Commune Carlos Escarra, comme le vent dans la nuit : un an de présidence Maduro

Ce 19 avril 2014, Nicolas Maduro vient d’accomplir sa première année de Président de la République. Mauvais perdants, Le Monde ou le Figaro (France) mettent en ligne des performances tournées dans des quartiers huppés par quelques dizaines de militants de droite avec des légendes telles que ¨les vénézuéliens protestent pieds nus contre Maduro¨ ou ¨les vénézuéliens se dénudent contre Nicolas Maduro¨. La réalité est que 95 % des vénézuéliens sur 99 % du territoire vaquent à leur travail, profitent du Festival International de Théâtre de Caracas ou de leurs vacances à la plage ou à la montagne; que les partis de la droite traditionnelle ont fini par s’asseoir à la table de dialogue proposée par Maduro sous l´égide des chanceliers de l’UNASUR et ont accepté de collaborer aux plans de sécurité et de développement économique. Malgré sa stratégie de violence anti-électorale, malgré l’appui des États-Unis et du paramilitarisme colombien, malgré l’aval sans précédent des médias internationaux, l’extrême-droite n’a récolté que la désapprobation de la grande majorité, comme l’indiquent les sondages privés, et est resté confinée à quelques quartiers riches. Il est, par contre, une critique précieuse, que les grands médias ne relaient jamais, celle de citoyen(ne)s qui tentent d’édifier contre toutes sortes d’obstacles, la démocratie participative au Venezuela.

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Nicolas Maduro en conseil des Ministres

T.D., Caracas le 20 avril 2014

La critique populaire, levier du changement.

Le président Maduro a rappelé les huit lignes d’action urgentes qui commencent par le Plan de Paix et de Sociabilité, déployé avec l’appui des mouvements sociaux et de jeunesse. Deuxième ligne, maintenir l’offensive économique, notamment en vérifiant sur le terrain l’application de la Loi des Prix Justes pour protéger la hausse de 59 % du salaire en faveur des travailleurs. Troisième ligne, l’accélération de la Grande Mission Logement Venezuela et de la Mission Quartier Nouveau, Quartier Tricolore, dont Nicolas Maduro a récemment critiqué la lenteur. Quatrième ligne : approfondir tous les mécanismes du gouvernement de rue, en tant que dialogue permanent des ministres avec la population exprimant ses besoins et ses critiques. La cinquième ligne recueille l’insatisfaction généralisée (pointée par le président lui-même) de la population envers un système d’hôpitaux publics mal géré au point que, malgré le financement d’État, les patients en sont réduits à acheter eux-mêmes le matériel chirurgical. En sixième lieu vient le Plan d’Eau et l’accélération de la Mission Arbre qui sémera 3 millions 500 mille espèces pour remplacer les 5000 arbres coupés par les groupuscules d’extrême-droite pour leurs barrages. Septième ligne, l’impulsion du pouvoir populaire à travers la construction des communes et, last but not least, la huitième ligne qui vise le renforcement des services publics.

Cette nouvelle offensive débutera ce mardi 22 avril et a été résumée par Maduro en ces termes : ¨aucune bataille ne se gagne sans le peuple. Il n’y a pas de bataille en révolution qui se remporte sans la participation du peuple. C’est inimaginable". Les ressources existent, le programme existe (le ¨Plan Patria¨ sorti des urnes), le volontarisme de Maduro aussi. Tout va se jouer dans la capacité du gouvernement à s’appuyer sur la critique populaire pour cerner les mille et un problèmes concrets, quotidiens de la gestion de l’État, les multiples manquements, désorganisations, mafias qui asphyxient encore bon nombre de services publics, pour établir les causes précises, sanctionner et limoger les responsables.

Faisant le bilan de sa première année de travail, Nicolas Maduro a rappelé que le taux du chômage pour février (7 ,2 %) est le plus bas de l’Amérique latine et a insisté sur le fait que durant les années 1990, plus de 60% de la main d’oeuvre vénézuélienne se cantonnait au secteur dit informel, ou relevait du sous-emploi. À ce jour, grâce à la révolution bolivarienne, 61% des travailleurs du pays bénéficient d’emplois de qualité.

Le président a relevé que selon les statistiques, 39% de la population laborieuse active exerce encore une activité professionnelle dite informelle. Cependant, contrairement à la situation précaire qui la caractérisait 16 ans auparavant, celle-ci jouit de nouveaux droits sociaux comme la pension, l’éducation, la santé (gratuite) et l’alimentation (accès gratuit aux aliments de base/de première nécessité).024_ma_81082_1381621991

Nicolas Maduro a rappelé que 2013 fut l’année de la guerre économique mais que durant la même période, les revenus des ménages auront bénéficié d’une hausse, passant de 6 mille 252 à 8 mille 514 bolivares : « Nous avons eu à subir une inflation de 56% durant cette période de la guerre économique. J’ai cependant veillé à ce que l’emploi et les salaires n’en subissent pas les contrecoups. Et ce, dans tous les domaines où cela a été possible. Les augmentations générales que nous avons pu accorder cette année ont atteint les 59%, c’est-à-dire, 3 points au-dessus de l’inflation. Je craignais que les acquis sociaux accusent un léger tassement. Cependant, la pauvreté généralisée a reculé de 19,6%. Tous les efforts fournis en valent donc la peine. Poursuivre dans cette voie, tout en luttant, cela en vaut la peine. Parce que la construction du socialisme ne peut être menée à bien qu’en luttant ».

L’étape économique concerne la ¨conversion des municipalités et des états en producteurs de biens fondamentaux¨, dans le cadre du renforcement de la productivité nationale et de la solution de l’approvisionnement. Le président vénézuélien a expliqué qu’« il est tout bonnement impensable d’imaginer une quelconque forme de socialisme sans les communes », raison pour laquelle la démocratie communale est la pierre d’angle du projet de transformation politique que la Révolution entend mener à son terme. Maduro insiste sur l’importance de cette donnée essentielle : le niveau de conscience auquel le peuple a accédé depuis quelques années déjà. A ce jour, pas moins de 600 « communes » ont été enregistrées sur l’ensemble du territoire national. Le Plan Patria prévoit pour la période 2013-2019, un accroissement notable – à la fin de cette année, on devrait en compter 900 dans tout le pays, semblable à la Commune Carlos Escarra…

Commune Carlos Escarra, comme le vent dans la nuit

ISOLIS-COMUNA-CARLOS-ESCARRÁAu moment où Isolis a terminé sa tâche consistant à placer en cercle les chaises du local, la tombée de la nuit s’annonce, accompagnée des premières rafales de vent. Les étoiles se sont peu à peu substituées au soleil. On observe peu de voitures dans les rues, tandis que la chaleur ne laisse aucun répit. Les forêts, les cours d’eau et les oiseaux de la montagne toute proche sont là, qui occultent la présence de quelques villages, et un peu plus loin, de la Mer des Caraïbes.

La tranquillité qui préside à la préparation de l’assemblée communale locale, contraste d’avec la situation qui était celle de ce secteur, un mois auparavant. Il est inutile de s’interroger longuement : ici, les locaux du supermarché ont été saccagés ; le kiosque maculé de peinture et laissant apparaître des traces de fumée noire ; l’arepera socialiste (chaîne publique d’alimentation rapide, qui vend la galette de maïs à un prix largement inférieur à celui des areperas commerciales) a subi le même sort, dont le toit qui a été arraché aura été transformé en barricades par des militants d’extrême-droite.

Ces événements se déroulèrent entre les 21 et 24 février derniers. « Le saccage n’était pas encore terminé, que les habitations des leaders chavistes du quartier ont été attaquées », nous explique Isolis. Ce furent des nuits d’émeutes – voies de circulation coupées, usage de cocktails molotov, et recours à une bonbonne de gaz avec laquelle on a voulu faire exploser la arepera ; des nuits, qui auront conféré aux actes de violence de la droite, toute leur force et leur radicalité.

Toutefois personne n’a reculé. Alors que les dernières clameurs de l’émeute s’étaient tues, la « commune » Carlos Escarra a renoué avec ses activités sur la place principale du quartier El Limon, dans la ville de Maracay, Etat d’Aragua. C’est en ce lieu, que se réunissent -comme tous les lundis- Isolis Rivas et les autres communard(e)s. Le silence venu, les débats de l’assemblée débutent. Cette fois-ci, les échanges porteront sur le renouvellement des porte-parole des conseils communaux ; sur les actions de la mission Mercal (marché d’aliments, programme de distribution de nourriture subventionnée, créé aux Venezuela en 2003) ; la construction de nouveaux lieux d’habitation ; les activités culturelles ; les leçons à tirer de la participation à la Conférence pour la Paix qui s’est déroulée la veille à Caracas en présence de l’opposition. De nombreux thèmes sont abordés, d’autres réétudiés.

mujeres-en-la-asamblea-comuna-carlos-escarráParties constitutives de la « commune », 14 conseils communaux en tout, participent à ces réunions. Sept ans auparavant, lorsque cette expérience prit corps, leur nombre s’élevait à 4, tout disposés à faire cause commune. Ils se fixèrent un but : susciter la naissance de nouveaux conseils communaux. Pour ce faire, ils entrèrent en relation avec les diverses communautés et associations du quartier. En somme, la naissance de la « commune » a relevé du désir, de la recherche obstinée. Isolis apprit cette vérité : « les "communes" ne se décrètent pas, leur fondation découle d’un besoin émanant du peuple ». Une recherche obstinée ? Assurément. Comme l’a déclaré l’écrivain argentin Roberto Arlt : « le futur est nôtre, du fait de la toute-puissance du travail ». C’est ainsi que se fit « Carlos Escarra », avec du travail, de la volonté. Tel était le défi à relever. « Tout ce que nous avons acquis en matière de santé, résulte de la lutte populaire », déclare Isolis qui passe en revue les avancées obtenues dans ce domaine : une salle de rééducation, un centre de haute technologie, un service d’odontologie et de médecine générale. S’octroyer l’espace qui verra l’édification du permier centre de santé, fut la première étape. « La communauté entra en lutte. Chaque jour, 200 personnes se retrouvaient, et toutes les nuits des tours de garde étaient assurés. Nous avons en quelque sorte autonomisé cet espace, prenant ainsi, notre vie en main ». A l’heure actuelle, Isolis s’en occupe. Chaque matin à 7h30, les portes s’ouvrent désormais sur une réalité tangible, conquise de haute lutte. En le faisant, l’on aperçoit un peu d’une colline, un bout de ciel, et une médecin cubaine

Cette lutte n’a pas uniquement concerné le domaine de la santé. En effet, lorsque ces actions collectives débutèrent, le maire appartenait à l’opposition anti-gouvernementale et fit de la résistance. Cette situation de confrontation n’a pas cessé. Des 4 maires chavistes qui lui ont succédé, tous, comme l’explique Isolis, « ont trahi la révolution ». La dernière personne a avoir exercé cette charge n’a pas dérogé à la règle : « elle menait une politique générale contraire au décisions des citoyens, elle rejetait les projets que nous lui présentions, elle s’entourait de personne liées à l’opposition, et elle ne reconnaissait aucune légitimité aux conseils communaux. Elle a de plus trempé dans des affaires de corruption ».

¨Peu de personnes issues des institutions ont cru en nous.¨

Puis sont apparus différents acteurs du chavisme. Isolis raconte : « Peu de personnes issues des institutions ont cru en nous. Ils n’acceptaient pas vraiment ce que nous faisions au niveau des « communes » ». Ils ne nous appuyaient en rien. Néanmoins, nous avons pris la décision de ne pas nous heurter à eux. Et parce que nous avons été constants dans nos actions, nous nous sommes peu à peu imposés ».

Il y a quelques minutes, l’assemblée a mis fin à ses travaux. La rue retourne à son silence, et la place à sa solitude.
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Lorsque Isolis parle des institutions, elle ne réfère pas seulement à la mairie, mais aussi à celui que l’on connaissait sous l’appellation de Ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et la Protection Sociale - aujourd’hui, pour les Communes et les Mouvements Sociaux ». « On nous ignorait. On n’avait pas voix au chapitre. » Cette situation a bien changé : « aujourd’hui, ils nous respectent, et nous écoutent ». Peu à peu le rapport de sujétion qui présidait aux relations entre la « commune » et l’institution publique de tutelle, a fait place à une situation équilibrée, d’égal à égal. Ce nouvel état de fait, correspond bien selon Isolis, au projet bolivarien. A son esprit.

Cependant, au niveau de la mairie, les choses n’ont changé en rien. Notamment depuis les dernières élections municipales du 8 décembre dernier, qui ont vu le chavisme s’imposer au niveau national, avec un avantage de 700 000 voix. En effet, un maire issu de la liste Voluntad Popular (extrême-droite) a été élu. Les conséquences se sont rapidement traduites dans les faits : l’appui logistique et politique du maire aux récents épisodes de violence. Il a en particulier favorisé l’arrivée de personnes étrangères au quartier, qui ont participé aux actes de violence et de saccage.

¨On peut être chaviste, disciplinés comme le sont les militants du Psuv. Mais nous ne sommes pas des imbéciles, on ne supporte plus les trahisons.¨

« Nous avons requis l’intervention de la coordination régionale du Psuv (Partido Socialista Unido de Venezuela), sans succès. Après 4 années de mauvaise gestion révolutionnaire, nous avons perdu les élections municipales, et un maire de droite s’est imposé. » Isolis s’arrête un instant dans la nuit calme, conclut: « On peut être chaviste, disciplinés comme le sont les militants du Psuv. Mais nous ne sommes cependant pas des imbéciles, on ne supporte plus les trahisons ».

La journée de la « commune » commence tôt. Suivant le chemin qu’ils ont décidé de tracer de conserve, ces hommes et ces femmes ont peu à peu pris conscience de la nécessité de lutter, afin de fortifier cette auto-organisation populaire. Ils ont eu à relever plusieurs défis, comme celui de participer aux discussions internes au sein même du Psuv. Ils ont obtenu que les deux conseillers représentant le parti au niveau du quartier soient issus des conseils communaux de « Carlos Escarra ». Il en est toujours ainsi, à ce jour.

Brullerby Suarez est l’un de ceux-ci. « Les structures du Psuv opposent une certaine résistance au transfert des pouvoirs en direction du "pouvoir populaire". C’est pourquoi nous avons décidé de rejoindre les rangs du parti, d’y impulser des politiques publiques adéquates, de contribuer à sa transformation.  » Le même type de stratégie aura été appliqué aux Unités de Bataille Hugo Chavez. Tous leurs dirigeants étant par ailleurs des porte-parole des conseils communaux.blullerby

Pour quelles raisons ces dispositions ont-elles été prises ? En premier lieu parce qu’il s’agit de ne pas laisser le parti entre les mains de ceux qui manifestent une certaine réticence envers les « communes ». Brullerby : « La "commune", c’est le gouvernement de tous. Et nous souhaitons être à l’origine de politiques qui nous conviennent. Parce que dans le cas contraire, c’est nous qui en subissons les conséquences. Nous pouvons en transformer le contenu ».

Les tâches qui incombent aux conseillers relèvent d’un apprentissage dont bénéficient les intéressés, mais plus largement, la « commune » dont ils sont issus : de cette assemblée se réunissant chaque lundi, émergent les divers points retenus qui seront présentés à l’échelon municipal (mairie). « L’assemblée concocte les propositions d’ordonnances à prendre, en discute la teneur. Désormais, le pouvoir populaire exerce au sein même du Psuv, un contrôle et un suivi effectifs des diverses requêtes et prescriptions ». Quant au conseiller communal qui s’exprime ainsi, il passe le plus clair de son temps auprès de ses concitoyens du quartier qu’il représente. En tout état de cause, l’ensemble des ordonnances dont les conseillers communaux soutiennent la prise en compte, correspond à un objectif majeur : consolider le pouvoir populaire. Il en est ainsi d’une proposition en cours – stratégique- qui vise notamment à ce que les organes émanant de ce pouvoir populaire, puissent être partie prenante des décisions que le conseil local de planification publique est amené à prendre. Il s’agit dans un premier temps de procéder au désenclavement des sphères décisionnelles relevant de l’espace public, de l’Etat, et amorcer ainsi, le transfert du pouvoir, au profit des « communautés » organisées.

Incontestablement, l’Etat communal apparaît en toile de fond des propos de Brullerby. « Nous sommes de fervents partisans du nouvel Etat. C’est pourquoi nous souhaitons que dans le domaine de l’économie, les moyens de production soient transferés entre les mains du peuple organisé ».

A cette heure de la journée, les travailleurs de la fabrique communale de parpaings « El Torreon » profitent de leur temps de pause, tandis que ces derniers sèchent au soleil, en longues files. Quant aux travailleuses de la arepera, elles vendent des casse-croûte, des jus de fruits, des galettes de maïs, et proposent quelques menus créoles.las-mujeres-que-venden-arepa-en-la-comuna-carlos-escarrá

La première et la seconde constituent à elles deux, les Empresas de Propiedad Social (entreprises de propriété sociale de la « commune »). 7 personnes travaillent dans la briqueterie dont il est question ici. Sa production est destinée à la commune -en vue de la construction d’habitations- mais d’autres conseils communaux de Maracay qui peuvent en disposer. 9 communards assurent le bon fonctionnement de la arepera. Leur rémunération dépend du niveau de production atteint. En tout état de cause, le revenu des ventes couvre les dépenses afférant à la maintenance du parc des machines, et l’excédent s’élevant à 6%, est reversé à la « communauté ».

L’une des décisions notables qui a été prise -après accord entre les entreprises concernées et la « commune »- est celle-ci : ne pas augmenter les prix, suivant en cela l’inflation. Ce sera la réponse apportée à la guerre économique dont la droite est responsable. Prenons un exemple. Un parpaing estvendu 9 bolivares, alors que sur le marché traditionnel son prix s’élève à 18 bolivares.

« La marge bénéficiaire n’est pas importante. Toutefois, la recherche d’un enrichissement en ayant recours à la spéculation n’est pas la philosophie de ces espaces de travail. Elle consiste plutôt à vendre des produits socialement utiles. (Sont concernés, la production elle-même, mais aussi le parc des machines) ». C’est en ces termes que José Carrillo, le porte-parole de la briqueterie, s’exprime. Outre les deux entreprises dont il est question ici, il faut signaler l’existence de la Base Agroproductive Socialiste de La Limonera. Cet espace de production est dédié au maraîchage (notamment les légumes) et aux plantes aromatiques. Cette expérience -c’est la Mission AgroVenezuela qui en est à l’origine- se distingue cependant de la briqueterie et de la arepera : ce n’est pas l’autosubsistance qui se situe au cœur de l’expérience. En effet, une fois par semaine, chaque travailleur/paysan, reçoit une dotation incitative offerte par l’Etat. A moyen terme, se passer de ce dispositif est l’objectif qu’il s’agit d’atteindre. Et ce, afin que la base agroproductive puisse fonctionner telle une entreprise relevant du secteur de la propriété sociale.

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« De nombreuses personnes sont dépourvues d’une vision claire de ce qu’est le pouvoir citoyen »

Le travailleur agricole Angel Rivero, qui est par ailleurs membre du comité de l’agriculture urbaine au sein du conseil communal dont il dépend, analyse à son tour la situation : « la disparition de la culture du travail de la terre (semailles, coutumes et pratiques vernaculaires) est à l’origine des difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Tout cela relève d’un héritage très discutable. Celui du capitalisme qui aura tout à la fois misé sur la manne pétrolière, et laissé la paysannerie sombrer en déshérence ». Angel insiste également sur la nécessité d’atteindre la souveraineté alimentaire - « Hugo Chavez insistait sur ce point » dit-il. Chaque communauté chaviste s’est d’ores et déjà fixé ce but. Angel – accompagné de 5 autres journaliers – se rend chaque jour sur son lieu de travail. Ils y côtoient des brigadistes de l’Université Centrale du Venezuela, mais aussi de l’Université Bolivarienne du Venezuela. Très tôt le matin, avant que la chaleur ne soit trop intense, et que le soleil ne brûle par trop les sols. Il aura appris à s’occuper avec beaucoup d’attention des 34 parterres que compte la base agroproductive ; du potager (conuco, terme indigène). Il aura également appris à sarcler les betteraves et les légumes. A les irriguer, afin de donner vie à cette terre, qui n’attend que l’intervention de l’homme et de la femme pour leur apporter son aide à la production d’aliments dont a besoin la communauté à laquelle ils appartiennent ; mais aussi pour leur permettre de conquérir l’indispensable indépendance économique.

« Ces avancées obtenues de haute lutte, nous ne les abandonnerons pas à la droite », affirme Isolis, alors qu’au jour, se substitue peu à peu la nuit. Sur la place, les uns et les autres installent le matériel nécessaire à la projection d’un film documentaire. Les animateurs de l’espace culturel de la « commune » en sont les initiateurs. Cette séance est ouverte à tous. Pour le moment, la rue est encore silencieuse.

Mariale Caraballo et son compagnon, le nommé Dr F, sont les figures de proue de l’espace culturel « communal ». Ils travaillent notamment avec les jeunes gens du quartier, et organisent de nombreuses manifestations d’art urbain, tels que les tags, le skate, le hip-hop. Par ailleurs, Mariale et Dr F, sont chaque lundi partie prenante des assemblées du collectif auquel ils sont rattachés : Jalea 283. Ils s’emploient à concrétiser un projet qui leur tient à cœur : ouvrir des ateliers de production audio-visuelle relevant de leur « commune ». Cet espace serait composé d’un studio d’enregistrement, d’une radio et d’un téléviseur. « Ce sera un lieu dédié à la formation culturelle ».noche-de-pantallas-comuna-carlos-escarrá

Chaque jour qui passe, ce projet communal est dénigré par une droite qui ne manque pas de s’y opposer violemment. Depuis 3 ans à peu près, les tenants de cette droite ont adopté une nouvelle stratégie : noyauter les conseils communaux. C’est la raison pour laquelle des 18 qui sont actifs dans le quartier, 4 d’entre eux se sont détachés/séparés de la « commune ».

Selon Dr F, le début de réussite de cette entreprise d’infiltration résulte de ce qui suit : « De nombreuses personnes sont dépourvues d’une vision claire de ce qu’est le pouvoir citoyen ». Ce n’est pas tout. L’origine sociale -la classe moyenne supérieure- de ceux qui s’activent au sein de ces espaces communautaires est à prendre en considération. C’est la raison pour laquelle l’obligation de multiplier la création d’espaces communaux pourvus des instances de formation afférentes, relève de la nécessité absolue. C’est également, la raison d’être de ces séances de cinéma de rue ; c’est aussi ce qui motive la création du futur espace culturel.

Cela dit, non seulement la droite s’est attelée à détacher certains conseils communaux du « communalisme » chaviste, mais encore ses représentants ont décidé d’investir les organes de décision de la commune « Carlos Escarra ». Au sein même du conseil « communal » dont elle dépend, Isolis est confontée à cet état de fait. Sur les 110 personnes qui participent d’une manière active à ses activités, 94 sont chavistes, et 16 se situent dans l’opposition. « Leur stratégie est l’entrisme, ils cherchent á faire des adeptes en milieu populaire. C’est pourquoi ils participent aux discussions, et cherchent à se faire élire en tant que porte-parole. Ils suscitent aussi l’émergence de clivages, de lignes de rupture au sein du conseil. Néanmoins, malgré leurs efforts, ils n’ont pas réussi à fléchir la résolution de la majorité des membres du conseil "communal" ». Isolis poursuit sa démonstration et affirme que « nous ne nous opposons pas à leur présence. Cependant pour nous, les conseils communaux préfigurent le futur Etat Communal. Et ceux qui ne sont pas d’accord avec cela, n’ont qu’à partir. Nous ne cèderons pas ces espaces à la droite » répète-t-elle.

Isolis sait que le chemin à tracer nécessite de gros efforts, que les confrontations sont inéluctables. (Au troisième jour des guarimbas, (barrages montés par l’extrême-droite) les communards ont résisté sans faire appel à la violence physique). Ce chemin à tracer exige des hommes et des femmes -« entrés en révolution » comme dit Ismelda Martinez- d’être à la peine, encore et encore. Cette dernière est en charge du kiosque communal. Chaque jour, elle en assure l’ouverture. On y trouve des affiches de Hugo Chavez, de Simon Bolivar, mais aussi du café, et des journaux.

Pour finir, Isolis résume ce que les uns et les autres sont tenus de faire : « nous ne pouvons recourir à la critique sans agir, sans apporter notre tribut aux tâches organisationnelles. Faire la révolution, c’est participer à un changement radical. Et pour cela, nous nous devons de participer, pour transformer ».

Tels sont les divers enseignements qu’ils ont tiré de leur « commune ». Ils se sont en quelque sorte formés. Ils n’ont pas toujours été d’accord sur tout. Ils ont  discuté du parti, des élections. Ils se sont interrogés sur la manière nouvelle de se penser en tant qu’individus. Ils ont contribué à armer et ré-armer politiquement le collectif dont ils sont partie prenante. C’est ainsi, que jour après jour, les contours du pays tel qu’il devrait être, apparaissent. C’est également ainsi qu’ils en organisent la trame. Ils agissent silencieusement, mais à l’unisson. Ils savent qu’ils devront continuer à faire face aux coups de l’adversaire.

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Source (espagnol) : http://www.mpcomunas.gob.ve/comuna-carlos-escarra-como-el-viento-en-la-noche/  Texte : Marco Ferrugi. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

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"Les collectifs sont synonymes d’organisation, non de violence", ou pourquoi les médias internationaux n’ont jamais parlé de la démocratie participative en construction depuis quinze ans. Entretien avec le sociologue Reinaldo Iturriza, ministre des Communes et des Mouvements Sociaux.

Une des traits de l’extrême-droite qui s’est récemment insurgée contre les résultats électoraux au Venezuela ou au Salvador est sa "culture paramilitaire". L’idée est de détruire tout ce qui bouge en matière de démocratie participative, assassiner sélectivement des dirigeants communaux, installer une culture de la peur. Les médias privés, hégémoniques dans ces deux pays, contribuent à cette campagne de  criminalisation des mouvements sociaux. C’est sur ce combat d’arrière-garde (mais aussi et surtout sur la construction de l’État communal, occultée depuis quinze ans par les médias internationaux) que le journaliste Clodovaldo Hernandez a interrogé le sociologue critique et enseignant universitaire Reinaldo Iturizza, nommé Ministre de la Commune et des Mouvements Sociaux par Nicolas Maduro.

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Reinaldo Iturizza, ministre de la Commune et des Mouvements Sociaux (café à la main) rencontre les organisateurs d’une des 560 communes vénézuéliennes.

Par Clodovaldo Hernandez/Spécial Ciudad CCS.

Clodovaldo Hernandez – Nous assistons depuis peu, à une entreprise de criminalisation des organisations populaires. A l’instar de ce qui s’est produit en 2002, avec le cas des Cercles Bolivariens, on prétend aujourd’hui attribuer la responsabilité du recours à la violence aux « collectifs » que l’on qualifie de groupes para-militaires armés. Selon vous, ce type de matrice risque-t-elle de s’imposer à l’opinion, à l’image de ce qui s’est déroulé en 2002 ?

Reinaldo Iturizza – C’est déjà fait. On le voit à travers les très délimitées mais néanmoins intenses démonstrations de haine qui se manifestent sur le territoire de certaines communes du pays. Elles sont parties prenantes de la culture politique propre à un secteur spécifique de l’opposition vénézuélienne. Je persiste à penser -je ne sais si cela dénote une certaine forme d’ingénuité- que tout cela relève d’une attitude minoritaire.Je connais de nombreuses personnes qui ne sont pas chavistes, mais qui ne pensent pas pour autant ainsi. Nous sommes toutefois en présence d’un noyau très dur de l’opposition qui s’avère être véritablement et ouvertement fasciste.

Q – Cette forme de contestation atteint-elle les rangs des partisans de la Révolution ?

R – En aucun cas la base sociale du chavisme n’a été sensible à ce type de discours. De fait, je suis convaincu que lors du coup d’État contre le président Chavez en avril 2002, les multiples démonstrations de force (les marches) de l’opposition, furent rendues possibles du fait que le registre de la « peur » avait été très habilement instrumentalisé par celle-ci.

Une forme de crainte essaima et s’empara de nombreuses personnes, se traduisant ainsi : le chavisme aurait été violent et criminel. Les retombées de ce travail psychologique ont perduré, et nous n’avons pas réussi à en effacer complètement les effets. Je crois que nous allons être confrontés à un type de scénario identique que nous avons le devoir de combattre et ce, jusqu’à ce que la volonté de paix émanant de la majorité du peuple, s’impose durablement.

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Q. – Cette campagne de diabolisation des collectifs retentit-elle sur eux, et contribue-t-elle à instaurer un climat d’usure au sein des diverses formes d’expression de pouvoir populaire tels que les conseils communaux et les communes qui l’incarnent ?

R – En aucune manière. Sur le plan interne, il se produit au sein des collectifs le même type de réaction que lorsque le fascisme s’en prend au chavisme d’une manière générale: les gens se regroupent et la cohésion de groupe en sort renforcée. Les actions récentes de l’antichavisme, dont la virulence est bien supérieure a ce qui s’est déroulé dans le passé, ont favorisé la montée en puissance d’un effort décisif, s’enracinant dans l’approfondissement du travail des collectifs à l’intérieur de leurs communautés respectives.

Dans certains quartiers, les collectifs exercent un rôle jamais égalé, qui consiste à s’occuper prioritairement de secteurs aussi importants que la formation politique et les diverses formes d’expression culturelles et sportives. Par ailleurs, de nombreuses facettes des politiques mises en chantier par le gouvernement bolivarien – par exemple les Missions sociales – trouvent une application concrète du fait de l’existence de ces collectifs.

Q – Quelle est la réalité de la relation qui unirait les collectifs et le recours aux armes ?

R – Il n’est pas possible d’établir un lien entre les collectifs et le recours aux armes. Je crois que sur ce plan, le président Chavez en premier lieu, et le président Maduro plus récemment se sont fixés une ligne de conduite, sans la moindre équivoque : quiconque prend les armes au motif qu’il serait nécessaire de défendre la Révolution Bolivarienne se place hors jeu et hors la loi. Parce que c’est l’Etat et personne d’autre qui possède le monopole de la force comme obligation démocratique. Nous avons par ailleurs à fournir un effort d’explication à ce sujet, afin d’écarter le risque qui consisterait à focaliser le débat sur les termes de cette alternative. Car pour nous, l’action des collectifs ne peut en aucune manière se dérouler sur le terrain de la violence ou des armes, mais sur celui de la participation, de l’organisation et de la mobilisation populaire, du travail en commun avec un gouvernement révolutionnaire, afin de résoudre les problèmes concrets qui se posent aux communautés.

Q – Etablir un lien entre les collectifs et la violence, correspond-elle à une ligne politique qu’adopterait la droite contre la capacité organisationnelle du peuple ?

R – Cette ligne est claire et s’inscrit indubitablement dans la durée. Dans ce domaine, l’action de l’antichavisme est parfaitement cohérente. Il sait qu’afin d’atteindre les objectifs politiques qu’il s’est assigné, il est nécessaire de criminaliser quelque forme que ce soit, d’organisation populaire. Parce que cette dernière est le principal obstacle à abattre sur la voie qui doit mener à la défaite de la Révolution. Les tenants de l’antichavisme savent pertinemment que plus le peuple affiche clairement sa volonté de s’organiser, plus les chances de mettre en déroute la Révolution s’amenuisent. Nombre d’entre eux manifestent la ferme intention de se lancer dans une entreprise de démoralisation des masses révolutionnaires.

Très habilement, en 2012, Capriles Radonski entouré de son équipe de campagne présidentielle se plaça dans cette perspective, lorsqu’il aborda le thème du pistonné ("enchufado"). A aucun moment, cette initiative ne déstabilisa les hauts dirigeants. Elle visait cependant à incriminer les Conseils communaux et ses porte-parole. Pour ce faire, il s’est appuyé sur l’existence en nombre minoritaire, de cas de pratiques douteuses et de corruption. Ils avaient d’ailleurs été signalés par les membres eux-mêmes des Conseils communaux. La campagne de Capriles Radonski a par conséquent consisté à démontrer que ces cas isolés relevaient de pratiques inhérentes à l’ensemble des Conseils communaux en tant que tels. La manœuvre, si elle avait atteint son but, aurait débouché sur la destruction de cette structure organisationnelle.

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La droite sait qu’au travers des Conseils communaux, c’est le peuple qui se manifeste par sa participation active. Le peuple a qui n’avait jamais été donné auparavant, la capacité d’occuper le champ de la politique active ; a qui n’avait jamais été donné auparavant la faculté d’administrer ses propres ressources. C’est pourquoi les Conseils communaux représentent autant d’espaces fondamentaux au sein desquels il est donné à la Révolution Bolivarienne, la possibilité de s’épanouir.

C’est également la raison pour laquelle il est nécessaire pour la droite de les soumettre au feu roulant de ses critiques. L’enjeu essentiel consiste à ce que le peuple ne croie plus en ses propres potentialités; qu’il considère ses porte-parole et ses organisations ad hoc, comme un problème et non plus telles qu’elles sont réellement, c’est-à-dire une partie constitutive de la solution.

Finalement, la droite et tout particulièrement son aile fascisante, sont guidées par une raison conjoncturelle qui les incitent à criminaliser les structures populaires de type collectif. Car il s’agit de rejeter sur elles, la responsabilité d’actions violentes dérivant de leurs propres rangs ; d’avoir à leur disposition un coupable désigné d’avance, qui leur laisse la latitude de prétendre que la violence viendrait d’ailleurs.

UN PROFOND BOULEVERSEMENT CULTUREL.

Q – Outre ce genre de campagnes, les organisations populaires affrontent d’autres difficultés. La prédominance au sein même des secteurs populaires, de valeurs inhérentes au capitalisme telles que l’individualisme et l’égoïsme, sont des exemples à citer. Comment appréhendez-vous ces questions, vous qui en avez été dans un premier temps le théoricien, et qui depuis quelque temps, les percevez à travers une expérience pratique directe ?

R – Je crois que la faculté de survie du processus politique en cours, tient dans sa capacité à réinventer d’une manière récurrente ses propres formes et espaces de participation et d’organisation. Le president Chavez s’appuya sur un principe : dépasser/amender la logique de la démocratie représentative, et les espaces traditionnels de participation. Il ne s’agit toutefois pas de faire abstraction des partis et des syndicats.

Nous nous efforçons néanmoins de réinventer d’une manière systématique l’exercice effectif de la politique. Je reconnais qu’à un certain moment, j’étais convaincu de la nécessité de réviser et réinventer le mode de fonctionnement des Conseils communaux. Cependant, lorsque j’ai commencé à vivre concrètement mon expérience de ministre -notamment lorsque nous avons jeté les bases du Gouvernement dans la rue- je me suis mis à comprendre nettement mieux, l’idée que le président Chavez se faisait des Conseils communaux, quand il en a conçu la nécessité. C’est à ce moment-là, je l’affirme avec humilité, que j’ai saisi l’importance de la place stratégique, que les Conseils communaux occupent au sein même de notre Révolution. Par voie de conséquence, j’ai estimé à sa juste mesure ce qui se fit au sein de ce Ministère, avant l’accession aux affaires de l’équipe qui m’accompagne.

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Il n’y a pas un seul lieu du pays qui soit dépourvu d’organisation populaire. Partout, il se trouve des gens qui savent où se situent les problèmes les plus importants… En vérité, aucun d’entre nous n’a manifesté la capacité suffisante à rapporter l’histoire de l’impressionnante et profonde transformation, qui s’est opérée en matière de culture politique. En règle générale, les gens qui assument la fonction de porte-parole au sein de ces organisations, prêteront une moindre attention à leurs problèmes individuels et familiaux. En revanche, ils s’intéresseront prioritairement aux questions à résoudre ayant trait aucollectif dans son ensemble.

Il est indéniable, qu’il subsiste ici et là des cas d’individualisme. Il est parfois possible de constater que la communauté ne s’implique pas autant qu’il le faudrait dans la recherche de solutions aux problèmes qui lui font face. Elle se décharge de toute responsabilité en se tournant vers ses porte-paroles, qui ne souhaitent pas endosser le rôle de représentants permanents… Cependant, ils finissent par endosser ce rôle du fait de l’absence de participation de la majorité des gens concernés.

Nous rencontrons par ailleurs des problèmes liés à une réactivité défaillante des structures institutionnelles et de l’Etat, lorsqu’ils doivent répondre aux sollicitations émanant des Collectivités. Or, si le temps de réaction est trop long, les porte-paroles qui assument la fonction d’intermédiaires entre ceux-là et celles-ci, se trouvent en porte-à-faux vis-à-vis de ceux qui lui confient cette tâche.

L’image de l’Etat en pâtit également. En tout état de cause, cette génération d’hommes et de femmes -surtout les femmes- qui ont assumé ces lourdes responsabilités, qui ont donné corps au protagonisme collectif, méritent qu’on leur rendent hommage, bien au-delà des formalités d’usage.

Tôt ou tard, c’est à nous qu’il incombera de mettre en valeur l’énorme travail qui a été réalisé au sein de ces nouveaux espaces de citoyenneté. Dans le même temps, il nous revient d’être très fermes, lorsque nous nous trouvons confrontés à des cas qui démontrent que les assemblées de citoyens et de citoyennes ont été abusées. Nous songeons à ceux qui usent de leur charge de porte-parole aux fins d’enrichissement personnel ou au profit d’individus ou de petites coteries. Tout cela doit être sanctionné. Ce sont des obstacles qui se dressent face au chemin que se tracera toute révolution. Ils peuvent être néanmoins vaincus, parce qu’ils ne représentent que des cas isolés.

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Q – Ce que l’on appelle la "contraria social", a-t-elle gagné du terrain parallèlement à ces changements qui remodèlent la culture politique vénézuelienne ?

R – Lorsqu’on aborde le thème de la conduite de ses propres affaires par le peuple, de nombreux préjugés surgissent. On dit que nous sommes en train de donner aux gens la capacité de prendre en mains leurs propres affaires, alors qu’ils ignorent tout des règles de l’administration générale. Il ne faut pas oublier que le chemin que nous empruntons vient tout juste d’être défriché. Nous parlons en outre d’un peuple à qui l’on n’a jamais suggéré de participer à la gestion de ses ressources. Il est évident que lorsque nous avons affaire à une première fois, les problèmes ne manquent pas de se manifester. Cela ne signifie en aucune manière que l’on doive adopter la posture complaisante du « laisser aller » et du « laisser faire ».

En revanche, il nous faut fournir des efforts afin de viabiliser les pratiques inhérentes à la contraria social. Il faut veiller à ce que le contrôle populaire en matière de gestion, soit amélioré. Cela implique par exemple, que l’Etat y mette du sien, en faisant en sorte que l’ensemble de ces processus se « débureaucratisent ». Il se doit également d’être encore plus efficace, dès lors qu’il s’agisse d’appuyer les communautés manifestant le souhait de soutenir leurs Conseils communaux respectifs.

LES MÉDIAS, LE TRAVAIL QUI RESTE À FAIRE

Q – Il est clair que les médias privés s’opposent aux diverses formes d’organisation populaire. Par contre, que se passe-t-il au sein du secteur public et des médias populaires, communautaires ou alternatifs ? Ont-ils progressé dans leur tâche visant à contrebalancer le poids de ces systèmes destructeurs ?

R – Je crois que nous avons avancé à pas très lents. Mais le président a beaucoup insisté pour metttre en oeuvre des projets comme la télévision de la commune, VTV Comunas, dont nous verrons bientôt les premières images. Sur ce thème nous avons réfléchi et je peux dire, de manière auto-critique, qu’il nous reste beaucoup, beaucoup à faire pour avancer dans la diffusion de tout ce que réalise le pouvoir populaire. Il s’agit de raconter beaucoup d’histoires qui se passent en ce moment précis simultanément, dans beaucoup d’endroits, au moment précis où nous nous exprimons. Ce sont des milliers et des milliers de personnes qui ont quelque chose à dire. Et que l’on doit entendre. Il nous reste beaucoup à faire.

Q – L’un des secteurs partie prenante de la Révolution, qui occupe une place importante au sein du débat idéologique, affirme que l’organisation du peuple sur la base des Conseils communaux et des communes, ne peut mener au socialisme, au motif que cette structure organisationnelle enfante une sorte d’individualisme incitant les milieux concernés à s’occuper de leurs intérêts spécifiques. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

R – Je ne suis absolument pas d’accord avec cette analyse. Je répète pour ma part, que le destin de la révolution est subordonné au fait qu’elle se donnera ou non, la capacité à inventer ou réinventer des formes de participation inédites. Le président Chavez s’est exprimé clairement à ce sujet, au moment où le processus révolutionnaire en était encore à ses premiers balbutiements. Il avait clairement conscience du fait qu’il serait nécessaire de susciter l’émergence de formes de participation pourvues d’une logique réticulaire.

En octobre 2012, il évoqua l’existence de cette immense réseau qui s’étend sur l’ensemble du territoire de la Patrie. Cette logique réticulaire se différencie des formes traditionnelles de participation. Je suis quant à moi, un ferme défenseur du parti parce qu’il est nécessaire à l’accomplissement de tâches/devoirs spécifiques. Cependant, toute révolution se doit d’explorer en permanence le champ des structures organisationnelles, et ne pas se cantonner uniquement à la forme d’un parti. Je n’affirmerai cependant pas que les Conseils communaux s’avèrent être la configuration ultime de la participation.

Il me semble toutefois qu’en ce moment historique précis, la continuité de la Révolution Bolivarienne repose sur eux. Si les Conseils municipaux n’existaient pas, la Révolution Bolivarienne ne serait pas soutenue telle qu’elle l’est. Si tout cela devait s’améliorer dans le futur, on ne pourrait que s’en féliciter. Cela reste à voir. En tout état de cause, la décision ne relèvera en aucune manière d’une personne quelconque qui formulerait une analyse politique. C’est au peuple vénézuelien, qui a élu les dirigeants politiques actuels, qu’échoit cette responsabilité. Je crois que les conditions sont réunies pour s’en remettre avec confiance au peuple et à la direction politique de la Révolution.

Depuis quelques mois, le président Maduro démontre qu’il est certes, le président légitime et constitutionnel, mais aussi un leader politique de la révolution, qui se révèle peu à peu. C’est parfois difficile de songer à un autre leader après une personnalité aussi marquante que celle de Chavez. Je crois cependant que Maduro réussit à atteindre des objectifs qui lui sont propres. C’est une réflexion à laquelle devrait s’adonner les bolivariens issus des rangs de la vieille gauche. S’ils manifestaient un tout petit peu plus de confiance envers les gens, peut-être réussiraient-ils ce que Chavez réalisa à partir de 1998.

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UNE DÉFINITION POURVUE D’UNE ÂME.. MAIS AUSSI DE CHAIR ET D’OS.

Qu’est-ce qu’une Commune ? C’est la question que se posa le sociologue Reinaldo Iturriza lorsqu’il accéda à la fonction de Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements sociaux. Inutile de recourir à une définition purement académique. « Cette définition doit découler d’une considération d’ensemble, pourvue d’une âme, mais aussi de chair et d’os. Dès le départ, nous avons eu cette conviction : cette explication, ce sont les femmes et les hommes, en tant que parties constitutives des Communes, qui doivent l’apporter. Sans cela, personne n’en comprendra le sens profond » dit-il.

Il s’est par ailleurs penché sur un autre type d’interrogation : Qu’est-ce qui fait, que les gens souhaitent se constituer en commune ? Les diverses conversations qu’il a entamé avec les acteurs sociaux concernés l’incite à être très optimiste. Bien évidemment, de très nombreuses personnes se sont mobilisées. Et ce, grâce à la capacité de réveiller, de stimuler politiquement que Chavez a manifestée. Il est cependant possible de discerner l’existence d’autres raisons à cette mobilisation, différant de celles qui relèvent du rôle décisif/stratégique qui incombe au leader. « Il existe nombre de raisons qui inspirent l’action des gens, et qui feront finalement la différence. Ce sont celles-ci que nous nous devons de diffuser » commente-t-il.

Intégré à un cabinet ministériel après avoir acquis une grande notoriété en tant qu’analyste politique très pointu, Iturriza a bénéficié d’une rare opportunité : parcourir le pays et par conséquent, approcher de près ce que l’on nomme le "pouvoir populaire". Alors que pour d’autres, tout cela relève de la pure abstraction. « Je crois qu’il est indispensable de fournir tous les efforts nécessaires, afin de créer les conditions d’une émergence : celle de l’auto-gouvernement populaire, pour que l’acteur réel de ce processus soit le peuple en tant que force organisée ».

THÉORIE ET PRAXIS

Son total engagement en faveur de la révolution allié à un constant  esprit critique, fut ce qui attira l’attention du président Chavez. L’un de ces articles publiés à l’issue des élections législatives de 2010 fut remarqué par le leader bolivarien, qui en fera l’éloge au cours de l’une de ses interventions publiques. Dès lors, comme tout ce qui sera touché par la "baguette magique" de Chavez, Iturriza ne pourra plus échapper à la notoriété, bien qu’il soit de ces hommes qui préfèrent la discrétion. Bien évidemment, cette recommandation expresse du président a fini par influencer sa nomination à la tête des Communes et des Mouvements sociaux.

Avec cette vision des choses tout à la fois engagée et critique, et doté d’une expérience pratique résultant d’un investissement quotidien, il s’immerge totalement dans les eaux du pouvoir populaire. De ce fait, il peut tracer l’ébauche d’une analyse relevant de la théorie et de la praxis : « Il est absolument courant qu’au sein même des révolutions, surgissent des forces qui misent sur la bureaucratisation des processus, et que d’autres se défient du peuple, même si tout cela semble contradictoire. Je crois que c’est la raison pour laquelle le Président Chavez s’engagea personnellement et avec force, afin que les ministères soient dotés de l’appellation « du Pouvoir Populaire ». Certaines personnes ne se satisfont pas de ce vocable pour des raisons très valables, mais ce sont les bureaucrates qui le détestent le plus."

Traduction de l’espagnol : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/19/les-collectifs-sont-synonymes-dorganisation-non-de-violence-entretien-avec-le-sociologue-reinaldo-iturriza-ministre-des-communes/

 

Venezuela : la jeunesse d’un changement d’époque

Au Venezuela, lorsqu’une minorité de casseurs nostalgiques de l’apartheid réagit violemment à l’accession d’une majorité de jeunes d’origine populaire, de peau brune ou noire, aux études universitaires, les grands médias occidentaux annoncent la  “révolte de la jeunesse(1). Des photos de la répression brutale contre des étudiants chiliens sont affublées de la légende “Venezuela” pour faire croire à un régime répressif. Mais si le lendemain la majorité de la jeunesse vénézuélienne descend pacifiquement dans la rue pour refuser la violence des commandos d’extrême-droite et si la majorité des gouvernements latino-américains (UNASUR, MERCOSUR, ALBA, etc..) défend le gouvernement bolivarien face aux tentatives de déstabilisation, les agences (AFP, AP, Reuters) ne voient rien, n’entendent rien. C’est ainsi que depuis quatorze ans, des millions de lecteurs, auditeurs, téléspectateurs restent enchaînés au fond de la Caverne de Platon, à quelques années-lumières des dynamiques politiques de l’Amérique Latine.

La Fédération des Étudiants Universitaires du Chili (FECH), célèbre pour sa longue lutte face à la répression du gouvernement Piñera et sa politique de privatisation radicale du système éducatif, a émis un communiqué officiel le dimanche 16 février pour “rejeter les tentatives de déstabilisation et de coup d’État au Venezuela, patentes dans les violences organisées ces derniers jours” ainsi que “toute tentative d’accaparement d’aliments et de putschisme qui cherchent à passer par-dessus les décisions souveraines du peuple vénézuélien” et a dénoncé “la manipulation médiatique d’images et d’informations destinée à créer un climat favorable à l’intervention”. (2)

T.D., Caracas, février 2014.

Caracas, le 15 février 2014. Mobilisation pacifique de la jeunesse face à la violence de l'extrême-droite. Image invisible dans les grands médias.

Caracas, le 15 février 2014. Mobilisation pacifique de la jeunesse contre la violence de l’extrême-droite. Image invisible dans les grands médias.

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Vénézuela : la jeunesse d’un changement d’époque, par Íñigo Errejón

La deuxième Enquête Nationale sur la Jeunesse Vénézuélienne, réalisée par la Fondation GIS XXI, repose sur un échantillon de 10.000 personnes de toute origine sociale et couvre l’ensemble du pays. Ses résultats ont été publiés à Caracas le jeudi 28 novembre 2013. La précédente étude remontait à 1993, il y a exactement vingt ans.

Cette étude constitue un précieux outil pour ceux qui souhaitent comprendre la période actuelle et prendre la mesure des défis futurs. C’est également une référence pour la définition des politiques publiques qu’il s’agira d’élaborer en faveur des jeunes générations de vénézuéliens. Par ailleurs, les résultats de cette enquête adviennent à un moment crucial sur le plan démographique, qui voit la part de la population active vénézuelienne prendre le pas sur sa part non active.

Cette seconde Enquête Nationale sur la Jeunesse Vénézuelienne se révèle être un outil de référence pour les spécialistes des sciences sociales, les citoyens engagés dans la vie publique, les militants, les cadres politiques et les « décideurs » dans leur ensemble.

Une première confrontation des résultats des deux enquêtes  (1993-2013) débouche sur un constat : entre ces deux dates, une rupture qualitative s’est opérée en termes culturel, social et politique. Les termes constitutifs de cette deuxième Enquête Nationale sur la Jeunesse s’avèrent être autant d’indices d’un changement d’époque dont le Vénézuela a été le théâtre. Pour le dire en termes plus directs : les jeunes générations de vénézuélien(ne)s sont le reflet de l’accélération d’un processus qui a opéré des changementsstructurels sur le plan de l’imaginaire, des attitudes et de consensus qui traversent les strates de la société vénézuélienne.

Dans le Métro de Caracas, novembre 2013.

Dans le Métro de Caracas, novembre 2013.

Les jeunes vénézuéliens n’abandonnent pas leur esprit critique et aspirent à plus et à mieux.

L’Enquête Nationale restitue le principal acquis émanant des temps historiques que traverse le Venezuela  : la diversification des possibles, l’accroissement des attentes et des demandes sont des manifestations qui touchent d’une manière relativement transversale l’ensemble des couches sociales du pays.

Les jeunes vénézuéliens partagent une conviction : celle de vivre un moment décisif qui leur permet d’aspirer à une vie meilleure, du fait de l’accroissement des opportunités. (98% d’entre eux envisagent de poursuivre leur scolarité; 96% pensent qu’ils pourront mener à leur terme les études de leur préférence). Un fort contraste avec les pays du Nord où les études sont une marchandise d’accès difficile pour une grande partie des jeunes. Dans le même temps, 64% des jeunes vénézuéliens interrogés envisagent de changer de travail, convaincus pour 93% d’entre eux, de pouvoir accéder avec succès à un emploi meilleur.

Ces données contrastent elles aussi avec la crise des débouchés qui affecte une grande part de la jeunesse européenne; elles attestent de l’existence d’un processus de démocratisation qui facilite grandement l’accès aux principaux biens sociaux: l’éducation, le logement, l’emploi, la santé, le sport, la culture.

Les chiffres permettent également d’établir un lien entre l’extension de la souveraineté populaire et l’accroissement du bien-être pour la majorité de la population; Appliqués au Venezuela, des indicateurs internationaux et régionaux relatifs au développement humain et social (PNUD, CEPAL, etc…) confirment cet état de fait qui résulte de 14 ans de révolution bolivarienne.

Bien qu’ils reconnaissent que le processus politique actuel et l’intervention publique qui en découle, éliminent peu à peu les barrières, faisant surgir des opportunités dont tous peuvent profiter, et bien qu’ils se sentent partie prenante indispensable des avancées dont le pays bénéficie, les jeunes vénézuéliens n’abandonnent pas leur esprit critique et aspirent à plus et à mieux.

Groupe de rock "Los Piraos", Caracas février 2014.

Groupe de rock "Los Piraos", Caracas février 2014.

L’imaginaire des jeunes vénézuéliens n’est pas homogène, ni unique.

En même temps qu’il exprime l’existence d’une profonde diversité, cet imaginaire est le symptôme d’une période de transition, qui voit la lutte, le chevauchement et l’hybridation de différentes instances narratives. Cette approche de l’imaginaire des jeunes vénézuéliens permet d’analyser la bataille culturelle qui accompagne tout changement historique réel, et qui porte sur une période mouvementée et d’une grande fertilité.

Trois grands axes discursifs structurent l’imaginaire des jeunes générations de vénézuéliens.

Premièrement, la démocratisation de l’accès à la consommation de par l’application de politiques sociales d’intégration et de démercantilisation des produits de première nécessité portent ses fruits. Il en résulte que la grande majorité des jeunes vénézuéliens accède à un niveau de vie totalement inconnu de leurs parents. D’où une modification des comportements, des règles de vie et de la nature des attentes formulées. La majeure partie de ces jeunes (74%) se considère comme membres de la « classe moyenne ». Dans leurs divers horizons de vie, ils accordent un rôle central à la formation/éducation comme moyen de réaliser l’ascension individuelle (en tête des motivations les incitant à étudier, 89% des jeunes interrogés citent le désir de se surpasser ou d’obtenir d’un emploi). L’accès à la consommation apparaît comme l’une des principales aspirations et l’un des désirs les plus grands. Être à la tête de sa propre affaire est un des projets les plus récurrents, le secteur des services étant particulièrement prisé. Cette option s’articule de manière complexe avec la mise en application au plan national de la stratégie de souveraineté économique, de développement industriel et agroalimentaire. Dans le même temps, les jeunes vénézuéliens naturalisent les droits sociaux conquis et visent – une fois ces derniers acquis- à accéder à un deuxième niveau de bien-être caractérisé par le temps libre, la culture, le sport et l’épanouissement personnel. Une politique publique d’orientation socialiste doit prendre conscience de ce type d’aspiration pour les articuler avec le projet national.

Deuxièmement, si on prend en considération les questions relatives aux droits civils et moraux, les jeunes vénézuéliens maintiennent une tendance conservatrice. Hors du temps de travail, les différentes églises chrétiennes s’avèrent être des espaces privilégiés de socialisation, et en matière d’attitudes et de valeurs, l’un des principaux référents.

Troisièmement, les nouvelles générations de vénézuéliennes et vénézuéliens  adhèrent à un surprenant consensus autour des concepts fondamentaux du modèle de pays bolivarien. Ce qui jusqu’ici était le projet d’un acteur politique s’est généralisé sous forme d’un substrat culturel commun à une large majorité de la jeunesse. Cette profonde mutation du sens commun d’une époque, engagée sous l’hégémonie relative du chavisme, s’affirme désormais comme identité politique à part entière, traversant et modifiant les contours de la communauté politique dans son ensemble.

Parmi les systèmes politiques, les jeunes vénézuéliens disent préférer le socialisme, à hauteur de 60%. Le capitalisme ne recueillant que 21% des suffrages. Dans le même temps, 73% optent pour la « démocratie participative » comme système politique préféré. Et ce, loin devant d’autres options, telles que la « démocratie représentative » (6%) ou la « dictature » (6%).

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Jeunes protestant contre l’image de la femme dans les médias privés, hégémoniques au Venezuela.

Les deux institutions préférées sont, après les universités (18%), deux organismes de pouvoir citoyen, instances de la participation populaire au sein de l’appareil d’Etat : les conseils communaux (17%) et les missions sociales (13%), suivis à distance respectable par les partis politiques (6%). Au Venezuela, cette forte  valorisation et cette conception « dense » de la démocratie, liées au rôle central de la population ainsi qu’à l’extension de la capacité de décider et à l’amélioration de la vie quotidienne ressortait déjà, à l’étonnement de ses auteurs, du dernier rapport de l’ONG chilienne Latinobarometro (novembre 2013) dont nous avons récemment analysé les termes (3).

Comment est-il possible que ces trois instances narratives coexistent dans  l’imaginaire de la jeunesse vénézuélienne ? Pourquoi ces formes inédites de consensus politique, ne se traduisent-elles pas directement sur le plan électoral ?

A la première de ces questions, il convient de répondre que durant les périodes de transition, le « sens commun d’une époque » est le reflet de tensions, de conflits et de contradictions entre la dynamique de l’ère nouvelle et la résistance concomitante de l’ancien. La jeunesse vénézuélienne a adopté et naturalisé l’ensemble des nouveaux droits relatifs au modèle d’inclusion et les bénéfices de la souveraineté recouvrée et de la démocratie participative. Sans pour autant se départir des valeurs de type consumériste, immédiatiste ou individualiste. Il reste du chemin à parcourir avant de voir émerger un habitus civico-républicain, un engagement vis-à-vis de la sphère publique.

Cette étape ne sera pas une pure négation mais l’intégration d’une grande partie de ce qui existe déjà dans un ensemble et dans un projet de signe différent.

À la seconde question on pourrait répondre que le paradoxe d’une hégémonie réside dans le fait que ses idées se transmettent à l’ensemble de la société. Ainsi, la principale victoire du chavisme, à savoir le renforcement du pouvoir citoyen et la diffusion du “droit d’avoir des droits”, signifie plus qu’une récompense, un défi :  celui d’être à la hauteur d’une nouvelle génération de demandes et les insérer dans la construction d’un ordre institutionnel et culturel au sein du modèle de pays voulu par la grande majorité des jeunes vénézuéliens.

Auteur : Íñigo Errejón, Docteur en Sciences Politiques, Directeur de la ligne de recherches “Identités politiques” à la Fondation GIS XXI

Source : http://www.gisxxi.org/articulos/la-juventud-del-cambio-de-epoca-en-venezuela-gis-xxi/

Traduction de l’espagnol : Jean-Marc del Percio

Notes:

(1) Une violence telle que, pour la première fois, un maire de droite d’un arrondissement de Caracas, Ramon Muchacho, a critiqué les dirigeants de son propre camp pour ces destructions d’infrastructures, d’immeubles, de commerces et de transports en commun. Par ailleurs, pour certains analystes, cette stratégie de la violence reflète la guerre de pouvoir entre “électoralistes” et “pustchistes”, au sein d’une droite en déclin.

(2) http://www.avn.info.ve/contenido/federaci%C3%B3n-estudiantes-chile-rechazan-intento-desestabilizaci%C3%B3n-venezuela

(3) VoirConfiance des citoyens latino-américains dans la démocratie : record au Vénézuéla, agonie au Mexique” (Latinobarometro / John L. Ackerman), http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/13/confiance-des-citoyens-latino-americains-dans-la-democratie-record-au-venezuela-agonie-au-mexique-latinobarometro-john-l-ackerman/

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"El Maizal" : comment naquit notre Commune

Par Ernesto Cazal

Place La Mora, à Barquisimeto. Des communards venus de tout l’État Lara savourent leurs retrouvailles : conversation, café, mégaphone. “Commune ou rien” est le slogan d’une nouvelle histoire. Une femme marche avec peine, presque en larmes, lance un appel à l’unité. Dans sa communauté “Artilleros del Norte”, en particulier dans les conseils communaux, on n’a pas la force de mener de concert tout ce qui reste à faire. Elle demande à être écoutée. Dans la marche, de plus en plus serrée, les communards de “El Maizal” se font remarquer. Parmi eux Bernarda Pérez, au poing levé : “grâce à l’organisation nous ne sommes plus des étrangers les uns pour les autres, nous avons tissé des liens de fraternité”.elMaizal_04La commune “El Maizal” est née de l’expropriation en 2009 du grand domaine du même nom. 320 hectares semés, 240 hectares de pâturages (300 têtes, selon Ángel Silva, éleveur local), c’est la moyenne de production annuelle. La Corporación Venezolana Agrícola (CVA) et l’entreprise socialiste “Pedro Camejo” ont aidé à récupérer les terres mais ce furent les communards qui ont bataillé le plus pour sauver ce qui aujourd’hui leur appartient.

Les terres appartenaient au lieutenant Orlando Alvarado. La perte de ces 600 hectares n’ont pas égratigné le bourgeois : il lui reste 34.000 hectares et même un peu plus disent les communards. Les barbelés s’étendent de Sarare jusqu’à Chupa La Flor. Un rugissement court la plaine : “tenaille, tenaille”.

Ils se sont assis pour boire un café à l’ombre d’un “samán”, arbre énorme qui surplombe les autres. Chávez leur a remis personnellement les terres. Le porte-parole de la commune, Ángel Prado, parle avec fierté de ce qui fut le moment fondateur de leur lutte. Hilda Sánchez raconte comment le comandante insista auprès d’eux pour qu’ils organisent la commune et “qu’on améliorerait la route pas pour faciliter le transport de marchandises au service des riches, non. Pour qu’elle permette au peuple de l’État de Lara de construire une nouvelle économie productive”. L’immense massif Miranda, partagé avec l’Araure, façonne le paysage de cette étendue de terre située en bordure de la route et des villages de la municipalité Simón Planas.

conjunto-llaneroLa Commune Socialiste El Maizal s’est constituée à cheval sur deux états, Lara et Portuguesa, qui unissent aujourd’hui leurs forces pour détruire le régime politico-territorial imposé par l’oligarchie contre laquelle s’était rebellé le général des “hommes et terres libres” Ezequiel Zamora au 19ème siècle. Les habitants de Portuguesa ont commencé à voir le mouvement, la commune, Chávez, ils ont commencé à migrer jusqu’ici. Douze conseils communaux de cet état font partie de la commune — dit José Gregorio Bermúdez, plus connu comme Chegolo.

Les deux états sont séparés par le fleuve Auro, qui traverse les collines de Palmita, Montañuela, Payara, Castañeda, et “se perd dans les plaines de l’ouest” explique-t-il en ajustant sa casquette.

Faute d’appui de la mairie et du gouverneur de l’État de Lara, la commune sert à résoudre les problèmes cruciaux. Les communards sont nombreux et travaillent ensemble. Chegolo explique qu’ils sont restés sans eau pendant cinq ans et sans électricité jusqu’il y a peu, que pendant quarante ans les gens ont habité des baraques qui s’écroulaient à tout bout de champ jusqu’à la révolution et la décision de s’organiser pour obtenir des ressources destinées à un projet d’auto-construction. La commune développe plusieurs projets d’infrastructures et possède plusieurs jeeps et unités de transports collectif. Dans l’entreprise de Propriété Sociale (EPS) “Gaz Communal Camilo Cienfuegos” qui fait aussi partie du projet socio-productif de la commune, dix personnes travaillent. Sur les terres, il y en a 18, auxquelles se joignent six autres pour les semailles, comme travail volontaire. Des machines allègent les grands mouvements que doivent faire les communards pour travailler la terre.reunionreunion-con-el-pueblo

Ils sont conscients des tragédies de la macro-production en matière paysanne. Il faut employer des machines, des produits agro-toxiques et même des semences OGM pour pouvoir affronter la concurrence. Ce n’est pas faux : la sacro-sainte industrialisation risque d’empêcher un processus réellement révolutionnaire dans l’agriculture. Pour la germinaison du maïs on utilise les Semences Hybrides du Venezuela (Sehiveca), filiale d’Agropatria (entreprise publique de distribution d’intrants agricoles). A quoi s’ajoutent des semences hybrides importées du Mexique, entre autres de la corporation Pioneer.

La paysanne afro-descendante María Ochoa, une communarde au corps maigre, récemment diplômée en production agro-alimentaire à Sarare, privilégie l’option de la petite échelle : “il faut profiter de chaque terrain disponible pour créer des “conucos” (lopins productifs traditionnels), nous devons produire pour nous-mêmes. Cette terre est bonne, fertile”.

Il y a quelque chose de grave dont tous se plaignent. Julio Álvarez, qui travaille au sein de la commune “Negro Miguel” (municipalité Simón Planas) : “ce qu’il y a ici, surtout dans les plantations de café, dans les montagnes et dans les collines, c’est beaucoup de délinquance, ce ne sont pas de petites frappes, non, des gros poissons, toute une mafia organisée”. Il y a des paramilitaires installés derrière les collines qui embrassent le territoire de la commune, qui volent et qui menacent constamment la vie des communards. Des paramilitaires qui travaillent de concert avec des secteurs corrompus de la garde nationale et du gouvernement régional de Henri Falcón. Pour l’heure, l’impunité règne : ces dernières semaines ils ont tué deux jeunes compagnons d’El Maizal, sans oublier des vols de véhicules de la commune et un attentat contre le dirigeant communard Ángel Prado.

Photos: Veronica Canino

Source :  http://www.comunaadentro.blogspot.com/2014/01/de-entre-las-espigas.html

Traduction : Thierry Deronne

educacion letrero-el-maizal hijos-de-la-patria ganadoelMaizal_19URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/11/el-maizal-comment-naquit-notre-commune/

Un souffle repris…

Ministro-Reinaldo-Iturriza-MonagasNommé au Ministère de la Commune par Nicolas Maduro, le sociologue critique Reinaldo Iturizza (photo) a pour mission d’appuyer la construction de ce levier stratégique dans la transformation du vieil État. Il  a commencé par changer la méthode. Fi de toute imposition d’un “modèle”. Écouter, écouter les critiques et les propositions citoyennes. Des journalistes comme Aquarela Padilla ont commencé à écrire cette chronique communarde, non plus pour vendre – comme le font encore d’autres institutions de l’État – le socialisme comme un “produit” mais pour se faire l’écho des voix populaires. Son récent article a été publié (en espagnol) sur le site du Ministère de la Commune : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-comunaun-aire-recuperado/

T.D., Caracas, février 2014.

Un souffle repris…

Par Aquarela Padilla

Ici les distances se mesurent différemment, il faut s’habituer à ces ruses du temps; nous voulons atteindre du regard tout l’horizon, le secret de ce calme, mais tant de plaine et de pluie nous débordent les yeux, la poitrine. Nous avons avalé les heures et les kilomètres comme des quartiers de mandarine, jusqu’à la rencontre… Au milieu de la terre, un arbre Pomalaka aux fleurs fuschia remplit l’espace : c’est là que nous faisons la connaissance des membres de la Commune Luisa Cáceres de Arismendi qui fait partie de la Cité Communale Francisco de Miranda, dans l’État de Portuguesa.

Le café qu’on nous offre est le rite du commencement de la journée. C’est ainsi, tasse serrée entre les doigts, fumée dans les narines, que nous commençons à comprendre ce qui naît en ces lieux; chaque maison a son potager. A chaque coin un arbre plein d’ombre et à l’infini, les champs de riz.

Nei Sánchez

Ney Sánchez

Ney Sánchez est un homme qui se lève tôt : son accent le révèle. Quand il commence à nous raconter la commune, c’est de lui qu’il parle, et des autres, de sa famille, des enfants qu’il embrasse endormis à la tombée du jour. “Nous avons choisi le nom Luisa Cáceres, dit-il, parce que 80 % des membres de l’organisation sont des femmes et qu’elles ont voté en majorité pour ce nom” (1). Il est si sûr, Ney, de ce qu’il raconte, que les mains s’envolent à chaque point et reviennent en place après une pause. Chaque phrase est directe, porte : “auto-gouvernement”, “dépasser le pouvoir des mairies”, “la participation directe du peuple”, tout l’effort qu’a coûté la construction a valu la peine, malgré la négligence, la complicité et le sabotage de quelques fonctionnaires et de dirigeants choisis dans les urnes.

On sent chez ces communard(e)s la fermeté d’une position politique : tous argumentent et dénoncent avec la rage de qui sait qu’il possède la raison et la justice. L’héritage de Chavez est plus fort que tout opportunisme, et c’est pour cela qu’ils continuent de voter pour des candidats de papier quand il le faut, même s’ils savent que là n’est pas la voie mais dans la lutte collective, au coude à coude. S’ il est posible de dire quelque chose du “chavisme” c’est cette fidélité à l’idée, ce pari sur l’espoir, là où se noue l’affrontement direct entre celui qui a tout et celui qui vend sa récolte pour quelques sous afin de payer les chaussures du petit pour l’école; Et cela n’a pas cessé en pleine révolution, la Garde Nationale reste un instrument répressif contre le paysan, les crédits continuent à arriver au patron, certains dirigeants se lavent les mains, complices, avant de se faire prendre en photo pour la postérité; les gens continuent à croire en Chávez… il n’y a pas de peuple vaincu.Familia de la Comunidad de Puerto Las Animas de la comuna Luisa Cáseres de Arismendi

Le courant paysan Bolívar et Zamora a appuyé la naissance de cette organisation; mais c’est avant, en 2006, qu’ont commencé à se former les Conseils communaux. “Nous sommes nés sans formation, Chavez voulait que le peuple s’organise, nous avons démarré avec 30.000 Bolivars, ce fut une erreur; c’est avec cela que nous avons construit un couloir pour l’école et un toit avec sa plate-forme pour l’école maternelle; mais nous avons éprouvé le besoin de nous former, d’organiser le contrôle social. La faiblesse des conseils communaux, c’est que nous ne sommes pas tous convaincus de la nécessité de cette construction, les partis politiques nous divisent aussi”. Quand sont venus les militants du courant Bolivar et Zamora, avec leur expérience de l’État d’Apure, nous avons désigné en assemblée la commission de lancement de la commune. Parallèlement à ce processus d’auto-gouvernement, le gouvernement officiel créait les zones communales selon un découpage géographique différent de celui décidé par la population et sous une forme juridique qui empêchait l’usage direct des ressources par les Conseils communaux.Platanal-de-la-Comuna-Luisa-Caseres-de-Arismendi

Aujourd’hui Luisa Cáceres de Arismendi est une des communes agricoles les plus productives du pays; si la Patrie était un corps, San Genaro serait la bouche… Ocumo, papaye, banane à cuire,  manioc, oignon, riz, maïs et tomate font partie des 27 cultures mises en production sur les 8000 hectares que couvre la Commune. On estime la production quotidienne à 40 tonnes qui sont revendues dans les supermarchés à un prix trois fois plus élevé que celui payé au paysan. “Il faut en finir avec ce modèle qui règne depuis 50 ans, il faut installer des Entreprises de Production Sociale; échanger, envoyer ce manioc directement aux autres communes, casser les chaînes de l’intermédiaire privé et du capitaliste” poursuit Ney.

Une partie du problème à résoudre est que les unités de stockage et de distribution les plus proches se trouvent dans les chefs-lieux, à Acarigua ou à Guanare, ce qui rend le transport de la récolte si coûteux; d’un autre côté il y a les intrants qui doivent être garantis par Agropatria (entreprise publique, NdT) mais qui arrivent… après le cycle des semailles.

Un drapeau qui flotte peut signifier beaucoup de choses, surtout s’il est désigné par la main d’une survivante… Elle, elle est arrivée il y a vingt ans, fuyant la guerre en Colombie, elle a vu mourir ses frères, elle sent encore le feu dans ses mains et dans sa poitrine, raconte-t-elle, le bruit que laisse l’horreur, parce que ses frères sont tout un peuple, tout un peuple en flammes. Chaque fois qu’elle dit “Colombie”, ses yeux se mouillent, la mort ne fait pas de trêve à la mémoire. Elle est son histoire, le portrait vivant de son massacre, elle militait dans l’Union Patriotique, camarade de Gaitán et de Bolívar, camarade de Chávez avec qui elle s’est réunie dans la clandestinité, avant son “pour l’heure…”Je suis exilée, j’ai subi la guerre, j’ai 40 ans, je suis de gauche, et j’ai suivi ma route, persécutée par Uribe quand il était gouverneur, il fut le chef direct des paramilitaires – c’est là la racine principale des assassinats commis en Colombie; et Santos aussi, qui fut son ministre de la défense, ils ont assassiné la Colombie, ils ont assassiné les pauvres, le paysan, l’humble…Tous ces morts nous les devons à Uribe, ce fut pire que Pinochet, la bourgeoisie colombienne ce sont 300 familles très puissantes; les gens aussi sont très courageux, j’en ai connus qui ne se sont jamais rendus”.

Elle sait que toute naissance est difficile et que la Commune est une respiration, un souffle repris, en fin de compte c’est la même semence qu’elle a toujours défendue. “Ce ne sont que 14 ans, c’est comme lorsqu’un enfant naît et qu’on regarde comment il se met à marcher, tel est le Venezuela, là-bas en Colombie on a vécu 65 ans de lutte. Chavez, ce fut le meilleur de ce qui pouvait nous arriver 200 ans après Bolívar, il a touché tout le monde, les enfants, les vieux, il nous a rendu les clefs de l’Histoire, et nous a brisé le coeur quand il nous a laissés”.

Pour protéger sa vie, nous tairons son nom, c’est sa force morale qui importe, les femmes de la commune l’appellent “la grand-mère”. Ensemble elles nous montrent la plaie ouverte, elles disent encore qu’une révolution se gagne avec le ventre plein et que chaque fois qu’elles arrosent la terre et portent les petits-fils sur la hanche, elle se sentent “révolution”.

Comuneros y comuneras reunidosComuneros-y-comuneras-conversandoPhotos : Veronica Canino

Source : “La Comuna… un aire recuperado”, http://www.mpcomunas.gob.ve/la-comunaun-aire-recuperado/

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Note :

(1)   Luisa Caceres Arismendi (1799-1866),  héroïne républicaine de la lutte pour la libération et l’indépendance du Venezuela contre la monarchie espagnole. Ses restes reposent au Panthéon, à Caracas.

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/un-souffle-repris/

Ceux de Jacoa

Famille de Ramón Virigay

Famille de Ramón Virigay

Nous sommes dans un de ces "fundos" qui, avant de s’organiser en communes, sont nés de l’alliance des forces paysannes contre les grands propriétaires du Venezuela et de Colombie. Rodolfo Romero : “la promulgation de la Loi des Terres en 2002 a poussé les gens à croire à la réalité d’un processus, aux paroles d’un Président, à une forme d’auto-gouvernement. Avant, 2 ou 3 personnes possédaient les 12.800 hectares que couvre aujourd’hui notre commune. Nous étions une poignée d’habitants taillables et corvéables par des grands propriétaires qui nous sous-payaient, violaient tous nos droits. Nous ne savions pas encore que le chemin serait long pour nous organiser, pour créer une conscience. Aujourd’hui pratiquement aucun de nous ne travaille plus pour un exploiteur –  chacun dispose d’une petite unité où nous produisons ce que nous consommons, l’excédent est partagé avec les voisins. Mais cette loi n’est pas tombée du ciel. Beaucoup de sang a été versé dans les zones rurales vénézuéliennes, dans le silence médiatique, dans l’indifférence générale. Des millions de personnes avaient la chair de poule chaque fois qu’un ”va-nu-pied” , un nègre marron, se multipliait sur les écrans de télévision, quand résonnait enfin le fameux “terre expropiée”, expression de justice absolue pour les “sans nom”.

La grand-mère communarde et ses paniers en matériel recyclé.

La grand-mère communarde et ses paniers en matériel recyclé.

Los Chiribitales, c’est ainsi que Chávez les appelait, se nomment aujourd’hui “Commune Las Uvitas” : comme les raisins sucrés qui bordent les chemins d’ici, fortifiants du marcheur. Pour accoucher de la charte fondatrice – devenue en quelque sorte la constitution des 200 familles – les communards ont travaillé quatre jours au finish, à bout de café et de délibération collective.

Depuis, ils se réunissent dans le Parlement : une maison où tout est discuté, de l’apport de chacun au plan de vacances des enfants au mode d’emploi des machines à semer, aux idées d’avenir : l’excédent du buget de la construction de 170 maisons se transforme en projet  de laboratoire d’analyse sanguine de chevaux, en élevage d’une variété locale de poules, en fromagerie.

Les communards José, Ramón y Rodolfo.

Les communards José, Ramón y Rodolfo.

Tous les projets de production alimentaire que possède Jacoa s’inscrivent stratégiquement sur l’axe de développement Abreu e Lima qui relie l’État de Barinas aux États de Portuguesa et d’Apure. Pour Joaquín Brito, c’est un engagement total : “Je vis depuis 38 ans au Venezuela, les patrons m’ont tellement exploité que je suis devenu  révolutionaire. J’ai réussi à étudier dans la missions éducative du Fundo. Avant il y avait beaucoup de population ouvrière, on vieillissait sur place, les jeunes n’étudiaient pas. Faute de possibilités, chacun se défendait comme il pouvait. Il n’y avait pas de politique qui le protège, aucune loi”.

Les communes ont arraché la “conscience de classe” à la théorie politique. La brèche entre l’”avant” et l’”après” a changé la perception des vénézuéliens. Les paysans agressés pendant des années par la corruption, l’arrogance du rentisme pétrolier, continuent à se battre, avec le courage de l’histoire dans la gorge, là, pour ne plus jamais se taire.

Les noms des cinq conseils communaux qui forment cette commune sont des curiosités locales que les gens d’ici expliquent aux visiteurs. Tel le Conseil Communal “Infierno  Gloria” où la boue atteint le poitrail des chevaux en saison des pluies. Les histoires sur l’eau abondent aussi, le fleuve est une légende vivante; nous sommes allés pêcher, il a fallu attendre quatre heures pour qu’un poisson morde, aucun d’entre nous n‘a échappé à la menace des moustiques. La nuit se referme, le silence coupé par le vent, le plaisir d’être ensemble.

Atardecer-en-La-comunaAuteur : Aquarela Padilla / Photos : Rosana Silva
Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/los-hijas-de-jacoa/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/17/ceux-de-jacoa/

Nouvelles chroniques communardes du Venezuela

Commune Agro-écologique  “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

Commune Agroécologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Azulita: les yeux ne suffisent pas à embrasser tout le paysage en fleur. Ici, quelque part entre le Catatumbo et le Páramo doit régner certaine magie, certain secret réservé à ses  millions d’oiseaux migrateurs. C’est l’heure de la flamme sous le café du matin, le début de cette histoire. Celle de ceux qui croient dans leurs mains.

Ainsi de Julio Mota, au verbe insurgé de toujours mais calme, de celui qui sait qu’il fait partie d’un mouvement vital, irréversible. Lui, sa compagne et leurs deux gosses, ont décidé de fuir la ville pour se submerger dans la montagne, à la lueur d’une bougie. Remplir ce vide que nous traînons depuis tant d’années,  nous les victimes de l’aliénation de Cosmopolitan, ”se retrouver de nouveau face au fait d’être homme et femme, je crois que tout commence par là, c’est un des grands apprentissages que nous a transmis ce retour à la terre. Nous avons dû tout reprendre à zéro, cela revient à renaître comme enfant car les gens d’ici possèdent des conditions physiques et spirituelles exceptionnelles, nous avons dû apprendre d’eux.”

A la différence d’autres villages ruraux, La Azulita présente une particularité : ex-refuge de hippies, libre-penseurs et bohèmes des années 70, elle accueille aujourd’hui la vague de ceux qui veulent échapper à la logique urbaine imposée par le modèle pétrolier. A force d´apprendre à réapprendre ils ont inventé une Commune : “El Tambor” …

ComunaElTambor_01Comment naît une politique “autre” ? En quoi se différencie la production agricole communale de celle implantée au Venezuela depuis le siècle passé ? Qu’est-ce qui nous rend différents ? Est-ce la seule propriété de la terre ou un changement de paradigme ? Le fameux “développement” est-il cohérent avec une autre proposition politique ? Ces questions surgissent dans la conversation entre les communard(e)s de “El Tambor” : les espaces de récupération de la culture du café et d’autres plantations ne parlent pas seulement d’une production pragmatique d’aliments mais d’une vision en profondeur de l’histoire nationale, de la critique de la culture de l’exploitation de la nature et de l’humain, destructrice et arrogante, propre du capitalisme, dilemme toujours brûlant dans ce pays en pleine transformation.

Ce furent toujours les mêmes paysans qui ont semé le café. Ils se sont faits vieux et les plants aussi… La terre est morte d’être exposée sans fin à la monoculture et aux agents toxiques inclus dans les semences industrielles et commerciales. Pour quatre sous et au prix d’un épuisement historique, en échange de l’exode et de l’honneur de leurs propres enfants, ils ont rempli les entrepôts des industries de traitement, héritages des fils de la bonne bourgeoisie “nationale”. Ensuite sont venus les éleveurs pour occuper les meilleures terres avec leur bétail, la où naissent les sources, aujourd’hui polluées par les bouses de vaches; les arbres exterminés, la vie exterminée pour garantir la présence de la viande dans les rayons de supermarchés. "Les lits des rivières sont totalement abîmés par l’élevage, toutes ces parties râpées que tu vois dans la montagne sont l’effet de l’élevage extensif; ils râclent la terre, la retournent et cela produit l’érosion. La totalité de la municipalité Andrés Bello est zone ABRAE, Aire sous Régime d’Administration Spéciale: tout ce qui n’entre pas dans le Parc National est zone ABRAE de type 2, c-á-d. soumise à de fortes restrictions, et l’une ou l’autre zone est ABRAE de type 3, qui permet l’impact de l’élevage mais de manière contrôlée. Mais cela n’est pas respecté." ComunaElTambor_04C’est à la Commune aujourd’hui de tout mettre sur la table. Ce débat est un exemple de sa position rebelle. Dépasser la vision du développement pur n’est pas simple au coeur d’un processus bolivarien où survivent de grandes contradictions entre la rentabilité et l’autonomie populaire. Du point de vue des communards, le thème n’est pas de produire de plus en plus de tonnes d’aliments mais de quelle manière on les produit, pourquoi et pour qui; nous semons pour nous alimenter ou pour accumuler du capital ? Ces compagnons proposent par exemple la culture du café sous ombre, et l’usage d’engrais produit par la communauté elle-même; bien sûr cette culture est plus lente mais elle ne tue ni le paysan ni sa terre parce qu’elle lui permet de semer tout autour, et en harmonie, des bananiers, des framboisiers, des plantes médicinales.

Nous proposons d’autres manières de cultiver les légumes, nous travaillons sur quatre unités productives comme celle-ci, la plus petite, avec la production de viviers multiples : forestier, frutiers, ornementaux, d’engrais organique, légumes cultivés sous protection. Le “convite", ou échange de travail contre travail, est la manière d’appliquer cette autre politique basée sur une vision agroécologique, “la symbiose être humain-nature, la nature vue non comme un simple objet de production mais comme un monde où la participation humaine ne signifie plus la destruction. Ces unités productives auront un impact tant visuel que quotidien: démontrer à d’autres petits producteurs qu’on peut récolter le café sans investir en main d’oeuvre extérieure – ce qui augmente les coûts de production – mais en nous unissant entre producteurs et en travaillant en commun..

Et comme l’activité économique du village paysan veut aller au-delà de la fourniture de matière première à l’industrie, les Conseils Communaux se sont proposé de construire un centre de stockage et de torréfaction en vue de commercialiser du café, ce qui garantit d’autres formes de travail et une participation de la communauté à l’autogestion. Dans cet espace fonctionne déjà la salle de bataille sociale et un centre de déshydratation et de conservation de fruits. Cette initiative vise à pratiquer le tourisme rural communautaire : un échange de savoirs, de travail et d’expériences entre organisations sociales comme le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (Brésil) avec lequel ont été nouées des relations de solidarité et d’égalité. Ici les producteurs naissent sous un plant de café et meurent sous un plant de café. “Nous voulons offiir la possibilité de migrer vers les secteur secondaire et tertiaire de la commercialisation et de la distribution de sa propre matière première, ce qui va nous apporter une énorme valeur ajoutée économiquement parlant, mais aussi en termes d’organisation. Nous ne croyons pas qu’un pays puisse se développer sur la seule base de la production de matière première, il faut investir des ressources dans le traitement de ces matières premières. D’abord nous regrouper comme organisations et ensuite permettre aux producteurs de croître, de se transformer progressivement. Pour nous les espaces de travail sont les plus propices à la transformation.ComunaElTambor_09Marisol Fernández, Alberto Cruz et Mina la grand-mère nous expliquent, sourire aux lèvres, que l’expérience des viviers a changé leur vie, car c’est là que s’est concrétisée la possibilité de l’agriculture collective, des soins de la terre comme de la vie elle-même, de l’apprentissage permanent. Neuf femmes et leurs enfants mènent ce travail quotidien sur ces quelques mètres carrés ruraux réhabilités, et les voisins observent, pour voir si au bout de trois mois, sans rapporter de gain chez elles, sans pesticides, à force de volonté pure, elles réussiront à récolter la première production de légumes. “Le plus difficile, c’est le démarrage, mais ici nous disposons de compost, de lombriculture, de vivier de plants de café, de plantes d’ornement et cela a rapporté des ressources pour l’autogestion. Les premiers bénéficiaires de ces aliments sont les gens d’ici, nos enfants participent aux semailles, ils ont semé leurs propres plantes. Nous sommes ici pour tenter de vaincre l’idée reçue que rien ne peut se faire sans produits chimiques, il faut prêcher par l’exemple."

Plus haut, perdue dans la brume, il y a Ciudad Fresita. Là-haut, la commune construit un autre espace pour les semailles et pour le travail, dans ce cas pour l’artisanat. C’est ce que nous explique un homme aux allures de lutin, Mika, comme on le nomme ici. Il joue le rôle du professeur et construit avec ses apprentis cet espace de forme circulaire, fait de terre et de bois de la zone. Lui aussi est arrivé ici en quête de quelque chose.

Pendant ce temps à Petare… (État de Miranda)

comuna 2

comuna 3Quel travail ! Toute la semaine de réunion en réunion pour nous mettre d’accord, toi tu fais ça, moi je m’occupe de ça… “ Le centre de vote vient d’ouvrir. Chacun des membres de ce bureau a reçu une formation du Conseil National Électoral. Une question : “la communauté viendra-t-elle, approuvera-t-elle le projet de créer une commune ?”

A 7h15 les premiers voisins sont apparus. Petit à petit. “Approuvez-vous la création de la charte fondatrice de la Commune ?” Deux cases seulement : “Oui”. “Non”.

Vu d’en haut les collines de Petare sont une immense marée de peuple. Vu d’en bas, ce sont des files, des urnes, de la musique, des auvents, des textes de loi sous le bras, des Plans de la Patrie 2013-2019  annotés. Ana est sortie quelques minutes du centre de vote pour chercher le soleil, “avant je ne savais pas ce qu’était un maire, un gouverneur, j’ai connu mes voisins à travers le conseil comunal, j’ai beaucoup travaillé avec eux”.

Au même moment les 22 conseils communaux qui ce soir formeront la Commune Alicia Benítez votent eux aussi. Ils ne savent pas encore qu’au même moment, 11 autres communes seront fondées à Petare et que dans l’ensemble du pays on compterait dès demain, lundi 2 décembre, 452 communes.Comuna II e

Comuna II dcomuna 1Le vote s’est déroulé comme prévu, avec les compagnons connus, ceux qui ont donné vie aux “11 modules de santé gratuite du programme “Barrio Adentro” (“au coeur du quartier”), un centre de diagnostic intégral, deux centres de connection Internet communautaires, les six bus du transport collectif communal, une Entreprise de Propriété Sociale de Gaz communal, et le centre de production de chocolat”.

Des jeunes aussi sont venus voter, comme Manuel et Astrid, 18 et 21 ans, membres des Comités de Culture et de Sécurité. Ou John Cisneros, 20 ans, qui enregistre des interviews pour la radio de quartier du Colectivo Radiofónico Petare.

Le soir, les tendances sont irréversibles. La Commune est approuvée. 97% de “oui”. 3459 des 3795 votes exprimés. La commune Alicia Benítez peut commencer à travailler. Un Parlement communal, une Banque Communale… petits pas vers un probable “auto-gouvernement”. Nouvelle réunion à la fabrique de chocolat pour voir si les votes donnent un sens aux années de lutte, si lourdes parfois…

Et vers la mer…. (État de Vargas)

Comuna III aLa commune n’existe pas, c’est une initiative !

Ils nous l’ont dit d’emblée, dès notre arrivée.

Ce n’est qu’hier que nous avons eu notre première session extraordinaire du parlement communal.

Dans la commune naissante “Cacique Guaicaipuro” on ne se raconte pas d’histoires. On sait que le travail difficile commence. “Oui, des temps difficiles” insiste Leandro Rojas. Il y aura le travail électoral à maintenir dans le secteur de Caraballeda, dans cette géographie qui couvre l’espace communard (avec l’activation de 30 conseils communaux) et tout le temps est englouti par les difficultés de créer une organisation et une production authentiques. Mais : “nous avons un esprit collectif suffisant pour monter la commune”.

Caraballeda. Soleil implacable sur des plages et des montagnes, sur des immeubles de classe moyenne qui se mêlent à présent aux logements publics de la Gran Misión Vivienda Venezuela. Les militants actifs de la commune, les pauvres du secteur, tentent de récupérer le territoire “accaparé par les bourgeois de Caracas qui viennent passer la saison dans leurs appartements”. Ils se réunissent tous les mardis à 16 heures : ils traitent les problèmes des différentes communautés qui jouent un rôle dans ce qu’on appele depuis peu les “gouvernements de rue”.

Maintenant ils peuvent se réunir dans leur salle de bataille “Luisa Cáceres de Arismendi”, un espace qui était aux mains du privé jusqu’au 20 août. L’occupation de ce lieu s’est faite avec l’appui des institutions. Mais ils sont rebelles à toute idée d’”assistentialisme, une culture politique qu’il faut briser” explique José Calero sans crainte; “ensemble on réussira”. L’espace fait face à la plage Alí Babá, quelle chance ! Il fait frais quand souffle au moins un peu de vent mais aujourd’hui le soleil ne pardonne pas.

comuna III bMaintenant ils ont ce lieu fixe de réunion, pour “conspirer” ensemble, avec une bonne expérience en ce domaine: “avant même la commune nous devions travailler ensemble”. Jacqueline Zúñiga est celle qui a la peau noire et le sourire éclatant: “Chávez nous a appelés à construire une autre forme de vie, et nous le lui devons, ne serait-ce que nous organiser. Tout le bien construit dans ces quatorze années m’a ouvert les yeux, parce que j’ai subi la grande tragédie des inondations de Vargas, maintenant mon fils a des possibilités dont je n’ai jamais bénéficié”. Il faut davantage de travail d’organisation mais “nous savons où nous allons”.

Antero Colón parle de la situation scolaire: “Si nous n‘y mettons pas de passion, dans l’idée de forger la commune, nous perdrons face à eux”. Ils sentent ce territoire comme le leur, et il y a une bonne raison à cela.

comuna III cC’est ici qu’en 1560, les indigènes de la vallée de Caracas combattirent l’envahisseur espagnol, hollandais, allemand… Guaicaipuro fut le dirigeant indigène qui réunifia les peuples autochtones face à l’empire espagnol. Les communards connaissent son histoire de martyr écartelé. “C’est dans ces montagnes qu’il campait lorsqu’il fuyait le feu ennemi” raconte Eduardo Álvarez. Ils croient pouvoir projeter son esprit rebelle dans l’action communale. “Le problème de la propriété n’existait pas avant la conquête des terres nôtre-américaines par les européens. Il sont apporté ce concept pervers et l’ont mis en pratique. Guaicaipuro et les siens l’ont refusé, et ont combattu. La mort du premier cacique et la trahison de  Francisco Fajardo ont abouti à la création de Caraballeda comme espace géographique sous l’influence de l’Église catholique et du pouvoir impérial. Nous, nous voulons retrouver les racines communales, démanteler ce vieil espace.

Ils ont plusieurs idées quant à la viabilité de leur Commune : “Comme nous n’avons pas beaucoup de terre à cultiver, même si nous n’écartons pas cette possibilité, nous pouvons développer le tourisme”. Leandro nomme les différentes Entreprises de Production Sociale (EPS) à l’ordre du jour : machinerie agricole lourde à Caruao; tourisme; stockage. Le plus intéressant du projet est qu’ils pensent non seulement impulser la production locale, mais qu’ils veulent mener un travail en commun avec d’autres communes de l’État de Vargas.

marina-de-caraballedaIls veulent même récupérer la zone portuaire de Caraballeda, qui fait partie du rayon de la commune et appartient à l’État, à Venetur. Le plus curieux de l’affaire est qu’elle est louée au secteur privé pour le seul confort des yachts des riches qui y stationnent. Sur place l’accès aux lieux nous a été interdit par le coordinateur de sécurité qui nous a délogés sans nous permettre de prendre une photo. Le tourisme n’est pas pour tous mais pour ceux qui peuvent payer.

―Mais vous pensez pouvoir concrétiser un modèle de tourisme qui ne devienne pas capitaliste ?

― Il y a une forte base écologique mais tout cela est encore en discussion, répond Eglia Lárez.

― Encore que le concept même de tourisme a été inventé par le capitalisme, parce qu’il s’agit de vendre des services, dit Miguelangel.

La discussion se poursuit, comme toujours dans une révolution.

Une des réussites de ceux et celles qui se sont organisé(e)s en commune à Caraballeda, c’est la communication par le journal, la radio et la télévision commuautaires. Héctor Liendo, l’autre afrodescendant du groupe, est le principal coordinateur de TV Caribe, canal 58 qui émet sur le littoral. “La télévision a été impulsée avec nos propres ressources, combien de sous n’avons-nous investis ces dernières années. Mais maintenant la télévision va adhérer à la commune !”. Il nomme tous les appareils que quiconque travaille dans l’audiovisuel lui envierait. “Et le projet est de produire un programme qui raconte le travail communal que nous réalisons ici”.

“Écrire et diffuser notre histoires est important, pour mener la bataille contre le pouvoir hégémonique de la communication et de la culture. Nous penser, nous les pauvres, comme classe sociale et non comme l’objet du regard de la BBC ou de ESPN. Pour l’heure nous ne pouvons faire beaucoup plus, tant que ne seront pas créées les Entreprises de Production Sociale nécessaires mais en attendant nous formulons les projets d’infrastructure pour obtenir les réponses des institutions” reconnaît Antero. “Comment nous organiser si nous restons rivés à nos individualités ?” rappelle Jacqueline.

comuna III dAuteurs : Aquarela Padilla, Ernesto Cazal et Marco Ferrugi.

Articles publiés sur http://comunaadentro.blogspot.com/

Photos : Verónica Canino

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/07/nouvelles-chroniques-communardes-du-venezuela/

"Les bagarreuses de Santa Barbara" et autres visages invisibles du Venezuela

Santa Bárbara, État de Miranda. Tout commence par une maison. Ce qui la rend particulière c’est qu’elle est aussi une briqueterie. Et une occasion parfaite de conspirer pour un groupe de femmes dont la plus âgée a 38 ans. On les appelle "les bagarreuses". Il y a Juana, le débit rapide de qui a l’habitude de parler. Quand elle reconstruit l’histoire et jette les mains au ciel, son corps danse, le tambour ne s’arrête plus. Juana la marronne, la libre, la démesurée, la libre arbitre, tout la rend belle, hors série, digne. Elle nous parle des accouchements, avec un sourire capable d’emporter d’un éclair la dureté du temps, la trahison d’un peuple aveuglé qui vote pour son ennemi historique, l’eau qui un jour a noyé le village et laissé le pauvre sans toit, les heures de marche avec la boue à la ceinture, la faim, le silence.

Enfants du Secteur Caño La Palma 1

Enfants du Secteur Caño La Palma 1

Juana Benaventa, porte-parole du comité de finances du Conseil Communal Bolivarien Santa Bárbara et travailleuse de la forge, et de la briqueterie (coopérative "Vivir viviendo")

Juana Benaventa, porte-parole du comité de finances du Conseil Communal Bolivarien Santa Bárbara et travailleuse de la forge, et de la briqueterie (coopérative "Vivir viviendo")

Joie… “Les bagarreuses” remontent les rues de Santa Bárbara avec l’air de connaisseuses. Elles sont plus de vingt femmes lancées dans la construction de logements décents pour leurs voisins. Le Conseil Fédéral de Gouvernement a approuvé leur projet de construire 22 maisons. Avec ce même budget ces entêtées ont non seulement construit les logements mais aussi une briqueterie, une forge et une coopérative pour produire des meubles.

Si on veut mettre un visage sur les avancées de la révolution, il suffit d’écouter. Au détour de la conversation surgit le nom d’une Mission. Les sourds en tireront que c’est un droit de la population garanti par les politiques d’État. Une oreille attentive (celle qui écoute avec l’âme) comprendra que la transformation d’une société comme la vénézuélienne touche des dimensions plus profondes, que la science ne peut embrasser, effrontément humaines. A Santa Bárbara s’est installée la Mission Ribas (mise à niveau des études secondaires, NdT) et à partir de là “les bagarreuses” ont allumé la mêche.

Elles ont réussi à créer la Mission Alimentation, et une première école maternelle; elles (Milagros, Antonia, Thaly, Yuleidy, Juana) en parlent avec fierté. Avant, quand un caïd surnommé “El Coman” ne sévissait pas dans la zone, ces femmes inventaient des trêves pour supporter la réalité, “nous jouions du tambour partout, tout le temps… la danse de l’ânesse c’était Thaly Itriago qui s’en chargeait et nous parcourions le village pour égayer les gens, nous faisions la fête de Santa Bárbara…”

A la fin des années 90 le barrage “El Guapo” a cédé, emportant les maisons, les semis et les habitants. Dans le processus de reconstruction du village sont nés les Conseils Communaux, une forme d’organisation qui a permis une première prise de conscience dans un état soumis à une forte tradition “adeca” (adjectif tiré de AD, parti social-démocrate qui a régné pendant quarante ans avec son allié social-chrétien, NdT). Le black “grossier” (c’est ainsi que la droite parle de Chavez et de la “plèbe”, NdT) fut défendu dans les assemblées, dans la rue, dans les centres électoraux; avec le temps les conseils communaux bolivariens ont crû, et malgré les discriminations politiques des gouverneurs de droite, le peuple chaviste ne s’est pas rendu. “En 2010 Radonski (actuel gouverneur de Miranda, leader de la droite et ex-candidat présidentiel, NdT) est venu jusqu’ici pour distribuer des certificats et construire quelques maisonnettes… nous pleurions parce qu’il a touché nos voisins alors que nous, nous n’avions pas les moyens de leur offrir des réponses. “Tu crois que ces baraques sont un bénéfice ? Vous voulez que la révolution vous construise une maison ?… Nous avons jeté à bas ces cages à lapin et à la place nous avons construit des logements décents. Après, les photographes de Radonski sont venus pour prendre des clichés de ces constructions comme si c’était lui qui les avait faites… nous les avons chassés”.

L’auto-construction, la briqueterie et la forge sont aujourd’hui un point d’honneur pour le Conseil Communal “Santa Bárbara”, membre de l’équipe promotrice de la Commune. Ce processus d’intégration a permis d’améliorer la qualité de vie de ses habitants mais aussi de voir plus loin. Le grand projet, c’est de libérer ce territoire de l’emprise des grands propriétaires du cacao, d’en faire une source de production d’aliments autogérés, et elles y travaillent…

Argenis Quintana, porte-parole du Conseil Communal et travailleur de la briqueterie

Argenis Quintana, porte-parole du Conseil Communal et travailleur de la briqueterie

Thaly Itriago, porte-parole de la commission du logement, conseil communal Bolivarien Santa Bárbara.

Thaly Itriago, porte-parole de la commission du logement, conseil communal Bolivarien Santa Bárbara.

Nous sommes allés jusqu’au Caño La Palma, en file indienne à travers le champ de maïs de Yuleidy. Avec son époux et ses sept enfants elle y fait pousser deux hectares d’énormes plants de maïs jaune. “Un maïs très sérieux, nous dit-elle, si on rit en le semant, il ne pousse pas bien”; ça nous rappelle la croyance du fil rouge à poser sur le front des enfants qui ont le hoquet. Sous les piqûres de mouchettes nous avons appris l’histoire des titres agraires, des évidents obstacles à leur approbation en faveur des paysans. Le gouvernement est connu pour les octroyer à des personnes qui ont déjà des bénéfices, des crédits, de l’argent ou à des personnes qui ne sèment pas mais qui ont un titre agraire; et le paysan, celui qui sème, celui qui récolte, vu qu’il ne possède pas le titre, n’est pas pris en compte. Exemple : les voisins de Yuleidy travaillent dans une immense grande propriété privée, Hato Grande. Au moment des élections on les oblige à voter pour les candidats de droite sous peine de perdre leur emploi. Le patron a reçu un titre agraire et un crédit approuvé par l’État; Yuleidy et sa famille, comme des dizaines d’agriculteurs de la zone, réclament la terre depuis des années, et pas moyen.

Le collectif fait la force

De retour à la briqueterie avec Thaly, assis sous le soleil, appareils éteints, caméra allumée, réflecteur en main. Elle nous donne un cours d’économie socialiste, compare les coûts du marché privé avec la production auto-gérée. Pas surprenant si pour ces “bagarreuses” l’intégration des jeunes au travail de la Commune est fondamentale pour garantir l’économie. Même si la productivité baisse, ce qui compte pour elles finalement c’est que les jeunes puissent recevoir leur salaire en fin de semaine pour nourrir leurs enfants, qu’ils se sentent reconnus et pris en compte; et que ces parpaings qu’ils fabriquent comme par magie dans la cour de la maison soient la matière première de la participation aux brigades d’auto-construction. "Celui qui a les moyens d’acheter une maison,  tant mieux pour lui, mais il ne l’aimera jamais autant que s’il avait participé à sa construction."

Aquarela Padilla. Photos : Rosana Silva

Source : http://mpcomunas.gob.ve/las-peleonas-de-santa-barbara/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=las-peleonas-de-santa-barbara

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/24/les-bagarreuses-de-santa-barbara-et-autres-visages-invisibles-du-venezuela/

La Yaguaina, chronique d’une commune vénézuélienne

Une salle de bataille sociale. Le matin dans les pupilles. Un carnet de route vierge. Un cercle de communards. Avec les idées de Javier Biardeau  dans la tête : « pour qu’existe la Commune, il faut qu’existe l’esprit de la Commune, et pour qu’existe l’esprit de la commune il faut le cœur de la Commune, peut-être que l’Etat ne le comprend pas »…, nous sommes arrivés à La Yaguaina (terre de palmiers) avec le défi de raconter ce qui se construit à partir du cœur, ce cœur qui fond quand on parle du Commandant et qui chemine à travers la forêt et le lac, plein de contradictions et de certitudes absolues. Matria 3Ici comme dans tous les villages proches de la côte des Caraïbes, résonne le vallenato de Colombie… On se reconnaît dans le cercle horizontal de la parole; maintenant on appelle porte-paroles ceux qu’on traitait jusqu’ici de lutteurs sociaux, « ñángaras », va-nu-pieds, indigents, ou plèbe comme les appellent encore  certains. Ici on compte 15 Conseils Communaux qui ont rendu possible cette Commune qui est tout sauf un dossier rempli de paperasserie légale, ici la Commune, c’est la rage et la tendresse de réaliser avec ses propres mains, « nous voulons que les enfants puissent avoir tout ce que nous n’avons pas eu » répète-t-on comme principe.Matria 4C’est Luisa Rivas, une femme de 35 ans, porte-parole du Conseil Communal Las Cañas, qui ouvre la conversation pour dire comment il ont commencé à croire dans la volonté commune, dans le travail collectif  : « nous existons depuis quatre ans, grâce à une initiative lancée par trois porte-paroles de conseils communaux différents, à la suite d’une émission du président Chavez sur la nécessité de créer la Commune, on ne savait pas ce que c’était en soi, mais nous avons commencé, et quand nous nous réunissions on nous appelait les fous. Quand nous avons constaté que les gens ne voulaient pas participer, nous avons décidé de bouger et d’organiser les réunions de village en village pour les motiver.» Nous avons commencé par la communauté Cruz Cano Chiquito, qui est très éloignée, nous y sommes allés en camion sans savoir ce que nous faisions réellement, on a commencé par motiver les gens – « ensemble, nous travaillerions mieux, nous devons entendre le président Chavez , c’est comme ça que nous avons tenté de former la Commune ».

C’est le travail volontaire qui a déclenché l’organisation d’une commune aujourd’hui consolidée. Tout a commencé par le dégagement des routes, un travail peu à peu habité par la musique et les conversations. On a nettoyé ensemble les câbles de haute tension, le cimetière, on est venu en mule, à pied, en camion, on est toujours venu travailler, « et après la soupe collective, on en faisait quatre ou cinq marmites après chaque journée de travail, on se réunissait pour évaluer l’activité ».Matria 1«Pour commencer, on n’est pas parti de directives ou de lois, nous avons commencé avec la volonté, avec le simple amour de faire»… Ici commence la liste de critiques, de plaintes, de rappels des institutions à leur devoir de faire la révolution, institutions qui restent souvent aveugles, les bras croisés. «Nous étions fatigués d’attendre la réponse, on nous a si souvent fait miroiter des villas et châteaux, on nous a utilisés, manipulés tout au long de l’Histoire, et  lorsque nous ouvrons les yeux, nous nous retrouvons à nouveau… entre la déception et espoir ».

Le processus de légalisation de la Commune a donc affronté les mille et un obstacles de la bureaucratie : « depuis le 17 Novembre 2012, nous avons remis les certificats des Conseils Communaux, et ils viennent de nous les rendre il y a seulement un mois. Lorsque l’on arrive enfin à former les Conseils Communaux… il faut recommencer tout le processus à zéro parce que le mandat des porte-parole touche à son terme, on nous laisse sans réponse, nous devons voyager pendant des heures jusqu’à Cumana pour refaire les démarches administratives, parfois on ne veut pas nous recevoir, on nous demande de revenir plus tard, parfois tout ça donne envie de pleurer. »Matria 5Le communard Renan Correa propose des solutions : «si nous avions plus de ressources nous produirions plus, à partir de notre  grand potentiel que sont les racines et tubercules, ces aliments doivent sortir de cette zoe vers l’axe Apure-Orénoque. Nous devons relancer l’usine de traitement d’alimentation pour animaux et de produits triturés, nous pourrions lui fournir notre récolte et on nous payerait le prix  juste car d’ordinaire ce sont des intermédiaires qui nous exploitent, ce sont eux qui gonflent les prix des produits (..) Nous, les agriculteurs, on nous ignore partout. Comme disait Chavez, nous voulons que le pouvoir du peuple, la collectivité, soient écoutés, et qu’on arrête de prendre des décisions sans nous prendre en compte

La Yaguaina est humide, et cette sensation colle à la peau, au dos brûlé de soleil. On ne cesse de regarder, parce que la vue est une vertu pour tant de choses qui naissent, le végétal est la terre, sa croissance, ce sont ses femmes et ses hommes, leur labeur. Parler vite n’enlève pas leur poids aux mots justes, aux exigences légitimes de ces communard(e)s. Das le fonnd, sur une colonne de bois, une image de Chavez, un silence.

Maria Martinez nous raconte comment cette Commune en cours de construction s’est intégrée au Système national de Troc qui existe dans notre pays depuis plusieurs années, avec une approche pratique, concrète, réfléxive d’économie socialiste, tout un processus qui va de la conscience de quelle nourriture nous consommons, aux rapports de production existants en zone rurale, en passant par la récupération des pratiques ancestrales.Matria 2La Yaguaina fait partie du Système Régional de Troc de Pariagoto. Ici on utilise comme monnaie communale « Paria » et depuis mai 2009, mois après mois, de nouvelles volontés ont adhéré. Les marchés de Troc se sont répandus dans tout le pays, invitant les pairs à participer à un échange de ce qu’ils cultivent, tissent, écrivent, rêvent. Un monde sans argent, c’est l’utopie du monde possible. La Commune nous a invité à un de ces marchés à Cumana ;  une dame debout, micro à la main, nous a reçu en disant: « Pour être libres, nous devons produire nos propres pommes de terre, si nous ne produisons pas ce que mangent nos enfants nous ne serons jamais libres ». Les travailleurs de l’entreprise sardinière récupérée La Gaviota leur ont narré leur lutte. Au-delà la géographie humaine de Sucre a oeuvré à partir de la mémoire, partageant les semences, la connaissance et la culture communale.

Traduction : Suki Neve,  http://quebolaparis.blogspot.com/

Source : Aquarella Padilla, Ciudad Caracas,  « Narrar la Matria II… Crónicas de un recorrido »,  Photos : Verónica Canino, http://www.ciudadccs.info/?p=485684

URL de cet article : http://bit.ly/1aqv8dw

C’est encore loin la Commune ?

comuna10Il y a José, qui a conduit 17 heures jusqu’à Guasdualito; Milangela, qui a pris les photos; Ángel, le “filmeur”; Miguel Ángel, l’assistant de production; et Christian, le script : ce sont quelques uns des membres de l’équipe qui filme la chronique de la naissance des communes au Venezuela depuis que le sociologue Iturizza a été nommé ministre par Nicolas Maduro. C’est encore loin, la Commune ? Quand nous lirons “C.C. El Valle” et nous ne penserons plus à un Centre Commercial mais à un Conseil Comunal, nous aurons déjà pas mal avancé…

A 10 h. 55 du matin le vendredi 4 octobre nous étions proches d’une station d’essence à Guasdualito. Nous étions arrivés à l’aube. Nous sommes passés par San Fernando.

SONY DSCJesús Aragoza est de Guasdualito et il a 22 ans. Il est “chargé par le ministère des Communes de coordonner les politiques avec le pouvoir citoyen”. “Combien gagnes-tu ?”. “Le salaire minimum” (rires). Á côté de nous un homme vend du café et du jus de canne. “Nous allons à la Commune Ezequiel Zamora, sur le grand domaine Los Blancos, une des premières créées dans la municipalité Páez”. Je lui demande: “Pourquoi une file aussi longue pour l’essence ?”. Réponse sans détours: “Contrebande. La contrebande est totale ici. C’est un commerce très puissat, acheter l’essence la moins chère du monde au Venezuela pour la revendre en Colombie… et non seulement l’essence, n’importe quoi. Un rouleau de papier toilette, vaut mieux le revendre dans l’Arauca (département colombien, NdT) qu’ici à Guasdualito”.

Ainsi, les ressemblances entre Apure et Caracas vont au-delà des deux mairies. Les spéculateurs du dollar sont aussi des contrebandiers. La maxime du capitalisme – tirer le plus grand bénéfice possible du moindre effort – resurgit à chaque pas.

Ici on parle du chip pour contrôler combien de fois on remplit le réservoir. Je m’approche et j’en vois un, collé sur un pare-brise, une étiquette avec un code-barre. C’est le chip.

Une heure plus tard nous sommes au domaine Los Blancos, un système de production mixte de 5.731 hectares selon l’unique document. Il y a un réservoir peint en jaune avec les visages, peints aussi, de Chávez, Bolívar, Simón Rodríguez, Fidel et le Che. SONY DSCIl a cessé de pleuvoir. Un temps et nous sommes envahis par la tranquilité des grandes plaines. Les gens nous reçoivent cordialement. Un garçon se sert d’un ballon de foot comme tambour. Une douzaine de types se réunissent. Les gars du ministère leur racontent pourquoi ils sont venus et ils écoutent attentivement. La plupart usent de bottes de vachers ou de caoutchouc. Un seul porte des sandales. L’idée est d’enregistrer une vidéo pour expliquer ce qu’est une commune de l’État d’Apure. Ils commencent par le commencement: “D’abord nous avons pris la terre…”.

comuna 2Une jeune fille observe depuis la maisonnette voisine. Elle s’appelle Eglis, elle est de l’État de Guarico, de Tucupido. Elle est venue pour sa mère. Voix douce, légère. Elle porte un enfant de trois mois, qu’elle a eu avec Franklin, qui est, lui, de l’État d’Apure. Le garçon qui joue au foot, et qui est ausi le percussioniste du ballon, a cinq ans. Il s’appelle Kelvin. “Qui connais-tu pour jouer au foot ?” “Et ton joueur favori ?”, je lui demande. “Mon cousin”. “Quel âge a-t-il ?”. “Il m’arrive ici” me répond-il en alignant sa main au-dessus de sa tête. Un enfant heureux, qui s’assied pour écouter les adultes raconter leur histoire avant de se lever pour jouer au ballon. Il y a plusieurs tracteurs, et, tout près, un porcelet attaché qui tente de s’échapper quand je m’approche.

Essai pour le son. Quand on tend le micro à Esteban Martínez, parlementaire de la commune, Franklin dit : “C’est du courant que vous allez lui mettre, mon Dieu !”. Esteban n’a pas peur et compte d’abord de un à dix, arrive à huit, c’est bon pour le son; ensuite il se lance dans le récit de la prise de terres, sans regarder la caméra : “Nous sommes dans la municipalité Páez, secteur Guasdualito, Commune Ezequiel Zamora, Conseil Comunal Jorge Eliécer Nieves. Baptisée ainsi à la mémoire d’un compagnon décédé das les premiers jours de la lutte. On l’a assassiné”.

"Beaucoup d’entre nous disions que la femme ne faisait rien, hein ? simplement parce qu’elle était à la maison."

Tant de sang versé pour obtenir ce que nous avons et il y a encore des vénézuéliens qui se moquent avec leur “oui mais” lorsqu’on leur parle d’avoir enfin une Patrie. Exser Araujo s’est approché de nous. Il est responsable de Fundacomunal, municipalité Páez et il est membre de la Commune Bolivarienne Socialiste Periquera. Sept Conseils Communaux la composent, pour 9.020 habitants. Il m’explique que dans le temps Guasdualito s’appelait Periquera (la “perrucherie” NdT), pour des raisons évidentes, et fut rebaptisée à cause d’un arbre qui s’appelle la guasda, une sorte de bambou. Il me dit qu’ils sont révolutionnaires, qu’ils n’ont pas peur de faire des aller-retours pour participer aux manifs. Je lui dis que certains affirment qu’ils sont payés pour aller manifester. “Non, vous voyez, cela me gêne de le dire, mais parfois on n’a rien à se mettre sous la dent là-bas, c’est dur. Nous devons faire le travail qui nous incombe : quand on voit un vieillard qui a donné toute sa vie pour construire ce pays, parfois avec une pelle, parfois une machette, travaillant pour le capitaliste et parfois sans salaire; et qu’aujourd’hui le gouvernement le prend en compte, pour nous c’est une satisfaction. Parce que tout ce que ces capitalistes leur ont pris, en les exploitant, jusqu’à les jeter quand ils étaient trop vieux, cette immense dette sociale qui leur est due, le gouvernemet la paie aujourd’hui. C’est comme la Mission “Mères de Quartier” (Madres del Barrio), beaucoup d’entre nous disions que la femme ne faisait rien, hein ? simplement parce qu’elle était à la maison. Mais c’est le travail le plus digne qu’on puisse avoir dans la vie”. Exser a 47 ans.comuna 1Toutes les histoires parlent de l’appel à travailler dur à partir de la prise des terres. Des personnes qui ont envie de s’organiser, fatiguées des injustices, des mauvais traitements. Jesús Contreras va nus pieds. Il s’en fiche. Il foule l’urine de vache, monte à cheval, fait tous les travaux de la terre ainsi. Il a 58 ans, taiseux. Les gars du ministère ont eu du mal à lui tirer des mots. Il a étudié jusqu’en deuxième primaire. “Hé Jesús, tu es chaviste ?”.Ça oui, je suis révolutionaire, très. Parce que je suis né avec la révolution dans le ventre, et c’est bon ce qui se passe. Beaucoup ont leur terre aujourd’hui et travaillent pour eux-mêmes. Ils ne sont plus les esclaves d’autrui”.

On a fait du café, on a continué à converser. Est arrivée l’heure du déjeuner.

comuna 8AMPARO

Je suis seule. Je n‘ai pas de mari et à Caracas beaucoup me connaissent”. “Pourquoi ?” je lui demande. “Peut-être parce que je suis une bonne personne ! Je ne perds pas une manif”. Elle est venue de Colombie il y a 36 ans, quand elle en avait 30. Madame Amparo nous a cuisiné de la viande, du manioc, des bananes vertes, du riz. Assiettes d’étain, pour verres de pots de mayonaise. “Pourquoi êtes-vous venue ?”. Un bref silence. “Problèmes dans la vie” me répond-elle. Tout fut délicieux, abondant. Nous sommes dans sa parcelle cultivée. Elle parle de “palos”. Ceux d’Amparo portent des avocats (une cinquantaine), des goyaves, des citrons (une vingtaine). Nos “palos” à nous désignent des quantités d’argent (“Combien coûte ce portable ?” et on te répond: “Trois palos, quatre palos, trois mille, quatre mille”). Quelle différence. Esteban, dès qu’il a fini de manger, se met à courtiser Amparo. Ouvertement. Nous avons mangé tous les quinze et le ventre plein, nous nous amusons des tentatives d’Esteban. Par chance, je n’ai pas dû faire la vaisselle.

Esssayons de décrire l’espace : toit de paille, sol de terre. Foyer. Papayes, noix de coco, bananes, citrons, avocats, mangues. Les piliers de la maison sont des troncs où courent les fourmis. Un transistor à piles pend d’une clôture. Une palette ! Cela faisait longtemps que je n’en voyais pas. Elle sert à tamiser. Des poules, des chiens, des chats, du bétail. Ciel, vert, terre, tranquilité. Grande plaine ouverte. Silence. Ils n’ont pas encore l’énergie électrique.

Luis Molina est de Barinas. Venu ici à cause des “circonstances de la vie. Je suis tombé amoureux”. Lors d’un match de foot on lui a parlé de la prise de terres. Il y a trois ans qu’il vit au sein de “cette belle famille que j’ai autour de moi. Vous dire que tout fut merveille serait mentir. Nous avons eu nos embûches, mais nous les avons surmontées. Chaque jour on apprend à se tolérer un peu plus. Une commune c’est une grande famille”. Luis mâche sa chique de tabac, une très grosse chique et continue l’histoire de l’alimentation pour les cachamas (poissons d’élevage, NdT), on n’en trouve pas: “On ne trouve pas d’aliments. Quand ils arrivent, on le donne aux gros producteurs, que les petits se fassent foutre. Alors il faut s’associer à un capitaliste pour pouvoir en acheter. Puis le bénéfice, c’est ce qu’on distribue. Supposons qu’on arrive à vendre 2.000 kilos à 50 bolívares. Le capitaliste vient avec ses factures de frais: carburant, alimentation… ça fait 60.000. Donne-moi ma part. Et de ce qui reste, fifty-fifty. Donc en six, sept mois de travail tu gagnes 20.000 bolívars. Le capitaliste ne s’intéresse qu’aux billets. Souvent toute la production part pour la Colombie. Bien sûr, là-bas c’est plus cher, on leur en donne un meilleur prix. Eux ne s’intéressent pas à la nourriture des gens d’ici, seuls les bénéfices les intéressent. En Colombie on t’offre jusqu’à 100 bolívars le kilo, ici il n’atteint pas 50. Les problèmes ? Les poissons guabinas, les caïmans, oxygéner l’eau. Il faut courir chercher des gens pour entrer dans l’étang et remuer l’eau”. Reprise de chique de tabac.

Le quotidien est exotique: regarder comment on alimente les cachamas. Dans l’étang d’Amparo il y en a  2.000. Il faut faire attention au caïman. Je l’ai vu. Avec tous ces caraquègnes faisant du tapage, les cachamas n’osaient pas venir manger, jusqu’à ce que nous nous taisions et elles ont mangé. Auparavant, la photographe s’est baignée dans l’étang. Le caïman ne lui a rien fait et elle ne lui a rien fait non plus.

comuna 6SAMEDI ET DIMANCHE

Le samedi les communards ont joué au football. Avant d’aller les regarder, sur la place Bolívar de Guasdualito j’ai bu la meilleure chicha du Venezuela : “Chicha La Caraquègne”. Yohender est de San Cristóbal, il se trouve à Guasdualito et a appris à faire la chicha à Caracas.

Le dimanche nous sommes allés à Barinas. Dans la rivière La Acequia, nous nous sommes offerts une baignade. Á Barinas, j’appelle “le chien” José Roberto Duque. Il débarque et nous offre une seule tournée de bières. Je lui raconte : “Je viens de voir une commune dans l’état d’Apure. Hier ça a fait sept mois qu’est mort le Commandant abattu et aimé. Comment terminer cette chronique ?” pendant que je bois un verre. Et “le chien” qui n’a encore rien bu, de me répondre: “Non, bon, ce qu’il faut c’est la commencer. Si tu cherches des conmunes par ici, tu verras que tout est en germe. Et les gens ont l’intuition suffisante pour savoir par où commencer. En outre il y a beaucoup de communautés qui font des communes depuis longtemps sans le savoir. Le Venezuela est plein de communautés de ce type. En Apure, d’oú tu viens, il y en a une qui s’appelle El Zancudo, c’est celle dont je suis tombé amoureux. C’est une commune en formation et ils se sont rendus compte que ça s’appelle comme ça. Il y a des gens qui se sont d’abord informés par des lectures, par le discours de Chávez, sur ce qu’est une commune et ensuite ils ont commencé à la faire. Il y a des gens qui ont commencé à l’envers. Ils ont fait les choses avec leur corps et ensuite se sont rendus compte qu’ils faisaient la révolution, sans le savoir”.

Texte original (espagnol): Gustavo Mérida

http://www.ciudadccs.info/?p=493031
Photographies Milángela Galea

Traduction: Thierry Deronne

Piritu Becerra, une commune qui crée la vie et l’organisation.

piritu 4Par Marco Teruggi

Le soleil frappe la pleine, la terre devient rouge, l’horizon dépose son immensité bleue sur la verdure. Sous un chêne vert , Pedro Pantoja, à sa gauche un déjeuner tardif, à sa droite un élevage de tortues et de « cachamas ». « La communauté doit s’approprier l’héritage du Commandant Hugo Chavez », dit-il. Nous sommes dans la commune de Piritu Becera, près de la ville de Calabozo, dans l’état de Guarico.

comuna 3Cette histoire a ses racines dans la lutte pour les terres, lorsque « ce qui était à un dictateur passait aux mains d’un autre dictateur » et pour les gens, misère et exploitation. Le sol que nous foulons a été récupéré par le peuple, plus de 300 000 ha, obtenus après dénonciation à l’Institut National des Terres et occupation.

Pour le dire en chiffres, Piritu Becera possédait 2 540 familles organisées en 36 conseils communaux, un parlement communal auquel participaient 40 porte-paroles hommes et femmes, un conseil exécutif, un conseil de planification, un conseil d’économie, celui des finances sociales et une banque communale. A l’Assemblée constitutive de la commune, tenue en octobre 2012, ont participé 2 000 personnes dont 1 200 votants mettant en place ce que nous voyons aujourd’hui.

Mais laissons les chiffres de côté, qu’est-ce que la commune ? La première chose que Pedro nous dit, c’est qu’il s’agit d’un espace dans lequel ils ont réussi à obtenir une réponse à quelques-unes des demandes collectives. Par exemple, l’acquisition et la mise en route de 2 entreprises appartenant à la commune, une de transport et l’autre d’exploitation de gravier et la remise à la commune de 1 100 ha distribués à 66 producteurs. « Nous nous unissons parce que les besoins sont communs », explique à son tour Maria Nuñez. Elle porte une casquette de la Milice Bolivarienne Paysanne et on l’appelle « Maruja ».

piritu piritu3 piritu 2

Le pouvoir populaire, pour moi, c’est cela, avoir le pouvoir de décision.

C’est l’endroit où au moyen de l’organisation populaire continuent à chercher une réponse à d’autres revendications, comme par exemple la viabilité, les crédits pour les machines, une école, une usine de traitement des aliments. Pourquoi ? Par nécessité et dans une perspective que l’habitant de la commune José Soto, explique, lui qui a écrit un livre sur les succès de la Révolution Bolivarienne : « L’idée, c’est que nous produisions et soyons auto-suffisants, que nous fassions monter la production jusqu’à l’auto-suffisance ». Sur ce, Maruja ajoute : « L’idée, c’est que dans environs 3 ans ou peut-être un peu plus, nous ne dépendions plus de l’Etat providence parce que nous n’allons pas tout le temps solliciter l’Etat ». Dans ces paroles, il y a une idée : l’autogestion et dans ce but, ils fonctionnent avec une commune urbaine.

Il y a un autre objectif : le « bien-vivre » comme le dit Pedro, sous les branches où se posent les grives. Mais aussi et surtout, cette commune suit la route qu’a tracé le Commandant Hugo Chavez, présent dans ces paroles : « La commune est un gouvernement autonome, un projet politique pour avancer vers une société dont l’objectif est l’homme ». Qu’est-ce que le gouvernement autonome : l’autogestion et le développement du pouvoir populaire, comme l’explique Maruja : « Le pouvoir du peuple, avoir nous, la possibilité de décider ce que nous voulons, comme nous voulons, dans le but que nous voulons et de la façon que nous voulons. Le pouvoir populaire, pour moi, c’est cela, avoir le pouvoir de décision. »

L’auto-gouvernement, qui a une de ses instances centrales dans la commune, dans le parlement communal, qui se réunit en ce qui concerne Piritu Becera chaque deuxième samedi du mois car le premier samedi ont lieu les assemblées du Conseil Communal : « Le Parlement serait comme l’Assemblée (Nationale ) là où l’on discute, débat,où l’on aboutit à des accords auxquels on doit aboutir ».

Quelles sont les difficultés pour y arriver ? Nombreuses. Certaines propres à la commune, comme l’explique Irama Maldonado en montrant des affiches où sont indiqués les succès de la commune : « Nous cherchons à travailler horizontalement, chacun avec une participation identique mais ce n’est pas facile. Souvent, il arrive que quelques-uns pensent d’abord à leur conseil communal, à leur secteur ». Elle est claire : « Les gens ont toujours le même état d’esprit, ils en sont toujours à la quatrième république, à la démocratie représentative, clientéliste. »

Il faut mettre au rancart les vieilles bureaucraties, les mairies, les gouvernements, pour en arriver à un peuple qui se conduise lui-même.

Face à cette difficulté, Maruja insiste sur la nécessité de travailler de manière collective et permanente : « Il y a une grande équipe qui est en lutte jour après jour , du dimanche au dimanche, les 365 jours de l’année ». elle souligne aussi que la commune doit répondre aux intérêts collectifs, non à ceux d’un producteur particulier, encourager toujours la perspective de l’ensemble : « L’organisation des communes n’est pas là pour défendre l’individualisme, si tu ne veux pas travailler avec l’ensemble de la commune ou du groupe, tu dois partir et te défendre comme tu peux. »

SONY DSCAutre difficulté ? Quelquefois, les relations avec les institutions d’Etat. Maruja explique qu’elles se sont améliorées : « Auparavant, la bureaucratie nous tuait, ici. On fermait les portes aux paysans. Maintenant, elles sont ouvertes pour nous. Cela n’a pas été facile mais nous l’avons obtenu. » Cependant, les critiques existent, c’est ce qu’explique Pedro : « Il y a des résistances de la part des institutions qui ne veulent pas céder de l’espace à la nouvelle société ». Et il ajoute : « De nombreux habitants de la commune partagent notre réalité. Il faut mettre au rancart les vieilles bureaucraties, les mairies, les gouvernements, pour en arriver à un peuple qui se conduise lui-même.” La commune est une réalité de l’organisation populaire qui se construit jour après jour, par le bas, avec effort et comme un horizon immense où se trouvent les rêves individuels et collectifs dans lesquels les uns rendent les autres possibles. Face à ces problèmes qui surgissent et parfois découragent apparaît ce que le compagnon de Maruja, Carlos Muñoz, définit comme « l’invention » : l’initiative et la créativité populaires, celles qui permettent de construire en économisant, de s’armer avec les moyens disponibles, sous la pluie, le soleil et dans la nuit.comuna 5

La commune rurale possède, en outre, une force unique : elle produit des aliments, la vie. Et Piritu Becera le fait sur des milliers d’hectares qui, auparavant, étaient improductifs parce qu’ils étaient aux mains de grands propriétaires et parce que, dans la logique du grand capital, il n’était pas rentable de les exploiter. Ces étendues étaient alors des terres oisives qui n’avaient d’autre place dans le modèle rentiste pétrolier que celle d’être louées pour l’élevage ou pour que le paysan soit exploité pendant le jour pour ensuite voir les étoiles, affamé, depuis sa maison sans toit.

Pastèque, papaye , tomate, laitue, coriandre, riz, concombre, manioc, piment, haricots, citrouille, banane, ail, pour ne nommer que quelques-uns des légumes et des fruits que donnent à présent ces terres grâce aux efforts quotidiens des hommes et des femmes, malgré, comme l’affirme Yelitza Araujo, la chaleur accablante du midi vêtu de libellules : « La campagne est forte, tu viens aujourd’hui samedi, nous travaillons, tu viens demain dimanche et nous travaillons aussi. »

Piritu Becera produit, crée, montre la force de l’organisation populaire. Elle enseigne l’héritage de Chavez, l’aube de la campagne quand les arbres font de l’ombre sous le ciel qui devient magenta, bleu, la terre reprend son vert lointain et l’habitant de la commune Elvis Hidalgo affirme : « Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de faire partie de cette histoire ». Sous le regard tel un fleuve de José qui répète : « Oui, nous pouvons, oui, nous pouvons ».

Texte original (espagnol) : Marco Ferrugi

http://comunaadentro.blogspot.com/2013/10/piritu-becerra-una-comuna-que-produce.html

Traduction : Gaston Lopez, http://cubasifranceprovence.over-blog.com/

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