Le Venezuela de Stiglitz à Lincoln, ou comment le pétrole fut démocratisé

mardi 5 juillet 2011

Au Venezuela il est fréquent d’entendre qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais gouvernements, mais seulement des prix hauts ou bas du pétrole.

Cette phrase n’a pourtant rien à voir avec la réalité : les gouvernements d’avant la révolution, alors qu’ils ont vécu des périodes pétrolières fastes comme lors du boom des années 70, ont plongé le Venezuela dans les plus graves niveaux de pauvreté et d’inégalité sociale.

Par contraste, la révolution bolivarienne a diminué les chiffres de l’inégalité et de la pauvreté, et maintient la volonté politique d’inclure les grandes majorités même lors des trois crises économiques.

La première crise se produisit en 1998 comme résultat d’une stratégie de division de l’OPEP promue par les grands centres consommateurs et qui ramena les prix du pétrole à 7 dollars. La révolution assuma le gouvernement d’un pays économiquement ruiné et socialement dévasté ; sa politique de reconstruction de l’OPEP et sa politique sociale matérialisée dans la nouvelle constitution et les lois d’habilitation ont remis le pays dans un cycle de croissance et de développement social.

Le deuxième moment de crise économique est celui où la droite putschiste réagit à la politique de redistribution des richesses et à partir de 2001 initie un cycle de transgression insurrectionnelle, qui culmine avec le coup d’état militaire et pétrolier et qui entraîne une chute de la croissance nationale et plonge le pays dans une profonde récession. Les aventures de cette « opposition démocratique » ont coûté au pays plus de 50.000 millions de dollars. Le gouvernement bolivarien reprend les rênes et après la défaite de 2004 de la droite lors du référendum révocatoire présidentiel, replace le pays dans un nouveau cycle de développement économique et social et de réduction de la pauvreté.

Le troisième moment est la crise économique mondiale de 2008 qui provoque la chute des prix du pétrole et un ralentissement de l’économie nationale. Malgré ces périodes de crise le gouvernement s’est concentré sur la préservation de l’emploi et la garantie du dépassement de l’inégalité dans la société vénézuélienne. Tandis que les autres pays ont retourné l’impact de la crise contre la population en réduisant les postes de travail, le Venezuela a réussi à diminuer progressivement le chômage. En novembre 1998 il était de 11%, le coup d’Etat et le lock-out pétrolier l’ont porté à 15.7 % et dans les dernières cinq années on a réussi à le faire reculer à 7.7% (figure 1).

La perspective d’une économie consacrée à l’inclusion de tous a permis de réduire l’inégalité dans la société vénézuélienne : l’indice Gini (coefficient universel d’inégalité) a baissé de 20% en passant de 0.4874 en 1997 à 0.3898 en 2010. Ces données montrent un processus d’égalitarisme dans la société et de redistribution de la richesse et des revenus (figure 2).

Ceux qui par malveillance ou naïveté croient que c’est peu de choses, nous les invitons à lire l’article “Economie d’1%, pour 1%, par 1%” de Joseph Stiglitz – prix Nobel d’économie en 2001. Son article décrit magistralement le modèle d’économie conçu pour les happy few tel qu’il se renforce aux Etats-Unis : “… 1 % des états-uniens accapare le quart du revenu national annuel. En termes de richesse, le 1 % le plus riche contrôle les 40 % de la richesse…”.

Il signale aussi que “…alors que le 1 % a vu ses revenus croître de 18 % lors de la dernière décennie ceux du milieu ont vu baisser leurs revenus. Parmi les hommes les plus qualifiés, la chute fut brutale : 12 % rien que dans le dernier quart de siècle…

Stiglitz attire l’attention sur quatre éléments présents dans la société états-unienne qui nous semblent fondamentaux pour comprendre et remettre en cause les modèles économiques réservés aux petites minorités :

- “Chaque fois qu’on diminue l’égalité des chances, cela signifie que nous cessons d’utiliser les actifs les plus précieux de notre population de la manière la plus productive possible. En second lieu, de nombreuses distorsions mènent à l’inégalité telles que celles liées au pouvoir des monopoles et au traitement fiscal préférentiel pour les intérêts spéciaux, et contribuent à affaiblir l’efficacité de l’économie.

- « Une économie moderne requiert une action “collective” qui a besoin du gouvernement pour investir dans l’infrastructure, l’éducation et la technologie. Les Etats Unis et le monde ont bénéficié énormément des recherches financées par le gouvernement et qui a ont mené à la création d’Internet, à des avancées dans la santé publique, et ainsi de suite. Mais les Etats-Unis ont souffert pendant longtemps de l’absence d’investissements en infrastructure (voir l’état de nos routes et de nos ponts, des chemins de fer et des aéroports), dans la recherche fondamentale et dans l’éducation à tous les niveaux.

- “Mais pour une grande part, la cause de tant d’inégalité est qu’elle est voulue par le 1 %. L’exemple le plus évident se trouve dans la politique fiscale. La réduction des taux d’imposition sur le profit du capital, par où les riches reçoivent une grande part de leurs revenus, a rendu les riches encore plus riches. Les monopoles ont toujours été près d’une source de pouvoir économique, depuis John D. Rockefeller aux débuts du siècle passé jusqu’à Bill Gates à la fin du siècle dernier. L’application molle des lois anti-trust, en particulier sous les administrations républicaines, a été une bénédiction pour ce 1 %

- « La Cour Suprême de Justice, dans la récente affaire de Citizens United, a consacré le droit des entreprises à acheter les gouvernements à travers l’élimination des plafonds dans les frais de campagne. Le personnel et le politique sont maintenant en adéquation parfaite. Pratiquement tous les sénateurs des États-Unis et la majorité des représentants à la chambre sont membres du 1 % le plus riche et après leur élection se consacrent à rester à leur poste en protégeant l’argent du 1 % le plus riche. Ils seront récompensés à la fin de leur mandat par ce 1%.

Voilà donc que le rêve américain viole la concurrence et l’égalité des chances, viole les piliers constitutifs de son modèle de société, devenu un système bloqué qui tôt ou tard engendrera sa vague d’ « indignés ». Le Venezuela au contraire est une société ouverte et en développement, avec des trames complexes, contradictoires et difficiles, mais emmené par un courant politique dont le modèle social repose sur la forte conviction de ce que la transformation doit venir de la base et que l’économie n’a de sens que si elle permet la réappropriation des richesses par la majorité.

Alors qu’aujourd’hui les États-Unis sont très loin de Lincoln, au Venezuela nous pouvons dire avec fierté que notre démocratie est celle « du peuple, par le peuple et pour le peuple ». (Abraham Lincoln, Discours de Gettysburg, 1863).

Jesse Chacon

Directeur de la fondation GISXXI

www.gisxxi.org

Traduction : Thiery Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

Original (espagnol) en PDF : VENEZUELA : Gobierno del Pueblo, por el pueblo y para el pueblo

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