Coopération Venezuela-Haïti : Lenteur ou blocage ?

Le Président Hugo Chavez est réélu le 7 octobre dernier pour un autre mandat de 6 ans. L’investiture du Président Chavez aura lieu le 10 janvier 2013.Un pas additionnel est franchi dans la lutte engagée pour l’élimination des iniquités sociales, l’épanouissement humain des vénézuéliens et la poursuite de la collaboration franche et entière entre les peuples luttant pour leur émancipation.

Réélu à partir d’un bilan positif, incontestablement remarquable, que ses adversaires tant nationaux qu’internationaux ne peuvent ignorer malgré leurs contorsions. Le Président Chavez ne se démarquera point de la ligne socialo bolivarienne tracée par les dirigeants de la révolution.
Ce pays de l’Amérique latine ayant le plus grand nombre de millionnaires est à la croisée des temps. Pour la première fois la manne découlant du boum pétrolier a été mise au service du pays et de la population, en particulier des autochtones (6% de la population de 30 millions).
Faisons parler les chiffres :
• Outre l’accès à la santé, plus de deux millions de femmes bénéficient d’un régime de sécurité sociale.
• Les retraités sont passés du nombre de 200 000 mille en 1998 à 2 300 000 en 2011.
• Au niveau universitaire, le nombre d’étudiants passe de 980 000 en 1998 à 2 100 000 en 2011.
• Grâce à la réforme agraire 24 700 000 tonnes d’aliments furent produits en 2010 contre 17 160 577 tonnes en 1998, une progression de 44%
• La pauvreté a régressée entre 2002 et 2010 de 46.6% à 27.8%.
• La pauvreté extrême, durant la même période est passée de 22.2% à 10.7%.
• Le Venezuela a le niveau d’inégalité le plus faible de la région
A l’hystérie de la grande presse internationale qui, un mois avant la tenue du scrutin, appelait à la vigilance, annonçait des turbulences venant des « pro-Chavez », affirmait que les 2 candidats étaient nez à nez, nous opposons cette déclaration de l’ex président américain, Jimmy Carter, faite le 22 septembre 2012 : « en réalité sur les 92 élections dont nous avions surveillé les déroulements, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur au monde ». A l’issue de ces joutes le taux de participation fut établi à 80.9% des électeurs. 54.42% des votes exprimés sont en faveur d’Hugo Chavez et 44.97% sont allés à Capriles Radonski.
La défaite a trois visages : celui de la droite vénézuélienne et latino américaine- celui des Etats Unis et leurs alliés européens – celui des média dominants nationaux et internationaux.
« Ta victoire est la nôtre », a dit l’ex président du Brésil, Luiz Inácio Lula, s’adressant à Hugo Chavez le 6 juillet 2012. A l’instar de l’ex président brésilien nous disons que la réélection de Chavez à la tête du Venezuela est une victoire pour les peuples aspirant à la liberté, la dignité, au bien-être et à l’équité tant économique que social.
Le Président Martelly en partance pour l’Amérique du Sud en décembre de l’an dernier lors du sommet des Chefs d’Etat des Pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe (CELAC) déclara, nous le citons : « Je crois que les haïtiens ont fini par savoir que la coopération avec le Venezuela est la coopération numéro Un, celle qui offre le plus de dons et d’assistance à Haïti. » A son retour le 6 décembre 2011 il renchérit : « vous me demandez quelle aide circule le mieux ? Laquelle est plus facile avec très peu de conditions ? Je vous dirai, celle du Venezuela. »
En réalité le Venezuela et Haïti ont toujours entretenu de bonnes relations à tous les niveaux, cependant un magistral coup d’élan s’est opéré dans la forme et dans la nature même des ces relations depuis le triomphe de la révolution bolivarienne sous la direction de Hugo Chavez. Un petit froid entre les deux pays fut constaté durant la période de transition 2004 – 2006. Néanmoins dès 2005 un dégel s’amorçait. En attestent les fuites livrées par Wikileaks. Largement radiodiffusées à l’époque ces fuites ont dévoilé aux haïtiens une partie des manœuvres orchestrées contre les intérêts de leur pays. Selon ces fuites, les américains, tout en reconnaissant les bénéfices importants que notre pays tirerait de sa participation au projet Petro-Caribe, s’y sont opposés farouchement et ont même eu gain de cause momentanément. Effectivement le fond Petro Caribe instauré par les dirigeants de la révolution bolivarienne est d’une portée inestimable. Petro Caribe couvre 43% des besoins en carburant de 18 pays membres. De fait, l’expédition de 100 000 barils de carburant par jour se traduit en économies substantielles aux bénéficiaires. Une petite digression : Au fait ce ne sont pas seulement les pays membres du Petro Caribe qui bénéficient de la solidarité de la révolution bolivarienne. Aux Etats Unis d’Amérique en 2005 inquiets des conséquences néfastes et parfois mortelles des hivers rigoureux des parlementaires américains écrivent à l’American Petroleum Institute (API) leur implorant de venir en aide aux familles défavorisées pour les aider à faire face aux prix exorbitants de l’huile de chauffage indispensable à leur survie, le API a répondu froidement « nous payons déjà des taxes ». En 2006 à nouveau 13 sénateurs américains ont sollicité une aide auprès des compagnies pétrolières américaines en faveur des familles pauvres pour leurs dépenses en huile de chauffage, elles ont toutes fait silence. Seulement Hugo Chavez a répondu à cet appel à travers la compagnie CITGO, propriété de l’Etat vénézuélien. Ainsi en 2006 le Venezuela a accordé une réduction de 40% sur 50 millions de gallons d’huile destinés aux familles en difficulté leur permettant ainsi de survivre aux rigueurs de l’hiver. En 2008 le Venezuela a cette fois-ci donné gratuitement 45 millions de gallons à près de 200 000 familles dans 15 Etats des Etats Unis. Solidarité Sud-Nord ?
Accédé à la présidence en mai 2006 le Président René Préval a pu tenir tête aux pressions, injonctions et tentatives d’obstruction des diplomates américains en mission en Haïti. Haïti devint membre du Fond Petro Caribe.
Aujourd’hui grâce à cette coopération nous avons en Haïti trois centrales électriques thermiques. En outre un apport appréciable est constate dans le domaine agricole depuis bientôt six ans et des fonds disponibles pour engager un ensemble de projets à caractère social.
Nul ne peut nier aux gouvernements américains le droit d’intervenir par tous les moyens à leur disposition pour déjouer ou bloquer toute initiative, qui selon leurs propres jugements bien entendu menace leurs intérêts suprêmes. C’est dans leur droit inaliénable de faire échec à tous prix à tout ce qui pourrait potentiellement contrarier leurs plans, surtout si ce prix à payer n’ est que le maintien de tout un peuple dans une misère abjecte, dans le cas qui nous concerne il s’agit du peuple haïtien. Cela peut s’appeler, le réalisme le pragmatisme, la loi de la jungle, la loi du plus fort…qui peut dire mieux ?
Pourtant malgré le différend qui les oppose, les Etats Unis et le Venezuela entretiennent de solides relations commerciales et économiques. En 2010 les échanges commerciaux entre eux se sont élevés à 55.6 milliards de dollars américains. 42% du pétrole vénézuélien est vendu aux EU soit 990 000 barils par jour pour un montant annuel de 43.3 milliards de dollars. Le Venezuela importe 12.4 milliards des Etats Unis. Et dans le domaine de l’alimentation en particulier le montant d’importation s’élève à 1 milliard de dollars annuellement, soit le quart de l’importation vénézuélienne dans ce domaine. On ne peut qu’admirer le « pragmatisme » des familles américaines bénéficiaires de l’aide du Venezuela, des hommes d’affaires américains et du gouvernement américain en dernier lieu. Car le pétrole et le dollar n’ont, dans ces cas précis, aucune « odeur idéologique »
On comprend par ce qui précède que la conduite des affaires est une chasse bien gardée dans les relations entre deux pays, entre deux peuples souverains. « Souverains » c’est le qualificatif déterminant dans toute cette histoire. Donc il faut donner vie à ces déclarations du Président Martelly à la lumière des accords passés au cours de cette année entre deux représentants de deux peuples « souverains »..
Au-delà de cette aide humanitaire il faudrait développer des relations commerciales dynamiques avec le Venezuela. A l’intérieur des accords déjà signés se trouve un cadre approprié à cet effet. A l’issue du sommet de l’Alba tenu au début de février 2012 auquel participait le président Martelly, le Palais National a émis le communiqué suivant : « Un accord cadre de coopération visant à accroître l’aide du Venezuela au-delà des fonds Petro Caribe déjà robuste et généreux et autres formes d’assistance bilatérale et multilatérale offert par le Venezuela. » Le communiqué rajoute : « la signature de ce document qui fait suite à la réunion bilatérale tenue entre les deux dirigeants le vendredi 3 février permettra d’augmenter l’aide du Venezuela de façon drastique et comprendra la coopération, les crédits à l’investissement direct dans les domaines de l’agriculture, le développement industriel, l’énergie et le tourisme entre autres. Cet accord vise aussi la création de co-entreprise pour travailler dans le secteur de l’agriculture, créer des emplois, augmenter la capacité de la production agricole à travers laquelle Haïti fournira la main-d’œuvre et le Venezuela la technologie, l’équipement ainsi que le crédit aux agriculteurs. En outre le Venezuela travaillera parallèlement avec des compagnies privées pour les encourager à investir en Haïti. »
Au cours de cette rencontre aussi le gouvernement haïtien a été invité par le Président Chavez à se joindre au SUCRE (Système Unitaire de Compensation Régionale de paiements) un système utilisé par les pays membres de l’ALBA pour les produits importés et exportés., CitonsHaïti Libre : « Chavez a expliqué que, par exemple, « si un importateur vénézuélien achète des textiles de la Bolivie, il n’a pas besoin de dollars, il paye en bolivars ici, à une banque vénézuélienne qui donne ces bolivars à la Banque Centrale du Venezuela, qui, dans le cadre de SUCRE, transfère ces fonds à la Banque Centrale de Bolivie. Ainsi, l’importateur vénézuélien a payé ses marchandises en monnaie locale. C’est merveilleux ! »
À propos de l’utilisation de SUCRE, le Président équatorien Rafael Correa, a souligné qu’il s’agissait d’un puissant outil pour le commerce au sein de l’Alba « Nous avons besoin de promouvoir le commerce équitable au sein de l’Alba et nous devons éviter l’utilisation de devises étrangères [sous entendu le dollar américain] dans nos échanges, les devises sont une vulnérabilité pour nous. »
A l’issue du sommet de l’Alba il a été annoncé qu’une réunion des ministres des Affaires Etrangères des pays membres aurait lieu à Jacmel les 3 et 4 mars 2012. Le but de cette réunion était non seulement de donner corps aux accords cités ci haut mais aussi à un vaste champ de coopération, d’aide et d’échanges commerciaux avec Haïti. Suite n’a pas été donnée à ce projet sans qu’aucune information n’ait été fournie au peuple haïtien anxieux de voir la concrétisation de ces accords. Le peuple a tiré ces propres conclusions quant aux raisons de la non tenue de cette rencontre importante pour le pays.
Le peuple haïtien supporte fermement les relations haitiano- vénézuéliennes, les relations Sud-Sud en général et celles avec les pays de la région en particulier. A ce carrefour où nous sommes, l’Alba est un créneau important pour jeter les bases et garantir le développement économique et social du pays dans la dignité, cependant jusqu’à maintenant le gouvernement haïtien n’ose pas intégrer cette communauté où nous sommes ‘obligés’ de maintenir un statut d’observateur. Il est temps qu’Haïti devienne membre à parti entière de l’ALBA.
Nous comprenons très bien que face aux pressions et menaces américaines il ne soit pas facile à quelque gouvernement haïtien que ce soit de faire avancer des initiatives même quand elles sont conformes aux intérêts majeurs du pays et aux aspirations légitimes du peuple haïtien. Cependant fort d’un soutien actif de secteurs importants de la nation un gouvernement serait plus en mesure de résister à ces obstacles et faire avancer ces dossiers cruciaux pour la nation haïtienne Nous devons créer la dynamique nécessaire pour sortir sous la coupe de l’assistanat international et des « gestionnaires internationaux de la misère ».
Ce n’est certes pas facile, aussi nous avons besoin de toute la solidarité nécessaire pour y parvenir, tout comme il n’était pas facile pour les peuples de l’Amérique latine de sortir sous la coupe de la colonisation au début du 19e siècle et ils avaient à ce moment besoin de toute la solidarité possible.
Cap Haitien 24 octobre 2012
Pour le Comité de Solidarité Haïti-Venezuela
Rony Mondestin
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