Chant de travail à un vénérable corossolier, par Neirlay Andrade

La journaliste vénézuélienne Neirlay Andrade

La journaliste vénézuélienne Neirlay Andrade

On ne saura jamais qui du coq ou du jour se lève le plus tôt. Ce qui est sûr, c’est qu’au moment où la première mamelle sera vidée de tout son lait, le coq se dresse fièrement face aux étoiles. Au même moment précis, comme toujours, certaines personnes s’affairent ici et là, avec en tout et pour tout un guayoyo (café allongé) en guise de nourriture dans l’estomac.

Tout s’accélère en moins de 10 minutes : les veaux sont libérés et se précipitent avidement sur les pis disponibles, tandis que des mains agiles font leur travail en trayant les vaches. A l’issue de la traite -au moment où le coq remporte enfin sa victoire sur les étoiles – les 180 litres de lait attendus quotidiennement, sont acquis.

Non loin de la Vega del Navay, la ferme Jamaica est l’une des unités de production agricole de la Commune « Ali Primera II ». Elle se situe sur le territoire de La Pedrera, état du Táchira.

Celles et ceux qui désormais s’en occupent collectivement, ont tous contribué à sa construction, dans cette zone où la tyrannie uniformisante du llano, se substitue peu à peu aux derniers contreforts des chaînes montagneuses du secteur.

A l’affût du bruit feutré des premiers pas qui se font entendre, les cochons et les truies se dressent sur leurs pattes à l’unisson, immobiles toutefois, et silencieux. Des essaims de mouches trahissent tout de même leur présence, que les suidés éloignent, en jouant de leurs groins impressionnants. Cet état de fait met fin à leur discrétion relative, et le troupeau commence à s’activer, dès qu’il s’habitue à la présence humaine. Toute proche.

Les porcelets arrivent à la ferme à l’âge d’un mois. 30 jours après, ils atteignent déjà le poids respectable de 25 kg. Au quatrième mois, les 120 spécimens d’à peu près 100 kg chacun, ils sont envoyés à l’abattoir.1

« Les politiciens classiques ne respectaient leurs engagements. Par conséquent, ils n’étaient pas nos mandataires »

En réalité, malgré les apparences, le point fort des communards de La Pedrera, ce sont les eaux. Située tout au sud de l’état de Tachira, la commune Libertador est la seconde productrice de cachamas (poisson d’eau douce du bassin amazonien) du Venezuela.

L’organisation des Conseils de pêcheurs-aquaculteurs (Conpas) est l’une des principales conquêtes politico-sociales dont la Commune Ali Primera II peut s’enorgueillir. Conpas a réussi le tour de force de regrouper 450 producteurs locaux. Résultats : chaque semestre (7 mois pour être précis),les 2700 sites de pêche dont ils s’occupent, produisent en tout et pour tout 5400 tonnes de cachamas.

A ce jour, précédant leur inscription au registre public (23 février 2013) -acte leur octroyant une existence légale- les Conseils communaux auront à leur actif,pas moins de 160 réunions qu’ils ont puissamment contribué à organiser. Quant à Pedro Ortega -l’un des porte-parole locaux- il nous fait part très clairement des raisons pour lesquelles ils ont décidé de se regrouper, de jouer la carte collective : « les politiciens classiques ne respectaient leurs engagements. Par conséquent, ils n’étaient pas nos mandataires ».2

Les formes d’organisation antérieures -dont la plupart étaient caduques- ont été dépassées.

Le peuple a décidé de devenir le « compositeur et interprète » de sa propre partition. De prendre les choses en mains. C’est Ali Primera qui avait averti les uns et les autres que la dispersion, mais aussi l’individualisme exacerbé, faisaient le lit -et la joie- des ennemis du peuple. Cette communauté a très vite saisi les enjeux en présence. Elle s’est emparée à bras le corps de cette tâche titanesque consistant tout d’abord à unifier les critères et méthodes techniques qui présidaient aux activités (originellement émiettées) des uns et des autres. Cette étape étant franchie, les formes d’organisation antérieures -dont la plupart étaient caduques- ont été dépassées, au profit de celles qui allaient déboucher sur une évidente réussite : la mise en place d’une vaste unité de production, qui allait faire de La Pedrera le vecteur stratégique d’une forme de développement, réussie aux marges du territoire national. Puisque nous avons affaire ici, à une zone frontalière.

C’est à l’ombre tutélaire et bienfaisante d’un palo de guanabana (un corossolier) que la « geste » de la Commune « Ali Primera II » a pris racine. En un lieu précisément, qui se situe à l’exact embranchement des routes menant aux états Barinas et Apure, un groupe d’activistes -qu’on appelait dans le coin d’un ton moqueur « les pasteurs »- a jeté les bases de cette expérience d’(auto)-organisation populaire.

Pedro Ortega

Pedro Ortega

Le corossolier a également été le témoin de ces mémorables et studieuses journées de formation, durant lesquelles les porte-parole se sont emparés des multiples et abscons dispositifs légaux en vigueur. Forts de ces nouvelles connaissances acquises, ils purent affronter avec efficacité un Etat bourgeois dont les arcanes bureaucratiques sont autant de chausse-trappes pour celles et ceux qui n’en sont pas les adeptes. Pedro Ortega prend soin de différencier Etat bourgeois et Etat bolivarien dont l’actuel Gouvernement chaviste est l’émanation. Le premier étant en voie de dépérissement ; le second étant clairement un allié.

En sus du corossolier qui leur a apporté son concours, les « activistes » ont également profité de l’hospitalité bien relative d’une étable abandonnée. Elle sera le creuset duquel est issu la Commune « Ali primera II », dont le siège se situe désormais dans les locaux de l’école Eleazar Lopez Contreras, dont l’effectif s’élève à 200 élèves.

Les travaux se situant à l’origine de la récupération de l’espace suffisant à la création d’un centre d’enseignement, n’ont pas marqué les débuts des Communards en tant que maçons. En effet, dès 2011, ces derniers avaient déjà à leur actif la construction de 15 unités d’habitation offertes en priorité aux familles sinistrées, du fait de la crue (2010) du fleuve Navay. De plus, à l’issue de l’édification de 10 unités supplémentaires, une bien agréable surprise attendait les Communards : le reliquat dont ils ont pu bénéficier a immédiatement été investi dans la rénovation de l’équipement de la Maison Communale.

Ce bilan conséquent s’élève à une centaine de maisons construites. Yudith Galavis occupe quant à elle, l’une de celles-ci. Une charge bien lourde (mais ô combien exaltante) pèse sur ses épaules. Celle de « formatrice du Pouvoir Populaire ». Elle sera de celles et ceux qui auront profité de la protection tutélaire que le corossolier leur a prodiguée. Tant de choses ont pris corps depuis ! Il en est ainsi des jardins d’« auto-subsistance », qui permettent aux familles dans le besoin, de se nourrir convenablement. Ces nouveaux espaces communautaires s’inscrivant dans un programme d’ensemble intitulé « Renacer Bolivariano ». Maintenant, les avocats, les oranges, les mangues , les bananes et les fruits du yucca sont accessibles à tous les Communards. Sans oublier les cachamas dorées qui se situent au centre de l’économie de subsistance dont ils peuvent désormais profiter.

Cependant, ce ne sont pas uniquement les assiettes des Communards qui se sont enrichies. Il en est de même pour les débats, les discussions qui alimentent les nombreuses assemblées communales. Yudith Galavis exprime toute sa fierté lorsque ce sujet est abordé. Elle en profite pour ajouter que les relations établies avec des Communes se situant sur le territoire d’autres états, leur permettent d’échanger expériences et savoirs.

Yudith Galavis

Yudith Galavis

L’EPS : à la fois le corps et l’esprit du Pouvoir Populaire.

Non seulement il a fallu s’organiser; trouver un accord d’association avec les bouchers du secteur; superviser les activités relatives au marché populaire local; sillonner le pays afin d’entrer en campagne contre la pêche à la traîne, et pour la sauvegarde des cours d’eau…Non seulement il a fallu se consacrer au bon fonctionnement de la maison de santé; se pencher sur le recensement des travailleurs peuplant les Conseils communaux afin de les intégrer d’une manière concrète aux projets locaux. Il a été aussi nécessaire de promouvoir tous les projets, et de se défendre sur tous les fronts.

Tels ont été tous les thèmes abordés -qui ont enflammé les débats- par les animateurs de la station de radio locale communautaire. Notamment dans le cadre du programme « Commune en action », qui est diffusé à l’antenne, tous les mercredis soir (19 heures).

L’un de ces projets qui prend corps en ce moment, est celui qui concerne la réfection de l’école General Cipriano Castro. Bien que les travaux de rénovation ait été confiés à un entrepreneur privé, 75% des ouvriers employés sur le chantier sont membres des comités de travailleurs des Conseils communaux.

Chaque victoire obtenue est porteuse d’une signification précise. Toutefois l’une des plus importantes que l’on n’ait pas encore remportée, est celle de la structuration effective de ces fameuses Entreprises de Propriété Social (EPS), véritable symbole du Pouvoir Populaire.

Si l’on ne parvient pas à contrôler les divers maillons constituant la chaîne de commercialisation, il ne sera pas possible de se débarrasser des intermédiaires

Nul doute cependant, que l’on va dans le bon sens. La Commune Ali Primera s’apprête à relever ce défi. En effet, les obstacles et les problèmes qui surgissent sur cette voie, sont d’ores et déjà parfaitement identifiés : si l’on ne parvient pas à contrôler les divers maillons constituant la chaîne de commercialisation dans son ensemble, il ne sera pas possible de se débarrasser des intermédiaires qui dans le cadre du processus de distribution représentent les intérêts privés, et s’enrichissent aux dépens des Communards vivant de la pêche des cachamas.

Il faut préciser qu’à ce jour, aucun accompagnement effectif n’a été mis en place, qui aurait permis une bonne maîtrise des niveaux (quotas) de production atteints. Paradoxalement, le succès que représentent les 450 tonnes de cachamas pêchées chaque semestre (7 mois pour être précis), se mue en problème à résoudre, lorsque l’on sait que les produits destinés à l’ alimentation du poisson, se trouvent aux mains du secteur privé. Or, bien que les matières premières nécessaires à leur fabrication soient fournies par l’Etat, c’est le secteur privé qui fixe le cours des prix. Le problème atteint son point d’incandescence avec les programmes Agropatria qui ne remplissent pas correctement le rôle qui leur a été initialement assigné, sans parler de tous ces éléments profiteurs de la bourgeoisie se déguisant volontiers en paysans. C’est d’ailleurs ces états de fait que Domingo Parilli -porte-parole national des pisciculteurs et aquaculteurs- s’attache à dénoncer.

Il y a quelques années, une entreprise spécialisée espagnole s’était engagée à construire -partout dans le pays- 24 unités de production destinées à traiter le poisson. Elle a été entretemps déclarée en faillite, et le projet fut abandonné. La Commune « Ali Primera II » a toutefois réussi à faire en sorte que l’une de ces unités soit transférée sur le territoire de l’état de Táchira. On attend que les autorités d’Insopesca (Institut d’État pour le développement de la pêche) allouent à la Commune les terrains suffisants (quelques hectares) dont elle a besoin pour que cette structure, flanquée d’une unité de production d’aliments pour poissons, voie enfin le jour.6

« Nous étions des sentinelles assoupies. Cette époque est révolue. »

Ce n’est pas pour autant que les uns et les autres se laissent abattre par les délais que toute demande faite auprès des structures institutionnelles supposent. Parce que les Communards savent pertinemment que leur exigence est juste. Qu’obtenir gain de cause dans cette affaire, c’est s’opposer efficacement à la guerre économique à laquelle le peuple vénézuélien est confronté. En plus des divers trafics de contrebande qui sévissent dans cette zone frontalière, ils se retrouvent face à des ennemis de taille, tel que le terrorisme paramilitaire de Colombie. Ils ont répondu à ces agressions, à ce climat d’insécurité permanente, par la levée au sein de leurs propres rangs, de milices populaires. Ils savent bien que tout homme est mortel. Que l’on peut aisément l’abattre. Cependant, forts de l’enseignement d’Ali, ils savent que les aspirations à la liberté ne peuvent être effacées. Qu’elles aboutiront. C’est la conclusion de Jacobo Sanchez, bien à l’abri du vénérable corossolier : « nous étions des sentinelles assoupies. Cette époque est révolue. S’il advenait que l’un d’entre nous tombe, d’autres le remplaceront et poursuivront la lutte engagée. Nous perdrons vraisemblablement quelques batailles, pourtant cette guerre, nous la gagnerons : ce pays, notre pays sera enfin libre ».5

Neirlay Andrade

Photos : Oscar Arria

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/07/tonada-para-un-palo-de-guanabana.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Pourquoi rester chez soi quand il pleut sur Momboy ?

Valle MomboyDans une vallée qui explose dans toutes les directions à chaque seconde, rester chez soi serait gâcher sa vie. Cette zone pleine de chemins construits par les peuples originaires (les indigènes Momboy) avant la mise en esclavage de Colón, a une surface d’environ 15.000 hectares. On projette d’y créer douze comunes qui seraient formées par les 70 conseils communaux qui opérent actuellement dans cette vallée. Pour l’heure le mouvement communard ne regroupe qu’un conseil comunal et trois conseils paysans, et fait partie du Réseau national des Communards; il a pensé aussi mettre en place un système économique comunal, projet intégral pour l’ensemble de la communauté et qui a été discuté avec le Ministère pour les Communes et les Mouvements Sociaux : une expérience de société alternative différente de la dynamique connue dans les mégalopoles appauvries comme Caracas, Valencia et Maracaibo et même de la tragédie des campagnes où on charge le bétail sur des motos Bera.

Matías et Jesús Bastidas, père et fils, sont parmi les héritiers de cette histoire. Malgré la récupération des terres en 2009, comme la terre de San Pablo où ils travaillent, ils ne peuvent y semer du maïs parce que leur fleuve, le Momboy, est pollué. Il y a un projet gouvernemental pour l’assainir mais qui est encore sur le papier. Ceci démontre que la production industrielle à grande échelle est inconcevable dans un projet socialiste tel que celui qui rassemble ces communards. Dans le journal du mouvement qui a déja sorti quatre numéros – Comuner@s est son nom –, on lit des critiques de ce genre comme des réflexions sur l’expérience révolutionnaire et l’histoire de la vallée.

Benito Briceño Manzanilla

Benito Briceño Manzanilla

Benito Briceño Manzanilla, un vieil ami de 79 ans, paysan par tous les pores de sa peau et chroniqueur oral de la vallée, raconte que sous le dictateur Gomez quelques italiens parmi lesquels la famille La Corte, ont expulsé les paysans de ces terres pour quatre sous, les ont trompés et appauvris, ont tout clôturé et mis au travail ceux qui voulaient rester à condition de supporter la misère.

Comment des italiens installèrent l’esclavage

Ils sont arrivés et nous ont élevés comme des esclaves – raconte Briceño. Et pour nous dominer, personne n’avait un toit pour vivre, ils faisaient faire des baraques, et nous devions travailler obligés. Tout est devenu comme leur héritage. Pourquoi ? Parce qu’ils héritaient la terre : le père mourait, elle allait aux fils; et nous, comme des esclaves, notre père mourait, lui succédaient ses fils, puis ses petits-fils. C’était comme une échelle entre les esclaves et les grands propriétaires, un ¨héritage¨ car je savais qu’à la mort de mon père je serais le suivant à effectuer le travail forcé. Et puis mes enfants et ainsi de suite. Jusqu’à l’arrivée de Chavez, quand ce monde s’est écroulé; nous avons ouvert les yeux.

La lutte pour la propriété de la terre a donné ses fruits : les domaines Geromito, Antonio Nicolás Briceño, San Pablo et La Victoria, avec leurs centaines d’hectares, ont commencé à produire des aliments pour la vallée et pour les villages proches. On a noué des liens avec les compagnons de Alexis Vive, à Caracas, pour la distribution de nourriture dans la capitale. En même temps le mouvement communard appuie le système de troc scolaire qui intègre dans la dynamique de semailles et de cultures paysannes les quatre écoles établies à Momboy.

Momboy3

De nombreuses anecdotes courent la vallée. Dans la première moitié des années 1980 la route qui traverse les chaleurs et la zone montagneuse de l’État du Zulia et les premiers zones vertes de l’état du nord de Trujillo fut coupée par des barricades : réponse des éleveurs et des grands propriétaires aux révoltes paysannes et au commerce alternatif que ceux-ci voulaient instaurer. L’habituel gouvernement social-démocrate-social-chrétien ferma les yeux, comme on pouvait s’y attendre. Le blocage se fit interminable mais le village de La Puerta cria ¨ça suffit !¨.

Fruto Vivas, qui est non seulement architecte mais aussi militant de sang guérillero et actif à cette époque, s’était rendu sur place pour trouver une solution. Ce qu’il trouva fut une révolte populaire sur le point d’éclater. Valera, Motatán, La Puerta et Mendoza (zones qui entourent les vallées voisines de Momboy) s’unirent en chaîne populaire pour montrer leurs visages aux riches de la terre, et le peuple pauvre remporta une victoire – fait inhabituel à l’époque. Il y eut ce que les sociologues, publicitaires et experts en évidences apellent ¨dommages collatéraux¨de la partie affectée, à savoir des exploités. Cette bataille donna naissance à une chanson d’Alí Primera (“Je ne reste pas chez moi car je vais me battre / Je vais défendre La Puerta dans la Vallée de Momboy”) qui avait répondu à l’appel de Fruto Vivas pour accompagner le peuple dans ce qui semblait une geste insolite mais enfin couronnée de succès.

Le ciment est-il la seule solution de logement que nous ayons comme peuple ?

La Grande Mission Logement se propose de construire des foyers au milieu du territoire pour le bénéfice des habitants de la vallée : la majorité des paysans vivent hors de leur zone de labour et de semailles, certains entassés dans le quartier La Guaira, en plein milieu de la vallée; d’autres vivent sur les rives du fleuve Momboy malheureusement pollué; et d’autres à La Puerta, à quelques kilomètres des cultures. Mais il faudrait se demander : sont-elles nécessaires, ces structures urbaines en pleine vallée ? Le ciment est-il la seule solution de logement que nous ayons comme peuple ? Le paramètre monotone des édifices ne va-t-il pas à contre-courant de la naturalité paysanne ? Les travailleurs de la terre répondent par un NON catégorique à l’urbanisation de leurs terres ; Fruto Vivas s’est engagé vis-à-vis du mouvement à concevoir les maisons qui conviendraient au climat et au territoire des habitants de Momboy.

Carlos Montiel, jeune militant du mouvement, raconte que la dernière fois que Vivas s’est rendu dans la vallée, il est resté près d’une semaine et a dessiné aussitôt les logements qu’on pourrait construire en pleine colline, montés sur des sortes de pilotis et appuyés aux flancs des montagnes, pour ne pas nuire aux semis et aux parcelles cultivées par les paysans. Au moment de repartir le célèbre architecte s’est mis au garde-à-vous devant les futurs communards et, sur le vieux salut martial, a lancé : “Je suis un fidèle militant de la vallée de Momboy”. Le projet n’a pu être mené à terme faute de ressources. On attend encore les institutions concernées.

Manuel Pérez

Manuel Pérez

Dans la vaste famille humaine et dans tout ce monde de travail qui existe à l’intérieur du mouvement, il y a Manuel Pérez – selon Matías: “Manuel a travaillé, il est même allé en prison pour nous”. (Pardon pour cette parenthèse : toute lutte même si nous avons le gouvernement de notre côté comporte ses risques et ses violences. Une révolution, notre histoire comme peuple nous l’apprend, ne consiste pas dans la prise du pouvoir d’État et de ses institutions mais dans le chambardement complet et l’enterrement d’un système et de son mode de production aux bases aujourd’hui vacillantes pour que naisse et se construise une autre vie qui ne ressemble pas à la mort ni à ses équivalents); Manuel Pérez parle de la réalité intégrale, du tout et des parties, celle que Chávez évoquait souvent et surtout quand il abordait le thème de la commune.

- Nous devons abandonner cette manie de penser le monde de manière cartésienne, de tout considérer de manière fragmentaire. Parce que nous ne pouvons pas semer en ignorant l’usage des pesticides, de même que nous ne pouvons perpétuer le mode de gestion capitaliste si nous sommes appelés à faire le socialisme. Tout est lié.

- Modèle de gestion ? Tu parles du mode de production ou de…?

- Je parle du fait que nous ne pouvons changer cette manière de voir les choses depuis le travail quotidien. Nous avons des références comme celles des cultures originaires. Par exemple comment travaillaient et vivaient les incas.

- On dirait que tu as lu les essais de Mariátegui.

- C’est bien mais il y a plus que cela.

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La vision intégrale, pour Manuel, c’est celle de la culture paysanne comme culture totale, jamais totalitaire. Que la terre et l’homme se fondent en un tout, que les semences ne soient pas seulement aliment et récolte suivante mais travail de la main jusqu’ici plongée dans l’oubli et au seul service de la classe dominante; loin de toute phraséologie poétique il montre Matías et son plus jeune fils occupés à atteler les boeufs:

- Regardez, c’est une relation belle qui s’est perdue dans la culture capitaliste : l’enfant apprend la relation de travail auprès de son père. C’est une relation sociale qui se perd dans le marasme de l’individualisme régnant. Ce garçon, quand il grandira, reprendra l’attelage et labourera comme son père lui a enseigné sans mots, parce qu’il comprendra que la vie s’appuie sur la terre elle-même.

Isidro Rivas, un homme de haute taille de 47 ans est un des paysans qui travaillent sur le domaine Antonio Nicolás Briceño, et qui organise avec d’autres compagnons, tous les 15 mai, la fête de San Isidro le laboureur, qui rassemble les villages pour célébrer l’arrivée de la saison des pluies.

Isidro Rivas

- Je travaille sur ces terres depuis près de 25 ans. Je me rappelle que les italiens nous ont mis ici et quand ils nous ont donné cette terre ce n’était qu’une broussaille, nous avons comencé à travailler avec les boeufs et les tracteurs. Les propriétaires nous payaient à peine, et nous nous crevions au travail. C’est ainsi que les mouvements ont comencé à se créer : on parlait de récupérer ces terres, le conseil paysan s’est créé et les gens de l’INTI (Institut National des Terres) est venue. C’était il y a quatre ans. Une forte lutte s’est nouée avec les soi-disants propriétaires mais le gouverneur de l’État de Trujillo nous a donné le Titre Agraire d’Usage de la Terre et nous attendons aujourd’hui la propriété des terrains. Nous sommes 56 paysans à travailler ici. Mais l’histoire n’est pas si rose : il y a plus de trois ans, quand Juan Carlos Loyo était chargé des questions agraires depuis l’État, arriva un document orné d’une fausse signature de lui pour déloger les paysans de ces terres et les rendre aux italiens. Ce qui fut fait de force. Le peuple dans son ensemble se rebella de nouveau, ocupa les bureaux locaux de l’INTI jusqu’à ce qu’une solution leur soit donnée. Il y eut des gens battus et emprisonnés comme Manuel Pérez et d’autres qui ne fléchirent pas dans la lutte. Après la prise des terres, raconte Isidro, a été approuvé un projet d’irrigation par l’Institut National de Développement Rural (Inder).

Quand la pluie est forte, on dit : ¨Passe-moi le chimó !¨

Le chimó, disent les paysans de Momboy, fait partie de l’identité de la vallée. Ce qui revient à dire que le paysan qui ne masque pas son chimó n’est pas paysan. Isidro :

- Je mâche du chimó depuis tout petit, ma grand-mère m’a appris. J’allais jusqu’aux plants de bananes, sur les hauteurs des parcelles, et nous cherchions la coquille sèche, ce qui sort du tronc. Elle savait quelle était la meilleure, nous la coupions et l’emportions à la maison. Là nous ponçions la coquille et la taillions avec des ciseaux. Nous y mettions le chimó, qu’on battait à l’aide d’une spatule. Il était fort et bon, le chimó de la grand-mère. Depuis que j’ai cessé d’étudier je me suis mis à la production de chimó en suivant la technique de la grand-mère. Tu vois, ici, quand la pluie est forte on dit : passe-moi le chimó !

La vallée, quand elle “appartenait” aux italiens, était envahie par la canne à sucre. Des champs de canne partout; mono-production et raffinerie comme seule usine. Aujourd’hui, sur le domaine Antonio Nicolás Briceño et ses 39 hectares cultivables, on produit des salades, des choux, et des oignons longs (en quantité) en plus d’oignons ronds, de persil, de coriandre et de poivron. Le climat froid, en saison des pluies, favorise ces cultures. On travaille dur pas seulement pour les revendre comme marchandise (il faut bien financer la lutte) mais aussi pour fournir le village, les écoles, les familles des paysans.

- Comment cela ne nous appartiendrait-il pas, à nous, les paysans ? Puisque nous sommes ceux qui avons travaillé ? – dit Isidro. Un jour un pont s’est écroulé, celui qui traversait le ravin de Mocojó, à la sortie de la vallée, et nous avons passé 12 jours à le réparer, un pont de 18 mètres, et les propriétaires ne nous ont pas donné un verre d’eau, ni une poutrelle. Ceci est à nous. J’ai toujours rappelé la Loi des Terres quand a surgi le problème avec les Italiens lors de la prise des terres.

- Nous travaillions la terre ¨au tiers¨: sur trois sacs de récolte, deux pour le propriétaire et un pour nous. Ils nous ont bien trompés, le type ne bougeait pas le petit doigt. Maintenant nous pouvons décider comment et quoi travailler, malgré les difficultés que nous vivons.momboy5

Matías Bastidas a 54 ans, il vient de Boconó, et ressent la vallée comme la sienne depuis la tragédie imposée par les anciens propriétaires, ces escrocs d’italiens. Les problèmes persistent non plus à cause de manoeuvres ennemies mais de malentendus sur l’organisation entre quelques militants du mouvement. Dans le domaine Geromito on a décidé d’abolir l’Entreprise de Production Sociale (EPS) qu’ils avaient créée, à la suite de contradictions inhérentes au capitalisme : quand l’argent apparaît, le reste se fissure. C’est ce que nous raconte Manuel Pérez, qui avait l’espoir de vivre à Geromito après tant de luttes, mais Matías pense que tout se résoudra sous peu.

Les avatars de la révolution – pour suivre la pensée d’Argimiro Gabaldón, légende de cette vallée – avec ses avancées, erreurs, échecs et victoires, sont inévitables. Le marxiste péruvien José Carlos Mariátegui disait que la révolution comme projet vers le socialisme était une création héroïque, un travail collectif des peuples sans cet héroïsme aristocratique digne d’une statue grecque ou d’une icône hollywoodienne. Qui reste chez soi quand l’odeur de la terre mouillée de Momboy monte après la tempête ? Les lutteurs d’acier de la vallée de Momboy, le mouvement communard, sortent vers la vie.momboy6

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/06/a-la-vida-momboy.html

Texte : Ernesto Cazal. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Thierry Deronne

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La seconde vie de Rogelio Castillo Gamarra

Le quartier vu depuis le Noyau de Développement Endogène

Le quartier vu depuis le Noyau de Développement Endogène

Voix fluette de Berrios Nairubi : « s’il y en a pour un, il y en a pour tous ! ». Une voix posée, au lent débit, comme tous ceux qui souhaitent se tenir loin du paraître. Depuis 2 ans déjà, il est l’un de ceux qui travaillent au sein de la commune « Rogelio Castillo Gamarra » du quartier populaire de Petare (État de Miranda).

Il a 25 ans. Et il use de cette énergie vitale débordante propre à la jeunesse, pour apporter son dynamisme à la commune. Il espère également transmettre à son fils de 6 ans, une sorte d’héritage issu de cette expérience. A charge pour ce dernier, de s’en saisir, le moment venu. D’après Berrios, le gamin comprend déjà certaines choses. Il propose volontiers de l’aide à ceux qui semblent en avoir besoin. Il se charge également de la distribution des tracts dans le cadre des réunions organisées. Son père ajoute, le regard bien assuré : « Il manifeste toujours un grand intérêt pour ce qui est dit ».

Marbella Navarro quant à elle, se souvient de moments moins amusants. Quand on en était encore au « chacun pour soi » ; quand il fallait gagner sa vie, coûte que coûte. Le plus souvent aux dépens des autres. Désormais dit-elle, les gens de José Félix Ribas se sentent plus forts, parce qu’ils sont tous ensemble. En effet, le mode organisationnel propre à la commune a suscité la création d’espaces nouveaux, et a jeté aux oubliettes, le temps où il fallait travailler pour enrichir les patrons des entreprises. Depuis, chaque communarde et communard verse ses impôts à sa propre collectivité, qui décidera quoi en faire pour le bien de tous.

Rogelio Castillo Gamarra

Rogelio Castillo Gamarra

En ces temps-là, la voix du peuple en lutte était réduite au silence. Rogelio Castillo Gamarra fut de ceux qui oseront élever la voix contre les dirigeants au pouvoir dans les années 1960, 1970 et 1980. Jusqu’au jour où littéralement expulsé du quartier populaire de Petare -de la zone 6 du quartier Félix Ribas, pour être plus précis- Rogelio, « pris en charge » par la Digepol a été emprisonné dans un lieu indéterminé (territoire de Falcon) et a définitivement disparu de la surface de la terre.

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Il y a quelque temps, les habitants des 35 Conseils communaux (sont concernées, les zones de José Félix Ribas et Palo Verde) ont décidé de ramener Rogelio parmi eux. « Rogelio Castillo Gamarra » est le nom de la commune qui compte à ce jour, 25 000 personnes. Il en est ainsi depuis novembre dernier, lorsqu’un référendum a débouché sur l’adoption de la charte nécessaire à l’enregistrement officiel de la Commune.

Une femme gravit une à une les marches qui conduisent à l’Unité Technique Communale. Bien qu’un peu fatiguée, Sandra del Toro -c’est son nom- est tout sourire pour expliquer que l’UTC est destinée à traiter des problèmes qui surgissent sur le territoire de la Commune. Les traiter, puis se débarrasser immédiatement des divers obstacles afférents aux infrastructures et au secteur des services.

Lorsqu’on l’interroge sur la Commune, sa réponse est concise: « j’ai confiance en la Commune, parce que c’est un espace qui nous permet de maîtriser les questions relatives à la gestion locale. Une maîtrise qui débouche sur la transformation concrète de nos quartiers ». C’est la tâche principale que le plan de transformation du quartier s’est assigné. C’est la raison pour laquelle l’UTC à bénéficié d’une aide financière s’élevant pour l’instant, à 5 millions de Bolivars. La 1ère étape est consacrée à la fourniture d’équipements ; à l’achat du matériel nécessaire. Il conviendra par la suite de mener à bien des études du sol ; d’identifier le cas échéant, les zones à risque ; d’établir les priorités en matière de construction des premières réalisations programmées. L’aménagement de 4 escaliers désenclavant la zone constructible, est la première de celles-ci. Comme le souligne Sandra : «A quoi bon se lancer dans la réalisation de logements, s’il est impossible d’y accéder ? ».

Sandra del Toro

Sandra del Toro

Sandra ne résiste pas au plaisir de dire que les bras et les mains qui ont participé aux constructions sont celles du peuple. Alors qu’avant, on était contraint de travailler pour les autres ; de vendre sa force de travail pour bâtir des maisons que d’autres allaient occuper. Alors que dans le même temps, « on devait se contenter d’occuper des logis précaires, puisqu’on devait vivre avec de bien maigres ressources ».

Désormais, avec la mise en commun de toutes les capacités existantes, mais aussi avec le concours des institutions de l’Etat, les gens regroupés en Communes, travaillent à la résolution de leurs propres problèmes.

L’autre point d’achoppement, c’était celui des transports en commun. Tout le monde s’était habitué à leur absence pure et simple. Ce qui rendait particulièrement pénible, l’obligation d’aller et venir par ses propres moyens, depuis ces quartiers pauvres qui se trouvaient toujours en lointaine périphérie. C’est pourquoi les habitants concernés, sont particulièrement fiers de la toute récente mise en service de la route communale, qui dessert et relie entre elles, les diverses zones de José Felix Ribas (Zones 1 à 10) et une partie de Colinas de La Bombilla.

Brigitte Gonzalez a un peu peur des caméras. Mais pas du tout de travailler sur la voie publique. C’est l’inspectrice ? Elle nous expose ce qui est pour elle, un motif de satisfaction : « nous travaillons tous ensemble ; nous ne sommes plus qu’une seule et même famille ; nous sommes tous solidaires. Avant, on n’avait que nos jambes pour gravir tout cela. On avait à notre disposition une camionnette. Mais comme elle ne pouvait être utilisée par tout le monde, on a abandonné ce moyen de locomotion ». Une bonne et bien juste décision

Les communards disent sur tous les tons ce qui les caractérise fondamentalement : ils parlent d’eux comme d’une seule personne. Et si on les interroge sur leur expérience, ils déclarent très clairement qu’il ne peuvent parler d’eux-mêmes, mais du groupe, en ayant recours au « nous » solidaire. C’est cette règle qui régit la Commune « Rogelio Castillo Gamarra ». « Je ne peux parler de moi en tant que tel » nous confirme Gustavo Bricello, tout en saluant son entourage -ses camarades communards- qui lui rendent la politesse.

Un second point capital peut être identifié. Celui de l’identité. Briceno : « C’est pourquoi nous tenons tout à donner à nos Communes le nom de camarades de lutte qui ont particulièrement souffert des périodes de répression. Outre, Rogelio, il sera rendu hommage à Morelo Castro, qui a de longues années durant, dédié sa vie à la communauté à laquelle il appartenait. Jusqu’à ce que le cancer le contraigne à transmettre le flambeau à ses camarades, qui étaient également partie prenante du processus révolutionnaire en cours. »

« Mama Morela » est un espace consacré à la confection. C’est la zone n° 10 du quartier, qui l’accueille. Ce sont des uniformes scolaires (garçons et filles) que l’on fabrique ici. Mais aussi des chemises, des maillots de corps et des shorts. Pour que cette unité textile puisse voir le jour, le Ministère du Pouvoir Populaire des Communes et des Mouvements sociaux, lui aura alloué une aide financière d’un montant s’élevant à 3 300 000 bolivars.

Flor Bolívar

Flor Bolívar

Au second étage des locaux accueillant « Mama Morela », une ouvrière est tout affairée à la confection d’une veste de couleur bleue. Il s’agit de Flor Bolivar. Et bien que cela soit un peu difficile, elle poursuit son labeur tout en nous parlant. Flor se rappelle que les débuts de la Commune ont été difficiles. Mais au bout d’un certain temps, l’initiative a porté ses fruits. Elle nous en parle comme si le futur tant espéré, se manifestait désormais dans le présent vécu. «En fait, à notre niveau, nous faisons tout pour apporter notre aide à Chavez qui reste vivant dans la tâche qui lui incombe. Nous gardons également à l’esprit que cet héritage, nous allons le léguer à nos enfants et à nos petits-enfants. Un jour, ce sera à eux de défendre le socialisme, la Commune et leurs acquis».

Marbella Navarro, occupe une autre aile du local. Pour elle, un jour de travail pour la Commune, « c’est un apprentissage permanent ». Elle s’acquitte de son ouvrage avec d’autant plus de plaisir, qu’elle sait que tout cela, elle le fait aussi pour ses 5 enfants. Pour un futur meilleur dont ils profiteront. Marbella nous confie que Jesus -son cadet et unique garçon- malgré son jeune âge (il n’a que 10 ans) se rend compte de l’importance du travail mené à bien. À l’occasion, Jesus aide bien volontiers sa mère lorsque le besoin se fait sentir.

Marbella Navarro

Marbella Navarro

Loin de là, dans les zones d’urbanisation de Palo Verde, la Commune « Rogelio Castillo Gamarra » intègre également le voisinage, à ses activités. C’est ici précisément, que le « Núcleo de Desarrollo Endogeno » (le « Noyau de Développement endogène ») déploie l’ensemble de ses atouts : un terrain de foot-ball et de basket-ball ; un salon de coiffure ; une salle de danse ; une radio et une chaîne de télévision communautaires. Notons qu’une double porte débouche sur une petite salle, dont les murs sont recouverts d’un système d’isolation sonore. Sur le perron, on peut observer une caméra. Dans un coin, 4 gamins ont l’attention happée par autant d’ordinateurs mis à leur disposition. En fait, ils s’emploient à mixer les paroles de diverses chansons. Ce studio spécialisé reçoit tous ceux et toutes celles qui souhaitent enregistrer des compositions musicales pour la communauté.

Guillermo Paiva est l’un de ceux qui s’affairent face à un ordinateur. Il travaille ici, au studio d’enregistrement. Malgré ses 14 ans, il a d’ores et déjà acquis une expérience : à son actif quelques ateliers de production musicale auxquels il a participé, dans le cadre des activités du Núcleo de Desarrollo. Il avoue bien volontiers qu’il n’a pas encore une idée bien définie de ce qu’est une Commune. A contrario, il sait très clairement qu’il s’agit de travailler pour le peuple : « être au service des gens, c’est ce que je veux et ce que j’aime. Alors que beaucoup d’entre nous, n’ont pas eu cette chance auparavant, il est désormais possible d’enregistrer des CD. C’est l’idée. C’est accessible à tout le monde ».

Apprendre, améliorer les compétences acquises, être solidaires les uns des autres, telles sont les pierres d’angle du dispositif qu’est le Núcleo. Bien avant que la Commune ne soit créée, cette installation -et toutes celles qui se situent sur le territoire national- ont rempli une mission plus que vitale, pour l’ensemble des quartiers défavorisés du pays : « Ici, il y a une centaine de jeunes qui ont abandonné la délinquance armée ; qui ont tourné le dos à la violence. 250 autres, qui baignaient dans l’oisiveté, ont la faculté de s’occuper en se joignant aux activités du studio d’enregistrement ; en fréquentant la salle de danse, en se dépensant sur les terrains de sport ».

Outre les charges dont elle s’acquitte au sein de la commune, Keila de la Rosa à qui l’on doit ces éléments d’information, est membre de la Commission Présidentielle du Mouvement pour la Vie et la Paix. Cet organisme est à l’origine de l’intégration des jeunes dont il est question ici. Keila tient également à préciser que ce type d’actions n’est pas récent : « chacun des responsables en charge du Nucleo est un animateur de rue très expérimenté. Ce sont des militants sociaux de longue date. Depuis les débuts de la Révolution. Et pour certains d’entre eux, cet engagement remonte plus loin encore ». De ces temps éloignés où Rogelio, « Mama Morela » étaient à pied d’oeuvre, ces personnes se dévouaient déjà pour leur communauté. En retour, des revenus bien modestes certes, mais une volonté de se mettre au service des autres, de la collectivité, qui ne se dément pas.

A Palo Verde, la Commune possède désormais un siège où se déroulent les réunions. Avant cela, son « quartier général », c’était un vieux camion, dans lequel à ce jour, on conserve les archives de l’organisation communale de cette période.

Revenons à Nairubi, qui aura été le premier à nous faire part de son témoignage. Confrontée aux bruits mêlés des moteurs de voitures, de motos, des véhicules des fournisseurs du secteur, sa voix n’est plus qu’un écho, que l’on discerne de plus en plus difficilement. Berrios nous avoue que deux ans auparavant, il vivait chez lui, avec son enfant. Ignorant tout des activités de la Commune.

Dorénavant, à travers sa propre voix, ce sont les voix de tous les Rogelio, de toutes les « Mama Morela », de tous les militants des quartiers défavorisés qui luttent, qui se font entendre. Bref, de tous ceux qui trop longtemps, auront été privés de parole. A leurs côtés les voix de Gustavo, de Marbella, de Sandra, qui les secondent et les accompagnent ; mais aussi les voix de ces jeunes enfants, telle que celle du gamin de Nairubi, celui à la voix posée. Ils pourront bénéficier de cette conjoncture qui leur est désormais favorable.

Texte : Juan Sebastián Ibarra. Photos : Oscar Arria

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/06/rogelio-castillo-gamarra-renacer-en.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/07/la-seconde-vie-de-rogelio-castillo-gamarra/ 

« C’est ici qu’on a retrouvé Alberto Lovera » : une commune qui a de la mémoire.

Octobre 1965. Côtes de Lechería. Etat d’Anzoategui.

imagesComme toujours, le travail commence tôt. Le pêcheur a préparé un par un chacun des outils dont il aura besoin. Il a d’ores et déjà appareillé, jeté ses filets à la mer. A l’instant précis, il s’apprête à découvrir le fruit de son travail : des pagres, des seiches , des poissons-perroquets et peut-être quelques petits poulpes. Sauf qu’aujourd’hui, le filet remonte à la surface les restes d’une dépouille. Celle d’un être humain : pieds, mains, bras seront de ceux-ci ; une tête également, méconnaissable du fait des coups reçus. Mêlés à quelques poissons résultant de cette pêche bien particulière, les doigts tranchés et ce qui subsiste de la colonne vertébrale du corps d’Alberto Lovera, sont restitués par la mer. Plus personne n’avait de ses nouvelles depuis une semaine.

Alberto Lovera

Alberto Lovera

En fait, l’océan s’est fait le complice de ce retour, puisque le corps retenu par la chaîne de l’ancre a été récupéré par les filets. C’est ainsi que le cadavre d’Alberto fut ramené sur la terre ferme. Pour ses proches, et pour ses camarades du Parti communiste du Venezuela (PCV), Alberto, c’était déjà une vieille connaissance lorsqu’après son arrestation, il sera traîné jusque dans une cellule qui s’apparentera en réalité à une oubliette. Tout cela est dû à cet « organisme de bienfaisance » qu’est la Digepol (Direction générale de la Police), la force spéciale de répression servant le gouvernement, que Raul Leoni dirigeait à cette époque. Celui-là même qui s’était engagé à réunir les conditions politiques d’une « paix démocratique ».

 

Mai 2014. Lecheria. Costa d’Anzoategui.

DSC09405-300x206Comme à l’accoutumée, le travail commence tôt. Désormais, ce sont les mains d’Henry qui préparent minutieusement le matériel de pêche nécessaire. Il met toutefois au point un engin improvisé, que l’on nomme « canard » du fait de sa ressemblance avec le volatile. A l’horizon, des dégradés de rose et d’orange font la toile de fond du paysage. A ce moment précis du le lever du jour, le froid pénètre jusqu’aux os le corps du pêcheur pas bien réveillé. C’est malgré tout sur ce tableau resplendissant que ce dernier pose son regard. Désormais, il n’est plus seul face à la mer. Il est l’un de ces « soldats », l’un des maillons de la Commune « Alberto Lovera » qui a adopté le nom du disparu de 1965. Depuis 40 ans, la pêche est l’activité principale. Tout commence avec elle.

Chaque matin, le savoir-faire et les connaissances acquises s’imposent sur le terrain, bien avant le lever du soleil. Henry Quijada et ses camarades communards ne font qu’un. Ils ne sont pas tous pêcheurs. Cela ne les empêche pas de partager une préoccupation commune : faire de leurs communautés, une seule et même force. Celle qui précisément, transforme Lechería -commune Urbaneja- en l’une de ces zones où l’on construit le socialisme. Tout cela, sur le territoire de « l’une des communes les plus déshéritées du pays », comme le rappelle Pancho, de son vrai nom José Vasquez. On ne sera pas étonné d’apprendre que lors des dernières élections, c’est au total 70% des suffrages qui se reporteront sur le représentant du MUD (Mesa de la Unidad Democrática, qui regroupait initialement 16 organisations dont les principaux partis de droite), le maire actuel.

Chacun est bien conscient du potentiel que recèle une zone littorale, généreuse en ensoleillement et pourvue de plages conséquentes. Il est par conséquent aisé de pointer l’ensemble des difficultés auxquelles on est confronté. Il ne faut pas avoir de scrupules à les énumérer. A lui seul, un bateau qui évolue dans le secteur, a la capacité de ramener plus d’une tonne de poissons dans ses cales. C’est un travail de longue haleine. Difficile. Malheureusement comme Pancho le souligne : « rien n’est fait pour doter systématiquement les équipages de pêcheurs d’un petit bateau pourvu d’un moteur. Certes, on continue à pêcher, mais il n’y a pas de chaîne du froid, et pas d’organisation permettant la commercialisation des produits de la pêche ». Paradoxalement, l’halieutique est de moins en moins la clé de voûte d’une commune dont les activités semblent être a priori tournées vers la mer. Tourisme y compris. Il s’agit-là d’une carence, qui résulte de la sous-exploitation, mais aussi d’une absence de prise en compte des atouts caractérisant ce territoire.

La voie d’un développement économique alternatif.

DSC09144-201x300Jorge Serrano, porte-parole du secteur Transport : « Comme Chavez en parlait dans l’émission « Alo Présidente » (Allo, Président)  de février 2010, les Communes doivent préfigurer ce que seront le futur, les territoires de l’avenir. Or, pour regarder en avant, il ne faut pas se contenter de reproduire des expériences que l’on connaît. Il faut explorer chacune des possibilités en gestation que nous offrent les territoires concernés. Sans oublier les gens qui y vivent. En suivant cette voie, on a pu -à partir de la mise en œuvre d’une série d’expérimentations- recourir concrètement à des alternatives pour accéder à de nouvelles ressources financières, que l’on a réinvesti. Il en est ainsi du domaine des transports qui a par ailleurs, fait l’objet d’un financement émanant des autorités gouvernementales. A ce jour, trois véhicules sont en activité. On en sera très prochainement à quatre. Ce seront ainsi les territoires pourvus de 3 Conseils communaux qui seront reliés entre eux : « Secteur central », « Secteur Santa Rosa » et « Punta Caraïbes ». Jorge Serrano s’exprime à bord de l’un de ces autocars, qui sillonnent le secteur « Casco Central ».

De sa voix traînante, Jorge met à nu l’ensemble de la trame organisationnelle et administrative ayant trait à la gestion des revenus dérivés du secteur routier. Les 86 mille bolivars d’excédents ont été réinvestis dans la construction d’une boulangerie socialiste. Avec sa mise en activité, une augmentation des ressources matérielles sur laquelle on pourra compter, est attendue. Chacun a bien compris que les surplus financiers doivent également servir à la consolidation de ce qui a d’ores et déjà été acquis. Jorge : « Il en est ainsi des unités de transport et de leur maintenance. Le reste va aux collectivités ». Pour sa part, le Conseil communal « Santa Rosa » pourvoit au bon entretien d’un CDI (Centre de diagnostic intégral de santé) mais aussi d’un centre de soins dentaires et d’un Simoncito, c’est-à-dire, une école maternelle. L’autobus que conduit Jorge, emprunte l’avenue se situant entre la plage de Sotavento et Barlovento.

Sur la ligne droite, la vitesse du véhicule, mais aussi le débit de paroles augmentent au même rythme. Une émotion que Jorge ne cherche pas à dissimuler. Tout le travail accompli jusqu’à ce jour, en est l’origine. Il souligne le fait que sur le territoire du « Centre Colonial » on a investi pas loin de 84 mille bolivars pour la création d’un autre CDI, dont l’édifice qu’il occupe reçoit également la cellule locale de formation de base. Mais aussi, la Salle de Bataille Sociale ?

¨Il nous faudrait 5 bonnes années pour obtenir une pièce de rechange en passant par les voies administratives normales. Alors qu’à notre niveau, nous réglons immédiatement la question¨.

DSC09533-300x148Jorge : « nous reprenons à notre compte cette charge initialement dévolue à la fondation Barrio Adentro et au ministère de tutelle ». Cependant, par delà le soutien apporté à l’Etat, c’est surtout une tentative visant à la bonne résolution de problèmes pendants et récurrents : « l’inertie bureaucratique fera en sorte que si l’on demande le remplacement d’un élément de carter cassé, il nous faudra 5 bonnes années pour en obtenir un autre, en passant par les voies administratives normales. Alors qu’à notre niveau, nous réglons immédiatement la question ». L’argent disponible a également servi à réparer les faux-plafonds de l’immeuble du Centre de Diagnostic Intégral. Quant aux climatiseurs, et aux brancards pour malades , ils ont été purement et simplement remplacés. Le passage en revue ne s’arrête pas là, puisque comme Jorge le déclare : « nous avons installé une nouvelle porte sécurisée, et réparé toutes les chaises et bancs qui en avaient besoin. Sans oublier la peinture des locaux qui a été refaite ».

Le bus à l’arrêt, Jorge se détend. Arpentant la rue, il traverse le secteur destiné à bénéficier d’aménagements, et d’un développement digne de ce nom. Un terrain faisant face à la boulangerie en voie de construction, est appelé à recevoir les installations relatives à la venue de l’eau potable, et à sa desserte ; mais aussi les canalisations destinées à l’évacuation des eaux usées. Ces réalisations ont vu le jour grâce au concours du Ministère de l’alimentation et des 86 mille bolivars dont on a parlé auparavant. Organisation, planification et conviction sont les maîtres-mots qui sous-tendent les actions entreprises : d’abord, deux chauffeurs sont détachés auprès de chaque unité de transport. Ils se partagent l’emploi du temps qui leur est attribué. Pour cela, ils perçoivent respectivement 200.000 et 300.000 bolivars par semaine. (La rémunération variera en fonction du travail plus ou moins long accompli en alternance, par l’un et par l’autre). Toutefois, en lieu et place du terme habituellement usité, on parlera ici d’une collaboration rétribuée. Telle est l’expression que l’on emploie au sein de la Commune. Parce que pour engendrer du neuf sur le plan politique, il est impératif de recourir à des termes nouveaux, afin de caractériser un mode de relation qui rompt avec le passé.

Dépendre de l’Etat ou opter pour la gestion communale.

DSC09027-300x189La Commune est la traduction d’un niveau d’organisation populaire qui cristallise l’ensemble des acquis émanant des luttes du peuple pour son émancipation ; qui recueille l’ensemble des expériences propres à la remise en question récurrente -aux fins d’amélioration- des formes organisationnelles dont elle se dote. Ce que l’on attend de l’Etat c’est l’impulsion initiale. En retour, c’est une forme de « prise de distance » qualitative vis-à-vis de lui, qui doit se concrétiser. Ce processus devant in fine, déboucher sur la transformation effective de l’État traditionnel.

Les aides telles que celles que la communauté de Santa Rosa a reçu, sont les bienvenues. Pas moins de 48 logements ont ainsi été créés, par le truchement de la Grande Mission Logement Venezuela (GMVV). Ce complexe est la première étape d’un projet plus large, qui verra l’aménagement d’un abri de pêche (l’infrastructure de base existe déjà), auquel l’on adjoindra un centre de stockage pour le poisson pêché. Ce n’est pas tout. En effet, l’activation d’un module dépendant du programme de santé intégrale Barrio Adentro et l’amélioration du réseau routier déjà existant complèteront le tableau. La porte-parole de la communauté -Ludy Figueroa- insiste sur le fait que la généralisation de la gestion communale met à mal le paternalisme de toujours. La création locale d’un campement de pionniers -futurs (auto-)constructeurs de leur propres logements- en est l’une des illustrations. On a en effet déterminé que 600 familles de la commune ont besoin d’accéder à un logement décent. (C’est le cas de Ludy elle-même).

« La droite locale veut s’approprier toutes ces plages et convertir l’ensemble en baie privée ».

DSC09055-300x199On a d’ores et déjà prévu que 300 de celles-ci bénéficieraient de ces logements dans le cadre du nouveau projet. Ce sont les ménages les plus démunis qui ont fait l’objet d’une désignation prioritaire. Ils participeront activement aux transformations programmées. « Il s’agit d’une lutte collective ». Cette réflexion tout emplie d’espoir, ce sera le porte-drapeau explicitant la nature du labeur en voie d’accomplissement : « tous ceux qui le veulent, ont vocation à nous accompagner dans la lutte ». Il en a bel et bien été ainsi. Ils ont grossi les rangs du Conseil communal ; ils travaillent avec la municipalité ; ils participent à la gestion de l’une des unités de transport et du CDI du secteur. C’est à la plage du Lido que se trouve Aliyabor Baez, porte-parole du Conseil des travailleurs de Playa. Ce dernier est en charge de la gestion et des questions organisationnelles ayant trait au pôle touristique de la communauté. Le dénommé boulevard Eneas Perdomo -qui longe le littoral-est une zone sur laquelle la droite souhaite depuis longtemps jeter son dévolu. « Ils veulent s’approprier toutes ces plages et convertir l’ensemble en une baie privée ». Le Conseil se doit de prendre position sur ce dossier. Car il s’agit de préserver l’activité de tous ceux qui s’occupent de la propreté des plages, de ceux qui vendent de la nourriture ; de ceux qui s’occupent de la sécurité des estivants et des baigneurs. Car ce sont autant de personnes qui pourvoient ainsi aux besoins de leurs familles. Et ce, à travers l’autre grand pôle d’activités spécifiant la commune : le tourisme.

DSC09205-300x199Pour Pancho, tout le monde n’a pas encore atteint un niveau de conscience qui permet à ceux qui en sont les protagonistes de partager équitablement entre eux, les bénéfices de ces activités. Et de s’acquitter par la suite, des impôts à verser à la commune. Toutefois, selon lui, bien que subsistent encore ces différences, on va dans le bon sens. Tous ensemble. « Nous ne cherchons pas à nous différencier. Nous recherchons la symbiose ». C’est un sentiment largement partagé. « De tout cela, émane la force du pouvoir populaire. Être unis. C’est ce qui rassemble malgré tout, l’ensemble des gens. Nous visons par ailleurs à placer toutes nos activités et les unités productives qui en sont issues, sous le signe de la propriété sociale ». (Empresas de Propriedad Social). Cependant, la réalité ne concorde pas toujours avec les désirs. Il en est ainsi d’Insopesca (Institut socialiste de la pêche et de l’aquaculture). Cette structure n’a pas répondu aux nécessités opérationnelles des communautés de pêcheurs de la zone. Parmi celles-ci, il faut noter la présence des habitants de l’île La Borracha. Ces derniers s’étant réunis en Conseil communal.

DSC09730-300x184Les enfants de la communauté sont blonds pour la plupart. En fait, ils paraissent l’être. Il existe une explication à cet état de fait. José Cordoba, que nous donne le porte-parole du Conseil comunal : « comme on ne peut pas accéder à l’eau douce après s’être baigné, -le taux de salinité étant ce qu’il est- il en résulte que les cheveux virent au clair ». Tout cela ne pourrait relever que du souci esthétique. C’est pourtant l’un des signes manifestes d’un secteur qui a été négligé. En effet, les installations électriques adéquates font encore défaut. (On recourt ici et là, à des générateurs qui sont largement insuffisants par rapport aux besoins effectifs). Malgré sa situation encore précaire, La Borracha a récemment adhéré à cette forme organisationnelle qu’est la Commune. Car les membres de la communauté sont convaincus que ce type d’organisation pourra peser positivement sur leur vie, et inverser le cours des choses en leur faveur. Ils s’inspirent de l’exemple donné par les autres Communes, qui ont su, à partir de cela, concrétiser de nombreux projets qui auront amélioré la vie de tous. Les habitants de La Borracha continuent à se tourner vers la mer. Car la pêche, c’est leur unique savoir-faire. Pour l’instant.

DSC09198-300x177Suivre le cheminement qui relève de l’expérience communale, c’est aussi parier sur l’ouverture de nouveaux espaces, de nouveaux horizons, qui leur permettront de combler les lacunes auxquels ils sont confrontés. Ils en ont conscience. C’est pourquoi José insiste sur le fait qu’ils ont jeté les bases d’un projet à vocation touristique qui améliorera leurs propres conditions de vie : « il verra enfin le jour, alors qu’il a végété durant de nombreuses années à l’état d’ébauche». La concrétisation de cette belle aventure passe par la mise en place d’une EPS (Empresa de Propriedad Social/Entreprise de propriété sociale), qui sera en charge de la plage El Guaro, mais aussi d’une zone que l’Inparques (Institut National des Parcs) a classé dans la catégorie « loisirs récréatifs » ; et qui jusqu’à présent, n’a jamais fait l’objet d’un aménagement approprié. Ses atouts essentiels : des eaux peu profondes, que longe une belle plage de sable. Des paillotes, des tentes à vocation touristique, mais aussi un service de restauration sont autant de points forts du projet en voie de réalisation. Les habitants de La Borracha, entendent bien ainsi, apporter leur concours à la dynamique communale globale. Ils pourront également écouler les produits de leur labeur. José : « nous pourrons ainsi, vendre aux touristes le poisson que nous aurons pêché ». José est confiant. Car il perçoit désormais clairement que la vie de la communauté dont il est le porte-parole, va s’améliorer sensiblement. Dans un proche avenir.

Ce qu’annonce l’activité halieutique : un nouveau cycle. ¨Parce que de nos jours, il n’est plus impossible car dangereux de s’engager sur le plan politique¨

DSC09318-300x211Pancho s’explique sur son choix de « privilégier l’engagement politique par rapport à la pêche ». Il précise également qu’il souhaite consacrer sa vie à la Commune. « Je disparaîtrai peut-être avant l’aboutissement des projets qui nous tiennent à cœur. Mais je souhaite vraiment que tout cela aboutisse ». Il se réfère ici, à une communauté qui serait parfaitement organisée, qui serait l’actrice principale de son propre développement, parce composée de gens désormais pourvus d’une haute conscience et convaincus que c’est dans l’union que l’on peut arriver.

Peu à peu le jour prend congé. Entre deux chansons, José Monasterio -communard et chanteur invétéré- évoque le projet de pêche récréative, également à l’ordre du jour. L’idée générale consiste à impliquer des personnes qui savent très précisément ce qu’est pêcher. Il en est ainsi parce que comme le souligne Pancho, il n’est pas question de se contenter d’un touriste qui se dit « je souhaite venir ici, me baigner, me dorer au soleil sur la plage, m’enivrer et repartir chez moi ». Il faut proposer aux estivants, une approche des vacances différant des lieux communs courants. Les uns et les autres souhaiteraient que l’on prenne conscience du fait que les milieux naturels -la mer, la plage- sont des écosystèmes, qui doivent être également respecter. Alors que ceux qui ont pris la parole se taisent, leurs camarades communards poursuivent leur tour de chant improvisé.

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A l’horizon, du côté de Lecheria, le soleil couchant brille de ses derniers feux. « C’est ici que l’on a retrouvé Alberto Lovera ». Tout en s’exprimant, Pancho montre du doigt un groupe de récifs qui affleurent à la surface de l’eau. Toutefois, l’espoir d’une vie meilleure illumine son visage. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, on ne retirera pas de cadavre mutilé de la mer. Parce que de nos jours, il n’est plus impossible car dangereux de s’engager sur le plan politique. Longtemps, trop longtemps, la lumière du soleil a semblé inaccessible aux plus pauvres, aux plus démunis. Désormais, la pêche telle qu’elle est pratiquée ici, démontre que ces derniers ont su enfin s’unir sous l’égide de la Commune.

En définitive, le sacrifice du militant Alberto Lovera n’aura pas été vain.

DSC09919-300x277Texte : Juan Sebastián Ibarra. Photos : Milangela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-pesca-de-alberto-lovera-una-comuna-con-memoria/

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Un rêve aux mains de femmes

Campo-Rico-SP-188CopiaAu beau milieu de la ville de Caracas, sur l’avenue Francisco de Miranda, là, au coin d’une rue et au hasard des regards il est impossible de ne pas voir un immense immeuble. Pour beaucoup, il aurait pu être construit par une entreprise du bâtiment. Mais celui qui s’approche peut constater que c’est un chantier qui est construit à la sueur et par les mains de 200 femmes.

Ce rêve -en passe de devenir réalité- commence avec l’idée de l’une de ces femmes conseillée par la parole d’un homme. Limina Santaella, 33 ans, mère d’une petite fille, raconte comment son père se trouve à l’origine de ce rêve partagé.

Elle raconte que souvent ils voyaient ce terrain vague, plein de décombres ; et une idée a commencé de germer en elle ; elle s’est unie avec des copines qui partageaient son sentiment. Voici huit années que nous avons commencé à réfléchir dans le quartier, nous avons commencé à parcourir toutes les entités gouvernementales et chemin faisant nous avons décidé de réunir davantage de personnes pour qu’elles se joignent à notre lutte.

Pour Limina, c’était seulement le commencement mais tout a trouvé son sens lorsqu’elle a entendu parler du travail d’un campement de pionniers (mouvement social qui encourage l’auto-construction de logements).

Campo-Rico-SP-126Copia-300x199Au début, il y avait de nombreux obstacles –raconte-t-elle- mais nous avons insisté et puis, lorsque nous avons obtenu le terrain, nous avons connu d’autres campements. Tout commence à prendre forme et à partir de là démarrent les réunions, le travail bénévole, la création d’une conscience.

S’engager dans l’auto-construction de logements 

Limina se souvient de la genèse du projet née de l’intervention d’une compagne d’un campement national qui avait déclaré que s’ils n’étaient pas prioritaires sur la liste de remise de logements par le gouvernement, ils étaient disposés à les construire eux-mêmes.

Campo-Rico-SP-166Copia-300x199“Le président Chávez écouta avec attention, parla du mouvement social, du travail d’auto-construction et cela a éveillé notre intérêt, ce fut le déclic, nous sommes entrées par cette brèche”.

Le 5 mai 2011 Chávez exproprie le terrain et approuve le financement pour que ces femmes puissent commencer à construire leurs nouveaux logements. C’est à cette date qu’elles décidèrent de se former en campement de pionniers dans le secteur Gran Campo Rico, dont les 11 conseils communaux projettent de se transformer en commune.

Campo-Rico-SP-164Copia-300x199Auto-construction ? Ça a été toute une affaire-continue Limina- car le peuple vénézuélien a passé toute sa vie à construire ses maisons, en les construisant pour le privé pour que celui-ci les vendent, et en construisant dans les « barrios » au fur et à mesure de ses possibilités pour y installer sa famille.

Ils ne devaient pas nécessairement être ingénieurs pour agrandir leur logement, lesquels devenaient souvent petits pour tout ce petit monde. A présent, il leur est devenu possible de construire des immeubles au beau milieu d’une avenue, de construire en temps de révolution.

Lorsqu’on lui demande comment ils construisent une révolution, Limina affirme avec assurance qu’il ne s’agit pas seulement de construire. « Il s’agit de démontrer que la seule façon pour que le peuple vénézuélien comprenne que la politique d’aide du gouvernement nous permet de nous débrouiller, c’est en faisant les choses, il ne s’agit pas qu’on donne tout pour pouvoir valoriser ce que j’ai ».

Campo-Rico-SP-015CopiaDans de nombreux cas, la facilité n’est pas un chemin, c’est une évidence pour ces femmes qui ont décidé de travailler ensemble. « Il n’est pas facile de créer une conscience car tous pensent différemment », raconte-t-elle et elle souligne que les habitants des « barrios » sont habitués à une façon de vivre différente » : habituellement, ces personnes ne comptent pas sur les services publics, pas plus qu’elles ne s’impliquent dans des activités communes au sein de la communauté, avançant l’excuse du travail quotidien.

C’est tout le contraire de ce que l’on pense dans les campements, car maintenant que l’on travaille ensemble, on a prévu de maintenir cette unité, en évaluant les possibilités de créer des projets socio-productifs (menuiserie et forgerie) pour les autres campements, avec l’idée de s’auto-suffire dans la communauté.

En ce qui concerne le travail d’auto-construction dans les nouvelles formes d’urbanisme, Limina signale que l’on doit perpétuer la révolution dans le pays et que la seule façon de le faire c’est en la vivant, en la faisant, en la créant et non pas en vivant d’elle, mais en apportant quelque chose pour elle et quoi de mieux que l’exemple vivant du travail quotidien dans le campement des Pionniers.

La vrai raison, c’était de créer une communauté

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Campo-Rico-SP-023Copia1Du haut de ces trente années, Natali Corzo est l’une de ces femmes travailleuses. Elle raconte que lorsqu’ont commencé les assemblées, on jugeait plus fructueux de construire des logements un peu plus bas plutôt qu’en plein « barrio », « pourquoi ne pas le faire sur les avenues ? »

La croyance populaire selon laquelle seuls les hommes font les travaux durs n’a jamais traversé l’esprit de Natali. Habituée à l’assistance médicale – elle est hygiéniste dentaire- petit à petit, et en tant que femme bien femme, elle est devenue, aux côtés de ses camarades, experte en encabillado, en coffrage et fabrication de pilotage dans la construction des immeubles qui à présent se distinguent en pleine avenue.

L’engagement porte sur la construction de sept immeubles, proposant deux cents logements. « S’ils ne sont pas finis, on ne les livre pas, c’est simple, parce que cela doit être une même joie pour tous, explique Natali.

Campo-Rico-SP-073CopiaEt elle rappelle que le besoin de logement a résulté de l’entassement des personnes. « C’est cela qui a été moteur, ajoute-t-elle, néanmoins, cela faisait du besoin mais ne constituait pas une raison car, lorsque nous en sommes arrivés à l’urbanisme, nous avons dit clairement que notre réelle motivation était de faire communauté.

Au fil du temps, en se levant à quatre heures du matin, en retrouvant l’une de ses compagnes dans une petite activité socio-productive –comme la vente de galette de maïs-, Natali a montré qu’elle était une bagarreuse en tant que porte-parole dans l’accomplissement de ses devoirs au campement et comme mère de Juan Sebastian, un enfant d’à peine un an qui « pousse » au milieu de ces 200 familles de la construction.

Travail engagé qui se compte en heures

Campo-Rico-SP-138Copia-300x199« La cohabitation de ces 200 familles dans le campement est très dynamique », dit Yulimar Martinez sans retenue, une autre mère, une autre bagarreuse fondatrice de ce rêve qui se poursuit. Entre factures et paperasse, elle dit que les familles peuvent décider de l’horaire où ils sont disponibles, de comment ils peuvent accomplir leur travail bénévole en accord avec leurs responsabilités.

« L’important est qu’ils fassent un minimum de 11 heures de travail par semaine sur le chantier et sur les lieux du campement- raconte Yulimar. C’est-à-dire être sur place, participer à la cuisine pour les déjeuners des travailleurs, couvrir les gardes de jour et de nuit. ».

On constate couramment que les équipes construisent dans les « barrios » sans aucune assistance technique. Mais le campement des Pionniers de Campo Rico bénéficie d’un personnel technique diplômé qui évalue également le travail que réalisent les familles.

En plus de la connaissance du chantier, chaque famille doit avoir une connaissance de base en matière politique. Simultanément, on fait des réunions pour les nouveaux groupes, pour ces personnes qui souhaitent participer à ce type de campement desde sus espacios, et également des réunions pour connaître l’état des matériaux dont on a besoin pour la construction.

« Pour les mères de famille c’est assez dur car les enfants demandent beaucoup, souvent ils ne comprennent pas cet engagement à être ici, parfois, nous voulons être avec eux au parc, mais c’est donc une lutte constante ce que nous avons ici », raconte Yulimar.

En plein travail de maçonnerie et enveloppée de la tête aux pieds à cause du soleil constant, Luz Mary Sobogal, une grand-mère de 61 ans, considère « qu’elle se sent privilégiée » d’être là à construire son propre logement de ses mains. Cela fait 33 ans – après être arrivée de Colombie, sa terre natale- qu’elle vit dans une maison en location avec sa famille, et se voyant dans l’obligation de payer pour quelque chose qui n’est pas à elle, elle a décidé d’intégrer le campement de pionniers.Campo-Rico-SP-134Copia

« Ici, on nous a proposé de construire un logement pour moi et mes enfants et voilà, je suis là, pour chercher à avoir un meilleur niveau de vie. Pour moi, ce modèle d’auto-construction est une bénédiction. Malgré mon âge j’ai la force nécessaire pour construire, cela m’aide à avoir beaucoup plus de courage », raconte-t-elle, enthousiaste, pour ensuite avoir de l’espoir. « Si on voit que tout le monde est en train d’avoir son logement, pourquoi ne pas avoir l’espoir que je pourrai avoir le mien ».

Le modèle d’auto-construction de logements a renforcé la capacité d’organisation des communautés, en créant de nouveaux espaces, en en finissant avec l’hégémonie des entreprises du bâtiment qui durant des années ont exploité les plus défavorisés, lesquels, sur la base de leurs besoins, ont créé des alternatives de vie dans les « barrios » de la ville. La création des campements de pionniers en est un exemple ; c’est une fierté pour beaucoup, et ceci malgré le fait que, pour ceux qui ont toujours détenu le monopole de la construction, cette révolution qui se fait avec les mains , apparaisse comme un détournement.

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/construyendo-un-sueno-en-manos-de-mujeres/

Texte : Diana Hernandez / Photos : Sabrina Porras

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1wv

Le gouvernement bolivarien répond aux communards : « que l’État soit au service de la Commune et non l’inverse ».

SONY DSCLes représentants de 525 expériences communardes en cours au Venezuela ont rendu publiques 26 propositions centrales destinées au gouvernement et adoptées à l’issue de l’Atelier National de la Force Productive Communale.

Passée l’heure du déjeuner du samedi 14 juin, les visages marqués des communardes et des communards trahissaient la fatigue mais aussi la satisfaction évidente d’avoir pu partager collectivement chacune des expériences qu’ils incarnent. Avoir pu cerner puis formaliser -pour les résoudre- l’ensemble des problèmes parmi les plus récurrents auxquels les uns et les autres sont confrontés, a été jugé par tous, comme un grand pas en avant. Pour Elisabeth Lopez de la commune « Juana Ramirez la Avanzadora » (quartier d’Antimano de Caracas), « la possibilité de mettre en regard, chacune des expériences concrètes dont nous sommes partie prenante ne peut que nous rendre plus forts. C’est ainsi que le savoir-faire propre à chaque collectif de communards peut essaimer ».SONY DSC

15 tables rondes ont planché sur des secteurs clés de l’économie : construction, alimentation, agriculture, services, tourisme, produits manufacturés. « Nous avons débattu de tout, du structurel jusqu’aux thématiques les plus pointues. Nous avons abordé les problèmes auxquels les uns et les autres sont confrontés. Puisque nous représentons tous, des organisations productives qui en sont à leur début » explique Junior Mujica, originaire de la commune « Palito Blanco », de l’Etat du Zulia, que composent pas moins de 12 conseils communaux. Parmi les initiatives en cours, une usine de fabrication d’alimentation pour animaux. Sa production s’élèvera à 300 tonnes par jour.

« Nous débarrasser du système capitaliste, fait bien évidemment partie des questions d’ordre structurel que nous nous employons à résoudre. Or, chercher à s’en libérer, cela signifie aussi se heurter à ses divers avatars : ce qui survit du système économique encore dominant et de certains de ses relais subsistant pour l’instant au sein de l’appareil d’Etat ». Junior poursuit : « Nous sommes les héritiers d’un Etat bourgeois. Incompétence, bureaucratie, corruption en sont les maîtres-mots. Cet état de fait se révèle être un frein. Il nous gêne dans notre tâche, lorsqu’il s’agit de faire naître du neuf. Cela dit, nous nous rapprochons peu à peu de l’indépendance économique. Parce qu’à ce jour, nous en sommes encore dépossédés. Une indépendance économique qui implique que l’on fasse émerger des rapports de production de type nouveau (ce qui implique l’épanouissement de relations nouvelles entre les divers acteurs). Nous ne cherchons pas à remplacer les anciens chefs d’entreprise par de nouveaux patrons en chemises rouges. Chacun d’entre nous est un peu le dépositaire de la souveraineté de notre pays. C’est cela le socialisme. Pour vivre enfin en paix, avec beaucoup d’amour à partager ».SONY DSC

Quant à Hernán Vargas -directeur des réseaux de formation administrative territoriale du Ministère pour les Communes et les Mouvements sociaux- il constate que les questions d’ordre juridique ont été au centre des discussions. C’est une des principales leçons qu’il tire de ces travaux qui ont vu les participants de chaque table-ronde s’exprimer. Il en conclut qu’il est nécessaire de tracer les contours de nouveaux espaces de légalité, qui permettraient de rationaliser les diverses formalités, mais aussi d’aboutir à la disparition pure et simple de certaines de celles-ci.

Le document final porté à la connaissance du pouvoir exécutif montre que sur l’ensemble du territoire, l’économie communale est confrontée à une constellation d’obstacles. Vargas: « à chaque logique conflictuelle, il convient d’opposer tout un maillage de réponses stratégiques. Sont mises à contribution, tout un ensemble de propositions s’adaptant à chaque cas de figure ; mais aussi toute une série de mesures qu’il s’agit d’appliquer au mieux. Il est impératif de donner chair à ces initiatives, de se tenir au plus près de la réalité concrète».

Les propositions, en résumé

- Stimuler l’économie communale en faisant des communes les interlocutrices privilégiés des marchés publics et les fournisseuses des matériels destinés aux services publics; en les exonérant de différents impôts et taxes et en facilitant les devises nécessaires (dont le SUCRE) pour l’importation de matériels, outils, pièces de rechange.

- Création d’un fonds national de réinvestissement des excédents communaux à travers une banque communale aidant le développement de nouvelles initiatives.

- Politique de soutien actif de la Banque Publique aux communes.

- Campagne de visibilisation médiatique autour de la qualité des produits communaux issus de nouvelles relations de travail et création de marques collectives.

- Politique nationale d’appui aux nouveaux savoirs, technologies populaires et à leur transfert.

- Transformation de la Banque du Peuple Souverain en Banque du Développement Communal.

- Loi spéciale définissant les nouvelles relations sociales de la production communale et la sécurité sociale des organisations socio-productives.

- Articulation avec les ministères de développement régionaux pour planifier, concrétiser les mesures présidentielles et la mise en commun via le réseau productif inter-communal.

- Création de centres de stockage qui garantissent aux petits producteurs communaux l’accès aux machines, pièces de rechange, et intrants agricoles.

- Transfert direct des machines aux communes pour la maintenance des voies de transport.

- Plan spécial pour l’installation de puits, de systèmes d’irrigation et d’installations de base pour les cultures comunales.

- Lien direct avec les entreprises publiques pour l’acquisition de matières premières : ciment, bois, verre, etc.. à travers : Corporación Socialista de Cemento, SIDOR, Maderas del Orinoco, ALCASA, et entreprises privées de verres plats.

- Réseau national de textile et cordonnerie (marques collectives).

- Mécanisme inter-ministériel pour le transfert massif de véhicules.

Pour Hernán Vargas, du Ministère pour les Communes, certaines de ces mesures à prendre peuvent prendre effet quasi immédiatement, comme bénéficier rapidement d’intrants (produits nécessaires au fonctionnement d’un ensemble entrant dans la production); de certaines formes nouvelles de mécanisation; mais aussi de l’accès au marché des contrats publics. « Quant aux autres mesures, il y a tout lieu de penser que l’on pourra les activer dans les mois qui viennent, et pour certaines d’entre elles, ce sera l’an prochain ».

Ces échanges ont mis en évidence une carence : le manque de solidité des réseaux d’échange inter-communaux, qui nuit aux expériences socio-productives propres à chaque commune. Le secteur des produits et des matières premières est concerné au premier chef.SONY DSC

« Que l’Etat soit au service de la Commune et non l’inverse ».

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Jorge Arreaza

Présent à la clôture de l’atelier national, le vice-président Jorge Arreaza a répondu aux 500 communard(e)s originaires des 24 états vénézuéliens qui avaient pris place dans l’auditorium Alirio Diaz de Carora, État de Lara : « L’avenir de la patrie dépend des Communes. Il faut que l’Etat soit au service de la Commune et non l’inverse. Maduro est un président communard. Il est convaincu que le futur passe par l’exercice effectif du pouvoir communal ». Après avoir passé en revue, l’ensemble des points d’achoppement que le travail collectif des délégués des Communes a détectés, Arreaza s’est attardé sur les 26 propositions visant à améliorer le fonctionnement des diverses expériences socio-productives communales en cours, en est l’enjeu.

Arreaza a souligné que l’appareil d’Etat dont la Révolution a hérité, n’est pas encore débarrassé de toutes ses scories : « sa structure relève encore de l’Etat bourgeois. C’est la raison pour laquelle son action en matière de planification n’est pas satisfaisante. Dès l’année 2006, les déclarations du président Chavez montraient qu’il était clairement conscient du problème. Pour lui, recourir à l’appellation de Ministères du Pouvoir Populaire, ne se résume pas à l’invention d’un titre nobiliaire, encore moins à une caractérisation sans contenu. A contrario, il s’agit bel et bien de rendre le pouvoir populaire effectif. Par voie de conséquence, les divers Ministères du Pouvoir Populaire se doivent d’incorporer ce dernier à leurs modalités de fonctionnement et de gestion ».

« Nous ne pourrons résoudre les problèmes économiques actuels qu’à partir du moment où nous miserons résolument sur la consolidation et l’épanouissement du pouvoir Communal ».

Le ministre pour les communes et mouvements sociaux, Reinaldo Iturriza voit la participation populaire dans l’économie communale s’imposer de plus en plus, se doter d’un potentiel croissant. Mais cette tendance se heurte à un obstacle, que représentent précisément les vieilles structures institutionnelles encore en place. Une tendance qu’à ce jour, le poids non négligeable de l’économie capitaliste ne fait que renforcer.

« Nous nous devons d’établir cette carte des logiques conflictuelles, et lui opposer un schéma d’ensemble visant à les résoudre. C’est pourquoi, les structures institutionnelles révolutionnaires et le gouvernement bolivarien se doivent d’agir en alliance étroite, afin de laisser derrière eux, tout ce qui relève des dysfonctionnements inhérents au vieil Etat bureaucratique, qui aura été si utile à l’oligarchie et aux grands pouvoirs économiques qui lui sont attachés ».

Reinaldo Iturriza a souligné qu’il revient au peuple communard et au gouvernement -en étroite symbiose- de jeter les bases de cette logique institutionnelle de type nouveau. A ses yeux, la possibilité d’inventer une économie spécifique, qui se substituerait au modèle rentier ; de construire in fine, le socialisme Bolivarien est la tâche historique qui incombe au modèle socio-productif qui émane du pouvoir Communal : « nous ne pourrons résoudre les problèmes économiques actuels, qu’à partir du moment où nous miserons résolument sur la consolidation et l’épanouissement du pouvoir Communal ».

Nicolas Maduro reçoit les propositions et relance le gouvernement de rue : gouverner le pays depuis les bureaux climatisés de Caracas serait le comble de le bureaucratie”.

Nicolas Maduro relance le gouvernement de rue.

Nicolas Maduro relance le gouvernement de rue.

Après avoir pris connaissance de cette série de propositions, le président de la République Nicolas Maduro, a donné des instructions aux ministres en charge des divers secteurs relevant de l’économie, et à celui qui est à l’heure actuelle, en charge du ministère pour les Communes et les Mouvements sociaux (Reinaldo Iturriza) : « tous les ministères concernés doivent promouvoir l’économie productive Communale, qui doit devenir une priorité absolue et doit être un des piliers essentiels de l’économie nationale ».

Lors d’un programme radio diffusé le 17 juin depuis les quartiers populaires de Campo Rico, dans l’Etat Miranda- le président de la République a affirmé : « le savoir-faire populaire est immense. Parce que c’est ici-même, au sein des communautés, que les travailleurs produisent les richesses du pays ».

S’agissant ici de l’État de Miranda, Reinaldo Iturriza, a déclaré dans la foulée, que sur le territoire de ce dernier, pas moins de 22 Communes sont enregistrées. 50% de celles-ci relèvent du secteur urbain et se concentrent dans le secteur de Petare. Il en conclut que « l’affirmation selon laquelle il n’existerait pas de Communes dans les zones urbaines, est un mythe ».

Le Président de la République a débloqué des crédits supplémentaires – à travers la Mision Barrio Nuevo Tricolor - dont divers conseils communaux seront les bénéficiaires. Il en sera ainsi de la zone du « Bajo Lebrun », qui a reçu une première ligne de financement s’élevant à 990 mil bolivares. A la clé : la construction de 20 appartements.

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Reinaldo Iturizza

« La Mission Barrio Nuevo Tricolor est le grand vecteur par lequel le volet de la construction de logements irrigue concrètement le réseau des Communes en devenir » : le président précise que cette mission sociale rend effective l’articulation avec les organisations communales. Et ce, quelque soit le lieu où partout sur le territoire national, des programmes de construction sont à l’ordre du jour. L’enjeu est de mettre un terme à l’existence de quartiers ou de logements infra-humains en milieu urbain.

Le ministre Iturriza ajoute qu’en ce moment, 130 Communes sont concernées par l’application de ce type de modalités : « là où le travail émanant du peuple organisé est effectif – les communes en sont l’une des expressions – la mise en relation des partenaires concernés, se fait tout naturellement. De plus, nous travaillons en osmose avec le Ministère du Logement et de l’Habitat ».

Relance du gouvernement de rue : cinq nouvelles lignes de travail

Le Président de la République a par ailleurs relancé le Gouvernement de Rue. Cette méthode permettant la réunion permanente des ministres avec les organisations et collectifs sociaux de tout le pays avait subi une interruption de plusieurs mois, du fait de nouvelles violences et de tentatives de coup de l’extrême droite, relookées par les médias internationaux en « révoltes étudiantes ». Maduro a déclaré à propos de la nouvelle étape : “Le gouvernement de la rue consiste à se rendre sur place, là où sont les projets, les opportunités de développement. Nous ne pouvons gouverner le pays depuis les bureaux climatisés de Caracas, ce serait le comble de le bureaucratie”.

Cette nouvelle étape du Gouvernement de Rue aura cinq lignes principales :

1 - la révolution des 35 missions sociales avec l’installation des bases de missions dans les 1500 points du territoire pour éliminer ce qui reste d’extrême pauvreté,

2 – l’approfondissement de la nouvelle Offensive Économique, qui a débuté le 22 avril, pour garantir la production et l’approvisionnement sur le plan national et continuer les inspections des commerces pour faire baisser les prix en fonction de la nouvelle loi anti-spéculation.

3 – Le déploiement continué du Plan de Sécurité Citoyenne dans tout le pays, le nouveau quadrillage ayant déjà donné de bons chiffres notamment sur la baisse des homicides, avec révision et correction permanentes du travail effectué.

4 – L’inauguration et l’inspection des projets réalisés et des travaux accordés avec les organisations populaires lors des précédents passages du gouvernement de rue (400 réalisations seront inaugurées dans cette nouvelle étape)

5 – La construction participative des communes sur tout le territoire national.

Sandra del Toro, communarde

¨Ceux qui voudraient parrainer une parodie de commune sont voués à l’échec¨

L’actuel dialogue entre le gouvernement et l’organisation communale naissante a inspiré une réflexion publique au ministre pour les comunes et les mouvements sociaux, Reinaldo Iturizza, qui est aussi enseignant et sociologue : ¨Il convient de distinguer deux choses : la Commune productive d’une part ; et en second lieu, le processus de production social de la Commune. En effet, la Commune ne se décrète pas, elle résulte d’une production. Elle n’est pas non plus, un territoire, bien que l’on puisse s’y installer. En revanche, la Commune est l’émanation d’une production matérielle et intellectuelle du peuple organisé sur le territoire. Pour que la Commune voit le jour, il est impératif d’avoir affaire à un peuple organisé qui la suscite en quelque sorte; qui la produit.

¨Ceux qui sont décidés à parrainer et légitimer une parodie de Commune, c’est-à-dire d’« en haut », en ayant recours aux pratiques propres à la vieille politique (clientélisme, sectarisme, opportunisme), nous savons déjà à quoi ils aboutiront : à un irrémédiable échec. Et ce, comme toutes les initiatives qui ne ne partent pas de la participation populaire. Par bonheur, les Communes dont on peut suivre les activités ne sont en aucune manière des imitations. Car la participation populaire est très largement dominante. Les pâles imitations ne relèvent aucunement du neuf. Or, à ce jour, c’est le neuf qui s’impose.

¨On transmet aisément ce que l’on connaît déjà. Restituer avec fidélité ce qui est révolutionnaire, exige de nous d’innover en matière de communication.¨

¨Ce processus de production social de la Commune est un fait inédit, doté d’un extraordinaire potentiel de transformation : le peuple vénézuélien est tout entier un peuple communard, parce qu’il est bien déterminé à laisser loin derrière, la vieille société. Il est par ailleurs nécessaire d’insister sur ce point : nos Communes ne résultent pas de ces extravagantes expériences dont les socialistes utopiques ont été les initiateurs. Elles découlent de l’action d’un peuple conscient de sa force, bien décidé à s’émanciper. Or, seul ce type d’émancipation relève de visées anti-capitalistes, dignes de ce nom.

¨Nous savons également que la nouveauté et les potentiels de transformation dignes de ce nom, rendent difficiles notre capacité à restituer -aux fins de communication- la richesse des expériences communales en cours. On transmet bien plus aisément, ce que l’on connaît déjà. De ce fait, restituer avec fidélité ce qui est le plus révolutionnaire, exige de nous d’innover en matière de communication.¨

comuna de Momboy

Textes : Reinaldo Iturriza. Martin Di Giacomo. Abraham Torrealba.

Photos : Milángela Galea, Gustavo Lagarde.

Sources : Ciudad CCS, AVN et Ministerio de las Comunas, notamment http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneros-identificaron-obstaculos-y-elaboraron-propuestas-durante-cierre-del-taller-nacional-de-la-fuerza-productiva-comunal/

Traduction : Jean-Marc del Percio 

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/21/le-gouvernement-bolivarien-repond-aux-communards-que-letat-soit-au-service-de-la-commune-et-non-linverse/

Maisons entre pluie et poussière.

1En fait, la route n’est pas asphaltée. C’est un chemin de terre. Une série de fanions la surplombe et la franchit sur toute sa largeur, reliant entre elles les maisons alignées sur chacun de ses côtés. Un chapiteau de couleur blanche se dresse. Disposées tout autour d’une grande table, une série de chaises rouges permettent aux personnes qui les occupent de s’abriter du soleil. Toutefois à ce moment de la journée, l’ombre prodiguée est bien insuffisante. Il est 10 heures du matin.

Les rues et ruelles adjacentes -de terre également- desservent quelques rares pâtés de maisons. Un terrain de foot-ball, de base-ball, mais aussi un Mercalito comunal (magasin d’État distribuant des aliments bon marché), des chaumières de terre, quelques voitures stationnant ici et là, complètent le tableau d’ensemble. Il ne faut pas oublier le point de vente du gaz domestique, et la route, encore.

A peu de distance, les champs et quelques îlots boisés se succèdent, habitat des hérons et des geais multicolores. Ensuite, le vaste horizon s’ouvre tout grand au regard. Et le hameau que l’on observe ici, se résume à bien peu de chose, comparé au llano (plaine) dans lequel il est immergé. L’immense llano.

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Les 22 habitations qui vont être inaugurées, résultent d’un travail collectif : celui de la communauté. C’est-à-dire celles et ceux qui en sont les bénéficiaires ; le conseil communal de la communauté El Cruce ; les ouvriers et artisans maçons. Ce travail collectif s’est étalé sur un peu plus d’une année. Il y a des précédents : 60 de celles-là ont d’ores et déjà vu le jour. C’était un peu plus que prévu. En effet, au lieu d’une première tranche de construction qui concernait 5 lieux de vie, 6 auront été réalisés. Puis 32, en lieu et place des 30 initialement programmées. Il en a également été ainsi en ce qui concerne les 22 maisons qui nous intéressent ici. 22 de celles-ci contre 20. Cette dernière estimation chiffrée, correspondant aux prévisions sur lesquelles on s’était appuyé dans un premier temps

Des ballons, des cœurs tricolores, mais aussi la signature d’Hugo Chavez ornent la façade des maisons. Bien à sa place, le ruban d’inauguration attend d’être coupé.

Des toits de métal rouge chapeautent les murs blancs de chacune des constructions nouvelles. Contrairement à l’intérieur de celles-ci où le silence règne, dehors, la rumeur enfle, un mouvement de foule prend peu à peu de l’ampleur. C’est bien la première fois qu’un ministre en personne s’apprête à visiter El Cruce.

Chacune des maisons offre à ses futurs occupants, 70 m2 de surface habitable. On y accède par la rue principale. Là où le chapiteau est planté. Autour de 11 heures, les sœurs Alvarez -Nelly et Rosmary- se préparent. Après s’être séché les cheveux, elles se coiffent et se maquillent. Elles attendent, assises au niveau du passage qui relie encore la nouvelle maison et la baraque vétuste qui ne va pas tarder à disparaître. L’une et l’autre s’apprêtent à déménager dans quelques heures.

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Nelly, son mari, et leurs deux enfants vivaient en compagnie de la mère de celle-ci. Or, leur ancienne habitation s’est effondrée sous l’effet de la tourmente qui s’est abattue sur le pays en 2009. Quant à Rosmary, son époux et leur deux enfants, ils se partageaient l’intérieur d’une masure aux murs de canne, de terre et de plaques assemblées, de diverses origines. Ils étaient à l’étroit. Insupportablement à l’étroit. La volonté seule les aura sauvés. Rosmary se rappelle : « nous sommes de ceux qui ont participé à la construction de ces habitations. Nous-mêmes, mais aussi l’ensemble des bénéficiaires de ce programme. Récemment, les ouvriers maçons ont pris le relais. En fait, nous n’avons pas arrêté de travailler jusqu’à aujourd’hui même. Depuis le début, ces travaux ont été ponctués de réunions régulières. Nous nous retrouvions tous. Et ce, chaque vendredi ».

En 3 ans, que de réalisations !

Les baraques ne résistaient pas à la pluie. Les murs s’écaillent, se disloquent sous les assauts du vent. La chaleur est intolérable. L’humidité est partout présente. En définitive, l’habitation dans son ensemble, subit soit l’humidité que les murs de terre détrempés retiennent, soit les attaques d’une poussière omniprésente, lorsque la sécheresse s’impose. Nelly résume sa pensée en déclarant : « tout cela est bien triste ». La révolution bolivarienne s’est engagée á mettre en oeuvre la Gran Mision Vivienda Venezuela. Pour que désormais, chaque jour et chaque nuit soient placés sous le signe du « bien vivre ».

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3 années se sont écoulées depuis. En tout, sur l’ensemble du territoire national, 584.747 appartements ont été mis à la disposition du peuple. 218.295 sont en cours de réalisation. A ce jour, outre les 22 lieux d’habitation dont il est question ici, 265 d’entre eux ont vu le jour dans l’état de Portuguesa dont dépend El Cruce.

Chaque maison, chaque appartement terminé, c’est une baraque en moins, un bien hypothétique refuge (surpeuplé) de moins. Un de ceux dont de bien pauvres rideaux faisaient dérisoirement office de fenêtres ; un refuge où le linge, les draps de bain étaient suspendus dans la cour ; de douches approximatives, se résumant à l’usage d’un seau. Le visage des sœurs Alvarez affichent, atteste du fait que cette funeste époque est révolue. Respectivement vêtues d’un T-shirt rouge (signe vestimentaire distinctif des partisans de la Révolution bolivarienne), Nelly et Rosmary arborent un large sourire. Et pour cause : l’une et l’autre exhibent leur tout nouveau titre de propriété, en attendant que la cérémonie officielle débute.

Quant un projet devient réalité.

Lorsque le ministre pour les Commune et les Mouvements sociaux – il s’agit de Reinaldo Iturriza- fait son apparition, le chapiteau est bondé. Toutes les places occupées. Les personnes n’ayant pas pu en trouver, s’agglutinent tant dans les proches environs, que sur le perron des maisons, bénéficiant ainsi d’une ombre bien salutaire. Il est midi et la chaleur ne cesse d’augmenter. Seules les libellules semblent à l’aise, qui volètent confiantes et légères, à portée de mains.


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Trois des porte-parole locaux s’expriment à tour de rôle. Il s’agit d’Isaac Rieras (Conseil communal), fraîchement réélu lors des élections de dimanche dernier ; de Nelly, en sa qualité de bénéficiaire du nouveau programme et de personne ayant apporté sa contribution concrète à la construction des maisons ; et de Cristina Lujano, qui est en charge des affaires financières, un brassard tricolore (aux couleurs de la patrie) au bras gauche. Le débat s’engage. De nombreuses choses ont été réalisées. Mais il faut faire plus et mieux. Pour le seul El Cruce, pas moins de 80 maisons sont appelées à voir le jour, afin de reléguer définitivement les masures restantes, aux oubliettes de l’histoire. Les besoins des communautés voisines sont identiques. Les travailleuses et travailleurs du ministère sont logés à la même enseigne. Iturriza commente : « sans organisation populaire, on ne peut strictement rien faire ». Des heures durant, les échanges fuseront, le débat se poursuivra. Aux alentours, les champs de maïs et de riz alternent

Persévérer encore et encore.

Vêtu d’un pantalon aux extrémités retroussées, d’espadrilles noires bordées d’un filet rouge, Diego est un jeune garçon de 11 ans. Jennifer est pourvue d’une longue robe jaune. On peut remarquer ses pieds sont nus, lorsque l’empoignant, elle commence à mouvoir. Elle a 12 ans. Leur déplacement soulève des nuages de poussière. Ils dansent le joropo, s’accompagnant d’un tambourin. Toute l’assistance applaudit.9

Pour terminer, la communauté distingue ses héros : les constructeurs volontaires, les porte-parole. Le ministre quant à lui, visite les maisons neuves, s’attarde sur les dernières baraques encore debout. Entre et sort un peu partout.

Ici, comme partout ailleurs dans le pays, on formule des propositions, on évalue les besoins. Telle est la caractéristique d’une commune en devenir. Chaque semaine, l’on inaugure des lieux de vie, issus d’une action collective et obstinée. Malgré la pluie et la poussière réunies.

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Texte : Marco Terrugi

Photos : Sabrina Porras

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/casas-entre-polvo-y-lluvia/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/18/maisons-entre-pluie-et-poussiere/

Islamar : une autre économie est possible

pescadores 1Au fur et à mesure que l’on avance sur la route, les faubourgs de la commune de Tubores laissent peu à peu la place à quelques hameaux isolés, à de vastes étendues de terres arides, couvertes ici et là, d’une végétation clairsemée. A l’horizon, par-delà une colline, se profile la Mer des Caraïbes dans toute sa plénitude ; une extension verte et bleue de la terre ferme, qui nous incite à poursuivre notre chemin.

A première vue, le complexe piscicole semble inoccupé. Telle une île installée au beau milieu du désert de l’île de Margarita, brûlé par le soleil. Toutefois, dès le portail franchi, le visiteur se trouve confronté à une odeur mêlée, celle de la mer et du poisson pêché, qui constitue l’ordinaire en quelque sorte, du Complexe Piscicole Islamar.

Luis Benito Marval a tout de celui qui passe plus de temps en mer que sur la terre ferme. Son regard exercé et son visage buriné, l’attestent. « Au moment où la construction du complexe a été lancée, j’avais de mon côté abandonné l’activité de pêcheur. Je m’étais reconverti dans la maçonnerie, ce qui m’a paermisde participer à son édification ». Tandis qu’il s’exprime posément, il surveille de près la fabrication d’andouillettes de poisson qui s’accumulent devant lui, sur la table en acier inoxydable. Outre les andouillettes l’entreprise mixte Islamar produit également des croquettes de poisson, dont la valeur ajoutée est la plus intéressante du fait de la mécanisation et des méthodes appliquées au conditionnement. Les filets de merlu, de dorade, de sardine, mais aussi les steaks de thon, sont partie intégrante de la production. Foto-destacada-Islamar

De sa voix traînante, Benito nous raconte que le recrutement du personnel s’est fait, à partir d’une série d’entretiens d’embauche, dont les conseils communaux de la zone avaient la responsabilité. En ce qui le concerne, c’est la communauté de Guamache qui a procédé à son désignation. Quant à la main d’oeuvre, elle a été recrutée sur des bases analogues. Enfin, la Mission Saber y Trabajo s’est chargée de la sélection et de l’évaluation des postulants. « C’est une situation nouvelle pour nous. Auparavant, les pêcheurs locaux n’intéressaient pas les entreprises. Ceux qui en ce moment travaillent, vivent en effet, ici même. D’une manière ou d’une autre, nos activités ont toujours été liées à l’halieutique ». C’est en ces termes que Benito s’exprime tout en surveillant son travail de près.

Les Conseils de Pêcheurs de Nueva Esparata fournissent la matière première que traite le Complexe piscicole. Les 12 personnes engagées dans cette première étape, participent à toutes les instances de production : le lavage des poissons ; l’éviscération ; le broyage ; le mélange qui débouchera sur la fabrication des andouillettes et des croquettes. Viennent ensuite, le conditionnement et l’empaquetage.

Benito

Benito

Benito ajoute qu’avant, il ne souciait pas de la bonne réussite ou non, d’entreprises telles qu’Islamar. Mais depuis que la communauté s’en occupe, il la défend becs et ongles. « Je me considère comme une partie de cette entreprise, parce qu’elle est à nous. La clé de la réuissite : se sentir impliqué, et par conséquent, avoir envie de travailler ». Un sourire se dessine sur son visage : « j’espère bien vivre un peu plus longtemps. Avoir une vieillesse un peu plus tranquille. Parce que la pêche vieillit rapidement son homme. Parce que celui qui est en mer, qui subit les assauts répétés du soleil, vieillit bien vite ».

Eleazar Villarroel, un pêcheur de 73 ans travaille également à Islamar. Il vivait à Los Roques. Il s’est vu dans l’obligation d’abandonner sa Margarita natale, car les résultats de la pêche en haute mer étaient de plus en plus mauvais. C’est dans ce contexte qu’il a rejoint le Complexe. Maryelis Leon, est une bien jeune mère célibataire, dont la timidité transparaît, lorsqu’elle s’emploie à nous dire de quelle manière elle recherche constamment l’efficacité. Et ce, afin que le peuple soit satisfait des produits issus du Complexe piscicole. Lesquels sont commercialisés chaque vendredi, à l’occasion de la foire qui voit ces mêmes travailleurs partager les fruits de leur travail avec l’ensemble des membres de la communauté. Il faut préciser que les produits sont vendus à des prix solidaires.

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Histoire d’un changement de paradigme.

L’expérience d’Islamar s’ancre dans la réalité concrète depuis 2 ans maintenant. Mais l’idée d’une telle configuration est beaucoup plus ancienne, elle germe dès les premières années de la Révolution. En 2001, une nouvelle disposition légale relative à la Pêche et à l’Aqua-culture a vu le jour. A partir de cette date, un nouveau paradigme de la pêche dans son ensemble, a commencé à s’imposer. Il peut être circonscrit ainsi : rendre prioritaires le social et la souveraineté alimentaire ; la logique économique basée sur la recherche exclusive du profit leur étant désormais subordonnée. La reconnaissance et la protection d’un mode de pêche artisanal, en sera le corollaire.

« Quelques-uns des pêcheurs parmi les plus représentatifs se sont réunis. Nous avons jeté les bases d’un projet, qui visait dans ses grandes lignes à donner la possibilité à chaque pêcheur de confier le fruit de son travail à ce Complexe en devenir, aux fins de conditionnement. La vente directe -le peuple en étant le bénéficiaire- sera la dernière étape ». C’est le président d’Islamar et par ailleurs porte-parole de Nueva Esparta du ¨Frente National de Pescadores y acuicultores¨ (Front National des pêcheurs et aqua-culteurs), Luis Rodriguez qui parle ainsi

A partir de mars 2008, la réforme introduite par la loi soulève l’espoir de voir aboutir rapidement de ce projet. Ce changement de paradigme débouche sur la résolution d’une demande émanant de longue date, des travailleurs de la mer vénézueliens : l’interdiction définitive d’un mode de pêche industrielle au chalut/à la traîne. « La conservation du potentiel hydro-biologique visant au maintien dans la durée de l’halieutique, des pêcheurs et de la pêche en est l’esprit », ajoute Luis qui est de plus, partie prenante d’un des nombreux Conseils de Pêcheurs qui ont vu le jour à Nueva Esparta et qui ont obtenu de l’Etat, le statut d’interlocuteurs à part entière. Telle est l’une des retombées parmi les plus remarquables, de l’application effective de la nouvelle législation. Tripas-y-pescados-detalle-Islamar

« Nous avons été un maillon à part entière d’un processus qui a débouché sur l’élaboration de la loi. Nous nous sommes introduits au sein de ce dispositif participatif grâce à Chavez. Et grâce à cela, nous nous sommes lancés dans la concrétisation du projet qui nous tenait à cœur ». La construction du Complexe piscicole a débuté en 2009. C’est à partir d’août 2012, qu’il commencera à faire ses preuves. A l’heure actuelle, l’entreprise mixte destine 51% de sa production à l’Etat, en retour des crédits qui lui ont été alloués. Les Conseils de Pêcheurs se répartissent les 49% restants.

Pour Luis, le fait saillant de cette démarche, c’est son caractère exemplaire. Car elle démontre qu’une autre économie est possible. Il n’en demeure pas moins que des pans entiers de la pêche au Venezuela, dépendent toujours d’une perception proprement mercantile : des intermédiaires achètent aux pêcheurs le fruit de leur travail, qu’ils vendent à un prix élevé à ceux qui l’écouleront sur les marchés. L’aisance des touristes en matière de pouvoir d’achat, participe également de cette flambée des prix. En définitive, comme Luis le remarque, « c’est le marché qui fixe les prix. De ce fait, le capitalisme est enquisté dans cette manière de commercialiser . La mission d’Islamar, c’est de participer à la construction du socialisme. Il ne faut pas oublier la pratique d’une manière de troc consistant à échanger le poisson pêché contre des produits, du matériel de pêche. Et ce, à des prix solidaires afin de baisser les coûts ». L’idée globale consiste faire en sorte que les pêcheurs bénéficient de revenus réguliers. L’établissement de tarifs solidaires au profit de l’ensemble de la communauté, sera l’objectif ultime affiché. Luis termine en rappelant qu’« éliminer le rôle du revendeur et du spéculateur à l’origine de l’augmentation des prix, est la condition requise afin que le peuple puisse consommer les produits de la mer ». Selon lui, la tâche à laquelle il s’agit de s’atteler, c’est renouer avec l’état d’esprit originel de la communauté des pêcheurs, qui n’a jamais considéré le poisson comme une marchandise, mais comme l’un des éléments majeurs d’une forme d’économie de subsistance qui lui est propre depuis toujours.

La clé de tout : la persévérance.

Siège d'Islamar

Siège d’Islamar

L’édifice principal d’Islamar est pourvu d’une chambre froide de la taille d’un terrain de basket-ball ; d’une zone tout entière dédiée à l’éviscération du poisson et à la fabrication de pulpes qui en résulte ; mais aussi de la salle au sein de laquelle les andouillettes et les croquettes sont produites.

Au total 12 personnes sont employées à ce jour, parties prenantes de la première étape de ce projet pilote. Il faudra rapidement résoudre la question de la désignation de la nouvelle junte de Direction, afin de mener à bien cette tâche. Pour ce faire, il est prévu l’incorporation progressive de personnel nouveau. L’objectif à atteindre étant le suivant : élever le niveau de production à 50% de la capacité totale. Pour atteindre les 100% -c’est-dire 10 tonnes de production par jour- il faudra compter sur 70 personnes travaillant au sein du Complexe piscicole. Ce qui le rendra totalement opérationnel.Foto-grupal-Islamar

Cette jeune femme -Mariangel Salazar- était initialement professeur de chimie. Désignée par le conseil communal dont elle dépend, bénéficiant par ailleurs de l’entremise de la Mision Saber y Trabajo (mission sociale de formation professionnelle), , elle a rejoint Islamar en tant que chargée du contrôle de qualité. Mettant à profit sa pause-déjeuner, elle revient sur l’importance de cette expérience aux yeux de tous les membres de la communauté. « Tout cela est réellement gratifiant. C’est en effet la première fois que nous voyons au niveau de la commune, des personnes issues de la même communauté, des mêmes secteurs d’activité pouvoir profiter d’un bassin d’emploi tel que celui-ci. Car le bien-être consiste à pouvoir gagner sa vie dignement, en offrant aux communautés avoisinantes, d’accéder aux produits de la pêche ».

Son visage rubicond flanqué de lunettes professionnelles de couleur noire de taille imposante nous fait face. Mariangel se souvient des débuts de cette entreprise. Tout n’a pas été facile. Elle songe notamment aux pertes de temps résultant de l’inertie bureaucratique. Mais aussi du manque de moyens financiers qui ont obéré/retardé la mise en fonctionnement effective du Complexe. « La persévérance a été l’élément décisif. Si nous avions compté sur des aides extérieures, si nous avions fait appel à un spécialiste afin de venir à bout de ces difficultés, nous n’aurions pas avancé d’un pas ». Pendant que les travailleurs et travailleuses du Complexe ôtent masques et tabliers pour la pause obligatoire du déjeuner, les blagues fusent, les visages s’éclairent d’un sourire. Mariangel : « rien qu’à voir ces installations, nous constatons qu’Islamar est une belle réussite. Et toutes celles et ceux qui travaillent au sein de ce Complexe en sont comme confortés ».

Après la pause-déjeuner, la journée de travail reprend. Les andouillettes de poisson sont pesées et conditionnées. Ce sont à peu près 2 tonnes d’aliments qui chaque jour, sont produits. Outre la prise en compte des objectifs touchant à l’augmentation de la production, Luis indique que dans un futur proche, ils atteindront ce but : procéder à un échange d’expériences avec des entreprises socialistes se situant sur le territoire d’autres états. Et ce, afin que les unes et les autres puissent bénéficier d’une consolidation conjointe, assurant ainsi à chacune d’entre elle, une assise solide.

Islamar avance jour après jour, grâce à l’apport et aux efforts de chacun de ceux qui lui donnent vie. Pour Luis, « la participation des travailleurs aux décisions relatives à la production est l’essentiel. Nous devons nous doter d’un état d’esprit semblable à celui d’un essaim d’abeilles solidaires les unes des autres. Chacun d’entre nous est appelé à formuler des propositions. Nous en déduisons que c’est le meilleur moyen pour continuer à se développer. »

Luis Rodriguez

Luis Rodriguez

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/islamar-otra-economia-es-posible/

Texte : Martín Di Giácomo

Photos : Sabrina Porras

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/15/islamar-une-autre-economie-est-possible/

Le gouvernement Maduro accélère la révolution citoyenne du logement

Loin des violences de l’extrême droite nostalgique de l’apartheid des Leopoldo López ou María Corina Machado, la stratégie du gouvernement présidé par Nicolas Maduro est de poursuivre le travail, de concrétiser les promesses électorales de 2013, qu’il s’agisse de l’État communal, de l’alimentation et de l’agriculture, ou encore du logement et de la ville en général, secteurs sur lesquels la mafia a longtemps régné. L’idée est toujours la même : construire une économie libérée des spéculateurs, qui part des besoins fondamentaux pour produire sur place le nécessaire et resserre les liens entre producteurs et usagers. ¨Il y a tout un réseau de mafieux qui se consacrent à construire des baraques pour les vendre, il faut les arrêter et les passer en jugement¨ dénonce le président au sujet de ceux qui spéculent sur la détresse des sans–logis.

Depuis sa création par Hugo Chavez en 2011 pour résoudre le déficit de logements et venir en aide aux victimes des inondations de 2010, la Grande Mission Logement Venezuela (GMVV) a remis plus de 560.000 logements aux secteurs populaires. Le Ministre concerné, Ricardo Molina, en annonce ¨600.000 pour bientôt″. Nicolas Maduro a décidé de faire de cette mission un moteur de l’économie, en passant du rythme actuel de construction de 2000 logements par semaine à 4000. Le mandataire veut aussi améliorer l’accès de la population aux matériels de construction grâce à la réactivation intégrale de la filière – toits, charpente, céramique, plastique, matériel électrique, ciment (la nouvelle usine de Cerro Azul, dans l’État de Monagas, produira un million de tonnes de ciment par an). Dans de nombreuses communautés, à travers les conseils communaux notamment, la population participe activement à la construction de ses propres logements.

img_20140611_1949411402533033Lors de sa visite à la Foire Internationale du Logement qui a réuni au début de juin 251 entreprises publiques ou privées vénézuéliennes et les représentants de 17 pays (Colombie, Espagne, Turquie, Chine, Mexique, Brésil, Cuba, Portugal, Equateur, Royaume-Uni, Granada, Iran, Italie, Panama, République Dominicaine, Russie et Allemagne), le président bolivarien a expliqué : “cette foire revêt une grande importance car elle articule deux axes fondamentaux de notre travail : d’une part la Grande Mission Logement, d’autre part la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (mission de rénovation intégrale des logements et services des quartiers populaires), qui sont nos deux axes pour réurbaniser et reconstruire le Venezuela”. L’accord passé avec le Portugal prévoit ainsi la construction de 50.000 logements. L’objectif général étant d’octroyer un logement à trois millions de familles en 2019.

T.D., Caracas, 13 juin 2014.

Nouveaux logements populaires récemment construits au coeur de Caracas (métro Bellas Artes).

Logements populaires récemment construits au coeur de Caracas (métro Bellas Artes).

La Grande Mission Vivienda Venezuela : l’espérance d’une vie meilleure pour la population.

Depuis le 30 avril 2011, la Grande Mission Vivienda Venezuela (GMVV) a changé la vie de plus de 558 000 familles. « On peut espérer accéder à une vie meilleure, voir tous ses enfants grandir dans une ambiance plus sereine, avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, de progresser en famille », précise Carlos Carabal. Ce dernier, son épouse et leurs 5 enfants habitent dans l’immeuble Teatros, qui se situe sur l’avenue Lecuna (Caracas). La famille de ce moniteur de foot-ball fut l’une des 29 000 victimes des pluies diluviennes qui se sont abattues sur le pays, à la fin de l’année 2010. C’est la raison pour laquelle ils se sont tournés dans un premier temps, du côté de foyers provisoires habilités par l’Etat, pour y attendre dans de bonnes conditions, le parachèvement du programme gouvernemental destiné à leur attribuer un lieu de vie définitif.

« Nous avons été confrontés à des temps difficiles. Nous avons tout perdu, exception faite des quelques vêtements que nous avons pu sauver. Mais l’épreuve nous a rendus plus forts. Aujourd’hui, grâce aux bons offices de cette Mission créée par notre président Hugo Chavez, nous jouissons d’un logement qui nous appartient réellement ». Carlos se souvient qu’il n’a jamais perdu courage, convaincu que le président Chavez tiendrait la promesse formulée le 13 février 2011. Au moment où ce dernier avait déclaré qu’il « était en train de monter la grande Mission Vivienda Venezuela ». C’est aussi à cette date que le mandataire avait assuré que dorénavant, « il n’y aurait plus une seule famille dans le pays, qui ne bénéficierait pas de son propre appartement. D’un lieu de vie digne de ce nom ».

Logement CCS 2

Partout dans la cité, des logements dignes de ce nom.

Durant les 3 dernières années, la Mission Logement (Misión Vivienda) aura su occuper à bon escient les terrains vagues des centres urbains du pays et redefinir les plans d’urbanisme. On a ainsi pu contrecarrer le déficit chronique en matière d’habitations auquel le pays était aux prises depuis longtemps déjà. Un déficit qui atteignait le chiffre de 2,7 millions.

Rien que sur Caracas, pas moins de 27 000 logements ont vu le jour. Chiffre auquel il faut ajouter 14 000 autres en cours d’édification. Il est commun d’observer nombre de d’édifices et de constructions récents, occuper des lieux autrefois à l’abandon.

Pour Carabal, « Hugo Chavez a, en toutes circonstances, donné la priorité à l’humain. A son épanouissement. C’est pourquoi il a réfléchi à la manière dont il serait possible d’apporter une solution au déficit chronique d’habitations auquel le peuple vénézuélien était confronté. Plus que cela, il aura oeuvré à l’amélioration de notre vie. En réunissant les conditions d’une intégration de tous ceux d’entre nous, aux origines plus que modestes, qui vivaient au sein de communautés de vie isolées de tout. De ceux qui ne pouvaient accéder aux modes de transport trop onéreux, et aux services, pour des raisons analogues ».

« Je donnerai un exemple. Teatros, la plus proche des stations de métro, se situe à l’angle de notre immeuble. Cet état de fait facilite grandement les allées et venues de nos enfants qui fréquentent l’école et le lycée. Comment aurais-je pu imaginer qu’un jour, l’opportunité me serait offerte de vivre avec ma famille en plein centre de Caracas. En un lieu central comme celui-ci, qui nous permet d’accéder à toutes les commodités que cela implique ? ».

Logements du projet La Ladera remis en 2013 à 600 familles de Los Teques, en présence du président Maduro.

Logements du projet La Ladera remis en 2013 à 600 familles de Los Teques en présence du président Maduro.

Un plan massif de construction.

Pour les Vénézuéliens qui ont vécu sous les gouvernements néo-libéraux de la IVè République, il était tout bonnement inimaginable d’espérer accéder à des appartements de qualité. Pour s’en convaincre, il suffit simplement de se pencher sur les statistiques officielles. Entre 1985 et 1998, c’est-à-dire durant les 14 années qui ont précédé la Révolution, 891 000 appartements ¨commerciaux¨ont été construits. Alors que depuis 1999 et jusqu’à l’an passé, 1 million 43 000 de ces derniers ont été mis à la disposition de ceux qui en avaient le plus besoin.

« Aucun de ces gouvernements de droite ne songeaient à nous. Sans la révolution bolivarienne, nous serions encore sur nos collines, taraudés par la peur de voir nos baraques détruites à tout moment ou de ne plus avoir de toit au-dessus de nos têtes. L’action des gouvernements de la I Vè République se bornait à nous fournir des plaques de zinc, pour que les familles concernées bricolent un nouveau toit s’il s’était écroulé. Telle était leur façon de régler la question du logement » se souvient Marilyn Suarez.

Accompagnée de son époux, de leurs 4 enfants, et d’un frère handicapé, cette habitante de Caracas s’est vu attribuer un appartement au sein de la barre d’habitation Santa Rosa (Avenue Libertador). C’est ainsi que depuis février 2014r, date à laquelle ils ont pu intégrer leur nouveau lieu de vie, les conditions de vie de cette famille se sont fortement améliorées.

« Quand on nous a averti du fait que l’on allait nous remettre les clés de notre nouvel appartement, nous ne pouvions pas le croire. Notre rêve de toujours devenait enfin réalité. Avant cela, nous vivions à San Agustin del Sur. C’était une maison que l’on partageait avec d’autres familles. Alors qu’aujourd’hui, grâce à la révolution, nous occupons un appartement – pourvu d’une salle de bain, d’une cuisine et d’un réfrigérateur- que l’on a pu aménager avec nos propres meubles ».

Marilyn Suarez précise qu’auparavant, tous les membres de sa famille étaient contraints de se partager une seule et unique pièce. Le nouvel appartement dont ils bénéficient a une surface de 73 m2 : 3 pièces, 2 salles de bain, une salle à manger, une cuisine, une buanderie et un balcon. Marilyn assure que dans de telles conditions, ses enfants pourront enfin jouir d’un cadre de vie rassurant, sécurisant ; qu’ils auront également accès à des espaces récréatifs. « Ici même, alors que les terrains vagues étaient notre seul horizon, un boulevard, une place, des espaces de jeux et divers locaux socio-productifs vont voir le jour. Et ce, afin que nos enfants bénéficient d’une enfance meilleure que celle que nous avons vécue ».

Logement CCS 4

Veiller sur son habitat, l’aimer.

Lisbeth Cardenas est la voisine de Marilyn. Elle manifeste un souhait : que tous les vénézuéliens jouissent d’un logement digne de ce nom, grâce à l’action de la GMVV, et prennent soin de veiller sur ces espaces de vie. De les conserver en l’état.

« Je ne pouvais en aucune manière compter sur mes revenus pour envisager de faire l’achat d’un appartement. C’est pourquoi j’apprécie à leur juste valeur chacun des jours qui me voient vivre ici, en compagnie des membres de ma famille. Je suis par ailleurs absolument convaincue que c’est à nous tous que revient la tâche de conserver en bon état notre immeuble; de faire en sorte que chacun de nos appartements soient accueillants et propres. Car veiller sur son habitat, c’est l’aimer ».

Marilyn considère qu’il incombe à l’ensemble des Venezueliens bénéficiaires du programme GMVV, de s’acquitter d’une manière juste – compte tenu de la prise en considération des revenus de chacun d’entre eux- du paiement du logement attribué. Un tableau de financement accompagne la réalisation de ce programme social, avec une prise en compte fine des revenus de chacun ; ce qui facilite la mise en œuvre des facilités de paiement. « Si je prends soin de payer mon appartement, la Mission continuera et d’autres pourront aussi jouir d’un mode vie qui est désormais le mien. C’est de cette façon que cette grande mission (GMVV) répondra aux aspirations qui se manifestent partout dans le pays ».

Logement CCS 5

Espaces de convivialité.

Nicolas Maduro rappelle l’importance du volet social : par-delà sa fonction initiale de création de logements, la Grande Mission Vivienda peut se résumer en ces termes : « une nouvelle organisation sociale basée sur la convivialité ».

En décembre 2012, accompagnée de ses 3 petits-enfants, Ingrid Aguado a reçu les clés d’un appartement (OPPE 12) se situant à Bellas Artes. Depuis cette date, elle est le témoin de la manière dont une organisation appropriée, facilitera un travail en commun ( de nature sociale) entre voisins.

« Dès que nous nous sommes installés ici, les 144 familles habitant cette barre d’immeuble se sont investies dans l’élaboration d’un mode d’organisation qui nous aura permis de mettre en place un comité inter-familial de gestion. (1 par immeuble). Le Conseil communal qui en résulte est constitué de l’ensemble de ces comités inter-familiaux. A l’heure actuelle, nous nous fixons ce but : nous rapprocher des autres expériences de ce type, pour déboucher sur la création d’une Commune ».

Ingrid ajoute que l’une des tâches que s’est assignée la communauté de vie dont désormais elle dépend, consiste à identifier l’ensemble des potentialités qu’elle recèle : « Nous nous situons dans le centre de Caracas. Nous avons par conséquent décidé de constituer le fer de lance d’un engagement collectif en faveur de la convivialité. Nous veillons aussi à préserver nos traditions, notre culture. ».

Sources : Ciudad CCS et l’article de Leonardo Buitrago pour AVN : http://www.avn.info.ve/contenido/gran-misi%C3%B3n-vivienda-venezuela-esperanza-del-vivir-bien-para-pueblo

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/14/le-gouvernement-maduro-accelere-la-revolution-citoyenne-du-logement/

(Photos: ) Venezuela : la profondeur de la démocratie participative cachée par les médias occidentaux

9_danceAlors qu’au Venezuela se concrétise peu à peu le programme sorti des urnes d’avril 2013 (1), on chercherait en vain dans les médias privés vénézuéliens, hégémoniques, le moindre reportage sur ce processus participatif qui engage des centaines de milliers de citoyens. Cette opacité à l’Autre social exprime la survie de l’idéologie raciste des mantuanos qui rétablirent l’esclavage et enterrèrent les promesses égalitaires après la mort de Simón Bolívar (1783-1830). Les héritiers de cette oligarchie (les Leopoldo Lopez, Henrique Capriles Radonsky, Maria Corina Machado… que la presse occidentale campe en ¨héros de la lutte pour la démocratie¨) dominent encore largement, en 2014, la propriété des radios, des télévisions et de la presse écrite.

En Occident, où des millions de désenchantés s’abstiennent de voter, la plupart des journalistes ou des agences de news s’alignent sur ces médias racistes et invisibilisent eux aussi ce processus difficile, contradictoire mais passionnant de construction de la démocratie participative, ce va-et-vient entre un État encore ¨vieux jeu¨ et pas toujours perméable à la participation citoyenne, et des mouvements sociaux naissants mais beaucoup moins patients…

¨En finir avec l’État tel qu’il existe actuellement, avec ses maires et gouverneurs régionaux, pour le remplacer par un pouvoir constituant¨

Ce dimanche 25 mai ont eu lieu des millions de plantations dans tout le Venezuela pour marquer la Journée de l’Arbre. Au total, 40 millions d’espèces sylvestres ont été plantées dans tout le pays depuis le lancement de la Mission Arbre il y a huit ans par Hugo Chavez. Cette fois, le président Nicolas Maduro, lors d’un dialogue avec les mouvements écologistes, a annoncé la création d’une commission présidentielle sur le changement climatique, afin d’articuler une politique d’État pour changer la nature du modèle économique vénézuélien et lui donner une dimension écosocialiste. En juillet prochain, a-t-il rappelé, Caracas recevra des scientifiques du monde entier qui ont étudié le modèle destructeur de la globalisation et proposeront des alternatives pour sauver la planète, lors d’une rencontre organisée à travers l’ALBA (¨Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique¨).Nicolas-Maduro-Dia-del-arbol-672x372

Une semaine plus tôt, lors d’une rencontre avec les porte-paroles de centaines de communes en formation au Venezuela, le président a décidé de créer un organe de liaison direct avec les communes, sous la forme d’une commission adscrite à la présidence : “Je veux établir une relation directe et permanente avec tous les conseils communaux, avec les communes, pour que nous gouvernions ensemble sur les grands thèmes de l’État, les grands thèmes du gouvernement : les politiques publiques, sociales, tout… Vous me faites parvenir les propositions et je les articule avec les politiques, et vous me faites parvenir les critiques populaires sur les erreurs que commet le gouvernement bolivarien. Que vive la critique populaire ! Apprenons à nous alimenter de la critique et de l’autocritique sans avoir peur de la vérité. Le but est de surmonter les erreurs et de continuer le processus.” a expliqué le président.

En réponse à cette initiative, 2000 communard(e)s de tout le pays se sont réuni(e)s et ont débattu durant trois jours dans l’État de Lara, pour créer un Conseil National des Communes qui sera notamment l’interlocuteur de cette commission présidentielle. “C’est une manière pour nous d’en finir avec l’État tel qu’il existe actuellement, avec ses maires et gouverneurs régionaux, pour le remplacer par un pouvoir constituant, un État basé sur la commune” explique Abraham Jimenez pour qui “c’est à travers les communes et les mouvements organisés que nous pouvons proposer des projets au gouvernement, obtenir des fonds publics et les investir nous-mêmes pour le bien-être social de la communauté”.img_1531

Sur la très longue liste des conclusions des travaux des sous-groupes (2), figure la proposition que le gouvernement transfère à ce Conseil National la gestion du registre national des communes, la réappropriation des médias qui ont perdu leur engagement populaire, la création dans chaque commune d’écoles de pouvoir citoyen et de médias communaux – notamment des journaux, le renforcement de l’économie communale et de ses systèmes de transport et de stockage, ainsi que d’équipes de défense territoriales.

img_1449Invité à prendre la parole, le ministre des Communes, Reinaldo Iturriza a salué “la création de cette plate-forme politique unifiée, ce n’est pas au gouvernement de dire si c’est bien ou c’est mal. Le gouvernement observe comment le mouvement populaire, dans ce cas communal, décide de s’organiser lui-même. Notre travail est d’accompagner cette expérience”.

Pour un des coordinateurs de débat, “nous devons être conscients que la création de ce Conseil Communal National est le début d’un nouveau combat. Certains vont tenter de le faire échouer et nous devons surmonter ces obstacles”. Jasmy Quintana, militante communarde de l’État de Anzoategui, a rappelé l’opposition des maires et gouverneurs à l’émergence d’un État comunal qui leur enlèverait une grande partie de leur pouvoir. “Nous avons encore des gens qui se disent révolutionnaires et appartiennent au processus bolivarien mais ne soutiennent pas le pouvoir populaire. C’est pourquoi, indépendamment des beaux discours, nous devons rester vigilants pour que les mots deviennent réalité. Nous n’en sommes qu’au commencement. Nous devons fortifier notre base depuis le bas, pour aller vers une réforme de la constitution … pour devenir autonomes face aux maires et aux gouverneurs”.

Ce type de rencontres a lieu dans tout le pays. Ainsi les 24 et 25 mai près de 600 militants représentant quelques dizaines de communes de l’État de Mérida (voir les photos ci-dessous) ont débattu de la “guerre économique” en cours contre la révolution et des systèmes de production, de communication populaire, de défense, ainsi que de la formation socio-politique et de l’organisation.

Notes :

(1) Sur le détail de ce programme, lire ¨Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(2) Conclusions intégrales de la rencontre (en espagnol): http://www.misioncheguevara.gob.ve/page-noticia.php?titulo=Propuestas de las mesas de trabajo del 5to Encuentro Nacional de la Red de Comuneros &cod_not=69

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Sources : AVN, et Ewan Robertson, in Venezuelanalysis.com : http://venezuelanalysis.com/news/10727 et http://venezuelanalysis.com/images/10702

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/06/photos-venezuela-la-profondeur-de-la-democratie-participative-cachee-par-les-medias-occidentaux/