(Photos) Naha mopue : nous sommes mapoyos

Le professeur Benito Irady, président du Centre Vénézuélien pour la Diversité Culturelle, avec le Cacique Simon Bastidas et Carolina Bastidas, représentants du Peuple Mapoyo, à l’UNESCO.

Le 25 novembre la UNESCO a entériné la proposition du Venezuela de déclarer Patrimoine immatériel de l’Humanité la langue (menacée) du peuple indigène Mapoyo. gls-1-de-34Au début, il y avait Maiguata et Cabeza de Morocho. Le premier était Dieu, le second un sorcier : le bien et le mal, qui vivaient dans les cieux. Sur terre, dans la vallée Guanay, Maiguata était en train de donner la vie : il avait créé là trois lagunes pour les poissons. Et cette vie, ces poissons, Cabeza de Morocho, les lui dérobait, car chaque nuit il descendait avec ses deux filles et des paniers.
Alors, Maiguata envoya le singe, son neveu, pour tirer les choses au clair. Puis, le grillon, le héron, le perroquet, le tigre, le cerf et la mouche : ils s’endormaient tous avant minuit, ils étaient tous des gens, alors – chacun, après cette nuit-là, reçut sa façon de chanter. Jusqu’à ce que l’oiseau chenchena découvre ce qu’il se passait, il les vit descendre du ciel et ne laisser que quelques écailles, après leur larcin.

C’est ainsi que commença la création du monde telle que Maritza Reyes la raconte à sa petite-fille assise sur ses genoux, tandis qu’elle raccommode une chemise sur une vieille machine à coudre. Il est midi dans la communauté El Palomo qui s’appelle Mucuruni en langue mapoyo.
A cette heure-là, la classe du matin est finie, la construction de la hutte de trente mètres où fonctionnera un marché-école est arrêtée et dans les maisons, on sent une odeur de poisson de rivière en train de cuire. Au fond, on voit le Cerro Caripito, un immense rocher sombre aux reflets brillants de l’eau qui tombe, avec une forêt tout en haut. A ses pieds, on trouve plusieurs petites exploitations avec des plants de bananiers divers ; il n’y a pas de clôture pour les séparer, comme sur presque tout le territoire ancestral de 230 000 ha qui s’étend du fleuve Suapare jusqu’au fleuve Parguaza.

Witi turu mopue wuaimuru : je parle la langue mapoyo.

A 7H30 du matin, les 120 enfants, depuis la maternelle jusqu’au cours moyen deuxième année, chantent l’hymne en mapoyo à l’entrée de l’école. Lorsqu’ils ont fini, ils rentrent en classe en saluant dans leur langue, tandis que l’institutrice fait de même tout en leur faisant signe de s’asseoir. Puis, elle commence à parler espagnol pour présenter les sujets du jour, et le matin passe ainsi, partagé entre les deux langues.
Cette scène qui se répète tous les jours du lundi au vendredi, n’existait pas il y a dix ans : à cette époque-là, les enfants n’apprenaient pas le mapoyo et les plus âgés ne l’enseignaient pas, ni à l’école ni à la maison. La langue se perdait peu à peu et, avec elle, une part essentielle de l’identité du peuple indigène le plus petit du Venezuela – presque 400 personnes à Murucuni et une quantité équivalente sur le territoire national.
Ce sont les nouvelles générations qui commencèrent à impulser ce processus de récupération, à vouloir comprendre et savoir ce qu’elles entendaient de la bouche des anciens et de leurs parents. « la langue et la culture étaient endormis mais la connaissance est là : nous devons la réveiller », affirme Carolina, qui a trente ans, et qui fut l’une de celles qui tendirent ce pont nécessaire entre les générations.
L’organisation les conduisit à faire des recherches non seulement sur la langue mais sur l’intégralité de leur culture. Alors, avec l’appui de l’Ecole Nationale des Cultures Populaires, elles créèrent la figure des « maîtres des savoirs ancestraux » : un(e) pour chaque sujet : la langue, l’histoire, les tissus et les jeux, l’élaboration de la pirogue et des pagaies, l’architecture- la construction de la hutte pour le marché et une partie de cet enseignement-, la médecine, le travail de poterie domestique, l’agriculture et l’élaboration du « casabe » et de la farine de maïs.
Ils commencèrent ainsi à se rencontrer : les uns, avec le désir d’apprendre et les autres, disposés à enseigner. Les enfants commencèrent à dire des mots dans leur langue –« C’est encore difficile de dire de longues prières », précise Carolina-, alors cela engendra une forme de stimulation chez leurs parents qui décidèrent de s’impliquer dans l’apprentissage du mapoyo. Aujourd’hui, tous les vendredis, il y a des cours de langue pour adultes.
Carolina est la fille de Simon Bastidas, le chef. Son frère, Argenio est capitaine, ce qui signifie que plus tard, il sera à son tour chef de la communauté. Telle est l’organisation traditionnelle du peuple mapoyo et des autres communautés indigènes, même si, dans ce cas, c’est le chef qui choisit le capitaine, et cela ne se fait pas au moyen d’un vote-« chaque peuple indigène a sa culture », souligne Simon.
Ceci fait partie de leur identité, de l’ordre interne de Murucuni. Mais cela fait l’objet d’un dialogue avec d’autres formes d’organisation : le conseil communal sur lequel ils se sont mis d’accord, et la Commune, qu’ils sont en train de mettre en place, avec les sept autres peuples qui habitent ce territoire. « Le conseil communal doit bien se mettre d’accord avec les autorités légitimes de la communauté, travailler main dans la main avec le chef et le capitaine » raconte Argenio, et il signale que dans d’autres communautés il est arrivé que le conseil communal veuille mettre de côté l’autorité historique.
Ce n’est pas le cas de Palomo, où c’est précisément Simon qui a impulsé la création du conseil communal ; et Carolina, par exemple, est porte-parole en ce qui concerne la culture. Ils ont obtenu ainsi plusieurs avancées : l’alimentation électrique, la construction d’une cantine scolaire, un dispensaire qui est en travaux, un camion, trois embarcations, des réservoirs d’eau pour les logements. Il s’agit d’avancées matérielles liées au processus d’organisation que connaît la communauté et qui réunit la récupération de ce qui est ancestral et la tentative de nouveauté.

Mapoyo : liberté et résistance.

Au terme de la bataille, Simon Bolivar fit appeler Paulino Sandoval, cacique suprême. Les mapoyos avaient combattu sous le commandement du capitaine Alejo, et grâce à son aide ils purent vaincre les espagnols. Lorsque le chef arriva, le Libertador lui demanda ce qu’il désirait pour son peuple : des terres pour vivre, telle fut la réponse. Alors, il lui donna un papier avec la mention : depuis le fleuve Suapare jusqu’au fleuve Parguaza, comme on lui avait demandé. Ainsi que son épée, avec la lance de José Antonio Paez.

Ce titre fut égaré lors d’un incendie, et Simon Bastidas – qui est en possession de l’épée et de la lance- consacra une grande partie de ses efforts à le retrouver. Il y parvint en mars 2013 : l’Etat reconnut leur territoire, de fleuve à fleuve ; « Ici, nous sommes libres », affirme le petit Simon, l’un de ses enfants, en signalant l’absence de clôture, l’une des règles de cohabitation- qui représente le fondement de la future Commune- en accord avec les sept peuples indigènes.

Mais cette liberté vit aux côtés d’une autre réalité, celle d’une transformation que s’est produite très rapidement sur son propre territoire depuis 1960, lorsqu’on découvrit que dans ces collines il y avait de la bauxite et que la quantité présente permettrait de l’exploiter durant quatre cents années.

Alors, en 1985 son extraction commença aux mains de l’entreprise Bauxiven-aujourd’hui Bauxilum-, et à côté on fonda un village, Morichalito, puis on construisit la route qui passe en face de la communauté mapoyo. Jusque là, ils n’avaient de contact qu’avec des « piaroas » qui s’approchaient par le fleuve pour faire du troc, ainsi qu’avec les familles venues de Coro, installées à Pijiguao, juste en limite de l’endroit où l’on installa ensuite l’entreprise.

Les impacts, trente années plus tard, sont visibles : des fleuves pollués et une décharge à ciel ouvert. « Ils profanent les sites sacrés que nous avons », explique Simon. On trouve des ordures au pied du Cerro de las Piñas, l’un des trois lieux où le peuple mapoyo enterre ses morts ; quant à la capitainerie générale où se trouvait Paulino, c’est aujourd’hui un lieu de stockage de la bauxite, inaccessible et pollué.

Face à cette situation, la communauté a pensé et proposé plusieurs solutions à l’entreprise – jusqu’à présent restées lettre morte : réaliser les travaux nécessaires pour éviter le débordement vers les fleuves, reboiser là où ils ont extrait le minerai, et créer une coopérative de recyclage des ordures. Prendre soin. Quant à recevoir, jusqu’à présent peu ou rien. Récemment, depuis 2002 les indigènes ont pu commencer à travailler dans l’entreprise, et sur les 1800 employés, cinq sont mapoyos.

Le Cerro de las Piñas se trouve près de Morichalito. C’est un roc très étroit et plus haut que le cerro Caripita : il est noir et semble avoir été découpé au fil du temps. Un épisode important de l’histoire des mapoyos s’y déroula : le suicide collectif de l’une des capitaineries.

L’événement eut lieu du fait d’une erreur de la communauté envers ceux qui, une nuit, étaient descendus pour les rencontrer. Devant ce qui était arrivé la solution fut de se lancer depuis le cerro, comme cela leur avait été demandé. En le faisant, ils ne se dirigeaient pas vers la mort mais ils allaient à la rencontre de « ceux d’en haut ». C’est pourquoi, ils chantaient en montant.

Dans le centre de Palomo, il y a une réplique en bois du cerro de las Piñas : là, les enfants du collège firent une représentation théatrale de ce qui s’était passé, de l’histoire de leur peuple. Maintenant, l’après-midi, ils grimpent sur la structure de bois, ils restent en haut pour bavarder et puis ils descendent comme sur un tobogan alors que, tout près, sur le terrain les adolescents jouent au football.
Patrimoine immatériel de l’humanité, histoire vive du Venezuela
Le 26 novembre prochain, Simon et Carolina se présenteront devant l’Unesco pour que leur communauté puisse être reconnue comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité et être déclarée comme culture à préserver de manière urgente.

Le petit Simon explique pourquoi ils décidèrent de franchir ce pas : « l’Unesco est un instrument de plus pour nous renforcer dans l’optique de continuer à promouvoir notre langue, et c’est nous, la nouvelle génération, qui, aux côtés de nos anciens qui possèdent la connaissance, allons inculquer aux enfants toutes ces connaissances qui sont restées peu à peu derrière nous ».

Le peuple mapoyo, comme tous les indigènes d’Amérique, est un peuple de survivants ; de l’esclavage, de la guerre, des grands propriétaires, du mépris, de la contamination, et même de l’affirmation qu’ils avaient disparu et qu’il n’en restait pas un seul. Aujourd’hui, ils sont en train de donner un souffle nouveau à leur identité, en retrouvant un orgueil que voulut anéantir une culture qui prétendit qu’ils étaient des sauvages et leur nia le don de raison- c’est pour cela qu’ils ont appelé historiquement les non-indigènes « les rationnels ».

C’est pour cela que Maiguata est toujours là, celui qui a fait le bien, qui a créé l’Orénoque large et profond pour que son fils Manati puisse y vivre un jour. Mais également, Cabeza de Morocho, le mal, qui voulut tuer Maiguata et créa les moustiques, grands et petits, ainsi que la gale. Parce que le souvenir ne s’est jamais perdu et qu’il se trouvait endormi, à présent, il se réveille pour se dévoiler et montrer qu’ils ont toujours été là, qu’ils sont une partie centrale de l’histoire et du pays qu’il faut redécouvrir.

Texte : Marco Teruggi
Photos : Gustavo Lagarde
Source : https://comoelvientoenlanoche.wordpress.com/2014/11/25/naha-mopue-somos-mapoyos/
Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1GP
gls-19-de-34-1gls-21-de-34-1 gls-6-de-34 gls-9-de-34 gls-5-de-34 gls-3-de-34 gls-24-de-34-1

Ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire

SONY DSCLes deux hectares de terre brûlée se trouvent au sommet de la colline.  Des petits foyers de fumée grise y persistent encore, des restes de ce qui brûlait à l’aube, à six heures du matin, lorsque la chaleur permet de se mouvoir plus légèrement. Ensuite, le soleil tape, crevasse, désespère. Avec ce feu on a soigné la terre, on l’a rendue plus sèche, plus dure, plus semblable à la couleur des vautours, préparée pour les semailles, pour l’époque des pluies.

A cet endroit, chaque trace a été laissée par un groupe de quatre hommes. Chaque bananier qui poussera aura été planté de leurs mains qui ressemblent à cette même terre qu’ils travaillent à la machette, à la binette et qui les forge eux-mêmes également à chaque coup.

Autour de ces hectares, tout est vert. La forêt se perd, en hauteur et dans le lointain ; sous les cimes, tel de l’or vert, se trouve le cacao. Sur la colline voisine on voit une parcelle de terre identique à celle-ci. D’autres paysans s’y trouvent, eux aussi ils voient naître le jour dans la nuit, ils chargent les plants de bananier, de maïs, de piment remontant depuis le fleuve et ils les gardent dans le même refuge, sous un plastique noir que supportent six piquets de bois.

Lorsque les quatre hommes reviennent à leur communauté à une heure, ils le font par un chemin étroit, sur des pierres qui sont des obstacles, des marches, encore des coups.

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Journée de travail des communard(e)s sur le brûlis

Sur leur passage, par terre, ils voient des coquilles de cacao ouvertes en leur milieu – il y en a des jaunes, orange, vertes, rouge foncé, violette. Tous les quatre ils avancent dans l’ombre traversée par la lumière, sur les feuilles sèches tombées des cacaotiers et des arbres plus hauts qui les protègent- d’où pendent des racines, des orchidées et des nids.

En arrivant, ils traversent la rue principale, saluent les habitants qui, à cette heure-là, se trouvent chez eux- certains se penchent à la fenêtre- ils marchent entourés d’enfants jusqu’à arriver au fourneau où se tient le déjeuner qu’on leur a préparé. Alors, ils s’assoient sur des chaises, des grosses pierres, par terre et mangent le pot-au-feu commun. Des chiens, des chiots courent autour d’eux, des poules cherchent les restes et tout près, le fleuve,  ce fleuve qu’on ne voit pas d’en haut.

La base productive

Ces quatre hommes, qui chaque jour montent jusqu’au sommet brûlé, font partie du conseil communal Los Marines. Tout comme ces terres qu’ils travaillent. L’assemblée a approuvé le financement pour y commencer la production.

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Les communards Augusto Espinoza et Eibis Brito

Avec cet argent, ils ont acheté des semis, des outils et ils en ont destiné une partie pour une prime hebdomadaire-un peu moins qu’un salaire. L’accord collectif est le suivant : quand la récolte et la vente se termineront, ils commenceront à rembourser le prêt au conseil communal, et avec l’excédent ils se paieront pour vivre-tout en vivant- en même temps que 3% seront destinés à l’organisation communautaire.

Comme ces deux hectares, il en existe 98 de plus sur la Commune agricole Cajigal, située dans l’état de Sucre, de la municipalité qui lui donne son nom : Cajigal, paroisse Yaguaraparo. Sa surface est de 20 000 hectares, dont la moitié est impropre à la culture, 2300 ha de cacao, 3000 autres attendent d’être mis en production. Sur les hectares restants, on cultive d’autres produits : fruits, et toute sorte de légumes ; les habitants y ont leur logis.

L’agriculture communautaire est l’un des principaux axes économiques encouragés par la Commune. Dans une zone agraire- abandonnée par l’état durant des décennies, marquées par des migrations massives vers les villes et de faible productivité- et dans le contexte d’une guerre économique qui s’est accrue depuis plus d’un an, commencer à faire produire ces terres est une stratégie.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Production de Cacao dans la Commune agricole Cajigal.

Rien de tout cela n’est nouveau pour les « communards » et les « communardes » : le premier conseil communal de la zone –La Horqueta de Mata de Chivo- a commencé à s’organiser en ce sens, et c’est dans cette direction qu’ils continuent de regarder, vers les 150 nouveaux hectares qu’ils projettent de mettre en production collectivement et dont le financement a été approuvé en partie par l’Etat. A présent, il n’y a plus un conseil communal mais 16, organisés sur la Commune fondée par un après-midi d’août 2013.

Augusto Espinoza, l’un des principaux  membres référents de la Horqueta, connaît cette réalité depuis ses débuts. Avec les autres « communards » il en est arrivé à cette certitude : « il ne peut y avoir de Commune qui ne soit pas productive. Nous travaillons pour qu’il y ait un équilibre entre les 16 conseils communaux, et qu’ils produisent tous ».

Dans son conseil communal, ils sont parvenus à mettre sur pied 5 hangars d’élevage de poulets où travaillent 29 personnes – pour un total de 18 000 unités tous les deux mois – et une fabrique de parpaings d’une capacité de production de 2500 parpaings par jour, où sont employés 20 « communards »  et « communardes » en deux équipes. Ils savent que de cette façon ils créent des emplois, des revenus pour l’organisation communale, un nouveau système économique qui cherche à être productif et un peu plus que cela : socialiste.

***

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

Dans les rues, face aux portes, se trouve étalé dans des rectangles le cacao qui sèche au soleil – ceux-ci peuvent mesurer 8 mètres de long ou davantage, et approximativement un mètre et demi de large, pas plus ; ils doivent laisser l’espace nécessaire à la circulation des véhicules. L’air se caractérise par une odeur aigre, presque sucrée, pénétrante. C’est la période des quatre jours qui suivent la sélection des grains, la mise en sachet pour que commence le processus de fermentation. Une semaine au total. Jours durant lesquels les enfants ne vont pas à l’école, pour rester travailler aux côtés de leurs parents.
Dans le village, les maisons sont basses, avec des grilles ; elles sont colorées, très colorées. Des vertes, rose, violette, pourpre, bleu clair et jaunes ; les journées commencent tôt tout comme dans la zone haute. A sept heures c’est comme s’il était dix heures ; dix heures, c’est trop.

En parcourant le territoire communal, rien ne semble indiquer la présence de la Commune, ni les groupes d’hommes et de femmes qui construisent leur maison, ni les files de maisons déjà construites, ni l’institutrice qui va à l’école avec ses enfants, ni les personnes qui préparent les fondations de la nouvelle zone récréative et d’éducation. Pas plus que la pépinière qui se trouve au bord de la route, ou le camion qui vend du poisson sur la place centrale. Cependant, tout l’est. Une excessive évidence qui la rend invisible, la Commune, c’est la vie quotidienne.

Travailleuses de l'Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d'Approvisionnement.

Travailleuses de l’Entreprise de Propriété Sociale Directe Communale – Unité d’Approvisionnement.

L’un des rares espaces communaux qui se trouve signalé par un panneau est l’entreprise de Propriété Sociale Directe Commune Unité d’Approvisionnement La Horqueta Produciva, – «  directe car c’est la population qui l’organise directement », explique Elinor, membre de l’entreprise-, située au centre de Cajigal. Ses portes – qui présentent de chaque côté une peinture murale de Simon Bolivar, libérateur, à cheval et portant son épée – ouvrent à 8 heures du matin. Sur les étagères se trouve ce qui manque souvent ailleurs : de l’huile de tournesol et d’olive de l’entreprise Diana, du lait concentré et en poudre de l’entreprise Los Andes, de la farine de maïs, des haricots de la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAl), des fruits, des salades et des légumes produits sur les terres communales, et également par des producteurs individuels – familles – de la communauté.

De bonne heure accourent également vers cet endroit des habitants et habitantes. Ils viennent des rues principales, de la zone basse et empruntent le pont rouge en fer qui enjambe le fleuve, ce fleuve qui descend vers l’endroit où quatre hommes déjeunent de retour du haut qui paraît trop haut, des hommes qui d’ici quelques mois vendront leurs bananes.

La chaîne libératrice

« Nous sommes encore des novices qui posent les fondements ; même si nous avançons, nous produisons encore à très faible échelle, nous devons couvrir les besoins de l’axe communal », dit Eidis Brito tout en conduisant l’un des camions de la communauté. Avec celui-ci, ils montent jusqu’à la zone haute par la route empierrée, pleine de trous et pentue, ils descendent les récoltes jusqu’à l’Unité d’approvisionnement, et vont jusqu’à l’état de Carabobo acheter directement les produits des entreprises d’état.

Eidis sait qu’ils doivent augmenter la production, qu’ils ont besoin de 40 000 poulets et 400 hectares pour les semailles communales pour répondre au besoin de l’axe (où vivent 10 630 personnes) dans ces domaines. Ils doivent aussi avancer sur deux points : avoir le contrôle sur la totalité de la chaîne productive, et renforcer la chaîne. C’est-à-dire, le processus qui permet la mise en marche d’un nouveau projet à partir d’un projet déjà existant pour renforcer celui-ci à son tour.

Vivier communal agro-écologique

Vivier communal agro-écologique

Sur le premier point, ils ont pu avancer à certains niveaux. Le cas de la production agricole, par exemple, est le suivant : avec les pépinières communales agro écologiques (où  fonctionnera  en plus un banc de géo plasma, et dont l’objectif principal est de récupérer les variétés de cacao autochtone, comme le cacao perla), ils produisent une partie des semis pour les petites exploitations communautaires- les autres sont achetés aux entités d’état ou sur le marché privé.

Ce que l’on récolte là est transporté par la communauté vers l’Unité d’Approvisionnement, rompant ainsi partiellement avec le monopole des intermédiaires, qui achètent les produits aux agriculteurs à bas prix pour les revendre avec une augmentation qui à la fin peut aller jusqu’à 100%. La réponse communale est cependant insuffisante : ils doivent distribuer avec un camion –parfois ils en ont deux- 1 240 000 bananes, ceci correspond à la quantité que peuvent produire les 62 hectares communaux.

Finalement, les efforts des paysans sont rassemblés et le fruit de ces efforts est vendu de façon communautaire, à un prix inférieur à celui qu’impose le marché (« la maracuya » (fruit de la passion), par exemple, est vendue 40 bolivars le kilo, alors que dans les magasins privés elle se trouve à 60). De plus, depuis l’Unité d’Approvisionnement, on réalise des opérations de vente aux communautés les plus éloignées pour garantir un accès équilibré aux produits.

Ce parcours – qui n’est pas encore totalement entre les mains de la communauté, et qui fonctionne à une échelle réduite – représente l’exemple le plus avancé de ce que l’on fait dans la communauté de Cajigal. Néanmoins, ceci ne se produit pas dans d’autres circuits, comme celui des poulets. Là, il y a un problème à la base : l’aliment, les poussins (que l’on fait grossir) de même que les matériaux pour construire les hangars : tout est aux mains du secteur privé. La vente, elle, se fait directement à la communauté sans intermédiaires.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Le problème des matériels de production auxquels doivent faire face les « communards» (dans un contexte de guerre économique qui provoque de soudaines hausses de prix) n’est pas réservé à ce cas. Face à cela, ils ont élaboré un projet, la chaîne productive. Pour continuer avec cet exemple : Eliel, Augusto et des centaines d’hommes et de femmes qui construisent jour après jour la communauté en sont arrivés à la conclusion qu’il leur fallait un local pour l’abattage des poulets. Pour pouvoir le mettre sur pied il leur faut produire une plus grande quantité, 70 000 unités environ.

Avec ce local en état de fonctionnement, ils pourraient commencer un processus de séchage des viscères, des plumes et des ongles des poulets, pour ensuite les traiter et les transformer en farine (avec un concentré de protéines) qui serait utilisé comme aliment pour des poulets, économisant ainsi une grande partie des aliments qu’aujourd’hui ils achètent au secteur privé et qui représente une grande partie des dépenses (450 000 bolivars pour 10 000 poulets, qui, au bout du compte, rapportent un bénéfice de 150 000 à 200 000 bolivars nets). A son tour, ce même aliment pourrait être utilisé pour le projet d’élevage de cachamas (poisson d’élevage), autre espace de production qu’ils cherchent à mettre sur pied.

Le local d’abattage permettrait de vendre des poulets déjà préparés pour être cuisinés, des poulets qui pourraient être stockés dans les cinq caves (d’une capacité de 10 000 kilos chacune) qui se trouvent à l’Unité d’Approvisionnement ; ils pourraient  être vendus à un prix, là encore, plus bas (actuellement ils les vendent à 40 bolivars alors que dans les magasins privés ils frisent les 60).

Le problème auquel ils sont confrontés pour mettre en marche ce processus représente un seul problème mais il est central : les ressources (ils expliquent qu’en plus du local d’abattage, ils pourraient mettre en fonctionnement une incubatrice ce qui réduirait le coût de l’achat des poussins). Sur ce point, la communauté a trouvé une solution, partielle, mais qui est parvenue à dynamiser le projet : le réinvestissement des excédents générés par les projets eux-mêmes de la communauté. Néanmoins, les temps que nous vivons durent et sont incertains (la construction d’un hangar coûte aujourd’hui 200 000 bolivars, mais dans le contexte inflationniste spéculatif son prix peut augmenter rapidement), et pour réaliser des projets « d’ampleur » ils ont besoin d’un financement d’État, assure Eilis.

Le socialisme, c’est plus que produire

La genèse est la suivante : d’abord, il y a eu 105 maisons attribuées par l’Etat (le Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux). Avec la construction de ces logements on a généré un excédent économique- en économisant- qui leur a permis de construire les 5 hangars, et avec l’excédent né de l’élevage des poulets ils ont pu mettre sur pied la fabrique de parpaings, qui à son tour a généré une part d’économie dans la construction de nouvelles habitations (jusqu’à présent, ils en ont construit 487 sur la communauté). Les deux secteurs de production sont situés sur les 9 hectares communautaires également achetés avec les excédents.

Comment ? Grâce au travail volontaire. Celui-ci est le moteur qui a permis d’en arriver là aujourd’hui, construire l’esprit de la communauté, ses moyens. Car, non seulement ils ont économisé sur la main d’œuvre (les hangars ont été construits par des volontaires de la communauté, en plus de l’horaire normal de travail de chacun, seuls les soudeurs ont reçu une prime). Comme l’explique Eidis, « C’est ce mécanisme qui a réveillé la conscience sociale face à une culture capitaliste de 500 ans et a fait que l’on pense comme des sujets collectifs et non pas individuels ».

Ainsi, par exemple, avec les ressources pour construire 500 mètres de route, ils en ont construit un kilomètre. Ceci, en plus de générer une amélioration de la viabilité (dans un secteur, bien qu’à petit échelle, stratégique pour le transport des récoltes), a renforcé la communauté elle-même. Leyda Espinoza, porte-parole et membre référente de la communauté, explique ce que signifie pour eux cette pratique : « Le travail volontaire est le travail libérateur par excellence, car nous travaillons pour notre environnement, nous ne le faisons pas pour gagner quelque chose de personnel, nous nous renforçons nous-mêmes, nous renforçons le développement endogène, la communauté qui croît et s’alimente socialement, économiquement et culturellement ».

Centre communal de fabrication des parpaings

Centre communal de fabrication des parpaings

C’est pour cette raison que, grâce au travail volontaire, ils parviennent à générer des excédents dans chacune de leurs entreprises ; ceux-ci ont été réinvestis dans cette même entité qui les a générés (des machines pour de nouveaux espaces de production,  l’ouverture d’une période de nouvelles semailles, de l’aide pour les problèmes de santé, des œuvres sociales, des enterrements, etc…). Ainsi petit à petit,  s’est consolidé « cet être social » dans lequel croit Eilis  et qu’il a découvert aux côtés de ses « compagnons » et « compagnes » de la Commune.

Car, comme l’affirmait Ernesto Guevara lorsqu’il était ministre de l’industrie en 1965, lors de la révolution cubaine naissante, « le communisme est un phénomène de conscience et pas seulement un phénomène de production ; on ne peut pas parvenir au communisme par la simple accumulation de quantités de produits mis à la disposition du peuple ».

C’est pour cette raison que celui-ci insistait sur le besoin de « stimulant moral » comme étant le moteur central (en tension/confrontation avec le « stimulant matériel individuel »). Le travail volontaire était dans cette perspective l’une des principales formes de prise de conscience populaire pour impulser une production, un développement d’un autre type, non capitaliste, la même conclusion à laquelle sont arrivés les « communards » et « communrades » de Cajigal.  C’est pourquoi Augusto insiste et relie ce nouveau processus avec un nouveau travail : « N’importe quel compagnon peut être membre de la Commune. Il doit commencer par participer au travail volontaire, par être avec l’autre, alors un instituteur peut être membre de la Commune, n’importe qui peut l’être ».

***

L’horizon prend fin quelques petits mètres plus loin, parfois moins. Les hommes se cherchent les uns les autres en criant. Dans la zone basse, il n’y a plus de montagnes et les plantes poussent grandes, grosses et serrées. Près de là, se trouvent les palétuviers, les canaux et le fleuve débouche dans le golfe de Paria, la mer s’ouvre. Là, les hérons rouges marchent sur le sable à marée basse, ils volent par dix, vingt, quarante et reviennent se poser, et chercher dans les flaques, les aliments, la vie que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

Un homme avance avec sa machette entre les plants de maïs, les cocotiers et les potirons. Il admire ce que lui donne la terre, l’effort. Celui-ci a prêté son terrain à la Commune et à présent une petite exploitation y fonctionne; six personnes y travaillent, toutes financées comme les quatre hommes de la colline brûlée, comme ceux qui voudront parier sur la production collective. « Le problème, ce n’est pas la terre- les pastèques  mesurent jusqu’à près d’un mètre- mais les outils et la distribution », explique Eidis.

Les « communards » et « communardes » de Cajigal savent que les terres représentent  tout comme l’organisation populaire, la conscience collective qui va croissant, le processus de  transformation. Ils ont également découvert qu’ils peuvent. Ils l’ont prouvé aux gens qui n’y croyaient pas, à l’État. Mais de cet État ils en ont encore plus besoin, pour renforcer le pouvoir communal- ce nouveau pouvoir qui libère-, l’autonomie. Car ils ont un financement propre, capable d’impulser des projets mais, comme disait Eidis, les limites sont celles de la dimension de cette impulsion.

C’est pour cela que, depuis leur réalité enracinée dans la terre, ils donnent l’exemple et réclament. Ils réclament, de même qu’Augusto demande, propose : « je ne comprends pas pourquoi le Gouvernement conclut une fois de plus des accords avec le privé qu’ils acceptent jusqu’à ce qu’ils se disputent à nouveau. Pourquoi n’en finit-il pas avec cette toile d’araignée et ne met-il pas en place un plan de six mois avec le peuple et l’armée, nous vivrons ces six mois terribles mais nous monterons des fabriques d’aliments concentrés, de traitement du cacao, nous ferons des plans nationaux de semis de riz, de maïs et de haricots ». Il ne comprend pas non plus pourquoi le Ministère de l’Agriculture et de la Terre ne finance pas des conseils communaux mais seulement des producteurs individuels.

Plant de banane à cuire

Plant de banane à cuire

Toutefois, ce désaccord ne mène pas à l’échec mais à la nécessité de lutter davantage, de se retrouver avec d’autres Communes pour débattre de l’économie communale, d’une économie qui doit être inventée, avec un héritage comme celui de Guevara (qui a inventé, remis en question l’existant- même le socialisme qui était alors en vigueur-, qui a montré le chemin de la transition en Amérique latine : « un cri lancé depuis le sous-développement ») et surtout les héritages laissés par chaque expérience révolutionnaire vénézuélienne qui pousse le possible un peu plus loin.

Car, derrière les bananes, derrière la Commune se trouvent les hommes qui sortent à l’aube, refermant la porte de leur maison, qui allument des feux, brûlent la terre, au soleil et qui marchent sur des chemins violets et rouges de cacao- d’un cacao que d’autres sur d’autres continents ont pris durant des siècles-, et ils le font pour le repas, la vie et un projet nouveau dont ils savent qu’il leur est propre, qu’il appartient à un peuple qui en a ouvert les portes. C’est sur ces hommes que repose l’urgence de la possibilité de la Commune, de sa nécessité, comme celle du fleuve qui descend, des hérons rouges et de ce que laisse l’eau lorsqu’elle se retire.

SONY DSC

Texte: Marco Teruggi. Photos: Milangela Galea

Source: http://www.mpcomunas.gob.ve/lo-que-deja-el-agua-cuando-se-va/

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1G5

Dire « nous, femmes »

Macu

Macu

Macu a eu l’attention attirée par une phrase, dans l’après-midi : “Ce que je sens, ce que je vois, non au loin mais comme processus, c’est que pratiquer l’égalité tous les jours nous rend plus libres”. Elle l’aime et la répète. Elle l’a trouvée dans un livre qu’elle dévore à ses heures libres, aux moments construits pour elle.

Pendant qu’elle feuillette dans la salle à mager, ses enfants jouent dans la cour. Sa mère et son frère sont à côté. Macu vit sur les hauteurs de Loma de León, dans la communauté Alí Primera, née d’une occupation de terres il y a 17 ans. De là on voit le secteur La Carusieña, l’aéroport et le centre de Barquisimeto qui prend toute la largeur de la vallée.

Macu profite de ce temps de lecture, les jours vont vite, remplis d’activités. Elle retrouvera bientôt la China, comme tous les mercredis depuis un an, à cinq heures, pour la réunion du Comité de la Femme et d’Égalité de Genre “Beatriz Pérez”. Une quinzaine de femmes avec leurs enfants, leurs bébés, avec pour toit un auvent de tôle, dans l’après-midi qui avance, avance, c’est presque le soir. Adolescentes jusque grands-mères. Femmes. Un homme aussi : José Gregorio.

Macu, qui s’appelle Elvira Dorantes, répète la phrase, une fois de plus. Ensuite elle parcourt les rues de terre du conseil communal “L’éveil d’Alí”, passe en face de la salle collective où joue l’orchestre traditionnel de la commune puis devant l’école maternelle, contourne la fabrique de parpaings, et arrive à la réunion. Avec un sourire ouvert, qui semble chasser une douleur grâce à la lueur de ce qui se passe ici.

Les Comités de la Femme et d’Égalité de Genre

SONY DSCLe Comité Beatriz Pérez est un des premiers à avoir fonctionné dans un conseil communal de la Commune socialiste Ataroa. Il y a un an déjà. Parmi les premières participantes il y avait Macu, la China et José Gregorio. Elles ont répondu à l’appel d’un des mouvements sociaux actifs dans la zone et membre de la commune dès sa fondation : Femmes pour la Vie.

Mais la participation au Comité ne fut pas immédiate. Et ce malgré leur participation à des ateliers de formation, des dialogues et des ateliers de peinture murale organisés par Femmes pour la Vie. “En tant que femmes nous ne nous donnons pas l’importance dont nous avons besoin et nous avons besoin de notre temps pour nous-mêmes” explique la China qui s’appelle Reina Peña.

Les comités sont des groupes de femmes dans les conseils communaux. Chaque comité défend les femmes qui souffrent de violence domestique, de violence sociale  parce que même si cela semble incroyable,  il y a toujours dans n’importe quel espace, une violence contre la femme, en vérité”.

Au début elle a simplement accompagné une amie. “A mesure que nous suivions les ateliers et parlions avec d’autres femmes, nous avons ressenti réellement le besoin parce que dans la vie quotidienne on va et vient, on se dit “bonjour” sans savoir ce qui se passe derrière les murs. C’est alors que nous avons commencé à approfondir le Comité de Genre. C’est urgent, ici, vraiment , parce qu’il y a toute sorte de problèmes, un peu de tout, de machisme, de mauvais traitements, de fierté de soi”. Elles ont resserré les rangs et installé le Comité permanent dans leur conseil comunal – un des huit qui font partie formellement d’Ataroa, même si tous ne fonctionnent pas tout le temps, précise la China. Chaque semaine elles se retrouvent au sein de la réunion de “L’éveil d’Ali”. Elles se battent pour que davantage de femmes participent : c’est important, comme aujourd’hui, de voir débarquer une adolescente comme Wilmery, de 13 ans, qui même si elle ne parle pas beaucoup est présente, c’est le plus important, le premier pas. Souvent, il est ardu de se rapprocher, de participer, de raconter. Mais elles persévèrent : “Même si nous ne sommes que 2, 3 femmes à nous réunir, ici c’est un progrès” explique la China au moment où commence l’assemblée.

Un mercredi de Comité

SONY DSCUn point central occupe la réunion de cette après-midi d’août : plusieurs crédits ont été approuvés par la Banque du Peuple, pour divers projets de production impulsés par des compagnes : bracelets et colliers, pâtisserie, empanadas,coûture, confiseries, hamacs. L’objectif est de lancer le fonctionnement d’Unités de Production Familiale.

A la demande de toutes, Quilmary Gutiérrez montre les colliers qu’elle a produits jusqu’ici. Elle explique comment les faire, la difficulté de fixer les prix à cause de “ce maudit truc de l’inflation”, et où elle pense les vendre. Elles insistent sur la nécessité de suivre des ateliers d’administration pour planifier toutes les étapes et faire en sorte que chaque effort soit rentable.

Macu explique la situation qu’elles vivent comme femmes : “Beaucoup ont leurs compagnons qui travaillent mais il est très difficile de dire “je voudrais manger un chocolat, me teindre les cheveux, faire telle ou telle chose”, se sentir bien avec soi-même, et parfois nous nous inhibons face au “je te donne ce qu’il faut pour la nourriture et pour les enfants”, sans voir les besoins que nous avons comme femmes, penser un peu à nous-mêmes, nous faire plaisir”.

D’où l’idée d’un revenu propre, d’une autonomie pour “ne pas dépendre du revenu du mari”, comme l’explique la China. Macu va plus loin : “pourquoi penser tout le temps à cuisiner, à faire des empanadas, au travail le plus dur… pourquoi en tant que femmes continuer à nous identifier à un torchon, à une cuisine, à un réfrigérateur, pourquoi ne pas penser en grand, à des coopératives d’emballage, de transformation de plastique, où nous soyons celles qui transformons une matière première en quelque chose de productif pour toute la communauté”.

Cette entreprise de recyclage de plastique elles en ont élaboré le projet, parcouru les premières étapes. De même que la fabrique de parpaings dans laquelle Macu a commencé à travailler, bien qu’elle soit freinée pour l’heure à cause de la difficulté d’obtenir le matériel. Petit à petit, en essayant, en s’organisant, elles avancent.

La réunion se poursuit – projets, ateliers… Beaucoup d’enfants tout autour, des pleurs soudains, des courses, allaitement de jeunes mères. Une proposition que toutes jugent nécessaire pour aider à la participation des femmes, et leur droit de suivre des réunions : une garderie communale.

Elles conversent de leurs foyers, de la récente prestation de serment de 400 formatrices communales de l’État de Lara réalisée par le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre, parmi lesquelles 30 sont de la commune Ataora comme Macu et la China, comme d’autres qui passent dans la rue avec la chemisette violette, et le sac en bandoulière. Avec un grand problème à affronter : la violence, celle des foyers et celle des institutions.

Cette situation de violence institutionnelle s’observe surtout dans le secteur obstétrique, où nous sommes les plus victimes au sens du traitement quand nous allons chez le médecin, ou lorsque nous allons accoucher, on nous traite mal; et aussi quand nous devons formuler des dénonciations parce qu’on nous renvoie de l’un à l’autre, on ne prend pas acte de nos dénonciations, on nous met des bâtons dans les roues” explique Macu.

En bonnes lutteuses elles ont commencé à diffuser les adresses des lieux où on peut se rendre face aux situations de violence, où on peut obtenir des réponses et un suivi.

Elles parlent, et il y a quelque chose dans leurs voix, un rire presque constant. Une joie qui les unit de manière invisible. Qui se répète dans chacune d’elles. Qui peut disparaître en une seconde pour faire place à une ombre rouge attachée au mot, une tristesse profonde. Jusqu’à ce qu’une phrase peu à peu leur rende cette voix d’être ensemble.

Femmes pour la Vie

Katrina

Katrina

A travers l’amitié entre femmes, nous construisons le pouvoir populaire” est un des slogans principaux de ce mouvement social né à La Carusieña il y a 20 ans. “Nous allions de porte en porte, là où se trouvaient les femmes ayant des problèmes, femmes victimes de violence, nous les appuyions en les écoutant”, raconte Ana Martínez, une des fondatrices.

Elles ont commencé à réaliser des conversations, des ateliers de formation, de peintures murales, des programmes de radio, et à mettre en oeuvre une politique enracinée dans ce territoire. Face à elles, une réalité très ancienne : “Les conditions des femmes dans les communautés populaires ne sont pas égales à celles des hommes, elles vivent dans des conditions de pauvreté plus extrêmes parce qu’elles sont mères et seules, sans sources de revenus, il leur est plus difficile de trouver du travail, et nous avons encore un système patriarcal où l’homme et tout ce qui est masculin est au-dessus du féminin”.

C’est ce qu’explique Katrina Kozarek, militante du mouvement qui a pris part à la fondation de la “Commune Socialiste Ataroa” en 2007. Elles ont alors poursuivi leur politique envers les femmes dans les communautés, mais à l’intérieur de ce nouveau et grand défi de la Commune. Jusqu’à ce qu’elles décident d’impulser de manière systématique la construction d’une figure présente dans la Loi organique des Conseils Communaux : le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre.

Une décision prise deux ans plus tôt. Promouvoir ce qui est légalement constitué mais inexistant dans la réalité. Elles ont parcouru les conseils communaux pour expliquer ce que sont les Comités et promouvoir l’élection des porte-paroles. Elles ont ensuite mis en marche un plan de formation avec des dialogues où elles ont étudié par exemple la Loi du Droit des Femmes à une Vie Libre de Violence  – où sont sanctionnées 19 formes de violence -, le système patriarcal comme système oppresseur lié au capitalisme, et la participation des femmes dans l’espace politique.

Et il y a cette affirmation de Hugo Chávez: “Pour être un authentique socialiste il faut être un authentique féministe” que cite Katrina. Finalement, avec chacun des Comités, elles ont monté un plan de travail. Puis ont organisé le Comité de la Femme et de l’Égalité de Genre de la commune “pour planifier des actions à grande échelle où puissent participer les porte-paroles, hommes ou femmes, des comités”. “C’est toujours un peu difficile de démarrer le travail, de réussir à convaincre les gens de participer aux réunions, parce que les porte-paroles travaillent en même temps dans les comités d’alimentation, de santé, de logement, ce qui fait qu’elles priorisent ces secteurs par rapport au travail avec les femmes elles-mêmes” raconte Katrina, qui connaît bien la réalité de gravir des collines, de lancer des appels à se réunir, de se battre avec entêtement pour renverser une réalité pesante, et souvent de l’intérieur.

Dépatriarcaliser les relations

La China

La China

A la fin de la réunion du mercredi les compagnes conversent des difficultés qu’elles recontrent, de l’opposition des maris, des accusations, condamnations ouvertes ou proférées entre les murs. “L’homme n’a pas la maturité de dire “oui, les femmes travaillent, il faut les laisser en paix pour qu’elles puissent s’amuser, se détendre, oublier le stress”, ce qu’ils disent c’est que nous perdons notre temps ici” explique la China. Une situation qui se retrouve dans tous les récits, et se reproduit même dans les conseils communaux et dans la commune : “Dans la commune on ne voit pas l’importance du Comité d’Égalité de Genre, au contraire à tout instant les femmes doivent sortir pour cuisiner, où est le casse-dalle, et ceci, et cela ? On ne nous laisse pas en position de prendre des décisions, nos propositions ne sont pas très prises en compte : “Ah non encore ces femmes avec leurs problèmes, leur patriarcalisme, leur machisme, etc.. et il ne faut pas leur donner d’importance” raconte Macu. Qui parle d’éliminer cela, de conquérir un espace.

85% des participants de la commune sont des femmes. Mais, comme le raconte Katrina, les comités les plus publics – pour les relations avec les institutions, avec d’autres communes, ou le Comité Exécutif de la commune, sont ceux où on compte le moins de femmes.

Parfois la femme, dans les espaces de débat politique, là où il faut planifier et faire des propositions, sont déplacées par certains hommes qui ont une manière d’être qui peut être dure, qui peuvent crier, renverser la table, qui ont tout leur temps pour écrire alors que les femmes travaillent, parce qu’elles s’occupent des enfants et du mari, et dans tous les comités accomplissent des tâches journalières qui prennent tout le temps”.

Dans les ateliers elles parlent par exemple du triple horaire de travail des femmes, du féminisme –“la réalisation, ou l’éveil, être nous-mêmes, visibles, et créer une condition d’égalité entre tous” affirme Macu-, se reconnaître et s’organiser.

C’est difficile. “Il y a des compagnons qui vont même jusqu’à nous accuser de divisionnisme, de vouloir  dévier de la lutte de classes. Mais il ne s’agit pas de ça, la lutte pour l’égalité entre l’homme et la femme est l’expression même de la lutte des classes, parce que les personnes qui subissent le plus la pauvreté, l’exploitation capitaliste, et en plus de cela l’exploitation du système patriarcal, ce sont les femmes, c’est la même lutte de classes, sauf qu’en plus nous sommes opprimées par le système patriarcal” poursuit Katrina.

Cependant parmi les femmes du Comité d’Égalité de Genre existe une profonde certitude. Grâce à laquelle elles avancent contre les difficultés : “Nous pouvons assumer n’importe quel rôle parce que nous en sommes capables et beaucoup de choses encore, depuis soulever une pelle de ciment jusqu’à rédiger un compte-rendu, pour nous il n’y a pas de limites”.

Une certitude collective comme la nécessité de dépatriarcaliser la commune, intégrer la perspective féministe à cette lutte menée pour un socialisme qu’on cherche chaque jour.

Stratégies et victoires

José Gregorio

José Gregorio

La China, Macu et José Gregorio se sont mis d’accord et ont mis au point une stratégie au sein du conseil communal : la première s’est présentée pour être porte-parole du Comité de Sports, la deuxième pour le Comité de la Femme et d’Égalité de Genre, et le troisième pour le Comité d’Éducation. Ils se sont portés candidats au vote et ont gagné.

Une triangulation, expliquent-ils. Pour, à partir de là, commencer à travailler avec les enfants, les jeunes, les familles. Le thème de l’enfance,  pour José Gregorio et ses compagnes, est central. Il raconte que dans un atelier auquel il a participé avec d’autres hommes, ils ont fait un exercice : se rappeler son enfance. “Alors, en se souvenant, on se rend compte qu’en effet dès le plus jeune âge les jeux enseignent à devenir machiste”.

D’où le travail avec les enfants, par exemple à travers l’orchestre traditionnel communal. Où il travaille d’autres compagnons : “Cela me permet de bouger avec eux et de leur expliquer tout le temps, en blaguant, que je m’identifie au féminisme et à la dépatriarcalisation, et tous les jours nous travaillons le thème de la musique et de comment traiter les enfants, pourquoi il faut éviter la manière répressive de les traiter, cela est lié à la nécessité de la dépatriarcalisation”.

José Gregorio élève seul ses deux filles. Il explique que les deux compagnes l’aident, surtout dans cette étape de l’adolescence.  Il s’est engagé dans la “lutte des femmes” après avoir conversé avec quelques compagnes de Femmes pour la Vie et c’est ainsi, peu à peu, qu’il a compris ce machisme qui génère la violence dans les foyers, dans les quartiers.

Peu à peu elles ont avancé à partir du Comité, obtenant des victoires sur elles-mêmes, sur la communauté, avec d’autres femmes qui se sont rapprochées, avec des compagnons comme  José Gregorio, des initiatives productives qu’elles feront fonctioner, les débats et perspectives qu’elles ont réussi à installer dans la commune, avec leur activisme politique. Et jusque dans la famille elle-même, comme l’explique Macu avec un sourire: “Quand j’ai commencé à oeuvrer au sein du Comité d’Égalité de Genre, en tout cas mes enfants et mes frères ne faisaient absolument rien pour aider, après je les ai même pris en photo les uns en train de nettoyer, les autres de faire la vaisselle, parce que nous avons mis en oeuvre les principes que nous vivons dans les comités.

C’est pour cela qu’elle a construit ces instants, et qu’on les respecte, là où elle peut, comme cette après-midi, le temps de lire le livre de Luciano Fabbri sur féminisme et pouvoir populaire, tandis qu’au-dehors les enfants courent. Parce que dans ce regard de Macu il y a une victoire sur la peur, avoir expulsé une obscurité des mots, de la maison, avoir eu la volonté chaque matin, avec d’autres comme elle, de dire nous femmes.

SONY DSC

Macu et les siens

Texte : Marco Teruggi. Photos: Milángela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/una-estrategia-como-decir-nosotras/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Fh

La Commune, “coprésidente du Venezuela”

Pour ceux qui désespèrent de voir un jour la démocratie – au sens originel du terme – s’incarner dans la pratique politique, les mesures prises ce mardi 16 septembre par le président Maduro et le mouvement communal montrent que le rêve reste permis. Nous avons rendu compte ici des premières étapes de l’aspect central de la révolution bolivarienne qu’est la transformation de l’État : des critiques répétées du président Chavez face au manque de volonté de ses ministres pour déraciner la bureaucratie de l’État bourgeois et lui substituer l’État communal (1) à la création en juillet dernier du Conseil présidence/commune (2) et à la refondation de l’État opérée par Nicolas Maduro il y a quelques jours (3).

Ce conseil s’est réuni deux fois pour élaborer un cahier de propositions (4). “Ce ne sont ni des conseillers ni des experts qui les ont rédigées, a insisté Maduro, c’est l’intellectuel collectif, le peuple qui pense”. Cette instance de gouvernement populaire, dotée du rang présidentiel, comptera 120 délégués (à raison de 5 délégués communaux par état régional). Elle siègera tous les deux mois, renouvelée par une rotation annuelle de ses membres. Le président a demandé au ministre des télécommunications de mettre en place un système de vidéo-conférence pour que les délégué(e)s puissent organiser des réunions de travail en temps réel avec les 874 communes fondées à ce jour sur l’ensemble du territoire.consejo-presidencial-de-gobierno-popular-059 consejo-presidencial-de-gobierno-popular-065 consejo-presidencial-de-gobierno-popular-071

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Lors de cet échange télévisé avec les délégués nationaux du mouvement communal, le délégué Jesús Marcano dela commune « Guarico Sur » de l’État agricole du même nom a rappelé au président la revendication principale : la concrétisation rapide du transfert du pouvoir aux communes. Lui répondant en direct, Maduro a signé le transfert de compétences à travers la création d’entreprises communales de propriété sociale directe couvrant les secteurs de la santé, de l’éducation, du sport, de la culture, des programmes sociaux, de la construction et des travaux publics; et a approuvé d’autres revendications communardes comme la fusion des diverses banques créées jusqu’ici pour lutter contre la pauvreté (Banque de la Femme, Banque du Peuple ou Fonds de Développement des Micro-crédits) en une banque unique, plus ambitieuse : la Banque de Développement Social des Communes. Également approuvée par le président, la refonte du Fonds de financement des conseils communaux (Safonac) en fonds de financement des communes.

Le chef de l’État, qui s’est défini comme “président communal, récepteur des projets portés par les mouvements sociaux”, a demandé au ministre compétent de concrétiser un accord immédiat pour faciliter aux communes la vente et la distribution de leur production par les organismes de l’État et l’accès aux devises pour importer les matériels nécessaires à la réalisation de leurs projets. « Si les entreprises privées qui veulent importer des marchandises ont accès aux dollars de l’État, comment les communes- qui ne représentent pas des élites mais des millions de personnes -, ne jouiraient-elles pas du même droit ? » a expliqué Maduro, qui a aussi approuvé la proposition que des délégués communaux soient dorénavant présents au sein des instances régionales chargées de planifier les puissantes Grande Mission Logement Venezuela (5) et Quartier nouveau, quartier tricolore (6), ajoutant qu' »il faut renforcer le tissu urbain des communes« .

Ce conseil présidence-commune sera suivi le 23 septembre par l’installation du Conseil des mouvements de femmes, le 30 septembre par celui des mouvements de jeunesse, le 7 octobre par celui des organisations de travailleurs, le 12 octobre par celui des peuples indigènes, le 14 octobre par celui des coordinations de paysans et de pêcheurs et le 21 octobre par celui des travailleurs de la culture. Chaque conseil a pour tâche centrale la formulation de critiques et de propositions pour démonter les structures de l’État bourgeois.002_FB__6735_W-425x292

004_FB__6845_W-425x291

Arrivée du président Maduro à la rencontre avec les communard(e)s, au cinéma Cipreses (Caracas), le 16 septembre 2014.

Ce dialogue, rythmé par les exclamations émues des communard(e)s, était transmis par une chaîne publique depuis le cinéma Cipreses, une des salles tombées en ruines ou aux mains de sectes religieuses – ce qui a longtemps obligé le public à se replier sur les films diffusés dans les centres commerciaux. Remis à neuf comme une quinzaine d’autres salles de la capitale, il accueille aujourd’hui le premier festival international de cinéma de Caracas, au contenu essentiellement latino-américain et non-commercial. Le président y a par ailleurs annoncé la construction prochaine de 1500 nouvelles écoles intégrales, dont les espaces seront repensés en fonction du saut qualitatif défini par le pédagogue Prieto Figueroa : “notre école ne doit pas ressembler à la société actuelle mais à celle du futur”.

Nicolas Maduro a écouté l’acteur Pedro Lander dresser le bilan du mouvement de formation théâtrale César Rengifo, créé il y a un an pour permettre aux écolier(e)s de s’initier aux techniques d’écriture et d’interprétation dramatiques, et conçu sur le modèle de la formation musicale offerte par le système des orchestres symphoniques, devenu célèbre dans le monde entier, dont l’objectif est d’ouvrir les portes de l’apprentissage musical à un million de jeunes vénézuélien(ne)s de milieu populaire. Le président a annoncé la création de l’École nationale de Théâtre, qui permettra à la nouvelle génération de donner “un nouvel essor à notre dramaturgie”, invitant au passage les créateurs de l’Amérique Latine et d’ailleurs à appuyer cet effort mené sous l’égide de Rodolfo Santana, Ignacio Cabrujas, César Rengifo, Dario Fo et Bertolt Brecht.

Thierry Deronne, Caracas, le 17 septembre 2014

Notes :
(1)  “Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines », et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’état communal”, http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
(2)     “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/
(3)     “Nicolas Maduro refonde l’État pour “donner plus de pouvoir au peuple”, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/06/nicolas-maduro-refonde-letat-pour-donner-plus-de-pouvoir-au-peuple/
(4)     “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/
(5)     “Le gouvernement Maduro accélère la révolution citoyenne du logement”, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/14/le-gouvernement-maduro-accelere-la-revolution-citoyenne-du-logement/
(6)   “Dans mon quartier, la vie a changé”, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/27/dans-notre-quartier-la-vie-a-change/

 

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1EV

La vitalité de la révolution

comunas-2-Par Reinaldo Iturriza *

Les Conseils communaux sont des espaces communs de construction politique. Ils ne sont en aucune manière -pour le dire avec Foucault- des sujets de droit. Ils ne sont même pas un sujet en tant que tel. Ils sont, répétons-le, un espace dont le commun dénominateur est le chavisme – ce vigoureux sujet de sujets qui partage non seulement une origine prédominante de classe mais aussi l’expérience commune de la politisation.

Quelle est l’essence du chavisme ? Ce sont des hommes et des femmes issus des classes populaires, qui ont souffert, ont éprouvé de la répulsion pour la démocratie représentative et se sont rebellés contre elle. Si la souffrance, le rejet, l’indifférence supposent une attitude passive et une décision plus ou moins ouverte de rester en marge de la politique, la rébellion est un acte politique de premier ordre. D’ailleurs, avant de s’identifier comme tel, le chavisme entre en politique comme un fait de rébellion. Il est inconcevable sans cette mémoire collective, sans cette notion commune de la rébellion. C’est à travers elle que fraternisent et se politisent ces hommes et ces femmes, c’est par elle qu’ils reçoivent leur baptême du feu.

Ignorer les conditions historiques ayant présidé à l’émergence du chavisme -en sa qualité de sujet politique et promoteur d’une éthique spécifique- conduirait à méconnaître la nature des espaces où il s’épanouit. En d’autres termes, si on ne comprend pas la forme particulière de politisation du chavisme et la culture politique qu’il a construit au fil des ans, on ne saurait prendre la véritable mesure des potentialités propres au Conseil communal.

Chavez n’a pas suscité le développement des Conseils communaux pour niveler par le bas mais pour permettre à ceux d’en bas de participer, pour leur garantir un espace, un lieu. Il ne l’a pas fait, comme on l’a affirmé, pour domestiquer le chavisme, pour le réduire à un seul et même moule, mais parce qu’il le reconnaît comme Autre, comme quelque chose de différent, comme un sujet qui peut générer une autre forme de politique. Chavez a immédiatement compris que dans le « chavisme » réside un esprit rétif aux formes traditionnelles de participation politique.

Ces espaces de construction politique de la commune sont caractéristiques de tout processus révolutionnaire. Tout comme est caractéristique la tendance à les contrôler, de la part de secteurs plus conservateurs et bureaucratiques dans les rangs des révolutionnaires. Puisqu’on sait désormais qu’il s’agit d’une constante historique, inutile d’en faire un scandale. Ce qui ne signifie pas que l’on doive se résigner. Tout au contraire, nous devons rester sur nos gardes en permanence.

Il ‘y a pas de manière plus efficace de contrôler ces espaces que de les corrompre, de les dénaturer : tenter de convertir le peuple organisé en clientèle, les leaders populaires en intermédiaires qui, dans l’incapacité de résoudre les problèmes de leur communauté face à la bureaucratie d’État, perdent tout légitimité. En se muant en terrains de batailles pour des ressources ou des postes, ces espaces se referment, le peuple commence à les voir comme la répétition du passé, et dans certains cas, les abandonne.

Mais aucun des phénomènes cités, résurgences de la vieille culture politique – ne doit nous faire oublier la nature de cet espace : pourquoi il fut créé, le sujet politique pour lequel il fut institué. La survie de l’ancien ne peut empêcher de discerner la radicale nouveauté.

Il n’existe pas de lieu dans le monde où le peuple peut faire ce qu’il fait aujourd’hui à travers les conseils communaux. Sans la vitalité que ceux-ci manifestent contre vents et marées, nous n’aurions pas vécu le saut qualitatif du mouvement communard, qui impulse aujourd’hui avec une vigueur extraordinaire le Conseil Présidence/Communes (1).

asambleas-comunitarias-amayito-081-redimensionadoDans de nombreuses communes, malgré la morgue des plus incrédules, le défi majeur est de façonner les contours d’une autre société. C’est notre mode de vie qui est remis en question dans nombre de ces territoires. Cette audace politique serait inconcevable sans une vitalité originelle, celle qu’on trouve dans les Conseils communaux.

L’indispensable vitalité des espaces de participation est un leit-motiv dans l’énorme bibliographie consacrée aux révolutions populaires. Prenons l’exemple -classique- de La révolution russe, où en 1918 Rosa Luxemburg critique sévèrement les raisons ayant poussé les bolchéviques à dissoudre l’Assemblée Constituante de novembre 1917 :  »le remède auquel Trotsky et Lénine ont eu recours, c’est-à-dire l’élimination de la démocratie en général, a été pire que le mal qu’ils souhaitaient guérir, parce qu’il tarit la source vivante d’où pourrait jaillir, et d’elle seulement, les correctifs des insuffisances des institutions sociales, qui est la vie politique, active, énergique et sans entraves, des plus larges masses populaires ».

Dix ans plus tard, Christian Rakovski, dans Les dangers professionnels du pouvoir, s’emploie à comprendre les raisons qui ont mené à la bureaucratisation progressive de l’Union soviétique :  » La bureaucratie des soviets et du parti constituent un fait d’ordre nouveau. Il ne s’agit pas de cas isolés ou d’erreurs dans la conduite d’un camarade mais bien d’une nouvelle catégorie sociale à laquelle il faudrait consacrer tout un traité ». En étudiant l’expérience de la Révolution française, Radovski voit que l’engourdissement du processus est lié à  »l’élimination graduelle du principe électif, auquel on substituera le principe des nominations ».

En cette matière, la bibliographie à notre disposition est plus que généreuse et fait partie du patrimoine de l’humanité. Et il n’y a pas meilleure façon de lui être fidèle que de lui consacrer un peu de notre temps afin d’éviter la répétition d’erreurs commises par des peuples aussi dignes et aguerris que le nôtre. Lorsque l’on place en perspective l’ensemble de ces recherches, on s’aperçoit qu’elles aboutissent à cette conclusion générale : la crise terminale des processus révolutionnaires passe par la confiscation des espaces de participation et l’ascension d’une caste bureaucratique, ou pour le dire avec John William Cooke, l’imposition d’un « style » bureaucratique.

Dans Péronisme et révolution, l’argentin Cooke affirme : « Le bureaucratique est un  »style » dans l’exercice des fonctions ou de l’influence. Il présuppose d’opérer avec les mêmes valeurs que l’adversaire, c’est-à-dire avec une conception réformiste, superficielle, antithétique du projet révolutionnaire… La bureaucratie est centriste, cultive une forme de  »réalisme » qui passe pour le comble du pragmatisme… Par voie de conséquence, son activité globale est dépourvue de la dimension créatrice propre à la politique révolutionnaire, de cette projection dans le futur qui doit imprégner chaque tactique, chaque fait, chaque épisode, pour qu’il ne s’épuise pas de lui-même. Le bureaucrate souhaite tout à la fois la chute du régime et durer. Il espère également que la transition se déroule sans qu’il doive renoncer à sa charge ou à sa position. Il se considère comme le représentant, parfois le bienfaiteur, des masses mais non comme partie de celles-ci. Sa politique est une succession de tactiques dont il considère que la somme arithmétique et l’extension dans le temps font une stratégie».

Au Venezuela, préserver et stimuler la vitalité des espaces de participation populaire, et des conseils communaux en particulier, est la condition de la poursuite de la révolution bolivarienne. Pour cela il est indispensable de neutraliser l’influence conservatrice, bureaucratisante présente dans tout processus de changements révolutionnaires.

Notre parti (le PSUV) est dans l’obligation éthique de construire une politique claire en matière de fonctionnement des conseils communaux, qui ne tolère en rien l’émergence d’un quelconque clientélisme. La lutte contre ce que la résolution « Lignes stratégiques d’action politique » assimile à bon escient à « une culture politique capitaliste »- doit passer des paroles aux actes, s’exprimer par des mesures pleines d’enseignement. Cette « culture politique capitaliste » doit être dénoncée et combattue au plus haut niveau. A la base, la critique contre le clientélisme et autres errements, est impitoyable. Le peuple chaviste est pleinement conscient du problème. Une position ferme du leadership politique contre ces dérives aurait un effet moralisateur.

De la même manière, notre parti doit renoncer expressément à la tentation d’instrumentaliser les conseils communaux, de piloter ces espaces à sa convenance. Plutôt que de les « contrôler à tout prix », les concevoir comme un espace pour construire l’hégémonie populaire et démocratique. La « gestion » mesquine de la force que Chavez a construite avec le peuple est le contraire de la politique révolutionnaire. Celle-ci consiste, comme dirait un camarade à la suite de Chavez, à substituer l’ « habitude d’administrer » par « l’art de convaincre ». Pas de politique révolutionnaire sans compréhension de comment cette force s’est construite. Cette force qui aujourd’hui soutient la révolution bolivarienne, lui sert de point d’appui, s’est construite en écoutant l’autre, celui qui pense différemment, en l’incluant, en lui offrant de participer. Une force politique incapable de convaincre perd le droit de s’appeler force et entre dans une phase de dépérissement. La construction de l’hégémonie du chavisme a été un exercice littéralement démocratique, populaire, au sens où il a été capable non seulement de rassembler les majorités, mais aussi une diversité de pensées et de demandes. C’est cela précisément, qui a sonné le glas de la vieille classe politique, de même que cesser de cultiver « l’art de convaincre » signifierait notre ruine.

Nous sommes au bon moment pour mener une action politique militante visant à relancer les conseils communaux là où ils sont en difficulté et à les défendre là où cela s’avère nécessaire. Afin, pour le dire avec Rosa Luxemburg, que ces espaces soient ceux de la « vie politique active, énergique, sans entraves » du peuple vénézuélien. Pour cela il est fondamental de reconnaître à l’instar de Rakovski, la validité du « principe électif ». Au 29 août 2014, quelques 33% de nos 43.198 conseils communaux n’avaient pas renouvelé les mandats de leurs porte-paroles arrivés à échéance. Notre parti devrait mobiliser toutes ses forces, comme tâche prioritaire, pour promouvoir ce renouvellement. Mais il ne suffit pas que les postes de ces conseils communaux soient mis à jour.

Notre effort devrait se tourner vers la transformation des conseils communaux en écoles de gouvernement, où les citoyens apprennent l’art et la pratique du gouvernement. “Aucune classe n’est née en possession de l’art de gouverner. Cet art ne s’acquiert que par l’expérience, grâce aux erreurs commises, c’est-à-dire en tirant les leçons des erreurs qu’on commet soi-même” écrivait Rakovski. Apprendre l’art de gouverner non pour que le peuple se convertisse en fonctionnaire mais pour construire une autre institutionnalité. Le militant révolutionnaire en fonctions, pour sa part, devrait travailler à réduire la brèche qui sépare les institutions du peuple, en livrant une bataille sans merci contre le « style » bureaucratique mentionné par Cooke.

Les conseils communaux ne sont, et ne sauraient être, le seul espace de la révolution bolivarienne. Ils sont un espace qui “ne peut être l’appendice du parti” comme le rappelait le président Chávez le 11 juin 2009. “Les conseils communaux ne peuvent être les appendices des mairies ! Ils ne peuvent pas l’être, ils ne doivent pas l’être, ne vous laissez pas faire ! Les conseils communaux, les communes, ne peuvent être les appendices des gouvernements régionaux, ni du Ministère, ni du Ministère des Commues, ni du président Chávez ni de personne. Ils sont du peuple, ils sont une création des masses, ils sont à vous !

Qu’il en soit ainsi.samancomunaplan-jovenes-del-barrio.-pintosalinas-13

BWtwoiwCEAAQN5O.jpg large* Sociologue, enseignant universitaire, ex-Ministre des Communes et des Mouvements Sociaux, Reinaldo Iturriza (photo) est l’actuel Ministre de la Culture de la République Bolivarienne du Venezuela.

Note :

(1) Lire « Le Vénézuéla accélère la transformation du pouvoir citoyen en gouvernement », http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/

Source : http://elotrosaberypoder.wordpress.com/2014/08/31/la-vitalidad-de-la-revolucion/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Ea

Le fil qui ne se coupe pas

YaracuyLa lutte de Los Cañizos Palo Quemado a commencé il y a 28 ans. Nous sommes arrivés ici et tout ceci n‘était que champs de canne des grands propriétaires. Nous les avons occupés et nous les avons partagés en lopins pour chaque famille. Beaucoup d’entre nous furent faits prisonniers. Mon époux fut jeté en prison. Le gouvernement de Carlos Andrés Pérez nous réprimait fortement. Et ici il n’y avait que des pauvres. Cette lutte nous a enseigné à nous défendre,nous avons dû apprendre, parce que la Garde Nationale nous pourchassait, les enfants ont grandi avec ça dans la tête” raconte Olga sous les dernières branches d’un grand arbre. Nous sommes le vendredi 15 août 2014.

Sa voix est entrecoupée par les essais d’un micro. Un peu plus loin un match de foot reprend sur un terrain qui, après l’averse drue comme l’air, est plus boue que poussière. Des enfants  de tous côtés. Peu à peu ils s’asseoient sous les tentes blanches qui ont résisté à la pluie, et avec eux, les familles.

L’oratrice prend le micro et s’adresse aux enfants : “A l’école on vous dit toujours que cette communauté fut fondée par vos oncles, vos pères, vos mères, vos grand-pères. Beaucoup d’entre eux se trouvent au cimetière  – elle montre du doigt l’entrée à quelques centaines de mètres, derrière le terrain de sport -, je vais vous les nommer et nous les applaudirons un par un”.

C’est un jour de fête à Los Cañizos Palo Quemado. De cette joie qui naît du sentiment d’avoir raison, d’avoir réussi quelque chose qui était difficile et juste. On a organisé un bouillon collectif et rassemblé des jouets pour les enfants qui défilent pour les recevoir à l’appel de leur nom. Autres applaudissements. 28 ans d’histoire de lutte pour la terre et pour fonder un village.cac3b1izos

Dans l’État de Yaracuy le ministre des Communes et des Mouvements Sociaux, Reinaldo Iturriza, parcourt plusieurs espaces communaux. Il visite l’unité de production “Prudencio Vázquez” où les paysans expliquent comment piler le maïs – 2 millions 500 mille kilos de maïs par an – pour produire de la farine bien plus saine plus celle du quasi monopole privé de la “Polar”. Ils lui présentent un projet à financer. Ils soulignent la nécessité du système productif comunal à la base.

Iturriza est accompagné de Braulio Álvarez, dirigeant paysan et député à l’Assemblée Nationale. Ensemble ils arrivent à Los Cañizos où la communauté les attend. Ils s’asseyent sous les tentes blanches. Derrière eux, une bannière : “Commune Socialiste Los Cañizos Palo Quemado, pour l’histoire, pour la terre et pour la vie”. A cette heure l’après-midi a fui le ciel.

L’oratrice explique le déroulement du dialogue : dix porte-paroles, hommes ou femmes, prendront la parole pour expliquer au ministre quels sont les principaux objectifs que la commune s’est fixé. Ils ont invité d’autres communes de la zone à la réunion, parmi elles la “Commune Socialiste Ezequiel Zamora”.

Avant que ne commencent les interventions, Braulio Álvarez se lève, salue. Il est de ceux qui ont initié ce chemin il y a 28 ans, à l’époque où comme il l’explique, on les recherchait morts ou vifs : “Nous avons asséné un grand coup à l’oligarchie, à ceux-là même qui conspirent aujourd’hui”. Il a apporté quelques photographies pour se souvenir. Dont celles des occupations des ambassades d’Espagne et du Mexique pour visibiliser leur lutte et faire pression sur ceux qui ne voulaient pas céder.

Ensuite les porte-paroles se succèdent au micro. Hommes et femmes de la communauté, paysan(ne)s, communard(e)s avec parmi eux, des lutteurs de la première heure, de ces années où on ne se rendait pas, quand il y avait “des terres dans peu de mains et beaucoup de mains vides” comme dit une communarde. Ils racontent leur histoire, celle qui les a fait arriver jusqu’à aujourd’hui, à cette après-midi où ils veulent aller plus loin.

Plusieurs projets sont soumis au ministre : un système d’irrigation intégrale, une entreprise de propriété sociale pour fabriquer des portes, un terrain d’usage multiple, une serre, une unité de traitement de bananes à cuire, un fabrique de parpaings –qui portera le nom de Olga Parra-, deux unités de transport communal, une unité d’emballage de sucre. Et un lycée technique agricole.

Ils expliquent chacun des points. Leurs raisons. Leur besoin d’avancer vers une production plus forte  – “Nous avons conquis cette terre pour en faire une aire de production” explique Chavela au micro -, et de créer des espaces pour la jeunesse. Sur d’autres besoins ils avancent déjà, comme le système des égoûts par exemple. Les communards et communardes de  “Cañizos Palo Quemado” veulet refonder la communauté.

Yaracuy2Le gouvernemet de rue est une méthode de travail, ce que nous faisons ici nous le pratiquons de manière permanente partout, c’est une méthode qui doit nous mener à réfléchir sur des formes plus efficaces d’exercer le gouvernement” explique Iturizza. Il y a un murmure permanent d’enfants, de pleurs, de beaucoup d’attention, comme depuis le début de l’assemblée populaire.

Il assume un engagement général : dans une semaine les projets présentés recevront une réponse en fonction de leur viabilité. “L’institutionalité doit marcher de manière accélérée au même rythme que le peuple, être de plus en plus au rythme du peuple organisé” reconnaît-il, expliquant les limitations actuelles et affirme : “Tout ce que finance le Ministère des Communes doit être exécuté par la communauté, par le peuple organisé”.

Il pointe aussi une des tâches les plus importantes que doivent réaliser les communes : “Utiliser un outil puissant de travail et de lutte, qui doit déterminer le rythme de l’institution, qui l’oblige à répondre même si elle est bureaucratique. Quel est cet outil ? Le plan de développement communal. C’est là où vous dites :voici ce qu’a décidé le peuple organisé à son échelle territoriale, pour nous les priorités sont telles et telles, nous avons ces ressources, autant de force disponible pour résoudre ces problèmes, nous avons besoin de l’appui de l’État vénézuélien et de l’institutionnalité révolutionnaire pour résoudre tel ou tel problème”.

Le dialogue s’achève sur ces mots, les dossiers sont rangés, le gâteau partagé, plusieurs personnes s’approchent du ministre, conversent avec lui, il est 8 heures 30.

Quand les voix se dispersent, les réunions en petits groupes se poursuivent hors des tentes, sur les terrains de sport, sous les arbres. Braulio Alvarez sourit dans sa barbe blanche.yaracuy-3

Ici a existé une avant-garde d’hommes et de femmes à la fin des années 60, paysans et paysannes comme Víctor Torrella, Aguilar, El Camarita, femmes de la taille d’Isabel, Chavela, María, nous avons été poursuivis mais nous avons atteint notre objectif sous un gouvernement très dur comme le fut celui de la IVème République, avec nos dossiers policiers, 300 d’entre nous sommes passés par la prison, certains y ont passé un an et demi pour avoir lutté contre les grands propriétaires, pour un droit aussi humain que celui de travailler et de produire des aliments, c’est un honneur et ce le fut aussi pour le président Chávez de connaître toute notre expérience, les prisons, les blessés, la prise des ambassades durant huit jours en 1991, puis notre appui à l’insurrection civico-militaire avec notre groupe-frère de la région occidentale, avec Dilma Pepí et les autres, cette lutte aboutit aujourdhui à une conscience et à une grande capacité de réponse qui a permis la construction de petits silos, de pilons semi-industriels pour la production du maïs et de ses dérivés  pour les animaux et d’autres produits que nous élaborons”. Il ajoute : “C’est vrai qu’il y a encore beaucoup de besoins dans la communauté, mais aujourd’hui nous avons des maisons, nous avons la route, l’autoroute, nous voulons un plan d’irrigation pour travailler tous les jours de l’année, nous avons besoin d’un terrain de sport pour que nos jeunes puissent s’entraîner et se développer physiquement, la possibilité d’une école technique agricole et tout cela démontre que Los Cañizos Palo Quemado a joué son rôle dans l’Histoire”.

Il nomme le nègre Miguel, le nègre Andresote, Ezequiel Zamora, et la région centre-occidentale et les montagnes qu’il a parcourues avec le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire des années 60 et la nuit où Hugo Chávez “a chanté, dansé, mangé et bu, à ces heures, avec nous”, tout ce fil rouge des mémoires populaires qui ne s’est pas coupé, celui des générations qui se succèdent obstinément, qui même si elles ne gagnent pas toujours, ne renoncent jamais.

Texte :  Marco Teruggi. Photos : Yacmaily Perdono

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/comuna-los-canizos-palo-quemado-un-hilo-rojo-que-no-se-corta/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/04/le-fil-qui-ne-se-coupe-pas/

(Photos: ) Au coeur de Caracas, une nouvelle victoire contre le néo-libéralisme

Foto-destacada-2-perspectiva-urbana-Torre-de-DavidLe Centro Financiero Confinanzas -ou Torre de David-, est un immeuble inachevé de 45 étages situé à Caracas. Entamée en 1990, sa construction fut arrêtée en 1994 suite à la crise économique que traversait le pays. Depuis cette date, cet édifice était squatté par des centaines de personnes en recherche de logement.

Un nuage de poussière accompagne la colonne de bus et de camions, s’apprêtant à déposer leurs voyageurs au pied des nouveaux immeubles qui leur sont destinées. Dinora : « lorsqu’on nous a dit qu’on allait nous attribuer de nouveaux logements, une clameur s’est fait entendre, immédiatement suivie d’un tonnerre d’applaudissements ».

Dans ces bus, toutes les personnes présentes -hommes, femmes, enfants, et 3ème âge, pourvus de leurs dossards nominatifs- scrutent au travers des fenêtres. Regards attentifs, emplis d’espoir et d’une certaine anxiété, de ceux qui, il y a encore quelques heures, occupaient la « Tour de David ».

L'ensemble des minist

L’attente du déménagement

109

foto_11406495276 (1)

Le voyage de La Torre de David jusqu'aux nouveaux logements de Ciudad Zamora

Le voyage de La Torre de David jusqu’aux nouveaux logements de Ciudad Zamora

Recrus de fatigue, les arrivants sont reçus par les membres de la délégation de la Grande Mission Logement Venezuela, qui leur remettent les clés de leurs nouvelles demeures. Ces familles ont passé une nuit blanche, tout occupées qu’elles étaient, à charger les camions de déménagement.

Le soleil tape déjà dur sur le monte Cua, Miranda -où se situe le nouveau grand ensemble- lorsque les premières 53 familles déchargent leurs encombrants bagages pour rejoindre les appartements qui leur ont été alloués. Les uns et les autres vont et viennent, portant sur leurs épaules, machines à laver, matelas, mais également chaises et armoires.

Le plus remarquable réside dans le fait que les quelque 400 familles déjà installées dans les lieux -à Ciudad Zamora- reçoivent avec force embrassades, cris et rires joyeusement mêlés, leurs anciens voisins de la « Tour de David ». Jusqu’au bout, la question du transfert est restée épineuse. Certains conseils communaux du secteur concerné ont présenté une série de réclamations aux autorités compétentes, et entravèrent la bonne circulation des premiers bus transportant les anciens occupants de la Torre. Finalement, une rencontre a réuni autour de la table les porte-parole locaux et les représentants des autorités, et a débouché sur un accord. Tout est bien qui finit bien : le transfert des futurs entrants a pu être réalisé.

24_IEH

06_IEHPour être précis, cette barre est constituée de 23 bâtiments d’ores et déjà terminés. (D’autres unités sont en voie d’achèvement). Pas moins de 1500 appartements les constituent. Chacun des ceux-ci étant composé de 3 chambres à coucher, 2 salles de bain et d’une salle à manger.

Les réunions préparatoires à ces nouvelles répartitions ont débuté il y a quelques mois de cela. Précisément au moment où le président Maduro et Ernesto Villegas (ministre en charge de la Transformation du Grand Caracas) ont débloqué les fonds visant à réaliser cette Opération Zamora, afin de reloger les quelques 1200 familles de la Torre de David.

Au lieu d'arrivée, les retrouvailles

Au lieu d’arrivée, les retrouvailles

Dinora

Dinora

2-Torre-David-Ambrosio-Plaza-L-8945Dinora a été de toutes les assemblées. Elle est mère célibataire, et maman de 5 enfants. Ce qui ne l’empêche pas de participer activement à la réception des nouveaux arrivants. Dans la foulée, elle s’empresse de renouer des liens avec certaines de ses anciennes voisines et par ailleurs amies, « seules » comme elle. Il faut dire que c’est une « ancienne » de la Torre, au temps où les uns et les autres en occupaient tant bien que mal le rez-de-chaussée. Les larmes aux yeux, Dinora constate: « du temps de la Torre », nous n’avions rien. Nous avons néanmoins accompli beaucoup de choses. Aujourd’hui, nous avons tout, et nous pouvons faire plus ». Toute empreinte de fierté, le regard tout embué, elle se remémore les années passées à la « Torre ». Car tout ce qui aura été réalisé là-bas, résulte d’un combat commun que les habitants de la Tour ont résolument engagé, faisant front tous ensemble, face à l’adversité.

Dinora: « certes, là-bas nous n’avions pas de toit. Mais la solidarité active, et les sentiments d’affinité qui en ont découlé, ont aisément suppléé ce manque. De plus, puisque désormais, nous avons ce toit, nous allons réactiver ici, ces pratiques de camaraderie concrète, fondées sur la puissance du collectif ».

Brève histoire d’un symbole de l’héritage néo-libéral et de la stigmatisation sociale.

C’est le fondateur du groupe financier Confinanzas -David Brillemburg Ortega- qui donna son nom à la tour érigée au coeur de Caracas. Dans les années 1990, ce gratte-ciel était le symbole de l’opulence d’un certain establishment financier vénézuélien. En 1993, le décès prématuré de Brillemburg, sera le signe avant-coureur de la disparition pure et simple du groupe financier, qui surviendra l’année suivante (1994), en pleine crise économique. La construction de cet édifice de 45 étages (le 3ème plus haut immeuble de Caracas) sera arrêtée alors qu’il était achevé à 60%. Dans ce contexte il devint légitimement propriété publique car l’Etat vénézuélien entendait bien se rembourser -au moins partiellement- d’une dette. Et ce fut le Fond de protection sociale des Dépôts bancaires (Fogade) qui en bénéficia.Foto-icónica-de-la-Torre

A partir de 2007, confrontées aux problèmes croissants de logement, 900 familles décideront de recourir au système « D ». En conséquence, elles investiront les lieux en toute illégalité.

Alexander Daza ( »El Niño ») aura été en quelque sorte « l’homme-lige » de cette initiative. C’est pourquoi son nom reste étroitement lié à l’histoire récente de la Torre. En effet, cet ancien repris de justice devenu pasteur de l’Eglise évangélique, organisera l’occupation des étages inférieurs de la Torre et prendra la tête (en tant que président) de la coopérative « Caciques de Venezuela ». Une structure qui donnera une existence légale, à l’organisation des habitants (squatteurs) de la Tour.

José Gabriel: « je me souviens du temps où toutes les personnes vivant alentour, nous prenaient pour une bande de malfaisants ». Ce jeune homme de 20 ans, natif de Maracaibo, employé de cuisine dans un restaurant à La Vega, reconnaît toutefois, que dans les premiers temps, les « mauvaises conduites » en tout genre dont les vols, n’étaient pas rares. (A ce moment-là, cet jeune homme maigre avait 14 ans). Face à cet état de fait, les membres de la communauté se retroussèrent les manches, et unis dans un grand effort collectif, ils édictèrent les bases d’un code de bonne conduite, que les figures de proue du mouvement -avec Daza à leur tête- se chargèrent de faire appliquer.

Un parking abandonné, terrain de jeux

Un parking abandonné, terrain de jeux

José Gabriel encore: « les adolescents notamment, doivent apprendre à assumer leurs responsabilités. Ils faut qu’ils comprennent, que traîner dans les couloirs, se réunir dans les environs à des heures avancées de la nuit, ça ne va pas. Parce qu’au bout du compte, les scandales et les disputes n’en finissent pas. Et la vie en commun dans son ensemble devient difficile ». La réponse réside dans la bonne application de principes de vie collectifs : boire de l’alcool dans les parties communes est prohibé. Faire du raffût à partir d’une certaine heure de la nuit, est également interdit.

Toutes ces dispositions sont placardées dans chacun des couloirs de l’immeuble. Elles sont assorties de sanctions en cas de non respect de ces règles établies collectivement. (Des sortes de Travaux d’Intérêt Général sont prévus -jusqu’à 5 jours consécutifs. Durant ce laps de temps, les coupables sont privés d’électricité).

Dinora: « à la longue, nous avons tordu le cou à cette mauvaise réputation (assassins, sadiques, violeurs, etc) qui nous colle à la peau. Pour cela, il suffit de s’en tenir à quelques simples codes de conduite : travail, efforts et constance ».

Cette situation, consistant en définitive à « ghettoïser » ces habitants en recourant à la pratique de l’amalgame, est en fait entretenu par ceux qui à travers cette stigmatisation, s’emploient à discréditer les politiques redistributives du gouvernement bolivarien. Les médias privés, et des secteurs de l’opposition, en fot partie, bien que l’écrasante majorité de ceux que l’on pointe injustement du doigt, bénéficient d’un revenu régulier : les travailleurs proprement dit ; les jeunes gens débutant dans la vie active. A quoi il faut ajouter les étudiants et les nombreux enfants.

On peut affirmer sans risque de se tromper, que l’insécurité constatée au sein de la Torre, ne correspond en aucune manière au tableau que la presse à sensation -avide de vendre encore et toujours- dessine jour après jour. S’il y a insécurité, elle découle tout simplement de carences en matière d’hygiène; de l’insuffisance, voire l’inexistence des services de base ; de l’inadéquation des lieux en eux-mêmes. En effet, une masse de béton à l’état brut, est rarement le vecteur d’une vie épanouissante.

Pour Wilmer, l’un des  »entrepreneurs » de la communauté, « l’absence de services, c’était la principale difficulté. On a commencé par l’installation d’un système de plomberie générale digne de ce nom, afin de répondre aux besoins d’hygiène les plus urgents ». Accompagné de son épouse et de leurs deux enfants, il s’est installé dans la Torre, pourvu de quelques machines à fabriquer des moules pour l’industrie pâtissière. Pour lui, ce changement de lieu de vie, a représenté une formidable opportunité. Sa modeste unité de production initiale -« Inversiones Jesus es amor »- compte à ce jour, pas moins de 20 employés.

Atelier de moules de pâtisserie

Atelier de moules de pâtisserie

Comme c’est toujours le cas, les secteurs respectifs de la vente informelle et de la prestation de services en tout genre, se portent très bien dans ce genre de contexte. L’immeuble en est truffé : boutiques, kiosques, salon de coiffure, téléphonistes, garderies d’enfants, ateliers de couture, cordonneries… ouvrent volontiers leurs portes aux résidents. Bien évidemment, les nombreux efforts à fournir, tant sur le plan personnel que collectif, sont les corollaires indispensables à l’instauration de ce genre de rapports nouveaux.

« Nous avions une salle de bain commune. En tout et pour tout, un peu d’eau à notre disposition. Quelques panneaux de cuivre installés précairement, faisaient office de murs. Les hommes se sont également occupés des monticules d’ordures -accompagnés de leurs cortèges de rats qui pullulaient- jonchant les planchers; mais aussi des décombres dont ils se sont débarrassés, comblant ainsi les espaces vides du sous-sol. Ainsi, au fur et à mesure de notre avancée, nous avons nettoyé tous les étages, et pris méthodiquement possession des lieux ». C’est en ces termes que s’exprime Dinora, avec sérénité. Une intense expérience de vie à deux niveaux, mais pourtant solidaires l’un de l’autre, où se mêlent tout à la fois, la cellule familiale et les membres de la communauté de la Torre. Avant cela, Dinora et 4 autres familles, partageaient un logement à Antimano. Dépourvue de moyens, on l’a expulsé de ce misérable appartement où régnait la promiscuité. Accompagnée de ses 5 enfants, elle a échoué place Miranda. De là, un ami lui indiqua l’existence d’un lieu qu’occupaient des personnes à la trajectoire semblable à la sienne. En s’y rendant, Dinora ne se doutait pas qu’elle se retrouverait en plein centre de Caracas. Juste aux pieds de l’Avila, à la Torre.

Les zones sans barrières de protection, un danger permanent.

Les zones sans barrières de protection, un danger permanent.

Peu de temps avant son arrivée, cet espace d’habitation commençait à bénéficier des aménagements consécutifs à l’action collective menée par les occupants de plus longue date. Afin d’éviter la survenue d’accidents, des rembardes et des balustrades ont fait leur apparition. On a toutefois paré au plus pressé, ce qui explique que certains lieux ne sont pas encore sécurisés. C’est pourquoi on a malheureusement déploré le décès de quelques enfants, qui se sont précipités dans le vide, après avoir fait un faux pas. Ce problème n’est par conséquent pas encore totalement éliminé. De plus, on a utilisé le câblage téléphonique existant, afin d’accéder à l’alimentation en électricité. Les négociations entamées avec Corpoelec ont abouti, ce qui fait que l’on a pu bénéficier d’un raccordement légal et aux normes. Quant à l’eau, on devait la monter aux étages par ses propres moyens. Par la suite, on a posé des pompes électriques aux différents niveaux occupés.

Wilmer se souvient: « la première fois, je n’ai pas pu monter la bonbonne de 70 litres. Cependant, face à l’adversité, on cherche à s’adapter. On a donc eu l’idée de placer au bon endroit une poulie, munie d’une longue corde. On hissait également la nourriture par le même biais. Dans ce cas de figure, on s’aidait aussi d’un échafaudage abandonné. Un exemple : quand le voisin du 20ème étage partait faire les courses, il nous avisait de sa sortie. A son retour, on lui lançait la corde, et le tour était joué ».

Wilmer, pioier et mémoire vivante de l'occupation de la Torre.

Wilmer, pionnier et mémoire vivante de l’occupation de la Torre.

Cet épisode qui a valeur d’exemple, on se le répète bien souvent entre occupants de la Torre. A chaque fois qu’il refait surface, ceux qui se le remémore ne peuvent le dissocier des moments de solidarité active et des efforts conjoints qu’il a exigés. Esquissant un sourire, Wilmer déclare: « tout a commencé comme un service que l’on se donne entre amis. Puis peu à peu, tout cela a acquis de la substance, et nous sommes devenus une seule et unique famille dont chacune des composantes tend vers un but identique ».

La vie qui renaît fait fi des décombres.

Au fur et à mesure qu’il arpente les 45 étages de la Tour A – la principale des 3 tours constitutives de l’ex-Centro Confinanzas- un sentiment particulier s’empare du visiteur: il évolue au sein d’un ensemble labyrinthique, bien concret cependant. En effet, en sus des 5 couloirs qui sillonnent en diagonale chacun des étages, et qui en font un véritable dédale, il convient d’adjoindre les contours subtils de la Tour B (20 étages), dans lesquels s’enchâssent les parcs de stationnement desservant les 10 premiers étages du tout.

Dans les coins et les recoins, on peut observer ici et là, des tricycles, mais aussi des jouets abandonnés. De vieilles guirlandes usées et périmées, pourrissent au sol, tandis que de loin en loin quelques tas de gravats trônent, inertes. Quant à la multitude d’antennes de télévision parabolique, elles s’accrochent en grappes, aux façades des immeubles. Aux plafonds, des poutrelles de métal que l’on tient volontiers pour inoxydables (dont certaines sont encore pourvues de leur revêtement de fibre de verre et d’amiante) tracent les contours d’une configuration qui s’apparente dans toute sa complexité, à celle d’un système nerveux.contraste-construcción-y-vivienda-con-niño-al-fondo-de-la-puerta

Par moment, l’odeur ambiante qui se dégage, relève d’un improbable mélange de ciment humide, de remugles émanant des cuisines, d’urine et d’eaux usées qui refoulent des étages inférieurs.

A observer l’extérieur -la façade décrépite – la Tour a tout du symbole. Parangon du laisser-aller, archétype de la déroute de l’économie néo-libérale qui a balayé le pays durant les décennies passées. On décompte à ce jour, la fermeture de 7 étages de la Torre. 400 familles ont déjà été évacuées. Les personnes concernées vont et viennent, occupent les couloirs. Parmi eux les enfants, qui trottinent inlassablement sous le regard des adultes. Dans chacun des appartements désormais vides, quelques traces écrites, bien visibles attestent de leur occupation récente. Car ici, on a bel et bien vécu et souffert (parfois) : « Chavez est vivant » ; « je t’aime » ; « anniversaire, le 4 » ; « souvenir de l’installation » ; « Mon Dieu apprends moi à me défier des sorcières et des cuistres»; « Justin Bieber » ; « que vois-tu, un mouchard ?… ».

Tout en bas, au rez-de-chaussée, l’église évangélique construite par Daza et ses amis, et l’entreprise de mototaxis « Les enfants de Dieu » la bien nommée, cohabitent sans anicroches. Il faut ajouter aussi, que non loin de là, derrière le parc de stationnement tout proche, se trouve une zone, totalement submergée par l’accumulation d’ordures en tout genre. Quant au bruit, il provient d’un mini-terrain de basket et de foot-ball, que des groupes d’enfants et de jeunes gens, occupent en permanence.

Tairon et un de ses fils

Tairon, un homme courtaud et bien enrobé, vit au 21ème, avec sa femme et leurs deux gamins adoptés. Il nous confirme qu’une équipe de foot a été constituée, qui compte dans ses rangs, ses voisins et amis. « C’est ainsi, qu’on a mis sur pied un championnat. Comme si de rien n’était. Et de fil en anguille, on est arrivé en finale: en fiers représentants de notre Torre, on a participé à des tournées, jusqu’à Catia et Montalban. On est les champions en titre », ajoute-il fièrement. « Je peux vous dire que tout le monde a été surpris, parce que personne ne pensait qu’on décrocherait le titre en jeu ».

Bien qu’emballant les paquets et les cartons du départ, Tairon est de ceux qui occupe déjà en esprit le nouveau logement de Cua, alloué à sa famille.

Les responsables de l’Opération d’évacuation Zamora, ont établi les modalités du transfert : les personnes du 28ème étage (le plus haut jamais squatté) ont abandonné les lieux, pour rejoindre provisoirement les niveaux inférieurs, déjà vidés de leurs habitants. Partant, on procède en bon ordre à la fermeture progressive et définitive de la Torre (de David).

Il faut tout de suite préciser, que les nombreuses assemblées et réunions qui se sont tenues en amont, ont été les vecteurs indispensables de la mise au point du plan d’évacuation. (Qui atteint à ce jour, un taux de 38%). Quant au sort à réserver à la Torre, elle a fait l’objet d’assemblées, auxquels ont activement participé ses habitants, sans oublier l’apport fraternel de leurs voisins caraquègnes. Une adresse électronique a par ailleurs été créée, pour qui souhaite apporter sa proposition quant à l’usage futur de l’immeuble : propuestastorresconfinanzas@gmail.com

Selon de nombreux témoignages, l’organisation mise en place par les occupants de la Torre fut un antidote puissant contre le chaos que d’aucuns prédisaient. Dès les premiers temps de l’occupation des lieux, le sentiment d’une solidarité collective effective s’est imposé à tous. Jusques et y compris, au moment où les toute premières familles en détresse ayant échoué à la Torre, y ont installé leurs bien précaires abris: de simples tentes.

Maria, la déléguée du 28ème étage, a passé des années à hisser jusqu’au 28ème niveau les produits achetés au marché et l’eau potable. L’énergie qui se dégage de cette femme la rajeunit, malgré les tempes grisonnantes. Pour elle, les fêtes qui se déroulaient chaque année pour la Journée des Enfants sont des souvenirs les plus marquants: « ce sont des journées magnifiques, parce que chacun y allait de son grain de sel. Les 28 gâteaux préparés collectivement (les habitants des Tours A et 20 B) sont restés dans toutes les mémoires ». Corollaire de ce qui précède, de nombreux bambins ont vu le jour durant les 7 années d’occupation de la Torre.

Depuis le début des déménagements, María est passée du 28ème au 7ème étage, et attend son relogement

Depuis le début des déménagements, María est passée du 28ème au 7ème étage, et attend son relogement

Bien que quelque peu inquiète quant à la permanence des relations étroites établies dans ces locaux -relations étroites, mais aussi ce qui en résulte, c’est-à-dire les structures organisationnelles telles que les assemblées- Maria nous révèle sa foi en l’avenir : « Moi-même et mes deux gamins, sommes enchantés de nous installer à Ciudad Zamora ». Mais pour elle, hors de question de laisser tomber les 16 familles du 28ème étage, qui occupent provisoirement le 7ème, dans l’attente de leur départ programmé: « en tant que déléguée du 28ème, je ne peux pas me désintéresser de leur sort. Je dois être à leurs côtés, jusqu’au bout ».

Ciudad Zamora se situe en gros, à 1 heure et demie de Caracas. Durant ces 5 dernières années, cette zone -en croissance constante- a vu les constructions se multiplier. A ce jour, on compte 1550 appartements surgis de terre, 14 grands ensembles d’ores et déjà occupés. 9 autres seront investis par les habitants de la Torre de David.

Flor Chirino va sur ses 63 ans. Ses deux petites-filles vivent avec elle. Le visage marqué par les efforts fournis récemment, elle nous explique combien ce déménagement a représenté une épreuve pour elle. « Je reste sereine, je sais que mes petites-filles ont leur avenir assuré, en ce qui concerne le logement ». Elle sait de quoi elle parle, puisque 5 années durant, elle a vécu au 10ème étage de la Torre.

Flor tient à tirer un bilan de son expérience antérieure. Un bilan mitigé: « parfois, on ne vivait pas bien les choses. On luttait, mais certains coordinateurs ne nous menaient pas à bon port. On n’allait pas toujours dans la bonne direction ». Flor fait ici référence à la dynamique issue des actions menées par le collectif des habitants de la Torre de David. D’ailleurs d’autres témoignages convergent, qui attestent du fait que les personnes notamment en charge des services et de la sécurité, avaient tendance à transformer leur mandat en position de pouvoir.

Dans de nombreux cas, le fait de devoir se séparer d’un lieu que l’on a connu, emplit les intéressé(e)s d’un sentiment de tristesse. Un sentiment renforcé, par le fait de devoir élire son nouveau domicile dans un secteur excentré. Car la distance qui sépare Cua de la Capitale n’est pas des moindres. Et quand on travaille ou on étudie à Caracas, c’est un critère à prendre en ligne de compte.

Toutefois cet accès d’inquiétude était tempéré par l’attrait de la nouveauté: vivre dignement; avoir un appartement en propre.

Les défis à relever sont importants. Mais ce qui prime, c’est la certitude de voir s’ouvrir une phase nouvelle de sa vie. L’espoir réside en cela. Or, cet état d’esprit imprègne ces vastes et nouveaux lieux d’habitation, où les nombreuses écoles, mais aussi de nouvelles activités professionnelles en perspective, sont autant de sujets de satisfaction qui s’offrent aux nouveaux arrivants. Certains cultivent malgré tout une certaine nostalgie de la période passée. Celle de la Torre; d’autres manifestent leur soulagement d’avoir laissé derrière eux, toutes les pratiques et les dévoiements autoritaires. Il est ainsi de la coopérative locale « Caciques du Venezuela ». Des rumeurs affirment que l’on s’employait à vendre à qui le souhaitait, les « espaces » d’habitation disponibles; que l’emploi de méthodes autocratiques n’étaient pas rares. Tout cela correspond d’ailleurs aux propos de « Nino » Daza, qui tout en les déclinant, prenait soin d’en blâmer la nature.

A l’heure des bilans, ce qui s’impose, c’est le sentiment de pouvoir emporter avec soi, le meilleur de l’expérience de vie antérieure, et de l’intégrer à la nouvelle étape qui s’ouvre. Assis en plein milieu du bric à brac déchargé du camion de déménagement, José Gabriel assure:« La solidarité émanant du collectif était très satisfaisante à la Torre. Il en sera de même ici ».

Arrivée dans les nouveaux logements

Arrivée dans les nouveaux logements

La-mudanza-parte-2-niños (1)Dinora qui s’emploie quant à elle, à prendre ses premiers repères dans un espace qu’elle découvre pour la première fois, constate qu’en même temps, on jette les bases de ce que sera la nouvelle mouture organisationnelle. D’ores et déjà, on sait que deux porte-parole représenteront les habitants de chaque tour. Dans la foulée, on réfléchit aussi à l’établissement de règles internes propres à garantir la convivialité, que chacun appelle de ses vœux. En outre, sur un plan pratique, une journée destinée à épauler les nouveaux entrants s’est déroulée sans anicroches. Le tout assorti de la tenue d’un mega Mercal (vente d’aliments à bas prix, subventionés par l’État); enfin pour terminer ce tour d’horizon, un recensement a été meé. Il s’agissait d’une part, de s’assurer du nombre d’enfants en situation d’être scolarisés; et en second lieu, d’établir le nombre précis de femmes enceintes.

Dinora: « Il nous arrive parfois, d’ouvrir la porte de notre nouveau logement, et de nous dire: « c’est bien vrai ce qui nous arrive ? Les larmes aux yeux, on s’écrie « regarde-moi çà. On y est arrivé ». La gorge serrée par l’émotion, Dinora se sècher les yeux: « On est le peuple ; le peuple travailleur. Les enfants -filles et garçons qui nous entourent- ont le droit de rêver, de jouer; pour tout dire, de se divertir. Nous sommes tout disposés à aller encore plus loin ».
4-Torre-David-Ambrosio-Plaza-L-2-47-Torre-David-Ambrosio-Plaza-L-944808_IEH5-Torre-David-Ciudad-Zamora-Dos-estrellas-Ambrosio-Plaza-L-975212-Torre-David-Ciudad-Zamora-Dos-estrellas-Ambrosio-Plaza-L-989910-Torre-David-Ciudad-Zamora-Dos-estrellas-Ambrosio-Plaza-L-96499-Torre-David-Ciudad-Zamora-Dos-estrellas-Ambrosio-Plaza-L-969811-Torre-David-Ambrosio-Plaza-L-9142

Texte : Martín Di Giácomo. Photos: Gustavo Lagarde

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/torre-de-david-el-fin-de-un-estigma-de-45-pisos/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://bit.ly/1q0bNwk

« El Curarire », sous la bannière de l’organisation

1La place du village grouille de monde. On a l’impression d’avoir affaire à une exposition de motos en tout genre, tant elles stationnent en nombre, les unes à côté des autres. Juché sur le mur du monument qui se situe en son centre, Danis – un porte-parole du parlement communal – explique à la centaine de pêcheurs présents le but de l’assemblée : élaborer un document collectif qui sera adressé à Insopesca, l’Institut de la Pêche dont le siège se situe dans la capitale de l’Etat de Zulia.

« On peut et on doit trouver un terrain d’entente, car la situation actuelle nous porte préjudice, à tous autant que nous sommes ». Perdu au sein de cette nombreuse assemblée, un des pêcheurs présents renchérit : « on ne peut pas remettre les décisions à plus tard, cela entretient la désunion. En outre il faut préserver les ressources ».

Une des raisons d’être  de la Commune « El Curarire », c’est la pêche. Elle façonne en grande partie son identité. A quoi il faut ajouter l’élevage laitier. Danis Parra est natif de la côte occidentale du Lac de Maracaibo. Il vit depuis toujours à La Canada de Urdaneta. Son père, mais aussi le père de son père étaient pêcheurs. Avec un sourire malicieux qui lui éclaire le visage – dont les traits attestent de ses lointaines origines indigènes – Danis se souvient encore de sa première sortie en mer. Il avait 9 ans. Pour la première fois, il accompagnait son frère aîné et son père dans une campagne de pêche nocturne. Bien que son regard soit teinté d’une certaine timidité, Danis, son chapeau bien calé sur le crâne, n’en est pas moins la figure de proue des pêcheurs de la commune. Il préside par ailleurs l’assemblée qui déterminera la voie à suivre, la position collective à adopter pour le futur immédiat.

Danis Parra

Danis Parra

Et quelle est cette réclamation adressée à Insopesca (Institut socialiste de la Pêche et de l’Agriculture) ? En 2011, dans le cadre d’une réunion annuelle, toute une série d’accords furent ratifiés, qui engageaient les deux parties en présence : pour l’État  Insopesca, d’une part ; 115 Conseils de pêcheurs représentatifs de l’état du Zulia dans son ensemble, d’autre part. Il s’agissait de mettre en oeuvre  la Loi de la Pêche promulguée en 2008, interdisant la pratique du chalutage, en raison de son impact négatif bien connu sur l’écosystème marin, et par voie de conséquence, sur la biodiversité.

De cette rencontre, il résulte ce qui suit : aux fins de préservation des ressources halieutiques, une décision est prise, consistant à substituer la pêche à la palangre à celle ayant recours aux nasses. En effet, ces dernières ont ceci de spécifique, qu’elles doivent reposer durant un laps de temps assez long, sur le fond. Or, de ce fait, elles ont fait l’objet de vols répétés. Le Lac de Maracaibo n’ayant pas échappé à la règle. De plus, ce dispositif est nocif, puisque les nasses agissent comme autant de pièges, qui se referment d’une manière non discriminante sur toutes sortes de poissons, y compris les plus jeunes. Il était impératif de prendre un certain nombre de dispositions : établir au plus vite, une taille minimale de capture ; déterminer un quota de pêche hebdomadaire à ne pas dépasser, assorti d’un nombre de jours de sortie à respecter. Malgré quoi la pression qu’exercent certains gros employeurs de la région, pourrait mettre à mal cet ensemble de mesures et amener une régression, avec la réintroduction des vieilles méthodes de pêche que ces récents cadres légaux ont bannies. De cela, les Conseils de pêcheurs ne veulent pas entendre parler.Orillas-de-la-cañanada

Il faut également préciser que l’Assemblée dont Danis est le porte-parole, est l’expression de l’un des secteurs les plus défavorisés, les plus pauvres de la communauté. La majeure partie des hameaux regroupant les familles de pêcheurs, sont composés de maisonnettes bien précaires, surmontées de plaques de zinc faisant office de toits. Ces villages se blotissent tout autour du Lac, et les rivages qui en constituent le prolongement, sont maculés de pétrole et d’huile de bateaux. De loin en loin, tant bien que mal, les filets de pêche noircis de graisse, sèchent au soleil.

Danis passe en revue les besoins des pêcheurs qu’il représente :

1/ créer un centre de stockage du produit de la pêche afin de le soustraire à l’obligation de le vendre au secteur privé, et donc, à un prix fixé par le marché ;

2/ consolider la filière de la pêche artisanale, afin de contrer les gros employeurs qui embauchent  les pêcheurs en leur versant en retour un salaire de misère ;

3/ concourir au maintien des accords passés avec Insopesca, sur base de la nouvelle loi de la pêche, prenant en ligne de compte la nécessité de se placer dans une logique qui serait celle du développement durable; inverser les tendances lourdes se situant à l’origine des diverses formes de pollution.

Depuis la côte – bercée par une douce brise – on distingue les plate-formes pétrolières qui se détachent nettement sur l’horizon marin. Elles sont les témoins d’un temps où dans l’Etat de Zulia comma ailleurs, l’extraction de l’or noir ne s’accompagnait d’aucune mesure concrète de préservation. « L’industrie pétrolière portent de rudes coups à l’écosystème. Les plaques de pétrole  s’échouent en permanence sur les plages. Chaque soir qui passe, nous nous voyons dans l’obligation de nous laver les pieds et les mains avec de l’essence. Nous souhaitons que tous ces  »tuyaux » soient bouchés. Et en plus de cela, on est exposé à des émanations de gaz ».Cangrejos-El-Curarire

« Nous voulons court-circuiter le réseau des intermédiaires »

A La Canada, le circuit de commercialisation relève du secteur privé. Et uniquement de ce dernier. C’est la raison pour laquelle la préférence est donnée au plus offrant. Le crabe bleu est la principale espèce qui se pêche ici.  On en capture jusqu’à 8 tonnes par jour. Quant aux crevettes, la production journalière s’échelonne d’une à trois tonnes. En ce qui concerne le poisson en tant que tel, Danis nous apprend qu’on en ramène en moyenne 1 tonne par jour. « Pourtant, lorsque le fournisseur s’occupe de la commercialisation, il cherche à dégager une marge financière qui lui est extrêmement favorable. Alors que la marchandise achetée au pêcheur relève de la portion congrue. Donc, vendre au plus offrant, ce n’est pas probant. Il faut procéder autrement. C’est notre conviction ». Pour eux, l’alternative est simple : « Il faut court-circuiter le réseau des intermédiaires, et nous approprier cette fonction. Nous nous occuperons aussi des relations commerciales. Et les points de vente, nous les animerons nous-mêmes ».

Katiuska Rincon est membre du Conseil communal « La Gabarra », un des premiers à être mis sur pied et qui, avec les autres Conseils représentant le secteur de la pêche, a jeté les bases du système actuel. Vivant depuis 52 ans des produits de la pêche, son père  lui fera découvrir le  métier à l’âge de 7 ans. Par la suite, les vols d’embarcations se multipliant, il est devenu dangereux pour une fille de travailler dans ce secteur. Katiuska s’est consacrée aux études. Elle se souvient : « de retour du Lac, chaque jour, tôt le matin, papa nous réveillait pour nous faire manger du poisson frais ».

Kati insiste sur le fait que la vie collective placée sous le signe de la commune, a profondément transforme la communauté : « le conseil communal, c’est un peu notre famille à tous. Si une partie de la communauté venait à être confrontée à un problème, c’est la commune dans son ensemble qui s’en emparerait, pour le résoudre ».

Katiuska, le conseil communal

Katiuska Rincón, le conseil communal

Si on souhaite porter un regard extérieur sur cet échantillon d’humanité, sur ce qu’il est en train de réaliser, il ne faut surtout pas se contenter d’une première impression. « Toutes les bonnes choses,  viennent aussi de ce qui est proche, de ce que l’on connaît depuis toujours ».  Ainsi parle Marylis, une vénérable grand-mère. (Sa bisaïeule , une «indigène guajira vêtue de sa tunique traditionnelle », est décédée à l’âge canonique de 114 ans). Ce qui ne l’empêche nullement d’être l’une des porte-parole de la commune et d’y assumer nombre de responsabilités. Entourée à ce jour de quelque 72 petits-enfants, elle est issue d’une famille de modestes agriculteurs.

« Nous devons préserver ce mode d’être »

Marylis est convaincue du fait que le nouvel état d’esprit qui émane de cette organisation communale puise à la source de la forme de vie paysanne, dont elle s’abreuve depuis sa plus tendre enfance. « La vie collective telle qu’elle s’exprime aujourd’hui, à travers la commune, nos ancêtres la pratiquaient déjà. C’est la raison pour laquelle nous devons préserver ce mode d’être, mais aussi cette culture fondés sur une vie collective  harmonieuse, qui nous rend chaque jour, un peu plus forts. Cette vigueur, on la doit également à la possibilité d’être formés sur le plan idéologique. Car si nous ne sommes pas pourvus d’une idée claire de ce qu’est le socialisme, on ne pourra pas appréhender correctement la nature même de la commune. Parce que la commune plonge également ses racines dans cette matrice ».

Marylis

Marylis

Jeune, Marylis devait partir à la recherche de maigres touffes d’herbe qu’elle trouvait le plus souvent sur les trottoirs. Telle était la pitance qu’elle donnait aux quelques pauvres vaches qui lui appartenait. La police l’a arrêtée à deux ou trois reprises alors qu’elle faisait paître les  animaux sur la place du village.

Désormais, au sein de l’Unité de Production Familiale (UPF) de La Flerida, Marylis s’occupe de l’élevage de bovins, de chèvres et de porcs. Toutefois, le poste qui marche le mieux dans cette structure, c’est la fabrication de fromages. Il en est ainsi parce que Marylis est des petits producteurs locaux qui ont bénéficié de la réforme agraire. En 2003, les plus grands propriétaires terriens de la commune – la famille Urdaneta – ont vu leurs terres expropriées aux fins de redistribution. A ce jour, la majeure partie de ce qui est produit est vendu au secteur privé. Il en est ainsi parce que même si l’on souhaitait vendre le lait à l’entreprise publique Lacteos Los Andes, cela ne serait pas possible, du fait de l’absence de moyens de transport et de réseau routier adéquat. Il faut néanmoins préciser que les excédents en matière de production de fromages et de viande, sont vendus aux membres de la communauté, à des tarifs préférentiels, solidaires.leche

Bien que les inégalités en matière économique et sur le plan du développement entre les différents secteurs soient encore perceptibles, Marylis tient à souligner que le point fort de la commune, c’est sa capacité organisationnelle : « depuis que nous nous sommes donné les moyens d’apparaître sous cette forme, nous constituons un véritable gouvernement local. Désormais, tout ce qui est constitutif de notre secteur, est de notre ressort. Nous avons également besoin de nous appuyer sur tous les moyens existants pour parvenir à l’éradication des dernières poches de pauvreté ».

« El Curarire », est la seule et unique Commune qui existe dans la localité « La Canada de Urdaneta ». Pour être précis, 17 conseils communaux la  composent : 6 pour la partie urbaine proprement dite ; 5 pour le secteur  piscicole ; 6 enfin, pour l’agriculture.

C’est en 2010, que l’on a jeté les bases de ce qui deviendra cette articulation sur laquelle la Commune repose. Il a fallu dans un premier temps, dresser un état des lieux, établir un diagnostic initial. Pas moins de 2 années ont été nécessaires qui auront permis la recension des secteurs les plus fragiles, en situation de pauvreté extrême.

Un an après sa constitution officielle et légale, « El Curarire » est incontestablement pourvu d’un potentiel réellement prometteur. Marylis : « Dans 5 ans,  »El Curarire » s’appuyera sur une chaîne de commercialisation efficace, qui lui permettra de nouer des liens de ce type, avec d’autres Etats de notre pays. Il en sera ainsi, parce que les moyens de transport tout autant que les voies de communication nouvelles, nous en donneront la possibilité. De ce fait, les secteurs se situant en marge des grands axes d’échanges et de communication disparaîtront. Pour ce faire, nous allons entreprendre la construction de logements d’habitation, et extirper une fois pour toute de la misère, tous ces gens qui méritent un  autre sort ».

«  Notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion.»

Irwin, l’un de ces autres producteurs locaux qui a obtenu de bons  résultats ces dernières années du fait des changements en cours, tient également à s’exprimer. Il se défie des phrases toutes faites et des stéréotypes qui les accompagnent. Bien qu’un peu mal à l’aise avec les constructions de phrases, il s’emploie à donner à son intervention toute la verve nécessaire. Et ce qu’il ne sait pas dire, il le dessine. Il ne cesse de sécher son visage ruisselant de sueur, tandis que s’agitant sans arrêt, ses mains accompagnent son effort. A sa manière, c’est un véritable maître en rhétorique : « certains  producteurs locaux se tiennent à distance du Conseil communal. Quelques-uns manifestent de l’indifférence, d’autres éprouvent une certaine inquiétude à s’investir au sein de la Commune. Toutefois la grande majorité d’entre nous , soutient l’expérience de Pouvoir populaire en cours ».

Irwin

Irwin

Comme Marilys, Irwin est issu de ce secteur de petits producteurs locaux, qui ont accédé à une certaine prospérité, à travers son appartenance à l’Unité Familiale (UPF) dont il dépend. C’est donc en connaissance de cause qu’il fait partie de ceux qui ont souhaité s’intégrer aux activités de la Commune, à partir d’une prise en compte du caractère politique de l’organisation : « notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion. Or, l’autogestion relève à la fois du politique et du social ».

Selon Irwin, la production laitière de la Commune s’élève à 45 000 litres par jour. Toutefois ces brillants résultats ne peuvent être étendus aux sphères de la pêche et de l’agriculture proprement dite. Irwin : « Au jour d’aujourd’hui, le Plan de Développement Communal 2014, relève de la théorie pure et simple, puisque aucun des 44 projets dont nous avons prévu la réalisation, n’est sorti des cartons ».

Parmi ceux-ci, l’on peut citer : la reprise d’une unité d’élevage et de production de crevettes ; la consolidation de deux Entreprises de Propriété Sociale (fabrication de parpaings, et textile) en cessation d’activité par manque d’intrants; des centres d’approvisionnement pour le secteur de la pêche;  le percement de puits supplémentaires pour l’agriculture (eau/irrigation).

Bien qu’à l’abri d’un arbre solitaire qui lui prodigue une ombre bienfaisante, Irwin ne cesse de transpirer. Il poursuit : « la commune est un espace de communication et d’échanges qui offre de très nombreuses opportunités. La convivialité est le maître-mot. C’est également un lieu où les paradigmes d’antan qui ont la vie dure, peuvent être dépassés. Quant à la solidarité, c’est un point d’appui solide, qui nous permet de replacer au centre du débat des valeurs longtemps mises à l’écart, et que l’on a trop souvent dénigrées ».

Carmen

Carmen

Carmen a les yeux légèrement bridés, les pommettes hautes, les mains tannées et maculées de terre : « Je suis paysanne jusqu’au bout des ongles. J’ai grandi dans les montagnes environnantes, avec en permanence autour de moi, des poules, des vaches, des cochons. Sans oublier les chats et les chiens ».

Lors du déroulement de la réunion hebdomadaire – à laquelle les porte-paroles des autres Conseils communaux participent – on s’attache (à la manière de l’État du Zulia) à mutualiser les problèmes auxquels on se heurte, en vue d’un règlement rapide. Les cris et les gesticulations sont également au rendez-vous. Les rires ne manquent pas et les plaisanteries fusent de toutes parts.

Carmen adopte une certaine attitude de retrait qui la singularise quelque peu. Elle place en effet toutes ses interventions, sous le signe de la mesure et de la pondération. Ceci dit, tout est enregistré pour le lendemain. Ce qui permet à qui le souhaite, de consulter la teneur des débats de la veille.  Bien connue de tous, la maisonnette de Carmen, qu’elle partage avec son époux, se situe sur un terrain sec et aride.

Le Conseil communal « Tagualayuu » (« Mes frères » en langue indigène wayuu) a vu le jour, il y a 6 ans. Chacune des 42 familles qui le compose dispose d’une parcelle depuis 2003, date à laquelle, l’Institut National des Terres (Inti)  les a mises à leur disposition. Et ce, à la suite de l’expropriation de terrains que le propriétaire terrien et « grand homme » du secteur détenait. Il s’agit de Rafael Urdaneta dont on a déjà parlé.

En dépit de cette aide initiale, la faiblesse (voire l’absence) des infrastructures existantes a été un frein constant, auquel se sont heurtées les aspirations du secteur productif local dans son ensemble. Quand les pluies surviennent, les routes inondées ont contribué à la perte totale de plus d’une récolte. Par ailleurs, pour l’instant, un seul et unique puits est mis à la disposition de toutes ces familles.

« Que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? »

Carmen, fille de paysans, est l’aînée d’une fratrie de 7 enfants. Quand elle s’exprime, sa voix est pleine de fermeté : « que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? Qui plus est, quand il occupe une ferme au fin fond de la forêt, avec pour seule compagnie, quelques colonies de chauve-souris ? Rien. Nous ne manquons pas de ressources quand il s’agit de mettre la main à la pâte. La volonté est là, en nous. Bien présente. La terre est désormais mise à notre disposition. Il nous faut une seule chose : que le gouvernement/les pouvoirs publics nous donne le coup de pouce décisif, en nous apportant les financements appropriés. Parce que, je le répète, sans eau, sans machines agricoles, sans moyens de transport et en l’absence d’infrastructures routières dignes de ce nom, on ne pourra rien produire. Alors que cette terre est généreuse et fertile ».

Une femme approchant la cinquantaine témoigne du fait qu’elle ignorait tout de la politique, jusqu’à ce fameux 4 février 1992. A ce moment, sûre de son fait, elle affirma aux membres de sa famille : « c’est l’homme qu’il nous faut ». (Il s’agissait du futur Président Chavez, auteur d’une insurrection contre la corruption et la répression du régime de Carlos Andrés Pérez). Aujourd’hui, 20 ans après, elle soutient que la clé du succès réside dans le fait de réunir les moyens d’obtenir ce coup de pouce financier : « avec cette aide, nous pourrons résoudre les questions relatives au manque d’électricité, d’habitations, de routes. En somme, si l’on peut construire ici, 30 unités d’habitation pour les paysans, ce sera 30 problèmes en moins pour notre président et ses ministres ».

D’après Carmen, si certaines catégories de producteurs du secteur ont tout de même réussi à prospérer, elles le doivent aux prêts qui leur ont été accordés, ce qui leur a permis d’entreprendre sur des bases spécifiques, le travail de la terre qui leur ont été concédées à l’époque. Toutefois, à l’unisson de tous les membres du Conseil communal, Carmen poursuit son total engagement au sein de cette organisation. Parce qu’ils sont convaincus que c’est le seul et unique moyen d’atteindre ce à quoi ils aspirent collectivement. «Cette organisation, ce n’est qu’un bébé qui vient de naître. Procéder étape par étape, méthodiquement, telle est la voie. Une organisation digne de ce nom est l’outil incontournable. Cela suppose également que l’on respecte la loi. Nous veillons scrupuleusement à ce que personne ne cherche à la violer. La commune est en plein essor. C’est certain. Nous allons très prochainement recueillir les fruits de nos efforts. Nous organisons de nombreuses réunions. Nous engageons de multiples débats. Quant à l’opposition, elle est dans les cordes. Les maires et les gouverneurs qui la représentent sont sur les dents, parce qu’ils sont contraints à leur corps défendant de transmettre le pouvoir au peuple ».el-peladero

Les nuages de terre que soulève la camionnette engagée sur le chemin de terre, l’accompagnent jusqu’au seuil de la maisonnette. L’atmosphère compacte rend plus oppressante la chaleur de midi qui s’abat sur les environs immédiats. Ici et là, quelques pauvres vaches paissent le long de la piste poussiéreuse. Au centre de ce paysage désolé, se dresse un maisonnette solitaire, qui semble avoir été comme déposée ici, sur ce sol sec et cassant. Une clôture de cactus complète le décor. Ce tableau d’ensemble est caractéristique du grand problème qui affecte d’une manière récurrente cette zone agricole : le tragique manque d’eau.

La nuit s’abat sur le toit de zinc de la galerie attenante au logement de Marylis, qui accueille ce soir, quelques communardes et communards qui se retrouvent ici après une journée de travail au Mercal local (magasin d’État qui vend les aliments bon marché) et la visite à ceux qui bénéficient du réfectoire communautaire. Les familles de pêcheurs et certaines personnes liées aux Unités de Production Familiales sont de celles qui le fréquentent assidûment. C’est à ce moment de la journée que les moustiques locaux profitent de leur festin quotidien. La chaleur de Maracaibo est de celle qui pourrait effrayer le Diable en personne. Toutefois, une brise bienfaisante la chasse peu à peu. Malgré toutes les contradictions et les problématiques, avec tous leurs désaccords, les erreurs et réussites, les communardes et aux communards de « El Curarire » continuent à parier sur l’organisation.

Texte : Martín Di Giácomo. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-organizacion-como-bandera/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1Co

el-puentepescador-fabricando-la-atarrayaGanado-lecheroNiños-de-la-comuna-el-curarire-la-diversión

Depuis l’Orénoque, pour que le peuple gouverne

Puente-sobre-el-río (1)Sur la rive droite de l’Orénoque, à quelques kilomètres de l’endroit choisi par Simon Bolivar pour célébrer le Congrès d’Angostura en 1819, sept cents familles qui se consacrent à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche artisanale s’organisent au sein de la Commune socialiste Panapana. Avec ses presque 160 000 hectares de superficie, la Commune coïncide dans toute son extension avec le secteur du même nom, et fait partie de la municipalité d’Heres, dans l’état de Bolivar. Un endroit à l’extraordinaire potentiel et engagement révolutionnaire.

Une histoire qui ne fait que commencer

La commune socialiste Panapana a été enregistrée en octobre 2013 mais son parcours a commencé plusieurs années auparavant. Avec le vote de la Loi des Terres impulsée par la Révolution Bolivarienne, depuis 2007, des milliers d’hectares sont passés aux mains de familles qui voulaient un morceau de terre pour la travailler. Jusque-là, ils appartenaient à une poignée de grands propriétaires terriens, installés au sommet d’un régime économique aux caractéristiques semi-féodales. Avec ce système – instauré il y a trois cents ans sur la base de l’exploitation des peuples indigènes Karina et Warao, originaires de la région-, les terres se trouvaient en majorité délaissées et ceux qui les travaillaient, le faisaient dans les pires conditions. Pendant ce temps, les pêcheurs se débrouillaient pour subsister au bord du fleuve. Mais il a suffi de l’impulsion donnée par la démocratie participative pour que les choses commencent à changer.

Vers 2008, les premiers conseils communaux furent organisés, en 2010 –suivant l’exemple des habitants du secteur de Marhuanta- ils créèrent leur propre Salle de Bataille Sociale. «Comme groupe de porte-paroles qui voyaient les allocutions du Commandant Chavez dimanche après dimanche, nous sommes allés voir ce que c’était que cete Salle de Bataille Sociale », raconte Andres Salgado, actuel membre de l’organe exécutif de la commune. « Et depuis lors, nous avons avancé, avancé ».

Le nom choisi pour cette naissante Salle de Bataille Sociale fut « La fille des vainqueurs d’Angostura ». C’est Vladimir Carpio, aujourd’hui parlementaire communal, qui a fait la proposition, approuvée ensuite en assemblée. « Beaucoup de gens ont proposé un nom », explique Andres, « mais celui que nous avons choisi nous a semblé avoir un sens profond, symbolique ».Wladimir Carpio« Au départ, nous ne parlions pas de commune, mais par contre nous devions agir collectivement. Toujours tenter d’unir des forces pour résoudre les problèmes qui sont communs », dit Jovanny Gonzalez, parlementaire du Conseil Communal Ezequiel Zamora et l’un des promoteurs. Gonzalez raconte que durant 2011 et 2012 ils se réunissaient pour lire et débattre sur les lois du Pouvoir Populaire, votées en décembre 2010. Chemin faisant, des organisations communautaires de la paroisse sont venues s’ajouter, jusqu’à atteindre le nombre de 14 Conseils Communaux et trois conseils paysans en 2013, lesquels ont approuvé la charte de fondation et ont formellement donné naissance à la commune.

Agriculture, élevage et pêche

Foto-3-PanapanaComme d’autres régions du pays, cette zone se trouve unie au souvenir du premier « Libertador ». En plus du nom de l’État, la ville qui se trouve à sa tête s’appelle Ville de Bolivar. Il y a deux siècles, en pleines luttes anticoloniales, son nom était Angostura et il y avait à cela une explication géographique simple : il s’agit de l’endroit où la traversée du fleuve Orénoque est la plus courte, car le fleuve se rétrécit. Là cohabitent les familles qui vivent de la pêche avec ceux qui cultivent le sol et élèvent du bétail. La terre est rouge et à certains endroits plus sablonneuse. Il s’agit d’un endroit où prédomine la plaine, avec quelques ondulations de terrains et de nombreux cours d’eau. La géographie n’est pas un obstacle pour les terres agricoles, mais en revanche elle limite la mécanisation. Un peu plus de 3000 hectares peuvent être travaillés de cette façon et les travailleurs communaux s’emploient à inverser la tendance de faible productivité, caractéristique du modèle qu’ils tentent de modifier.

Actuellement on produit du maïs, du piment, des haricots, du manioc doux et amer ; ainsi que des fruits comme la pastèque, le melon, la mangue et la papaye. Par ailleurs les familles ont des petits élevages bovins, porcins, ovins et avicoles. Vladimir Carpio précise qu’environ 35% des terres ne sont pas exploitées parce qu’elles se trouvent aux mains de personnes qui les « laissent en friche » pour les vendre ensuite. « Vous voyez ? Toutes ces terres qui ne servent à rien », montre Carpio, alors que nous roulons vers l’Est sur l’autoroute qui relie Ciudad Bolivar à Puerto Ordaz. « Nous, en tant que Commune, nous allons essayer de les défendre et de les mettre au service de la communauté ».

L’un des projets clé de cette stratégie est celui de l’usine de traitement d’aliment intégral, dont l’exécution se trouve paralysée, selon les travailleurs communaux, du fait de l’absence de réponse de certaines autorités impliquées dans l’octroi des permis. Parmi elles, le Ministère de l’environnement, qui tarde à approuver la déforestation de 15 hectares de terres sur lesquels portera le projet.

En même temps, on promeut une mécanisation croissante qui permettra de semer du maïs, du sorgho et du soja sur 3200 hectares, dans l’idée d’approvisionner l’usine en produits à traiter. Selon leurs estimations, la provision assurée de ces produits rendrait possible la production d’environ 2000 tonnes d’aliments équilibrés par mois, qui peuvent être destinés à engraisser le bétail, augmenter la production de viande et de lait produites. Considérant que l’un des obstacles pour l’augmentation de cette productivité est le manque de machines agricoles, on voit qu’il y a des situations bizarres dans la région. Robert Lopez est parlementaire du Conseil Communal Angosturita et montre avec fierté un tracteur passant la herse sur un terrain communal. La machine d’origine biélorusse, a été récupérée en août 2013. Elle était aux mains d’un grand propriétaire, cédée à celui-ci par un fonctionnaire de l’État national.

« Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux »

Cet exemple de contradiction entre les Communes et l’État en transition, et d’autres du même type, se succèdent dans les conversations. « Ici, on manque de soutien de la part des institutions », répète Vladimir. « Il y a des maires et des gouverneurs à qui le mot commune  écorche les oreilles, c’est une honte. Vous savez une chose ? Il y a une certaine peur de l’autogouvernement, même dans quelques secteurs gouvernementaux ».

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons du fleuve, on voit des communautés plus pauvres. Là, on peut voir des habitations de fortune en roseaux et en terre qui abritent des familles de pêcheurs qui élèvent également des petits animaux et sèment quelques fruits. Jorge Caraballo est l’un des personnages référents de la communauté Los Negritos. En plus d’encourager les semailles de melon, pastèque et potiron, sa principale activité consiste à acheter et vendre du poisson. Le rayado, le dorado, le coro coro, le coporo, la palometa, le paisano, la guitarilla, le huara huara sont quelques-unes des espèces présentes dans l’Orénoque.
Jorge CaraballoPanapana-pezJesus-Caraballo2D’un naturel plutôt réservé, Caraballo cesse d’être bref en paroles lorsqu’il se met à parler du projet piscicole de la commune. Il ôte sa casquette et la remet alors qu’il détaille l’initiative. L’idée est de créer des lacs artificiels dans les zones au bon potentiel de pêche. On y mettra des espèces de poisson originaires de l’Orénoque.

Il s’enthousiasme également lorsqu’il pense à l’autre composante du projet. La proposition consiste à créer une Ecole de Formation Technique Agro écologique. Il précise : « Avec une formation révolutionnaire socialiste, car pour renforcer la Révolution, tu dois former des personnes sur la base de critères socialistes,  qui, lorsqu’ils s’en iront, porteront ce message ». Cependant, le projet se trouve également retardé pour des raisons bureaucratiques, ce qui l’irrite profondément,  de la même façon que toutes les décisions prises sans connaître la communauté et son environnement. « Malheureusement, nous avons des gens qui décident et qui n’acceptent pas des idées réalisables », commente-t-il, résigné pour le moment.

Plus de solidarité et plus d’équilibre

« Tu dois apprendre à vivre dans le socialisme », dit José Hernandez, porte-parole du conseil communal Ribera del tambor, pour expliquer sur la raison pour laquelle, selon lui, la formation idéologique manque de force, situation qui crée parfois des injustices, des tensions et des difficultés.

« C’est que nous sommes en train de construire une société différente de celle qui nous vient de la colonie » ajoute-t-il. « Qu’est-ce que cela signifie ? Renoncer aux vices et aux intrigues. Le socialisme c’est un autre truc. C’est : amour, égalité et respect ».

De même que d’autres travailleurs communaux, Hernandez se plaint du fait qu’il continue d’y avoir une grande quantité de déséquilibres dans la commune. Parmi eux, il mentionne le besoin de logements des communautés comme celles de Los Negritos ou Angostura Cruce de Bolivar. Actuellement, la commune construit 84 logements, mais aucun ne se trouve dans ces secteurs. « Nous demandons 116 autres logements pour répondre aux besoins les plus urgents de la communauté. ». Le transport et la santé sont d’autres projets prioritaires pour les communautés, dans des zones d’accès difficile. Dans ce dernier cas, on travaille pour qu’un module de Barrio Adentro (centre de santé public et gratuit) s’installe dans la zone.

Quant au transport, les habitants et habitantes des communes racontent que les moyens de transport qui circulent sur l’autoroute ne s’arrêtent pas au milieu de leur trajet. C’est pour cela que dans l’immédiat, ils sont contraints de gérer des unités de transport communal qui puissent représenter une alternative à ce problème récurrent et qui fait perdre un temps précieux aux membres des communautés.

Combattant(e)s de l’Orénoque

Emes-Sifonte-Emmes Ventura Sifontes est porte-parole du Conseil Paysan Fortaleza Revolucionaria. Né il y a 49 ans au bord du fleuve, il raconte que dans le secteur on aurait besoin d’un centre d’élevage de double dimension (viande et dérivés) pour lequel a été demandé un soutien initial qui permettrait d’acheter 25 têtes de bétail et de monter les installations pour une étable mécanisée, une fruitière et un abattoir.

On est jeudi matin et dans un moment se réunira de façon extraordinaire le Parlement communal. Alors que la conversation va bon train, nous attendons qu’arrive Yudith Mareno, porte-parole et parlementaire du Conseil communal Angostura Cruce de Bolivar ; c’est le secteur le plus éloigné de l’autoroute et par conséquent où l’on a le plus de problème pour se rendre aux réunions. Emes nous explique : en ce moment, le temps s’est arrêté. « Pour l’heure le processus n’a pas abouti ». « Très peu de gens ont pu en profiter ». Néanmoins, il considère que c’est une avancée que d’y participer, de faire part de ses questions et de construire une commune. Nous en sommes là lorsque Judith apparaît dans la campagne, une femme brune de 46 ans, au large sourire et pleine de détermination. Avec elle et plusieurs camarades, nous nous rendons au Parlement.

S’organiser pour tout ce qui manque

Un peu plus de 40 personnes sont réunies dans l’enceinte d’Oscar Mendoza. Parmi elles, onze femmes. Des chaises en bois et en fer sont disposées en demi-cercle dans le garage de la maison. A une extrémité, la table du Comité Exécutif. Derrière, une banderole où l’on peut lire : « Chavez, cœur de ma Patrie ». Un peu plus bas, une autre affiche, plus petite : « Maduro président, les travailleurs construisent le socialisme ». De l’autre côté, face à la table de l’exécutif, sont affichés au mur des dessins de réservoirs australiens et des connections pour le projet de pisciculture.  Ils constituent les preuves visibles du travail d’organisation qu’ils sont en train de réaliser aux côtés d’un ingénieur de Corpoelec (entreprise publique d’électricité) qui soutient le projet.panapana-4Des dizaines de sacs de ciment empilés témoignent des travaux d’avancement de la Grande Mission Logement.  L’assemblée extraordinaire du Parlement Communal est un moment intense. Un à un, les camarades demandent à figurer sur la liste de prise de parole ; parfois, des interruptions et des affrontements verbaux ont lieu. D’un côté, il y a de la colère face à certains secteurs de l’État, y compris au ministère des Communes, parce qu’ils font traîner inutilement certaines démarches. On mentionne tout spécialement le cas de Fundacomunal, à partir de l’intervention d’une camarade qui affirme qu’elle tente d’enregistrer son conseil communal depuis plus d’un an pour finir par se rallier à la commune selon les règles. Il y a une grande diversité d’opinions sur un sujet puis sur un autre : les projets socio-productifs, la relation politique avec le gouverneur et le maire et finalement, la possibilité d’incorporer de nouveaux conseils communaux qui jusqu’alors n’avaient aucune vie à Panapana socialiste, et même la méthode pour rendre les sessions plus opérationnelles. Dans ce cadre, la matinée passe vite tandis qu’on avance dans l’ordre du jour. Trois conseils communaux sont acceptés par le Parlement comme membres à part entière.JudithLors de la clôture, nous échangeons quelques propos avec Judith Moreno, la parlementaire d’Angostura Cruce de Bolivar, avant qu’elle ne reprenne son long retour chez elle. Yudith vous regarde droit dans les yeux et l’on ne peut douter du cœur qu’elle met dans ses paroles. « Pour moi, Chavez est vivant », répond-elle au sujet de l’absence-présence du Commandant. «  Chaque fois que je me lève et que je dois sortir dans la rue, je sens que mon président est là », dit-elle émue. Elle sait que la lutte est remplie de pièges, qu’arriver aux sessions de la commune fait partie des défis qu’il faut surmonter. Elle raconte que dans des occasions antérieures elle a dû éviter des couleuvres, des ours et des singes araguatos. Ce n’est pas une métaphore. « De chez moi à l’autoroute, je marche 9 kilomètres où il y a de tout », explique la porte-parole. Pour couper, elle doit faire une partie du chemin en traversant un fleuve avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sinon, comme pour cette fois, elle marche sur presque deux mille mètres pour qu’une petite embarcation- une curiara- la rapproche de la rive proche du champ d’Emes et de là, se remettre en chemin sur plusieurs kilomètres.  Au Parlement où il n’y a presque que des hommes, Yudith est une des exceptions qui sont en train de changer l’histoire. « Je suis la combattante qui se bouge, hein » ; je vais là où je dois aller avec mon guide devant », affirme-t-elle. D’une voix posée, elle explique les manques en matière de logement, de viabilité, de transport, d’eau potable, de santé. Ses attentes passent par l’apport de solution à cette dette historique qui a traversé toute sa vie, gouvernement après gouvernement. «  Voir à quel point ma communauté me donne la force de continuer tous les jours dans cette lutte », ajoute-t-elle. Aujourd’hui elle a un projet et elle souhaite le mener à bien avec les autres communautés. « Avec la Commune, on est en train de réaliser des choses qu’on avait jamais vues. »

Texte : Fernándo Vicente Prieto. Photos : Oscar Arrias

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/desde-bolivar-para-que-gobierne-el-pueblo/

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1C6

L’héritage de Chávez, les communes.

Dans son offensive nationale et internationale, la vulgate de la droite médiatique voulait faire croire que la disparition de Chavez entraînerait la lente dissolution de la révolution bolivarienne. En réalité, c’est en ce moment que son principal héritage commence à déployer ses ailes.

Par Mario Sanoja et Iraida Vargas *

MG_9764

On a beaucoup parlé, beaucoup écrit sur l’héritage de Chavez, or ce n’est qu’aujourd’hui que, sous l’impulsion du Président Maduro et de son équipe, commence à s’incarner son idée centrale pour transformer la société vénézuélienne. Dès 2007, Chavez expliquait : “Tous les moteurs constituants sont tributaires ou convergent vers le cinquième (moteur), qui est le plus grand, le plus puissant, le moteur essentiel. Lequel ? L’explosion révolutionnaire du pouvoir communal, les conseils communaux… ” (Chávez 2007: 40).

Le Capital est encore profondément inscrit dans tous les secteurs de la culture et de la société vénézuéliennes, capable de dominer et d’influencer en sa faveur le processus de reproduction sociale, tout en étant incapable de résoudre les problèmes et les contradictions qu’entraîne son activité. Abolir ou au moins neutraliser les institutions spécifiques qui font l’hégémonie du capitalisme, doit être, est, le premier pas révolutionnaire dans la construction d’un nouveau bloc historique de pouvoir représenté par la future société et son État socialiste et communal.

Le système communal socialiste déjà existant et qui s’appuie sur les traditions des peuples originaires, constitue la forme spatiale concrète qu’acquiert la résistance populaire au capitalisme, fondée sur l’accumulation de connaissances et d’expériences, la structure sociale et spatiale des forces et de ses acteurs, l’enracinement dans la communauté et dans l’identité culturelle de classe.

A partir de la première décennie du vint-et-unième siècle, la construction d’une société communale socialiste exige que nous produisions une nouvelle cartographie de l’espace national avec les variables fondamentaux du pouvoir communal – les conseils communaux, les communes intégrées avec les réseaux socio-productifs et les missions sociales, pour articuler la chaîne de valeur des matières premières et diversifier la production au service des besoins économiques et sociaux de la population. Ces réseaux transversaux qui représenteraient une alternative post-capitaliste fonctionneraient comne un tissu de connections qui recouperait les centres urbains, stimulant la circulation, la distribution et la consommation de biens et de valeurs (Voir Vargas-Arenas y Sanoja 2014: en préparation).MG_9824

Jusqu’à présent le projet révolutionnaire a eu pour référence centrale la dimension macro-économique. Des esprits éclairés comme D.F. Maza Zavala avaient anticipé qu’au XXIème siècle l’aire de propriété purement étatique devrait être limitée par le développement d’autres formes avancées de propriété sociale, commune ou collective, que nous pourrions assimiler à l’actuel système communal. Maza considérait comme souhaitable que l’État conservât la propriété et le contrôle des activités productives basiques, mais observait que “la socialisation qui est par essence la domination du social par la société, exige la participation collective dans la prise de décisions, le contrôle des intérêts publics ou sociaux par des organisations et des dispositifs institutionnels de type populaire : approfondir la démocratie, éradiquer les élites de pouvoir et le pouvoir des élites, pour développer en leur place le pouvoir populaire” (Maza Zavala 1985: 135-136).

La dimension macro-économique du modèle qui a dominé le processus bolivarien a été affectée par l’actuelle crise du capitalisme, parce qu’elle n‘a pas pu dissocier l’économie et la société vénézuélienne du marché capitaliste promu par l’Empire mais, au contraire, a accru notre dépendance de ce marché. Le processus de socialisation, les communes, ce dont nous parlait Maza Zavala, a pris un nouvel élan sous le gouvernement du Président Maduro.maduro_23_enero_comunas_111377221436-540x360

La soi-disant crise de la révolution bolivarienne semblerait plutôt être un changement de front, une réorientation stratégique du processus en vue d’octroyer un rôle central aux communes, d’où la restructuration du gouvernement entamée par le président (1), discutée par les mouvements sociaux ou lors du récent congrès du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

La révolution bolivarienne a besoin de revoir son modèle économique, dont une bonne part est héritée des théories économiques de la vieille gauche vénézuélienne depuis les années 1950. Il est important d’évoquer la crise laborale que traversent les entreprises de Guayana et de rappeler à ce propos l’idée de l’économiste eurochaviste Luciano Vasopollo (224:BCV 2013) pour qui il faut différencier nationalisation et socialisation de la gestion économique : la disparition de la propriété privée – dit-il – n’implique pas sa socialisation immédiate.

La nationalisation des secteurs stratégiques (énergie, communications, transport, etc.), apporte des ressources nécessaires pour impulser une stratégie de redressement productif à court terme. Cependant, soutient Vasopollo, la propriété étatique ne garantit pas per se le contrôle des travailleurs(ses) sur leur propre travail ni ne garantit le socialisme.

Si le monopole d’État n’est pas contrôlé directement par les organismes populaires, comme le plaidait également Maza Zavala, celui-ci pourrait retomber dans l’autoritarisme syndical mafieux, le bureaucratisme sydical contre-révolutionaire et inefficace comme c’est le cas au sein des entreprises basiques de Guayana. Sans contrôle démocratique de la part des organismes populaires, la propriété d’État finit par créer et privilégier une nouvelle classe sociale qui surgit du monopole de la gestion étatique des moyens de production (Álvarez 2003; Idem 2010: 58-74).

Comme le note également Vasopollo “… Ce n’est que lorsque s’effectue le contrôle social du processus de production, que la possession des moyens de production est exercée par les unités productives elles-mêmes et que celles-ci, depuis leur environnement immédiat, prennent des décisions sur les investissements et sur le changement technologique, qu’on peut parler d’une autonomie relative de ces unités, autonomie qui peut être accompagnée – ou non – de la condition correspondante de “sujet juridique” …”

Le socialisme, à quelque niveau que ce soit, dit Vasopollo, ne peut être pensé ni construit s’il n’est fondé sur une base solide de démocratie directe qui permette de concevoir la planification sur la base de la connaissance directe des besoins individuels et collectifs (sociaux, d’entreprises, environnementaux, etc.), s’incarnant dans des processus tels que le président Maduro les a baptisés : gouvernement de rue et dialogue sur la production avec les petits et moyens entrepreneurs.

Pour mettre en marche les critères de l’efficacité micro-économique, il serait nécessaire que le gouvernement révolutionnaire dessine et mette en pratique la création d’une culture du travail appropriée, basée sur des valeurs sociales de solidarité collective qui s’oppose à l’opportunisme syndical et au consumérisme individuel qui sont à la base du capitalisme. De la même manière, poursuit Vasopollo, il est non seulement nécessaire de changer la forme et le contenu des fonctions d’utilité micro-économique, en maintenant par exemple la possibilité de répartir le temps de vie entre travail et loisir, mais aussi d’élargir les possibilités qu’a la population de choisir des alternatives autour de ce thème.comunas-2-

Construire le socialisme, toujours selon Vasopollo, c’est promouvoir un changement d’hégémonie culturelle qui inverse les liens de causalité entre économie et politique “…comme on est déjà en train d’en faire l’expérience entre pays de l’ALBA…” redéfinir le discours politique à partir de la centralité de la planification socio-économique…” (BCV 2013: 802), en l’orientant vers un modèle de développement socio-économique auto-déterminé, autogestionnaire, centré sur les ressources et les économies locales et qui valorise en même temps les traditions culturelles et productives, renonçant à importer tant de marchandise inutile qui ne sert qu’à un système de consommation à outrance et insoutenable.

En somme il s’agit de créer la société communale car le passage d’un mode de production à l’autre, à la société post-capitaliste, dit Vasopollo, suppose fondamentalement la présence organisée d’une subjectivité révolutionnaire, exprimée dans le cas vénézuélien par la commune.

La création d’une nouvelle hégémonie culturelle requiert de manière incontournable l’élargissement des espaces politiques où les processus participatifs qui impulsent les processus autodéterminés et autogestionaires puissent s’exprimer avec plénitude : les communes, les conseils communaux, les conseils de travailleurs, les conseils paysans, les conseils étudiants, etc., semences d’une démocratie authentiquement participative, du pouvoir populaire constituant, de la nouvelle société socialiste vénézuélienne (Álvarez 2010: 145-158).MG_9785

En ce sens il est nécessaire de considérer la pertinence d’un système politique de représentation comme celui développé par le PSUV dans lequel les délégué(e)s, porte-paroles des Unités de Bataille Bolívar Chávez (UBCH) doivent se maintenir à tout moment au contact de leurs bases pour guider et orienter le travail et éviter le bureaucratisme.

Le modèle d’intégration civico-militaire vénézuélien, dont l’artisan fut le président Chávez, a joué un rôle de stabilisation fondamental face à l’insurrection armée de secteurs de l’extrême droite vénézuélienne. Selon la nouvelle doctrine militaire vénézuélienne, en cas d’urgence nationale, les forces armées ne resteraient pas les bras croisés à attendre que l’envahisseur ou l’ennemi intérieur agisse contre la révolution mais déploieraient une guerre de résistance populaire appuyée sur le système communal. C’est pour cela que les contigents réguliers ou les forces liées au système communal doivent sentir qu’ils défendent la souveraineté nationale et qu’ils sont aussi les constructeurs actifs du socialisme vénézuélien.

* Anthropologues et historiens vénézuéliens.

Note

(1) Voir “Le Venezuela accélère la transformation du pouvoir citoyen en gouvernementhttp://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%C2%A8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%C2%A8/


Références citées:

- Álvarez R, Víctor. 2003. Hacia donde va el modelo productivo. Centro Internacional Miranda. Caracas,
-Álvarez R., Víctor. Del Estado Burocrático al Estado Comunal. Centro Internacional Miranda, Caracas,
-Chávez Frías, Hugo. 2007. Poder Popular: Alma de la Democracia Revolucionaria. Gobierno Bolivariano de Venezuela, Caracas.
– Maza Zavala, D.F. 1985. Ensayos sobre la Ciencia y la Política Económica. Academia Nacional de Ciencias Económicas. Serie Ensayos. Caracas.
-Vargas-Arenas, Iraida y Mario Sanoja Obediente. 2013. Lectura geohistórica de Venezuela. El espacio Nacional y la Sociedad Comunal Socialista. Primera edición. Caracas. Segunda edición revisada, corregida y aumentada (en preparación).
-Vasopollo, Luciano. 2013. Análisis de los Sistemas Económicos. Banco Central de Venezuela, Caracas

Source : http://www.comunaactiva.org.ve/2014/08/el-legado-de-chavez-las-comunas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1AV