toujours pas qu’on nous parle du réel.

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Caricatures extraites d’une analyse de la propagande par le site http://www.les-crises.fr/et-ca-recommence-propagande-de-guerre-au-venezuela/

Comment, dès lors, nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, comme l’ensemble des mouvements sociaux (9) et les principaux partis de gauche d’Amérique Latine (10) ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains (11) dénoncent la déstabilisation violente de la démocratie vénézuélienne et soutiennent la mobilisation des citoyens pour élire une assemblée constituante, on dispose d’un large éventail d’expertises provenant d’organisations démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité que la « moyenne » d’un « science-po » européen obligé de préserver un minimum de respectabilité médiatique pour protéger sa carrière.

Pour ne pas laisser assassiner Salvador Allende sans le savoir et ne pas agresser ceux qui rejettent la fièvre de la propagande et dont on découvrira demain qu’ils avaient raison sur le Venezuela, la société occidentale a besoin d’une démocratisation radicale de la propriété des médias – le développement du pluralisme de l’information est en France l’obligation légale du CSA – (12) et parallèlement à la création et à la multiplication de médias hors marché, qu’ils soient publics ou associatifs, de développer de nouvelles écoles ou seront rétablis comme facteurs centraux d’un journalisme au service des citoyens : le temps d’enquête, l’acquisition d’une culture historique, la possibilité de voyager sur place (13) et l’écoute d’un secteur aussi vivant que les mouvements sociaux.

Thierry Deronne, Caracas, le 4 août 2017

Photos (invisibles dans nos médias et pour cause..) : l’Assemblée Constituante s’installe au Congrès, à Caracas, le 4 août.

Notes

  1. Voir l’interview complète par la télévision privée Globovision : https://www.youtube.com/watch?v=9unGt_pSCnM. Au Venezuela la majorité des médias, comme l’économie en général, sont privés et s’opposent aux politiques sociales du gouvernement bolivarien. Lire : Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture, http://wp.me/p2ahp2-1M7
  2. Pour un graphique et un tableau précis et complet des victimes, des secteurs sociaux, des responsables et des personnes condamnées, voir https://venezuelanalysis.com/analysis/13081; Sur les assassinats racistes de la droite : Sous les Tropiques, les apprentis de l’Etat Islamique 27 juillet 2017 ; Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out) 24 juillet 2017
  3. Sur les sondages de la firme privée Hinterlaces : Nouveaux sondages surprises au Venezuela (juillet 2017) 25 juillet 2017
  4. Sur l’arrestation de membres de forces de l’ordre, voir Droits de l’Homme au Venezuela : deux poids, deux mesures 17 juillet 2017 et un tableau complet sur : https://venezuelanalysis.com/analysis/13081
  5. Sur la mobilisation citoyenne pour élire la Constituante : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/08/01/photos-medias-contre-droit-au-suffrage-des-venezueliens/ et sur les candidats et enjeux de cette assemblée, on peut lire entre autres : Quels sont les enjeux du vote du 30 juillet pour l’Assemblée Nationale Constituante ? 28 juillet 2017, De qui ont peur les Etats-Unis et la droite mondiale ? 28 juillet 2017, Génération « chaviste rebelle » : les visages et les voix des candidat(e)s député(e)s à la Constituante, par Angele Savino (L’Huma) 27 juillet 2017.
  6. Voir « Le CNE rejette les allégations de fraude », http://www.cne.gob.ve/web/sala_prensa/noticia_detallada.php?id=3554
  7. « Former US President Carter: Venezuelan Electoral System “Best in the World” », https://venezuelanalysis.com/news/7272
  8. Informations données en conférence de presse du CEELA et reprises par El Universal (journal d’opposition) http://www.eluniversal.com/noticias/politica/ceela-sistema-electoral-venezuela-confiable_90933
  9. Réunion de mouvements sociaux du Brésil, avec liste de signataires : http://baraodeitarare.org.br/index.php?option=com_content&view=article&id=1571:comite-brasileiro-pela-paz-na-venezuela-lanca-manifesto&catid=12:noticias&Itemid=185
  10. Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire. 21 juillet 2017
  11. 28 organisations des droits humains demandent le respect du droit au suffrage pour l’Assemblée Constituante 29 juillet 2017
  12. C’est en effet, selon la loi, une des obligations du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). La loi française n° 86-1067 du 30 septembre 1986 modifiée et complétée, relative à la liberté de communication (et qu’on aimerait voir appliquer) dit : ARTICLE 29 : … Le CSA veille, sur l’ensemble du territoire, à ce qu’une part suffisante des ressources en fréquences soit attribuée aux services édités par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximité, entendue comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, l’expression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de l’environnement ou la lutte contre l’exclusion…
  13. L’entrée en force de grands actionnaires privés dans le champ médiatique a entraîné des coupes claires dans les budgets internationaux avec pour conséquence la suppression des correspondants étrangers et la dépendance accrue d’agences comme l’AFP, Reuters ou EFE. Or celles-ci ont récemment blanchi le terrorisme d’extrême droite en le relookant comme un « combat pour la liberté » (Reuters) ou ont fait passer les photos d’électeurs chavistes pour des électeurs de droite (EFE).

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-38L

(Photos :) Médias du monde libre contre droit au suffrage des vénézuéliens

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30 juillet 2017. Journaux d’Amérique Latine, d’Europe et des Etats-Unis détournant la photo de l’explosion d’une bombe dans le centre de Caracas lors d’un énième attentat de la droite contre les forces de l’ordre pour illustrer… « la répression de Maduro pendant l’élection de la Constituante » !

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The « Economist », « La libre Belgique », « Libération », « The New York Times », « El Pais » portent la responsabilité d’avoir transformé en « combattants de la liberté » des terroristes d’extrême droite qui ont déjà lynché et brûlé vifs près de vingt personnes, incendié des écoles, des maternités, des médias communautaires, des centres de vote et qui sont responsables de la majorité des morts. Voir aussi https://venezuelanalysis.com/analysis/13081

Le jeu des sept différencesTweets Evo Moralesevo morales 3DGHKaknXYAAMolhUruguya Ecuador

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Mérida, 30 juillet, des heures de marche sous la pluie, par 6 degrés, pour arriver au bureau de vote.

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Une image qui a valeur de symbole. Elle parle de la dignité des invisibles, et de cet esprit rebelle, de cette passion démocratique qui a toujours marqué en profondeur le peuple du Venezuela. Elle résume ce que les médias nous ont caché : des citoyens courageux qui malgré la destruction par l’opposition de droite d’une centaine d’urnes, l’assassinat de deux candidats, la campagne médiatique, la guerre économique et les menaces diplomatiques, sans oublier les attentats à l’explosifs, et les barrages sur les routes, passent une rivière pour aller voter…

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30 juillet, à Cordero (État de Tachira)

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Le nombre de votants (plus de 8 millions sur 19 millions d’électeurs potentiels soit environ 42% du corps électoral) est un succès, pas seulement à cause du fait que près de 200 urnes avaient détruites par des commandos d’extrême droite, que plusieurs bureaux de vote avaient été fermés suite aux violences, menaces, attentats ou barrages routiers de l’opposition mais aussi parce que ce chiffre dépasse de 583 mille 982 votes le score de Maduro aux élections présidentielles de 2013. Il dépasse aussi le chiffre du précédent référendum constitutionnel, celui de 1998, qui avait attiré 37,5% d’électeurs dans un contexte totalement pacifique, sans opposition armée de la droite. Pour plus de détails on peut consulter la source officielle : le Centre National Électoral (CNE, http://www.cne.gob.ve )

 

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Le mardi 1 août, 1250 réunions communautaires auront lieu pour que les divers peuples indigènes du Venezuela puissent élire leurs député(e)s constituant(e)s. Dans quel autre pays cela a-t-il eu lieu ?

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(Photos :) Défaite cuisante des médias : longues files d’électeurs pour l’Assemblée Constituante au Venezuela

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Une image qui a valeur de symbole. Elle parle de la dignité des invisibles, et de cette passion démocratique qui a toujours marqué en profondeur le peuple du Venezuela, elle résume ce que les médias nous ont caché : des citoyens courageux qui malgré la destruction par l’opposition de droite d’une centaine d’urnes, l’assassinat de deux candidats, la campagne médiatique, la guerre économique et les menaces diplomatiques, sans oublier les attentats à l’explosifs, et les barrages sur les routes, passent une rivière pour aller voter…

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