Où se cache l’ennemi ? Analyse de la frontière avec la Colombie.

L’auteur : Marco Teruggi (Caracas)

Sous notre pays s’en agite un autre. Nous l’avons vu émerger trois mois durant puis couler comme une pierre dans l’eau sombre. Il n’a pas disparu, il est toujours là, agit, se réorganise, accumule des forces pour resurgir à la prochaine occasion. L’hypothèse est la suivante : l’ennemi se regroupe dans l’Etat de Táchira et le long de la frontière, zone qui constitue la base arrière à partir de laquelle ont été lancées les dernières offensives, sûrement suivie d’autres au fur et à mesure que le scénario se déroulera. Soit il attend les conditions optimales pour passer à l’action, soit il cherchera à les créer, comme nous l’enseigne la politique.

Plusieurs indices mènent à cette conclusion.

En premier lieu, un évènement fortuit : tandis qu’à Caracas, les batailles de rue diminuent brusquement à partir du 25 juillet, elles augmentent dans l’Etat de Táchira où des forces auparavant dispersées en divers points du pays, se sont aujourd’hui concentrées. Des attaques frontales ont eu lieu durant plusieurs jours, assiégeant des villes entières, menées par 4 acteurs : des paramilitaires, des délinquants, des membres de la droite – essentiellement Volonté Populaire – et la base sociale de l’opposition. Tous articulés autour de missions différentes mais relevant d’un plan commun, celui d’empêcher la réalisation des élections constituantes, d’entraîner l’Etat vers un niveau supérieur de violence et à une situation d’ingouvernabilité l’empêchant de maintenir l’ordre public et d’assurer la liberté démocratique.

Cet Etat semblait le plus propice à un effondrement, c’est pourquoi ces forces s’y sont regroupées.

En second lieu, le développement de ces effectifs était en gestation depuis de longues années. Des groupes paramilitaires se sont progressivement installés dans les villes situées le long de la frontière avec la Colombie – pour preuve le camp qui a été démantelé en mars de l’année dernière – , et se sont emparés de maillons de l’économie de l’Etat de Táchira tels que les aliments, les médicaments, les billets de banque et les principaux marchés de fruits et de légumes, sans oublier la contrebande d’essence. On l’a bien vu durant le conflit lorsque des groupes armés empêchaient les camions chargés d’aliments de circuler.

Le découpage des territoires à contrôler correspond à un plan de guerre économique permettant de réorganiser manu militari la vie sociale dans ces zones.

En troisième lieu, nous avons une frontière qui s’étend sur des milliers de kilomètres. De l’autre côté, sont situées des bases militaires nord-américaines, Les forces armées colombiennes et des bases paramilitaires, toutes connectées entre elles : derrière les armes et les munitions des paramilitaires, il y a non seulement la contrebande, mais aussi toute une stratégie des Etats-Unis fournissant finances et organisation. L’intervention annoncée par Donald Trump a déjà commencé par l’entremise de ces forces irrégulières qui opèrent dans l’ombre, sans uniformes, sans bracelets ni annonces publiques. S’agit-il d’un embryon de l’armée irrégulière dont on a besoin? Si elle doit se développer, ce sera apparemment dans cette zone, où ils disposent déjà d’argent, d’un ancrage territorial, de la fourniture d’armes et d’hommes depuis la Colombie voisine. Combien de milliers de paramilitaires y a-t-il dans ce pays? Quelle est leur capacité d’armement? Durant le conflit, des armes lourdes sont apparues.

Puerto Portete, un port sous contrôle exclusif des paramilitaires qui exploitent les indigènes de la Alta Guajira pour charher et décharger les tonnes de produits volés au Venezuela.

“Non, ne me filme pas le visage !”. Depuis la fermeture de la frontière par le Venezuela, la population locale commence à peine à rêver à la fin de la terreur paramilitaire. Photo: Telesur

“Non, ne me filme pas le visage !”. Depuis la fermeture de la frontière par le Venezuela, la population locale commence à peine à rêver à la fin de la terreur paramilitaire. Photo: Telesur

En quatrième lieu, nous avons les caractéristiques de l’Etat de Táchira, à la frontière colombienne.

Pour des raisons évoquées plus haut, ce pourrait être le lieu d’expérimentation d’un projet de « territoire libéré », c’est-à-dire sous contrôle politique de la contrerévolution par le biais de son bras paramilitaire. Non plus dans l’anonymat, mais en affichant une identité publique pour tenter de briser l’unité territoriale de l’Etat. Réuniront-ils les conditions matérielles qui leur permettraient de soutenir une action de cette envergure? Ils ne semblaient pas disposer d’une telle capacité durant ces trois derniers mois. Serait-elle en plein développement en ce moment, surtout après l’échec de leur insurrection et l’éventuelle défaite électorale pouvant survenir en octobre prochain? Ou bien disposent-ils déjà d’un tel potentiel sans le montrer? Il s’agit sans doute d’une tentative de mettre sur pied une armée de colombiens et de vénézuéliens pauvres, inféodée aux intérêts des Etats-Unis, des transnationales et des bourgeoisies et oligarchies nationales. Une armée paramilitaire alimentée d’argent, de drogue, de culture hollywoodienne à la sauce latino-américaine, de la misère qui dévore les jeunes et les transforme en mercenaires formant les troupes des structures armées contrerévolutionnaires. Ils offrent leur vie à ceux qui par la suite tenteront de s’approprier des richesses du pays.

C’est un dilemme propre à toutes les époques, entre ceux qui feront main basse sur les richesses produites par la société et ceux qui les perdront. Dans le cas du Venezuela, cette lutte se déroule aujourd’hui au quitte ou double (sur le mode du tout ou rien). Et tandis que l’ennemi armé a regagné l’ombre au niveau national – sauf dans la zone frontalière où on signale des affrontements avec les Forces Armées Nationales Bolivariennes -, l’ennemi principal, les Etats-Unis, s’est clairement manifesté et s’exprime publiquement. Menaces d’interventions militaires, de sanctions économiques pour mener le pays au default en conséquence des sanctions, déploiement diplomatique au niveau du continent : toutes les cartes sont sur la table.

Mais un autre ennemi se cache derrière l’ennemi principal, selon l’analyse de Fernando Travesio, un ennemi qui œuvre dans l’anonymat au service de la criminalité mondiale : les compagnies pétrolières, elles-mêmes manipulées par quelques grandes familles qui forment le fond d’investissement Vanguard. Quelle stratégie mettent-elles en œuvre pour récupérer le contrôle des richesses du pays? Le schéma est probablement le suivant : mener le pays à la faillite économique au moyen d’un default résultant des sanctions, ce qui aggraverait la situation déjà difficile dans laquelle se trouve la population. Ce scénario s’accompagnerait d’une tentative de déclencher des pillages que l’on chercherait à transformer en assauts insurrectionnels par des méthodes terroristes qu’emploieraient des groupes paramilitaires, et qui pourraient aboutir à un début de contrôle sur l’Etat de Táchira. Un tel plan pourrait déboucher sur une issue électorale – la droite n’étant pas sûre du résultat attendu – ou bien se transformer en conflit durable menant le pays au chaos.

Il comporterait plusieurs étapes : l’usure, l’attaque et la reconfiguration de la société. Quel serait le rôle du bras paramilitaire si la droite récupérait le pouvoir politique? L’un de leurs problème est que la violence déployée entre avril et juin a ôté toute crédibilité aux dirigeants de l’opposition. Une autre difficulté est le fait que le chavisme est présent sur l’échiquier international, en particulier par ses alliances avec la Russie et la Chine.

Mais l’analyse présentée dans ces termes ne considère que l’ennemi extérieur. Or, la situation dans laquelle nous sommes plongés montre que cette division – cette extériorité de l’ennemi du chavisme – n’est pas valide : un exemple évident parmi d’autres est le cas de la Procureure Générale.

L’analyse de la situation économique, en particulier, montre que le rapport des forces dans la lutte pour l’appropriation des richesses, n’est pas en faveur des classes populaires qui constatent que dans le cadre de la réduction des marges économiques, ce sont essentiellement leurs conditions de vie qui se détériorent semaine après semaine, un mois après l’autre.

Ce tableau économique facilite l’avancée de l’ennemi, lui permettant de gagner des positions au niveau national et international. Pourquoi des décisions ne sont-elles pas prises à ce niveau comme cela s’est fait sur le plan politique (NDLR: depuis la rédaction de cet article le président Maduro a annoncé d’importantes mesures de restructuration économique) ? Quels sont les intérêts en jeu quand on laisse les importations aux mains d’entreprises qui ne présentent pourtant pas de bilans positifs, ou dans le manque de transparence dans la présentation de chiffres, d’informations sur les dettes, ou dans les difficultés à rendre étanche une frontière pourtant fermée officiellement? Cette critique résume bien où se situe la connexion entre les ennemis extérieurs de la Révolution et leurs alliés internes – alliances qui peuvent être économiques seulement, mais qui auront un impact inévitable sur la politique.

En ce moment le chavisme prend des initiatives politiques. En parallèle, l’ennemi réorganise ses forces, met sur pied son bras paramilitaire à la frontière, oeuvre à l’affaiblissement économique de la population, abat toutes les cartes possibles. Jusqu’à quand cela durera-t-il? C’est maintenant qu’il faut aller de l’avant, sinon quand ?

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/09/05/donde-esta-el-enemigo-analisis-de-la-frontera-con-colombia/

Traduction : Frédérique Buhl

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Caquetios, une école en construction

Grâce aux accords de coopération signés entre le président Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre, une équipe du Brésil participe depuis 11 ans aux efforts de production et de formation agricoles de la révolution bolivarienne. L’école de Caquetios, dans l’état de Lara (ouest du pays), en est un exemple. Ces anciens haras entourés de champs de canne à sucre, expropriés à la bourgeoisie locale par Hugo Chavez, sont aujourd’hui un espace consacré à la formation intégrale des mouvements sociaux, notamment en agroécologie, et à la production et distribution de semences autochtones.

Ce court-métrage est le fruit de cinq jours d’atelier de réalisation documentaire donné par l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) à une vingtaine de membres de collectifs sociaux, à Caquetios, du 6 au 11 août 2017, avec l’appui du Mouvement des Sans Terre (MST) et de France-Amérique Latine Bordeaux-Gironde (FAL 33).

 

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Le président Evo Morales : la CPI doit juger les financeurs et organisateurs de la violence au Venezuela

Tweets Evo Morales

Qui découvre ce qui se passe au Venezuela uniquement via les médias occidentaux confondra droite insurgée avec révolte populaire, croira que le gouvernement a la mainmise sur les médias alors que c’est la droite qui domine dans la presse écrite, radio et télévisée. Les journalistes parlent de « chaos » et de « pénuries comme faillite du socialisme bolivarien » pour ne pas analyser la guerre économique menée par un secteur privé qui possède 80 % de l’économie. Ils parlent, avec un solide mépris de la démocratie, de « régime » : ce gouvernement élu a mené plus d’élections que dans n’importe quel autre pays d’Amérique Latine et Jimmy Carter considère que ce pays « possède le meilleur système électoral du monde ».

En ce qui concerne la violence, il faut répéter, vu la force massive de la désinformation, que les médias inversent la chronologie des faits : https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/29/antidote/ , faisant passer la réponse des forces de l’ordre à une insurrection d’extrême droite négrophobe, qui a lynché et brûlé vifs près de vingt personnes, pour une « répression de manifestants pacifiques ». Les violences de la droite sont la cause de la majorité des morts. Les membres des forces de l’ordre qui ont désobéi et fait un usage excessif de la force ont rapidement été arrêtés et jugés, fait plutôt rare dans le monde.

La journaliste Abby Martin (Empire Files) a réalisé ces reportages sur la vraie nature de cette opposition de droite qu’on nous a présenté comme « démocratique ». (On peut activer les sous-titres français en bas à droite de la vidéo)

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Quels sont les enjeux du vote du 30 juillet pour l’Assemblée Nationale Constituante ?

Transport de machines et de matériel électoraux aux confins du pays. L’Union Européenne a suivi Donald Trump en répétant ses menaces contre le Venezuela s’il maintenait l’élection du 30 juillet. La droite locale a attaqué et détruit plusieurs bureaux de vote et cherche à dissuader par tous les moyens la population d’exercer son droit de vote. Les peuples indigènes voteront directement en tant que communautés organisées pour élire leurs propres députés (au nombre de huit).

 

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Tant les mouvements sociaux que les 18 principaux partis de gauche d’Amérique Latine et des Caraïbes élèvent leurs voix pour défendre le droit des vénézuéliens à écrire leur nouvelle constitution. Du FMLN (parti salvadorien, actuellement au pouvoir) à Milagro Sala, militante sociale et prisonnière politique du gouvernement Macri, ainsi que des mouvements populaires de Haïti, les Sans Terre du Brésil et d’autres organisations paysannes de la Via Campesina.

Le peuple du Venezuela est le dépositaire du pouvoir constituant originel. Dans le cadre de l’exercice de ce pouvoir il peut convoquer une assemblée nationale constituante dans le but de transformer l’État, créer un nouvel ordonnancement juridique et rédiger une nouvelle Constitution”.

Art. 347, Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela.

Dimanche prochain, dans chacun des États du pays caraïbe, se tiendront les élections en vue de la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante. C’est l’appel au Pouvoir Constituant Originel, qui aura la tâche d’élaborer une nouvelle Constitution, améliorant celle de 1999 qu’a impulsée le président Hugo Chávez Frías. Voyons de quoi il s’agit.

Le 1er mai, à l’occasion d’un nouvel anniversaire de la Journée Internationale des Travailleurs, dans le cadre d’une escalade de la violence fasciste menée par l’opposition politique et économique interne et externe qui a commencé en avril, le Président Nicolás Maduro a appelé le Pouvoir Originel à débattre d’une nouvelle Constitution pour surmonter les problèmes que traverse la République Bolivarienne du Venezuela. La convocation se fonde sur l’article 347 de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela, et en conformité avec les articles 70, 236-1 et 347 de la Constitution, dans le but de garantir la paix dans le pays face aux circonstances sociales, économiques et politiques actuelles, où la Révolution Bolivarienne se trouve menacée à l’intérieur comme à l’extérieur par des éléments antidémocratiques. Le peuple, en tant que Pouvoir Constituant Originel, devra exprimer sa volonté et son engagement à défendre les acquis sociaux et les droits conquis au cours de ces 18 années. 

Quels seront les objectifs de l’ANC?

La nouvelle Constitution aura des problèmes urgents à résoudre, ce qui n’implique pas que ce soient les seuls : une fois que sera constituée l’ANC, d’autres sujets de préoccupation pourront se présenter, et devront être traités par ce Pouvoir Originel. Quels sont ces thèmes prioritaires?

  • La paix. Une convocation au dialogue national pour contenir la violence, reconnaissant la nouvelle réorganisation de l’État, rétablissant la coordination des pouvoirs publics, et pour garantir le plein fonctionnement de l’État démocratique.
  • L’amélioration du système économique national   vers un “Venezuela puissance”, qui développera un nouveau modèle d’économie post-pétrolière, mixte, productive, diversifiée, intégratrice. Créatrice d’outils pour dynamiser le développement des forces productives, ainsi que d’un nouveau modèle de distribution transparent qui puisse satisfaire aux besoins de toute la population.
  • La constitution des Missions et grandes Missions Socialistes, assurant le développement de l’État démocratique, social, de droit et de justice, vers un État du Suprême Bonheur Social. Faire croître le droit à la pleine jouissance et au plein exercice des droits sociaux du peuple.
  • Élargissement des compétences du système judiciaire, , pour en finir avec les crimes et délits impunis, particulièrement ceux commis contre les personnes, ainsi que ceux qui sont commis contre la Patrie et la société, comme la corruption, la contrebande aggravée  [contrevenant à la loi dite des « Precios Justos », Prix Justes, NdT], la spéculation, le terrorisme, le trafic de stupéfiants, la promotion de la haine sociale et l’ingérence extérieure.
  • La démocratisation des nouvelles formes de la démocratie participative et protagoniste , à partir de la reconnaissance des nouveaux acteurs du Pouvoir Populaire, comme les Communes et les Conseils communaux, les Conseils de Travailleurs/Travailleuses, ainsi que les espaces territoriaux et sociaux d’organisation.
  • Défense de la souveraineté nationale et protection de la Nation contre l’ intervention étrangère, en élargissant les compétences de l’ État pour préserver la sécurité des citoyens, assurer la garantie de l’exercice intégral des droits humains, la défense de l’indépendance, la paix, l’immunité et la souveraineté politique, économique et territoriale du pays. La consolidation d’un monde multipolaire et polycentrique qui garantisse le respect du droit et de la sécurité au plan international.
  • Caractère pluriculturel de la Patrie, développant les valeurs spirituelles et reconnaissant toutes et à tous comme citoyens vénézuéliens, dans leur diversité ethnique et culturelle, comme garantie de cohabitation pacifique, contre la haine sociale et raciale d’une minorité de la société.
  • Les droits de la jeunesse, l’utilisation libre et consciente des technologies de l’information, le droit à un travail digne qui libère leur créativité, la protection des jeunes mères, l’accès à un premier logement, et la reconnaissance de leurs goûts et de leur pensée.
  • Préservation de la vie de la planète, en protégeant la biodiversité et le développement d’une culture écologique.

Il y a des articles dans la Constitution de 1999 qui prévoient la convocation d’une Assemblée nationale Constituante. L’Article 347 dit que “le peuple est le dépositaire du pouvoir constitutionnel originel”. L’Article 348 stipule que l’ ANC peut être convoquée par le Présidente ou la Présidente de la Nation, entre autres. Et à l’article 349, il est clairement stipulé que les pouvoirs constitués ne pourront s’opposer aux décisions de l’ANC. Nicolás Maduro convoque le Pouvoir Constituant pour mettre en place l’ANC comme organe de participation et de protagonisme, qui devra exprimer la voix des différents secteurs de la société. La constitution de l’ANC obéira à la structure géopolitique de l’État fédéral et décentralisé, sur la base de l’unité politique primaire de l’organisation territoriale consacrée par la Constitution.

C’est le devoir de l’ANC de garantir l’État Social de droit et de justice, ainsi que de canaliser l’exigence populaire de ceux qui réclament que leurs droits et leurs acquis bénéficient d’une garantie constitutionnelle, en perfectionnant le développement humaniste du modèle économique, politique et juridique, contenu dans, et consacré par la Constitution.

Comment seront élus les candidats/es à l’ANC?

Les candidats à l’ ANC seront élus dans leurs territoires et secteurs respectifs sous la supervision du CNE (Conseil national électoral, NdT), par le suffrage universel, direct et secret.

Au total l’ANC sera composée de 545 membres: 364 pour les territoires, 181 pour les différents secteurs, et 8 représentants indigènes.

La représentation territoriale sera d’un représentant pour chacune des municipalités du pays et deux pour chaque capitale d’État.

Nombre d’élus par État et entité territoriale : Anzoátegui, 22 ; Apure, 8 ; Aragua, 19 ; Barinas, 13 ; Bolívar, 12 ; Carabobo, 15 ; Cojedes, 10 ; Distrito Capital (Caracas), 7 ; Falcón, 26 ; Guárico, 16 ; Lara, 10 ; Mérida, 24 ; Miranda, 22 ; Monagas, 14 ; Nueva Esparta, 12 ; Portuguesa, 15 ;

Sucre, 10 ; Táchira, 30 ; Trujillo, 21 ; Yaracuy, 15 ; Zulia, 22 ; Amazonas, 8 ; Delta Amacuro, 5, et Vargas, 2.

Secteurs et nombre de candidats à élire : 79 travailleurs et travailleuses; 8 agriculteurs/trices et pêcheurs/euses; 24 étudiants/es; 5  personnes handicapées ; 8 peuples indigènes; 28 retraités; 5 entrepreneurs ; 24 Communes y Conseils Communaux.

En convoquant l’Assemblée Nationale Constituante, la République Bolivarienne mise sur le dialogue et la paix. Sur la victoire contre la violence fasciste, incarnée dans l’opposition politique et économique, locale et internationale soutenue par la propagande impériale et quelques gouvernements complices, et par les groupes paramilitaires présents aujourd’hui au Venezuela. C’est une décision souveraine qu’elle confie à celui sur qui le processus politique repose depuis maintenant 18 ans : le peuple organisé. Lui seul est capable d’affronter les problèmes qui frappent cette nation sud-américaine, comme la guerre économique, la violence, la corruption, etc. C’est le peuple souverain, par sa participation comme protagoniste à l’ANC, qui approfondira et améliorera la Constitution de 1999, et continuera à porter l’héritage du Commandant Chávez. L’Amérique latine ne peut qu’appuyer, en ces temps difficiles, ce processus politique qui renoue avec le rêve auquel nous ne saurions renoncer, celui d’une grande Patrie juste, libre et souveraine.


Merci à Tlaxcala
Source: http://www.albamovimientos.org/2017/07/venezuela-asamblea-nacional-constituyente-que-se-vota-el-30-de-julio/
Date de parution de l’article original: 26/07/2017
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21055

Les partis de gauche et les mouvements sociaux d’Amérique Latine appuient un peuple qui écrit sa constitution à la barbe de l’Empire.

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Réunion des partis de gauche latino-américains à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo.

Les 300 délégués de 18 partis politiques de gauche venus de 26 pays d’Amérique Latine, réunis à Managua du 15 au 19 juillet pour le XXIIIème Forum de Sao Paulo, viennent de réaffirmer leur soutien au processus de l’Assemblée Constituante grâce auquel les vénézuéliens éliront 545 député(e)s au suffrage universel, le 30 juillet. La secrétaire exécutive du Forum, Mónica Valente (Parti des Travailleurs, Brésil) a souligné que l’heure a sonné pour la gauche de reprendre l’offensive contre le néolibéralisme dans la région et que la seule façon de la démocratie est de « consulter le peuple, non de faire des coups d’État comme au Brésil, au Paraguay et au Honduras. » « Nous allons former une Commission d’Accompagnement Électoral de l’Assemblée Constituante au Venezuela, car nous l’appuyons » a précisé la Présidente du Parti des Travailleurs du Brésil, la sénatrice Gleisi Hoffmann, lors de la clôture de cette rencontre qui a vu les présidents du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, du Nicaragua Daniel Ortega ou de Bolivie Evo Morales réaffirmer leur soutien à la révolution bolivarienne et dénoncer la volonté de la détruire de la part des États-Unis. Même soutien de la Coordination des Mouvements Sociaux de l’ALBA ou du Sommet des peuples qui se réunit en Argentine parallèlement au sommet des gouvernements du Mercosur.

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Sommet des Peuples, organisé parallèlement au sommet du Mercosur, Argentine, 20 juillet 2017

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Mouvements sociaux du Brésil, dont le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, manifestant leur soutien au scrutin de l’Assemblée Constituante au Venezuela, le 20 juillet 2017.

Alors que la gauche occidentale, par peur des retombées médiatiques, n’ose plus parler du Venezuela, l’ensemble des partis de la gauche et des mouvements sociaux d’Amérique Latine, manifestent de manière claire leur solidarité avec les jacobins noirs qui s’entêtent a vouloir écrire leur constitution à la barbe de l’empire états-unien, de ses vassaux européens et de médias qui continuent à imputer les morts causées par les violences de la droite au « dictateur Maduro ». Cette lutte coloniale contre la démocratie se répète au Venezuela lui-même où une opposition raciste qui s’inspire de plus en plus de l’État Islamique brûle vifs, comme hier encore à Lecheria, ceux qu’elle n’a jamais considérés vraiment comme des êtres humains depuis que Chavez les a fait entrer dans l’espace politique. Il suffit de lire les tweets de la droite sur les candidats à l’Assemblée Constituante, pour comprendre ce qu’elle ferait en cas de retour au pouvoir.

Tweets racistes

Demandez le programme !

Mais alors que 90 % de la population ne participe à ces violences, dont les foyers se trouvent dans les quartiers riches, quels sont les rêves des candidats à cette assemblée, quels sont les thèmes de tous ces débats citoyens censurés par les médias et ignorés par la gauche occidentale ? Un des courants les plus vivants du chavisme critique (baptisé « bravio », c-à-d rebelle) mène une campagne intense contre le repli populaire de l’espace public causé par la guerre économique et la dépolitisation du conflit favorisée tant par cet antichavisme raciste, fascisant, que par le conservatisme et l’inertie de secteurs de l’État, boulets de la révolution, essayant de conserver des quotas de pouvoir ou au moins, des privilèges.

Certains courants de la gauche occidentale, soucieux de leur image, se drapent dans le « ni-ni » de « la critique de gauche », comme si les vénézuéliens dépendaient de communiqués parisiens pour réfléchir de manière critique sur leur réalité et rallumer le moteur de leur Histoire. On n’est pas loin des discours de Sarkozy ou Macron sur l’Afrique « préhistorique ». Mais la critique, la vraie, celle qui ne procède pas de projections idéologiques, appartient d’abord à ceux qui agissent sur place pour transformer leur réalité, à ceux qui peuvent critiquer un processus en connaissance de cause. En voici un bon exemple : le programme de ces militants de base et de peau foncée.

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L’ECONOMIQUE:

Pour une économie au service de la vie et des gens!

  • Rédaction d’un chapitre dans la Constitution consacré à l’économie communale, qui considère les axes suivants:

Le modèle économique socialiste se base sur une économie en fonction de l’attention et de la reproduction de la vie sur la planète, soumise aux intérêts communs du peuple travailleur. Les revenus nationaux produit de la rente pétrolière (98%) doivent forcer la naissance d’une économie véritablement productive, basée sur ces principes comme indispensable fondement du nouvel État communal et populaire. Les « droits économiques » reconnus actuellement par la Constitution doivent transcender vers l’énoncé de ce nouveau « système économique » à construire, comme unique possibilité de dépassement de la crise systémique actuelle. Ce modèle doit considérer de plus, comme biens communs, les ressources naturelles comme l’eau, la biodiversité, la richesse génétique, les minerais et que les gouvernements néolibéraux laquais privatisent impunément à travers l’exploitation transnationale.

  • Pour une économie mixte, rationnelle, planifiée, durable, productive, sous contrôle de la société dans toutes ses étapes pour garantir la distribution et la commercialisation justes et pas pour vider le salaire du peuple travailleur pour le bénéfice d’un petit nombre.
  • D’implacables mécanismes de contrôle du libre échange spéculatif, reflété dans l’augmentation galopante des prix, pour la défense du salaire réel à travers le pouvoir populaire, comme une nouvelle institutionnalité, seule capable de s’imposer au métabolisme économique capitaliste, rentier et parasitaire.
  • Revendication du travail comme source et principe de la vie économique du pays.
  • Au peuple les moyens de production! Confiscation des biens des entreprises coupables de fraude fiscale.
  • Pour un cadre constitutionnel qui reconnaisse notre régime mixte de propriété: social, communal, familial, étatique et privé. Établir avec une plus grande précision le modèle économique mixte à caractère social et inclusif basé sur trois formes principales de propriété.

PROPRIETE SOCIALE ET COMMUNALE: définir comme constitutionnelles les formes de propriété communale, associative, collaborative tenant pour établi que l’État portera une attention spéciale à ce secteur en attribuant un % du PIB pour son impulsion et développement. Il faut avancer dans le renforcement du Système Économique Communal, comme appareil dynamisant de l’économie, où les formes de propriété sociale garantissent une occupation productive.

PROPRIETE SOUS GESTION ETATIQUE: Expliciter quels sont les secteurs stratégiques que l’État doit contrôler pour garantir la souveraineté, les droits de la population et l’indépendance économique de la Nation. En ajoutant qu’il est fondamental de transformer les entreprises au schéma capitaliste sous contrôle de l’État en Entreprises Publiques Socialistes dans lesquelles la pierre angulaire de leur gestion soit la participation active des travailleurs et travailleuses à la planification, la gestion et au contrôle de la production.

PROPRIETE PRIVEE, NATIONALE ET INTERNATIONALE: Établir un cadre constitutionnel qui donne un soutien juridique aux investissements privés. Il doit y avoir transparence sur la nature et la portée des investissements privés, et leur réglementation; les petite et moyenne entreprises devront avoir une impulsion spéciale à l’intérieur du modèle économique national.

  • Distribution juste de la richesse! Par l’obligation constitutionnelle de destiner les revenus économiques du pays au développement productif dans le cadre du modèle économique mixte, et au développement social dans les aspects prioritaires comme la santé, l’éducation, l’alimentation, la recherche et le développement technologique. La non réalisation de cette disposition devra être un délit qui envisage des sanctions implacables.
  • Contrôle et suivi populaire, citoyen, participatif et protagonique de la gestion économique et de l’administration des ressources publiques. Information sur les assignations budgétaires, subsides, transferts et revenus propres, avec l’accent sur l’assignation de devises à entrepreneuriat, la planification de leur distribution et de leur usage postérieur effectif.
  • Gestion directe et démocratique du processus social du travail.
  • Coopération et corresponsabilité territoriale des organisations de travailleurs et travailleuses des entreprises productives existantes sur le territoire avec les instances de gouvernement communal pour garantir des processus de contrôle permanents et l’administration populaire des ressources résultant des excédents des entreprises de propriété sociale.
  • Enchaînement productif dans chacune des zones depuis les instances d’organisations de base des travailleurs et travailleuses, pour la planification de la production et le renforcement des processus de recherche et d’innovation technologique.
  • Indépendance économique ou rien! Pour le développement d’entreprises productives communales, familiales et particulières avec accompagnement et suivi sur le technico-productif, l’économique et l’éthique, sous contrôle populaire, pour augmenter les niveaux d’activité économique.
  • Maintenir l’interdiction des monopoles et pour une taxe fiscale socialement juste. Sont taxés davantage ceux qui ont le plus. Établir l’impôt sur la concentration des richesses et des impôts sur le luxe, la hausse progressive des impôts que paieront les grands capitaux oisifs et improductifs et l’abolition progressive des impôts régressifs et confiscatoires comme la TVA.
  • Démocratisation du secteur bancaire et de l’activité financière sous contrôle populaire.
  • Unification et renforcement du système de banque publique dans une banque forte et unique pour la distribution des excédents au bénéfice du peuple travailleur et pour contenir la spéculation financière de la banque privée.
  • Amélioration et contrôle du système de commerce électronique, en contrôlant et déclarant d’utilité publique les entreprises de ce secteur.

LE POLITIQUE

Le pouvoir populaire, base de la nouvelle société!

Les niveaux d’organisation des gens se sont énormément élevés pendant les 18 dernières années (par exemple, les 46 813 conseils communaux et les 1 743 communes enregistrées, selon les données du MPP pour les communes 2017) et maintenant qu’il existe des formes concrètes d’organisation, participation et protagonisme direct du peuple, il est juste d’élever et de renforcer le Pouvoir Populaire organisé dans ses plus diverses expressions. L’originalité du projet de démocratie des gens réside dans ce qui émane depuis les bases et les appareils qui ne sont pas de l’État; le Pouvoir Communal est une instance de pouvoir authentique qui non seulement gère des politiques publiques, il s’agit aussi d’un espace territorial où des citoyens conscients de leur rôle historique se rencontrent pour construire une nouvelle forme de pouvoir, de démocratie, de nouvelles formes de relations sociales, productives et éthiques.

Ce grand processus d’organisation doit se développer et prendre beaucoup plus de forces, sans tutelle du vieil État qui l’influence avec ses pratiques bureaucratiques; le pouvoir populaire constituant doit être indépendant, créatif, critique et de proposition, pour cela les garanties constitutionnelles concrètes au pouvoir des citoyens représentent sans aucun doute un approfondissement démocratique dans le Venezuela Bolivarien.

  • Favoriser et rendre irréversible la démocratie participative et protagonique comme modèle directeur de notre société dans l’exercice de sa citoyenneté.
  • Approfondir la transformation de l’État et les mécanismes de gestion du gouvernement en fonction du principe de transparence dans la gestion publique, et la dé-bureaucratisation de l’appareil de l’État pour ouvrir des mécanismes de lutte contre la corruption, envisager l’inhabilitation pour l’exercice de charges publiques de personnes impliquées dans des cas de corruption.
  • Pour une gestion et une politique moins discrétionnaire et plus démocratiques et populaires! La démocratie obédientielle est une partie de la démocratie participative et active, le principe de commander en obéissant la renforce, les décisions prises dans les espaces de participation sociale doivent avoir un caractère obligatoire pour la planification et le développement de la gestion publique.
  • Rédaction d’un chapitre destiné à l’État communal, qui envisage les aspects suivants:
  • Donner un rang constitutionnel au pouvoir populaire dans ses formes les plus diverses de concrétisation.
  • Reconnaissance de la commune comme instance d’auto-gouvernement territorial, garantissant la répartition de ressources à travers une place constitutionnelle; qui permette l’élimination de la « paroisse » comme schéma d’organisation, transfert de la propriété coopérativiste aux communes.
  • Reconnaissance du Pouvoir Populaire comme un pouvoir de plus de l’État.
  • Envisager le développement de la culture communal et ses valeurs (éthique, honnêteté, efficacité, coopération, démocratie, participation, respect…) à travers notre système éducatif, à tous les niveaux.
  • Parité de genre avec alternance à tous les postes d’élection populaire et dans toutes les instances de l’État, accompagnée de garanties qui offrent de meilleures conditions pour la participation politique équitable des femmes.

LE SOCIAL:

  • Amplifier et approfondir les droits sociaux conquis à travers des politiques de soins comme le système Missions et Grandes Missions, et leur garantie en cogestion avec le pouvoir populaire.
  • Élargir le principe de souveraineté comme un axe transversal dans un cadre territorial, politique, économique, culturel, et alimentaire, qui garantisse le contrôle populaire sur la majorité des instances sociales.
  • Élargir le droit au logement, en incluant le droit à la ville, le droit à l’habiter, la peupler, la construire.
  • Blinder l’État Bolivarien contre la privatisation des droits et devoirs sociaux fondamentaux.
  • Interdiction des soins médicaux conditionnés au paiement, des cas d’urgence dans les centres de santé privés.
  • Dépatriarcalisation et décolonisation de l’État et de la culture, en reconnaissant notre diversité de savoirs et comme une nécessité primordiale de notre transformation comme peuple.
  • Pour le droit à une société libre de patriarcat et de machisme, basée sur le respect du rôle de la femme.
  • Pour de plus grandes garanties de meilleures conditions pour le libre développement des capacités des femmes, pour le droit à l’accès à un travail de qualité et à une vie sans violence, une meilleure sécurité sociale pour les femmes travaillant au foyer.
  • Approfondissement des droits sexuels et reproductifs:

Une éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir!

  • Droit à un accouchement humanisé et à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse, en même temps que des garanties sociales pour l’éducation sexuelle pertinente et de qualité à tous les niveaux et l’accès gratuit et égalitaire à des mécanismes contraceptifs.
  • Reconnaissance des droits et de l’union de personnes du même sexe, basée sur le respect et le non-stigmatisation sociale de la diversité sexuelle.
  • Contre la discrimination de la diversité sexuelle à tous les échelons de la vie sociale , que soit considérée la reconnaissance de l’identité transsexuelle et intégration dans l’article 21 de la Constitution, la reconnaissance et la non discrimination de l’identité de genre auto-perçue, l’orientation sexuelle, la couleur de la peau ou l’orientation politique.
  • L’alimentation comme devoir social fondamental:
  • Renforcement du système de distribution populaire des aliments naissant (CLAPs et autres mécanismes populaires de distribution comme les foires agricoles, les systèmes de consommation et de vente planifiée…) pour élargir les garanties d’accès à l’alimentation du peuple travailleur.
  • Envisager une assistance spéciale pour ls secteurs de plus grande vulnérabilité alimentaire, en les priorisant dans le diagnostic, l’assistance, l’assignation de suppléments nutritionnels et ressources pour couvrir pleinement leurs besoins.
  • Favoriser la production d’aliments stratégiques de haute valeur nutritionnelle destinés à couvrir les besoins en énergie et nutriments des secteurs les plus vulnérables ( enfants, adolescents, femmes enceintes, troisième âge, personne avec une diversité fonctionnelle[handicapées]).
  • Droit au soin et à la protection sociales avec corresponsabilité. L’État doit garantir par la corresponsabilité entre les services d’État, l’entreprise privée, la communauté organisée et les familles, le soin et l’assistance aux personnes en situation de vulnérabilité pour l’éradication de toutes les formes de pauvreté.
  • Intégration d’un chapitre sur l’élargissement des droits et les garantie sociales pour la jeunesse comme réserve éthique, culturelle et productive de la société, qui envisage:
  • La promotion et les garanties pour l’accès à la participation dans les instances démocratiques de gouvernement et d’auto-gouvernement populaire ( dans le territoire, le lycée, l’université, etc.), en fonction des valeurs de patriotisme, respect, défense de la paix et la stabilité politique de la Nation.
  • Garantir un droit au travail digne et de qualité pour la jeunesse. En promouvant le travail libérateur à travers l’appui aux entreprises productives dans toute modalité envisagée par l’économie mixte en priorisant celles de la propriété sociale, communale et familiale.
  • Droit à l’accès public à l’information et aux mécanismes technologiques qui permettent la formation et la recherche.
  • L’éducation libératrice pour transformer la société!
  • Pour l’éducation émancipatrice fondée sur une nouvelle praxis, qui encourage la rencontre des savoirs populaires pertinents, reconnaisse et inclue la diversité et soit basée sur la culture de la paix comme valeur indispensable pour la société, ainsi que le respect de la vie sur la planète, l’unité de l’étude et du travail et de la recherche et de l’innovation technologique, artistique, culturelle et sportive en fonction des intérêts nationaux.
  • Pour une approche sociale non sexiste de l’éducation. Nous parions sur une éducation non verticale, à caractère populaire, qui inclue et reconnaisse toutes les identités.
  • Reconnaissance de tous les secteurs et corporations qui constituent les communautés universitaires (étudiants, enseignants de tous les échelons, travailleurs et travailleuses administratifs et ouvriers…), établissement de l’égalité politique pour l’élection démocratique des autorités universitaires et la représentation égalitaire et avec les mêmes droits politiques de tous les secteurs qui constituent la communauté universitaire, dans les instances de co-gouvernement.
  • Un accès juste et planifié à l’éducation, une priorisation d’accès à l’éducation publique des secteurs les plus vulnérables, approfondir la communalisation de l’éducation pour renverser le processus de concentration des centres éducatifs dans les zones urbaines d’accès difficile pour la grande majorité de la population, une planification de l’offre éducative en fonction des potentialités locales et des intérêts productifs de la Nation, qui de plus permette de garantir l’emploi postérieur dans le pays des professionnels et professionnelles.
  • Relation directe du système éducatif avec le système économique productif, intégrer la pertinence éducative comme axe fondamental à tous les niveaux.
  • Communalisation de la sécurité citoyenne, pour qu’elle soit prise en charge et planifiée sur le territoire de façon co-responsable, intégration des aspects du nouveau modèle policier et mesures de contrôle communal pour le fonctionnariat des corps de sécurité de l’État.
  • Démocratisation de la communication: un système public et participatif de communication.
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Source : http://www.chavismobravio.org.ve/?q=node/25

Traduction : Cathie Duval

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José Mujica, ex-président de l’Uruguay : « Ce que fait l’OEA est un danger non seulement pour le Venezuela mais pour tout le continent »

Editorial du journal La Jornada (Mexique), 28 avril 2017.

La sortie du Venezuela de l’Organisation des États Américains (OEA) laisse ce forum international orphelin de deux pays qui, pour diverses raisons, ont eu un poids important dans l’histoire du continent. En 1962, l’organisme expulse Cuba de ses rangs en se basant sur l’argument révélateur que « l’adhésion d’un membre de l’OEA au marxisme léninisme est incompatible avec le Système Interaméricain ». Il était déjà clair que ce « système interaméricain » était sous haute influence politique et idéologique de Washington, et servait d’instrument pour arrimer les gouvernements de l’hémisphère au camp occidental pendant la guerre froide.

Rappelons que l’OEA, qui n’agit au nom de la démocratie que lorsque cela convient aux intérêts des États-Unis et des oligarchies locales latino-américaines, n’a rien fait de significatif pour, au moins, atténuer les atrocités de dictateurs tels que Rafael Léonidas Trujillo (République Dominicaine) ou Anastasio Somoza (Nicaragua), s’est tue quand un gouvernement sorti des urnes fut renversé au Guatemala par un coup d’État organisé directement par la CIA de Foster Dulles (1954), n’a pas bougé d’un pouce quand diverses démocraties sud-américaines ont été détruites dans les années 70 avec l’avènement de sanglantes dictatures militaires (Uruguay, Bolivie, Chili, Argentine…) impulsées dans de nombreux cas depuis la Maison Blanche, le Département d’État et le Pentagone. Plus récemment, l’organisme panaméricain a été incapable de faire quoi que ce soit pour empêcher un coup d’État au Honduras, les massacres quotidiens et les assassinats de journalistes, de militants sociaux et de défenseurs de droits de l’homme au Mexique et en Colombie, ou pour dénoncer les conspirations parlementaires qui ont eu comme conséquences les destitutions des présidents élus Fernando Lugo, au Paraguay (2012) et Dilma Rousseff, au Brésil (2016)…

A ce long historique, il faut ajouter aujourd’hui la suractivité de l’actuel secrétaire général de l’OEA, l’uruguayen Luis Almagro en faveur de la droite vénézuélienne. Loin de contribuer à une solution pacifique à la « crise », celui-ci a attisé le conflit, assumant ouvertement le rôle de soutien à une des parties dans le cadre du conflit politique et institutionnel en cours, convertissant l’organisme qu’il dirige en instrument de pression diplomatique contre le gouvernement bolivarien.

L’uruguayen Luis Almagro, actuel secrétaire de l’OEA, coiffant une casquette vénézuélienne lors d’un séminaire sur « marketing et gouvernance politiques en Amérique Latine » organisé récemment à Miami. A ses côtés, J.J. Rendon, spécialiste en guerre psychologique et conseiller de l’ex-président colombien Alvaro Uribe. L’ex-président uruguayen José Mujica a dénoncé son ex-chancelier Almagro : « ce qu’il fait est dangereux non seulement pour le Venezuela mais pour tout le continent« . (1) Pour sa part le président bolivien Evo Morales a déclaré « Almagro doit respecter les principes de l’OEA et le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela. On ne comprend pas ce que fait l’OEA contre le Venezuela » (2)

Evo MoralesAvec de tels antécédents et dans de telles circonstances, il n’est pas surprenant que Caracas ait décidé d’abandonner l’organisation pour recourir, en échange, à la Communauté des États Latino-Américains et Caribéens (CELAC), un forum plus équilibré duquel sont exclus les Etats-Unis et le Canada et dans lequel, par conséquent, on pourrait attendre une action plus constructive et propice dans le but de surmonter la crise vénézuélienne à travers le dialogue et la coopération diplomatique.

L’OEA était déjà sortie affaiblie de l’expulsion de Cuba; lorsqu’en 2009 l’organisme invita l’île des Caraïbes à reprendre sa place, La Havane rejeta l’offre. Aujourd’hui, la sortie volontaire du Venezuela, appuyé par les pays de l’ALBA, accentue le discrédit d’une instance internationale qui n’a jamais su être à la hauteur de ce que ses membres latino-américains auraient pu attendre d’elle et qui, depuis sa fondation (1948) jusqu’à ce jour, n’a fait que mériter la description populaire qui en est faite : le Ministère des Colonies de Etats-Unis.

Notes

(1) http://www.lr21.com.uy/politica/1330026-mujica-almagro-oea-venzuela-libro-urrazola-frente-amplio-izquierda

(2) http://ciudadccs.info/2017/05/01/evo-morales-almagro-respetar-principios-la-oea/

Source de cet article : http://www.jornada.unam.mx/2017/04/28/edito
Traduction : Luis Alberto Reygada pour Le Grand Soir (Twitter : @la_reygada).
URL de cet article :
https://www.legrandsoir.info/oea-organisme-indefendable.html

La victoire de Lenin Moreno : une charnière régionale ?

lenin-moreno-elecciones-en-ecuador-580x326-1-580x326.jpgQuelques mois après la réélection de Daniel Ortega au Nicaragua, la victoire de Lenín Moreno en Equateur constitue un échec précoce pour la théorie de la « fin de cycle » régionale. Le candidat du « corréisme » a triomphé précisément parce qu’il a su mettre en lumière avec clarté le péril de la restauration conservatrice dans son pays, vu les expériences en cours en Argentine et au Brésil. Il gagne grâce aux profondes transformations sociales menées en Équateur pendant les dix ans de gouvernement de Rafael Correa Delgado, et parce qu’il a réussi à transmettre (1) l’impact des politiques régressives économiques mises en place par des Macri et Temer – qui voyaient en Lasso un hypothétique et nouvel allié régional.

Le triomphe de Moreno oxygène un ensemble de gouvernements régionaux nationaux-populaires, progressistes et de la gauche continentale. Surtout, elle peut servir d’impulsion à cet espace face aux élections présidentielles à venir : Mexique, Paraguay et Brésil en 2018, Argentine en 2019. Certains diront que le candidat d’Alianza País n’a gagné qu’avec un score « à la française » : deux points d’avance. C’est vrai. Sauf que l’argentin Macri, qui a gagné avec la même avance, tente d’exécuter des réformes structurelles, régressives pour les majorités, comme si les urnes l’avaient situé au-dessus de 60%. Quant au brésilien Temer, qui n’a pas reçu un seul vote, il prend des mesures drastiques telles que le gel des investissements sociaux mis en place depuis deux décennies ou la loi de sous-traitance du travail à laquelle s’opposent les centrales syndicales. C’est pourquoi il était important, dans le cas de l’Équateur, d’éviter une victoire de Lasso. Même courte, elle aurait entraîné un changement brutal de la politique économique du pays

Pour Lasso, le slogan du “changement” fut une bénédiction dérivée du duranbarbisme (2). Durant la première phase de la campagne, elle lui permit d’atteindre de justesse le ballotage, tout en déplacant l’ex-présentatrice de télévision Viteri. Mais les quinze mois du gouvernement argentin de Mauricio Macri se sont invités avec force dans la dernière ligne droite, troublant la fête du banquier. C’est un fait que la droite régionale n’a pas un seul exemple de gouvernement qui lui permette de dire « voici la voie ». Le Mexique de Peña Nieto, celui des décapités quotidiens, du massacre des 43 étudiants d’Ayotzinapa et de la répression des protestations contre la hausse du prix de l’essence ? Temer et Macri, et leurs politiques de shocks privatisateurs ? Le Paraguay de Cartes, dont la police vient de réprimer – en tuant une personne – les manifestations contre la tentative de reélection du mandataire ? Le président du Pérou PPK, éclaboussé par les révélations du dossier Odebrecht ? Nous parlons de pays où, par surcroît, a existé une haute concentration du revenu pour les secteurs les plus puissants, exactement l’inverse de ce qui s’est passé dans les pays qui ont suivi des caps post-néo-libéraux, où le coefficient de Gini a démontré une plus grande égalité sociale. Avec la défaite de Lasso, l’Equateur évite de se regrader dans le miroir de ce bloc de pays.

Sur le plan régional, le triomphe de Lenin Moreno pourrait être un point d’inflexion. Un moment-charnière pour l’Amérique Latine et les Caraïbes. Cela dépendra de l’évolution des prochaines élections où dans presque tous les cas que nous mentionnions les variantes national-populaires, progressistes et de la gauche se situent en tête des sondages. Certes beaucoup d’eau coulera encore sous les ponts. En commençant par le serment que Correa devra faire jurer à son premier vice-président comme nouveau chef de l’État. Mais les thèses de “fin de cycle” et leurs nombreux devins tombent sur un cas qui montre que la bataille politique entre les deux modèles opposés est plus vivante que jamais dans notre continent.

Juan Manuel Karg, politologue de l’Université de Buenos Aires.

 

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Le journal français « Le Monde » a annoncé la victoire de Lenin Moreno… avec la photo du candidat néo-libéral Lasso.

Notes :

(1) Malgré l’intense barrage médiatique et l’appui apporté au candidat néo-libéral Lasso par les secteurs du gauchisme et de la droite du mouvement indigène.

(2) Conseiller en com équatorien, Jaime Rolando Durán Barba fut aussi un des principaux stratèges de campagne de Mauricio Macri.

Traduction : Thierry Deronne

Source : http://www.cubadebate.cu/opinion/2017/04/04/el-triunfo-de-lenin-bisagra-regional/#.WOcAB2_hCAY

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Le jour où Haïti défendit le Vénézuéla

Dans le court terme informe et fébrile qui constitue l’horizon mental du consommateur d’actu européen, défile à toute vitesse le film « Venezuela ». Depuis quatre ans, les causes de la guerre économique lancée contre le gouvernement bolivarien sont remplacées par leurs effets, pour en rejeter la responsabilité sur… le gouvernement bolivarien. Plus amusant : ce 30 mars 2017, les grands groupes médiatiques habillés de papiers journaux comme « la Libre Belgique » diffusent la vulgate mondiale d’un « coup d’Etat du président Maduro ». Cette transformation du réel en son contraire par les médias de droite – majoritaires au Venezuela – et par leurs commanditaires internationaux, est tellement énorme et constante qu’elle indiffère la majorité de la population concernée.

L’architecture de la séparation des pouvoirs au Venezuela ressemble à celle de la France, mais en moins monarchique : le pouvoir juridique, législatif et exécutif s’équilibrent de manière plus subtile. Dans ce cas le Tribunal Suprême de Justice a décidé d’assumer les fonctions de l’Assemblée Nationale tant que sa majorité de droite continuera à ignorer les verdicts de la justice – par exemple sur les élections frauduleuses de certains de ses députés – ou de reconnaître les institutions démocratiques – ses députés viennent d’appeler à l’intervention extérieure contre le gouvernement issu des urnes. Comment l’Europe, possédée par les médias, pourrait-elle en être informée ? Comment pourrait-elle faire autre chose que croire au storytelling de la puissance qui veut détruire la démocratie participative du Venezuela avec un arsenal économico-médiatique bien plus puissant que celui qui détruisit le socialisme de Salvador Allende ?  « Les médias font passer les coups d’Etat modernes comme étant une défense de la démocratie » explique l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique Maurice Lemoine (1).

La voix de Haïti, première république libre d’Amérique Latine, qui vient de s’élever au sein de l’OEA (organisme connu par les historiens pour ses appuis aux interventions de Washington en Amérique Latine) a valeur de rappel moral. Si tant est qu’on peut encore l’entendre au fond de la caverne de Platon.

Thierry Deronne, Venezuela, 30 mars 2017

Ambassadeur_Haiti

Discours prononcé par Harvel Jean-Baptiste, Ambassadeur de Haïti auprès de l’OEA, le 29 mars 2017 

Monsieur le Président,

L’Organisation des États américains dont Haïti est membre fondateur depuis sa création en 1948, reconnaît, avec l’entrée en vigueur de sa charte en 1951, quatre langues officielles de travail, dont l’anglais, l’espagnol, le portugais, et le français, qui est également l’une des langues officielles de la République d’Haïti.

Nous considérons que c’est un manque de respect vis-à-vis de la République d’Haïti, lorsque le Secrétaire général s’autorise de faire circuler un rapport qui concernerait une situation dans la région, sans se donner la peine de nous en faire avoir copie dans notre langue officielle qui est aussi, je le répète, l’une des quatre langues officielles de l’organisation.

Sur cette base, la République d’Haïti voudrait demander qu’il soit noté dans les procès-verbaux de ce Conseil permanent, que nous considérons ledit rapport du secrétaire général Luis Almagro concernant une situation au Venezuela comme une rumeur, car nous n’en avons pas pris connaissance selon les normes tracées par l’organisation.

Toutefois, cette rumeur nous préoccupe profondément et à plus d’un titre. Il est surprenant que le secrétaire général, Luis Almagro, recommande la suspension du Venezuela dans l’organisation et exige des « élections générales sans délai et à tous les niveaux » dans ce pays. (1)

Monsieur le Président,

Face à de tels agissements du secrétaire général, la situation est plus que grave pour notre Organisation. Avec de telles recommandations, le secrétaire général n’a pas seulement outrepassé ses prérogatives, il a aussi voué un mépris inadmissible aux principes fondamentaux consacrés dans la charte de l’organisation.

En effet, nous devons rappeler que, selon l’article premier de la Charte de l’OEA, « aucune disposition ne l’autorise à intervenir dans des questions relevant de la juridiction interne des Etats membres ».

De même, selon l’article 2 et 3 de la charte, l’OEA se donne pour principes d’ « encourager et consolider la démocratie représentative dans le respect du principe de non-intervention ainsi que « le respect de la souveraineté et de l’indépendance des Etats ».

Dans ces conditions, nous sommes absolument consternés devant le fait que le secrétaire général de l’OEA peut seulement songer à appeler à « la convocation d’élections générales sans délai et à tous les niveaux » dans un État membre de l’organisation ayant un président en fonction dont le mandat court jusqu’à 2019 !!! (1)

Monsieur le Président,

Le moment est grave. Il dépasse de loin la question du Venezuela. Les agissements du secrétaire général fragilisent notre organisation. Ses actes ne nous rassurent pas du tout pour ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région. Si nous laissons le secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays et au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’organisation.

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Vous n’êtes pas sans savoir que mon pays, Haïti, est l’un des pays ayant connu une difficile transition vers la démocratie. L’expérience d’Haïti nous enseigne qu’il ne saurait y avoir ni promotion ni protection de la démocratie dans un pays à coups de sanctions. Nous devons donc tirer leçon de l’expérience haïtienne. Seuls le dialogue, la recherche du compromis, la médiation non partisane et sans ingérence, peuvent protéger et promouvoir la démocratie dans la région. Nous profitons à cet effet de l’occasion pour remercier le Conseil permanent de l’OEA, pour le rôle médiateur qu’il a joué sans ingérence et sans menaces de sanctions, dans les négociations haïtiano-haïtiennes qui ont abouti au dénouement heureux du processus électoral en Haïti.

Force est alors de constater que les sanctions ne sont pas la solution.

De ce fait, il est impératif de défendre l’OEA contre toute instrumentalisation qui peut en être faite au détriment des intérêts d’un Etat membre. Ainsi notre appui au Venezuela relève-t-elle fondamentalement d’une question de principe. Si nous autorisons la menace de ce coup d’Etat maquillé contre le gouvernement élu du Venezuela, nous ne pourrons pas empêcher qu’on en fasse de même, à l’avenir, contre d’autres pays des Amériques.

Dans cette perspective, ce qui se passe à l’OEA en cet instant même, augure des jours sombres pour l’Organisation hémisphérique et pour notre région. L’Organisation des Etats Américains n’a jamais été aussi divisée. La convocation d’une réunion du Conseil permanent pour débattre de la situation d’un Etat-membre, sous la menace de suspension de cet Etat, et en cherchant à pousser vers des élections anticipées contre un Président élu, tout cela nous fait craindre la mise en œuvre d’un agenda qui ne correspond ni à l’esprit ni à la lettre de la Charte de notre organisation.

Face à cet agenda qui ne peut que fragiliser l’organisation, la délégation haïtienne voudrait soutenir que la meilleure solution reste et demeure la voie du dialogue. Nous supportons le dialogue et la négociation entre les acteurs vénézuéliens eux-mêmes afin de trouver une issue à la situation politique dans leur pays. Nous soutenons également toutes les formes de médiation non partisane, qui respectent les principes de la souveraineté des Etats et qui croient que, comme nous l’a enseigné l’expérience haïtienne, la solution définitive ne peut venir que des acteurs eux-mêmes, dans le respect des principes constitutionnels qui régissent la vie politique interne du pays. Je vous remercie.

Source : http://www.lenouvelliste.com/article/169601/oea-venezuela-la -position-dhaiti

Notes

  • 1 – Le Venezuela, depuis la révolution bolivarienne, a organisé un nombre record de scrutins (une vingtaine) en 18 ans, reconnus comme transparents par les observateurs de l’Union Européenne, de l’Organisation des États Américains ou de l’Association des Juristes Latino-américains. Selon l’ex-président du Brésil Lula da Silva, il s’agit d’un “excès de démocratie”. Pour Jimmy Carter qui a observé 98 élections dans le monde, le Venezuela possède le meilleur système électoral du monde. En mai 2011 le rapport de la canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA) a placé le système électoral du Venezuela à la première place mondiale pour le respect des normes fondamentales de démocratie.
  • 2 – Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet (précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation), Don Quichotte, Paris, 2015

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Venezuela: des médecins latino-américains pour la santé indigène dans l’état d’Amazonas.

1Le 23 janvier dernier  a été lancée la première mission  annuelle du Programme pour l’Elimination de l’Onchocercose dans l’état de l’Amazonas au Venezuela. Il s’agit d’un effort pour en finir avec le dernier foyer continental de cette maladie qui touche la population à la frontière entre le Venezuela et le Brésil.

L’onchocercose est une maladie qui provoque des lésions sévères sur la peau et les yeux, pouvant entraîner la cécité. Elle est transmise par des moustiques et affecte principalement la population des Yanomamis, peuple semi-nomade qui vit en petites communautés au coeur de la forêt entre les deux pays. Leur répartition géographique a toujours impliqué des efforts bilatéraux de la part des deux pays, efforts qui sont suspendus depuis l’accession au pouvoir de Temer.

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Carte de l’état d´Amazonas où vivent les communautés qui bénéficient du programme de santé.

Au cours des dix dernières années ce travail a été mené par le médecin uruguayen Carlos Botto, coordonateur du « Programme National pour l’Elimination de l’Onchocercose », programme qui est parvenu à supprimer la transmission chez plus de 70% de la population exposée aux piqûres du moustique.

Le travail invisible et la santé yanomami.

Plus de vingt ethnies autochtones vivent dans l’état d’Amazonas au Venezuela. En particulier le peuple yanomami, dispersé dans la Réserve de la Biosphère du Haut Orénoque Casiquiare, qui est une région protégée et d’accès très difficile. Les routes n’existent pas et la plupart des déplacements se font par voie fluviale.

Le Plan de Santé Yanomami est né à la demande de cette population  après le massacre de Hashimu, quand en 1993 des membres du « garimpo » (exploitation minière illégale) ont assassiné 16 membres de cette communauté. Ce motus operandi criminel, appelé « expropriation par expulsion »  est appliqué depuis longtemps dans plusieurs pays latino-américains, comme mode d’appropriation des territoires et des biens naturels de façon illégale, au détriment des populations autochtones.

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Carlos Botto en train de travailler avec Daniel Borges, yanomami qui participe au programme en tant que technicien.

L’exploitation minière illégale est également responsable de l’expansion de la malaria dans la région, dans la mesure où la déforestation favorise la prolifération du moustique Anophèle, vecteur de la maladie. Elle entraîne également une pollution au mercure des fleuves et des poissons, ce qui provoque des intoxications chez les populations. Aux affections endémiques – propres à la région – s’ajoutent les affections « importées ». Des études ont été faites sur l’introduction des maladies sexuellement transmissibles come le VIH  à partir du contact entre « garimpeiros » et les communautés yanomamis.

Médecins internationalistes au Venezuela : soigner l’Amazonas

La mise en place de ces actions pour la santé a commencé en 2006, quand le président Hugo Chavez a visité la région et ordonné la mise en marche du Centre de Diagnostique Intégral (CDI) à La Esmeralda, capitale du Haut Orénoque. Depuis 2008, le satellite Simon Bolivar, le premier du gouvernement vénézuélien – envoie des images qui permettent d’identifier les communautés, ce qui est fondamental pour guider les opérations.

Les résultats sont visibles : le nombre de communautés yanomami intégrées dans le  système de santé a augmenté de 153%, passant de 115 en 2006 à 291 communautés  en janvier 2017.

Les barrières géographiques que nous avons déjà mentionnées, un écosystème très délicat et la diversité culturelle rendent la démarche sanitaire très difficile. Elle implique la coordination entre le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Peuples Indigènes, la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) et des organismes autonomes comme le Centre Amazonien de Recherche et de Contrôle des Maladies Tropicales « Simon Bolivar ».

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Des équipes médicales et techniques sont transportées par des hélicoptères de la Force Armée Vénézuélienne.

Les équipes de santé sont composées par des médecins diplômés de différentes universités du pays, de l’Ecole Latino-américaine de Médecine (ELAM)  et également de médecins cubains de la mission internationaliste Barrio Adentro qui a fourni l’aide de plus de 20 000 professionnels au système de santé vénézuélien. Ces équipes sont réparties entre le CDI de la Esmeralda, de structure intermédiaire, et les Centres de Santé Populaire, qui assurent les premiers soins dans les communautés et auxquels participent des agents et des techniciens des différents peuples amazoniens   (Yanomami, Jivi, Yekuana, Baré, Curripaco). Brésil. Ces  régions ne sont accessibles que par hélicoptère.

L’opération Parima- Siapa, à laquelle a participé la docteure argentine Lucia Rabini a eu lieu en octobre 2016. Son but était de proposer une aide complète aux communautés yanomami les plus éloignées du Haut Orénoque et du Haut Siapa à la frontière avec le

« L’effort logistique, économique et humain pour ce genre d’action est très important : chaque heure de vol coûte  environ 1600 dollars » raconte Lucia.  Sur les 40 communautés identifiées, 39 ont bénéficié de cette opération qui a pu se réaliser grâce à l’aide des hélicoptères de la FANB, qui a en outre récupéré 6 pistes pour petits avions et plus d’une dizaine d’héliports proches de la frontière. Le personnel médical a pu rendre visite à 252 autres communautés grâce à des petites avions, des embarcations et au prix de trajets de jusqu’à 30 jours de marche.

Selon la docteure « cette population considère la médecine occidentale comme complémentaire de sa propre médecine chamanique. On peut voir comment différents univers culturels, différentes cosmogonies et systèmes thérapeutiques interagissent depuis un point de vue qui prétend, à la lumière des contradictions de tout processus, être d’une interculturalité critique et décolonialiste ».

« L’intervention de l’Etat vénézuélien est fondamentale face à la menace destructrice du capitalisme dans cette région » pense Lucia, qui ajoute : il s’agit de la survie du peuple yanomami et de ses savoirs, ainsi que de son territoire qui est le poumon de la Terre, indispensable à l’équilibre environnemental de la planète ».

Ces actions sont rendues possibles grâce à des héros et des héroïnes, anonymes pour la plupart, militaires et civils, volontaires de plusieurs pays et de différentes régions du Vénézuéla, explique de son côté Betto, dont la contribution a été essentielle pour mener à bien ces actions et constituer les équipes qui travaillent dans la région. C’est dans ce sens qu’il souligne : « beaucoup ont risqué leur intégrité physique et leur vie, quelques uns l’ont donné généreusement à la lumière et à l’obscurité de la forêt ».

Reportage : Carlos Botto et Lucía Rabini

Source : http://notas.org.ar/2017/02/07/venezuela-medicos-latinoamericanos-salud-indigena-amazonas/

Traduction : Pascale Mantel

URL de cet article : http://bit.ly/2l8F8tR

 

Comment dire l’École Florestan Fernandes ?

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Trois heures du matin. Des essaims de mains d’étudiant(e)s qui ont vécu ensemble trois mois intenses tracent des cœurs sur les vitres embuées d’une camionnette. Le compagnon de l’unité de transport du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre, habitué à vivre les adieux de ceux qui ne peuvent plus se séparer, assume avec philosophie sa tâche de ramener à l’aéroport de Sao Paulo des groupes successifs de la Xème Promotion de Théorie Politique Latino-américaine “Libertadoras de Nuestra América”, créatrice collective d’un clip chanté tous les matins.

Tous ceux qui ont eu le privilège de vivre une révolution en Afrique ou en Amérique Latine savent ce dont je parle : ici tout se reconnecte. Dans la « Florestan Fernandes », l’école construite par les Sans Terre, les bambous te mènent par des sentiers de terre humide. Leur grincement est le rythme de l’Histoire, parfois lente, qui ne s’arrête jamais. Une photographie troue la nuit : le front pensif d’Ernesto “Che” Guevara. Les arbres oublient les mains solidaires de stars de cinéma, d’intellectuels, d’ex-présidents et de paysans centenaires qui les ont mariés à la terre : ils cherchent le soleil. La pluie fait plus sombre, plus brillante la peau des briques montées l’une après l’autre par les volontaires du MST.

Le matin des centaines d’yeux regardent par les portes entrouvertes de salles grandes et petites. Ces voix d’un cours de matérialisme historique pourraient être celles d’une assemblée du Comité de Salut Public en 1789 ou d’une assemblée au Burkina Faso en 1984. Tant de concentration dans l’étude a fait que les étudiants ne se sont pas rendu compte tout de suite de l’irruption des zombis sortis d’une série de télévision nord-américaine pour expulser la violence inhibée sous Lula et Dilma. Ce ne fut qu’au bout de deux heures – me raconte Ana Cha de la coordination pédagogique – que la communauté étudiante a mesuré la gravité de l’intrusion des policiers tirant à balles réelles, agression rejetée en quelques heures par le monde entier et par la rapide arrivée à l’école d’un réseau spontané d’amis, de militants, d’artistes parmi lesquels Lula. Aujourd’hui, après le réveil en poésie et chants (“la mistica” comme on dit au MST), le compagnon bibliothécaire qui souffre de Parkinson et à qui les policiers ont cassé le bras, tente de lever un poing plâtré pour remercier une délégation de jeunes vénézuéliens qui lui offrent le “livre bleu” d’Hugo Chávez.

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Ici Marx et Marighella ne sont pas des figures de cire ou des pieds de page mais des concepts vivants de l’action politique, l’héritage vivant qui nous incombe à tous – dixit le capitaine Thomas Sankara. Le choc salutaire entre points de vue, expériences et savoirs fait de “La Florestan” une université d’avant le capitalisme, de cette époque où la science naissait au bord des fleuves, où les ponts entre « haut » et « bas » n’étaient pas rompus, comme l’explique l’historien Carlos Ginzburg.

On m’avait invité quelques semaines auparavant comme membre de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre à donner un cours en anglais sur « Communication Populaire et résistances » : les concepts généraux, m’avait écrit Ana Cha, intéresseront les pratiques particulières. Nous intéressent votre expérience au Venezuela, la relation entre communication populaire et processus participatifs, votre manuel de production intégrale. Et ce matin, après plusieurs nuits d’insomnie pour réveiller mon anglais et une escale à Lima, je vois enfin mes compères d’Afrique, des États-Unis, du Canada, d’Amérique Latine. Ce dialogue total avec l’Afrique, leur dis-je en guise d’introduction, Chávez l’a voulu depuis le début. Son ultime lettre disait que nous n’avons plus rien à attendre de l’Occident et que nous devons espérer beaucoup du Temps pour assumer, enfin, notre destin commun.

Les lutteurs d’Afrique du Sud inaugurent les cours debout : le rythme lent de leur chant finit par nous unir tous en un chœur de paumes, de pieds, de gorges. Il y a beaucoup de syndicats, de réseaux de travailleurs de Californie ou du Minnesota, les militants patients de Zambie. Le compagnon du Québec avec qui nous découvrons un respect commun pour le documentariste Pierre Perrault (La Bête Lumineuse)La compagne d’Égypte qui avec son clairsemé mais passionné anglais réussit à répondre à toutes mes questions sur son pays. Le compagnon des États-Unis préoccupé par le fait que Telesur reste confiné aux réseaux de convaincus de gauche. La travailleuse syndicale venue de Palestine qui veut monter un atelier avec nous pour former les créateurs d’une réalité que les formes politiques connues ne permettent plus de médier. La compagne transgenre d’Inde qui me parle du documentaire qu’on prépare sur son récit de vie. La jeune fille qui étudie la philosophie à l’Université Centrale du Venezuela et qui ne sait pas encore comment elle usera de toutes ces connaissances au retour dans la Patrie. Ou la compagne de l’Île Maurice, qui sait tout de l’histoire morale et économique de Port-Louis et peut en trois mots dessiner la forêt précise des nègres marrons. Je t’écoute et je vois Haïti, lui dis-je. En effet notre créole est celui qui ressemble le plus à celui de Louverture, me répond-elleLes frères portoricains me montrent leurs reportages: La Gente de Abajo Habla: ¿quiénes somos ¨todos¨?, fruit d’une réflexion sur des années de militantisme de gauche (1). Ils sont venus du Ghana. Du Maroc. Du Népal. Du Pays Basque. Du Kenya. Du Sénégal. De Tanzanie. De Tunisie. Du Zimbabwe…

Dans les jours précédents, la roborative professeure des Etats-Unis Rebecca Tarlau a déployé les fondations de la philosophie marxiste. Elle a comparé les concepts économiques d’Adam Smith avec ceux de Karl Marx. Elle a expliqué la guerre de mouvement de Gramsci avec l’exemple d’éducateurs permamboucains du MST qui ont réussi á éloigner la peur insufflée par les médias pour se rapprocher des enseignantes traditionnelles et, sur la base du respect et de l’amitié, proposer de nouvelles pratiques éducatives. Non « bancaires ».

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Cours de Communication Populaire, 9-10 novembre 2016

J’introduis mon cours avec la projection du court-métrage “La Terre est à tous” réalisé en août 2016 au Venezuela au terme d’un atelier commun des Sans Terre et de notre École populaire de Cinéma (2).

Je poursuis avec quelques questions génératrices comme : “Qu’est-ce que l’information ?”, “Quelles sont les différences entre communication révolutionnaire et dominante ?”, “¿Comment fait le capitalisme pour effacer le travail ?”, en récupérant un petit peu de l’abondante philosophie sur l’art et la presse (Mao, Brecht, Boal, Benjamín, Mattelart…). Tout procède d’une idée : “ce n’est que d’une technique qu’on peut déduire une idéologie” (Althusser) ou, pour le dire avec Marcuse : “Une œuvre d’art n’est pas révolutionnaire parce que son contenu est révolutionnaire mais parce que sa forme est révolutionnaire”. Que signifie cela pour nous ? C’est simple : un média (ou une usine, un État, une université, une commune, etc…) n’est pas révolutionnaire parce que son discours l’est mais parce que son mode de production l’est (à savoir sa façon d’organiser le travail et la formation interne, de se lier à la population, de génèrer sa programmation, etc…).

Je dis aux compagnons qui fabriquent l’extraordinaire journal sans publicité commerciale Brasil de Fato (3) avec qui je me réunis deux heures à Sao Paulo : comme c’est étrange, nous assumons que tout travail politique, toute compréhension de l’Histoire suppose de mettre les cartes sur la table, d’ouvrir et de traiter les contradictions à partir du cerveau collectif, mais au moment de « communiquer » nous revenons à la forme commerciale, verticale, de vendre un message à un consommateur.

Dans la classe nous déconstruisons la monoforme planétaire du journal télévisé : un(e) présentateur(trice)–star dont la voix préétablie, en off ou in, modèle la plasticine d’une « réalité » réduite aux ultra-brefs plans de coupe.

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Inventer des techniques pour nous organiser, dixit Walter Benjamín, est la caractéristique majeure de l’art révolutionnaire (4). Nous projetons une actualité de Dziga Vertov qui dans l’Union Soviétique des années vingt montait le film à l’envers pour remonter le temps, de la viande du Marché Rouge à l’animal en train de paître (ou de la farine au champ de blé), pour démontrer au peuple analphabète que le prix révolutionnaire venait de l’absence d’intermédiaires. Objectif d’une information révolutionnaire : reconnecter les choses avec leur origine, leurs causes.

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Nous projetons le journal humoristico-dialectique de Santiago Álvarez qui aida tant la révolution cubaine avec ses spirales explicative de chaque problème subi par le peuple.  Spirale : mouvement de la conscience qui va s’élargissant. “Un cinéma au service la révolution exige surtout de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire exactement le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Montrer le processus d’un problème est comme montrer le développement même de l’information, c’est  montrer le développement pluraliste de l’information.”  (Julio García Espinoza).

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Contrairement aux médias commerciaux, la communication révolutionnaire ne résout pas la réalité sur l’écran ou sur la scène mais reste une « oeuvre ouverte » pour que le peuple participe à la construction du sens et se mette en mouvement. C’est aussi pourquoi elle est toujours originale. Elle part toujours de quelque chose de nouveau parce que la réalité bouge à chaque instant, génère une forme nouvelle à tout moment. Elle a aussi un intérêt tout particulier à faire ce que ne font jamais les médias dominants : le suivi à lui seul permet d’extraire les leçons qui nourriront la construction d’autres organisations. Si la télévision dominante désorganise les clases dominées en les divisant, notre rôle est de les (ré)organiser.

Le jour suivant je parle du bilan de quinze ans de télévision communautaire au Venezuela, sorties de la répression et de la clandestinité grâce á la révolution bolivarienne (5). Nous ne sommes pas nés pour “concurrencer” les médias privés mais pour les dépasser qualitativement et contribuer á la naissance d’une autre société. Notre télévision communautaire n’est pas un studio fermé où on parle du quartier sur fond d’image du quartier… C’est la communauté qui se forme à chaque moment pour produire 70 % de la programmation. Le travail de l’équipe de la fondation communautaire est de veiller au bon état des systèmes de transmission et de former la population à tout moment pour que celle-ci soit la véritable actrice et productrice du média.

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Les 35 télévisions visitées durant une année par notre équipe de chercheur(ses) nous ont fait part de plusieurs autocritiques : privatisation du média par un groupe ou par une famille, manque de coordination, excès de jalousie territoriale, manque de volonté dans la formation d’équipes de production communautaire, manque de respect pour le matériel donné par l’État. L’empreinte du quasi-monopole du mode de production commercial de la télévision, de la radio ou de la presse (au Venezuela 85% des habitants regardent la télévision commerciale) a pour effet que de nombreux nouveaux médias imitent les dominants, éliminent la formation intégrale et oublient de créer leur agenda propre, original. Cependant et même si de nombreuses télévisions ne transmettent pas et restent invisibles par manque de ressources, ces années ont servi à valoriser la télévision communautaire comme la maison qui est la “nôtre”, comme un espace d’amitié et de collaboration libéré des normes commerciales, comme retrouvailles de mondes séparés par le capitalisme (vie et temps, ville et campagne, homme et femme, enfant et adulte…) et comme porte-parole des mouvements sociaux.

Aujourd’hui les collectifs proposent de résoudre la faible quantité de programmes produits en revenant aux dynamiques existant dans les communautés populaires : sport, musique, fiction populaire. Pour cesser de former un personnel qui finit par aller travailler dans le secteur privé, ils insistent sur la nécessité de présélectionner des participants qui ont déjà une trajectoire d’engagement dans un mouvement  social. Le rôle de l’État comme garant d’un équilibre dans le champ médiatique est réaffirmé au sens où on lui demande de salarier un groupe de trente permanents par télévision et davantage de suivi technique. Ce qui aiderait à éviter la commercialisation dans laquelle sont tombées tant de radios communautaires, et de gagner du temps pour rendre le média soutenable avec l’appui de formes économiques émergentes, communales entre autres…

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“El Tigre y el Venado” de Sergio Sibrián (El Salvador 2013)

Nous achevons la classe en étudiant quelques techniques : la manière d’interviewer – avec des fragments de « Harlan County »  (6) de Bárbara Kopple et du  « Tigre et le Cerf » de Sergio Sibrián (El Salvador), fruit du travail audiovisuel communautaire d’ACISAM et d’un atelier offert par notre École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision, couronné par le Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Sunscreen Festival, en Floride (7). “La Bataille du Chili” sert d’exemple de cohérence entre l’analyse marxiste et la méthodologie d’enquête et de tournage. Charlie Chaplin (“A dog’s life”) et Humberto Solas (“Lucía”) nous aident à subvertir la dramaturgie en faisant voir la différence entre « objectif » et « ·besoin profond » du personnage.

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Synopsis rédigés par les étudiants de la promotion Faris Odeh, du nom de l’enfant palestinien assassiné par l’armée israélienne.

Le jour suivant, Joao Pedro Stedile, un des coordinateurs nationaux du MST, économiste marxiste et humoriste professionnel, captive l’amphithéâtre en racontant le film de l’agriculture versus capitalisme. L’origine du mot humain, rappelle-t-il, est humus, le mot latin qui parle de la terre d’où nous venons avant d’être l’engrais de ceux qui viendront. Pendant la pause je raconte à Joao Pedro que dans les premières usines les travailleurs se rebellaient contre la grande horloge murale, détruisant à coups de marteau l’instrument de torture qui avait déplacé le soleil et la cloche de l’église féodale et qui les mesurait à présent en heures et en minutes.

L’information comme engrais

Humus = Humain ? N’est-ce pas l’heure pour les journalistes de briser les horloges murales de l’information-marchandise ? Pour faire la révolution dans l’information, ne devrions-nous pas redevenir “agriculteurs en politique” ? Quand je leur ai demandé “qu’est-ce que l’information ?”, les étudiants m’ont répondu « quelque chose qui s’envoie », « quelque chose qu’on reçoit », « quelque chose qu’on fabrique ». Je leur ai proposé d’oublier cette flèche unidimensionnelle qu’on nous enseigne encore dans les écoles de journalisme. Pour bien comprendre “l’information” voyons-la plutôt comme un besoin biologique, vital de notre cellule-nation : créer ses propres canaux d’information pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. C’est pour esquiver les menaces, survivre, croître, se reproduire et trouver des alliés que la cellule-nation a tant besoin d’une information riche, intégrale, donc plurielle et différenciée – alors que la commerciale est trop peu nourricière, de plus en plus homogène, courte, superficielle, socialement inutile et destructrice. Si le socialisme a un futur, il se trouve dans la production d’un tissu dense, différencié de médias populaires et participatifs. Pourquoi ne pas inventer nos propres « nouvelles technologies » sans attendre que la globalisation nous les offre ? Beaucoup de mouvements sociaux ont déjà remis leurs départements de communication à ceux qui sortent de l’université hégémonique ? Bien, inventons une université de la communication sociale qui efface le paradigme de l’information-marchandise pour revenir à l’information comme engrais de la conscience et croissance de la cellule !

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L’espace local – communauté, commune, république – peut être la mesure idéale pour nous lier à l’universel. Le temps nouveau sera celui qui se sera libéré de la “concurrence” : le temps multiple de nous former comme communicateurs intégraux, de mener l’enquête participative, de la réalisation collective, du montage réflexif, le temps de rendre à la communauté l’image de son propre processus, le temps du feed-back pour critiquer et avancer… et le temps de relier tous ces espaces locaux – par exemple sous la forme d’un véritable télévision publique.

L’Histoire n’aurait-elle pas raison de nous effacer si nous n’étions capables que de répéter chaque jour  que « toute la presse est contre nous » et que « nous devons occuper davantage les réseaux sociaux » ? Comment ne pas voir que lorsque le mode de produire l’information parviendra à la raréfaction finale des grands monopoles privés, notre grande cellule – appelons-la république, nation ou peuple – cherchera tout canal qui lui tombe sous la main pour s’alimenter ? Qu’attendons-nous donc pour préparer le futur ? Combien de coups d’Etat médiatiques de plus attendrons-nous pour décider de faire ce qui ne peut plus attendre : rédiger une loi latino-américaine, puis mondiale, de démocratisation de la propriété des moyens de communication (8), remettre la totalité des ondes, concessions, fréquences et ressources aux organisations populaires, mettre en activité les écoles de la nouvelle communication sociale et monter un réseau de Centres Populaires de Culture dans tous les coins du territoire ?

« La Florestan » est notre université parce qu’elle génère des questions nécessaires alors que les autres continuent à donner des réponses à des questions que les gens ne se posent même pas.

Thierry Deronne, Venezuela, novembre 2016

thierryderonne6@gmail.com

Notes

(1)  Voir http://www.cdpecpr.org/desde-abajo

(2) “La Terre est à tous”, https://www.youtube.com/watch?v=NtxqSBOqFaI&t=84s . Blog de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma : www.escuelapopularcineytv.wordpress.com

(3) Brasil de Fato / C P Mídias https://www.brasildefato.com.br/

(4) Exemple : les Sans Terre ont réalisé leur propre synthèse de Brecht y Boal 

(5) Voir l’enquête complète ici : https://escuelapopularcineytv.wordpress.com/2016/07/17/propuestas-al-cabo-de-un-ano-de-investigacion-sobre-la-televisora-comunitaria-en-venezuela/

(6) Harlan County de Barbara Kopple (Oscar du Meilleur Documentaire, USA 1976),  https://www.youtube.com/watch?v=5jtIwoGWdms

(7) “Le Tigre et le Cerf” de Sergio Sibrián, https://escuelapopularcineytv.wordpress.com/2013/02/20/fotos-el-tigre-y-el-venado-documental-de-sergio-sibrian-participante-de-la-escuela-popular-de-cine-es-estrenado-en-el-salvador/

(8) Comme le suggérait déjà Mac Bride dans son rapport à l’UNESCO en 1980, et comme les gouvernements progressistes d’Argentine, de Bolivie ou d’Équateur ont tenté de le faire à travers des textes de loi même si ceux-ci ne sont pas encore passés dans la réalité.

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