La seconde vie de Rogelio Castillo Gamarra

Le quartier vu depuis le Noyau de Développement Endogène

Le quartier vu depuis le Noyau de Développement Endogène

Voix fluette de Berrios Nairubi : « s’il y en a pour un, il y en a pour tous ! ». Une voix posée, au lent débit, comme tous ceux qui souhaitent se tenir loin du paraître. Depuis 2 ans déjà, il est l’un de ceux qui travaillent au sein de la commune « Rogelio Castillo Gamarra » du quartier populaire de Petare (État de Miranda).

Il a 25 ans. Et il use de cette énergie vitale débordante propre à la jeunesse, pour apporter son dynamisme à la commune. Il espère également transmettre à son fils de 6 ans, une sorte d’héritage issu de cette expérience. A charge pour ce dernier, de s’en saisir, le moment venu. D’après Berrios, le gamin comprend déjà certaines choses. Il propose volontiers de l’aide à ceux qui semblent en avoir besoin. Il se charge également de la distribution des tracts dans le cadre des réunions organisées. Son père ajoute, le regard bien assuré : « Il manifeste toujours un grand intérêt pour ce qui est dit ».

Marbella Navarro quant à elle, se souvient de moments moins amusants. Quand on en était encore au « chacun pour soi » ; quand il fallait gagner sa vie, coûte que coûte. Le plus souvent aux dépens des autres. Désormais dit-elle, les gens de José Félix Ribas se sentent plus forts, parce qu’ils sont tous ensemble. En effet, le mode organisationnel propre à la commune a suscité la création d’espaces nouveaux, et a jeté aux oubliettes, le temps où il fallait travailler pour enrichir les patrons des entreprises. Depuis, chaque communarde et communard verse ses impôts à sa propre collectivité, qui décidera quoi en faire pour le bien de tous.

Rogelio Castillo Gamarra

Rogelio Castillo Gamarra

En ces temps-là, la voix du peuple en lutte était réduite au silence. Rogelio Castillo Gamarra fut de ceux qui oseront élever la voix contre les dirigeants au pouvoir dans les années 1960, 1970 et 1980. Jusqu’au jour où littéralement expulsé du quartier populaire de Petare -de la zone 6 du quartier Félix Ribas, pour être plus précis- Rogelio, « pris en charge » par la Digepol a été emprisonné dans un lieu indéterminé (territoire de Falcon) et a définitivement disparu de la surface de la terre.

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Il y a quelque temps, les habitants des 35 Conseils communaux (sont concernées, les zones de José Félix Ribas et Palo Verde) ont décidé de ramener Rogelio parmi eux. « Rogelio Castillo Gamarra » est le nom de la commune qui compte à ce jour, 25 000 personnes. Il en est ainsi depuis novembre dernier, lorsqu’un référendum a débouché sur l’adoption de la charte nécessaire à l’enregistrement officiel de la Commune.

Une femme gravit une à une les marches qui conduisent à l’Unité Technique Communale. Bien qu’un peu fatiguée, Sandra del Toro -c’est son nom- est tout sourire pour expliquer que l’UTC est destinée à traiter des problèmes qui surgissent sur le territoire de la Commune. Les traiter, puis se débarrasser immédiatement des divers obstacles afférents aux infrastructures et au secteur des services.

Lorsqu’on l’interroge sur la Commune, sa réponse est concise: « j’ai confiance en la Commune, parce que c’est un espace qui nous permet de maîtriser les questions relatives à la gestion locale. Une maîtrise qui débouche sur la transformation concrète de nos quartiers ». C’est la tâche principale que le plan de transformation du quartier s’est assigné. C’est la raison pour laquelle l’UTC à bénéficié d’une aide financière s’élevant pour l’instant, à 5 millions de Bolivars. La 1ère étape est consacrée à la fourniture d’équipements ; à l’achat du matériel nécessaire. Il conviendra par la suite de mener à bien des études du sol ; d’identifier le cas échéant, les zones à risque ; d’établir les priorités en matière de construction des premières réalisations programmées. L’aménagement de 4 escaliers désenclavant la zone constructible, est la première de celles-ci. Comme le souligne Sandra : «A quoi bon se lancer dans la réalisation de logements, s’il est impossible d’y accéder ? ».

Sandra del Toro

Sandra del Toro

Sandra ne résiste pas au plaisir de dire que les bras et les mains qui ont participé aux constructions sont celles du peuple. Alors qu’avant, on était contraint de travailler pour les autres ; de vendre sa force de travail pour bâtir des maisons que d’autres allaient occuper. Alors que dans le même temps, « on devait se contenter d’occuper des logis précaires, puisqu’on devait vivre avec de bien maigres ressources ».

Désormais, avec la mise en commun de toutes les capacités existantes, mais aussi avec le concours des institutions de l’Etat, les gens regroupés en Communes, travaillent à la résolution de leurs propres problèmes.

L’autre point d’achoppement, c’était celui des transports en commun. Tout le monde s’était habitué à leur absence pure et simple. Ce qui rendait particulièrement pénible, l’obligation d’aller et venir par ses propres moyens, depuis ces quartiers pauvres qui se trouvaient toujours en lointaine périphérie. C’est pourquoi les habitants concernés, sont particulièrement fiers de la toute récente mise en service de la route communale, qui dessert et relie entre elles, les diverses zones de José Felix Ribas (Zones 1 à 10) et une partie de Colinas de La Bombilla.

Brigitte Gonzalez a un peu peur des caméras. Mais pas du tout de travailler sur la voie publique. C’est l’inspectrice ? Elle nous expose ce qui est pour elle, un motif de satisfaction : « nous travaillons tous ensemble ; nous ne sommes plus qu’une seule et même famille ; nous sommes tous solidaires. Avant, on n’avait que nos jambes pour gravir tout cela. On avait à notre disposition une camionnette. Mais comme elle ne pouvait être utilisée par tout le monde, on a abandonné ce moyen de locomotion ». Une bonne et bien juste décision

Les communards disent sur tous les tons ce qui les caractérise fondamentalement : ils parlent d’eux comme d’une seule personne. Et si on les interroge sur leur expérience, ils déclarent très clairement qu’il ne peuvent parler d’eux-mêmes, mais du groupe, en ayant recours au « nous » solidaire. C’est cette règle qui régit la Commune « Rogelio Castillo Gamarra ». « Je ne peux parler de moi en tant que tel » nous confirme Gustavo Bricello, tout en saluant son entourage -ses camarades communards- qui lui rendent la politesse.

Un second point capital peut être identifié. Celui de l’identité. Briceno : « C’est pourquoi nous tenons tout à donner à nos Communes le nom de camarades de lutte qui ont particulièrement souffert des périodes de répression. Outre, Rogelio, il sera rendu hommage à Morelo Castro, qui a de longues années durant, dédié sa vie à la communauté à laquelle il appartenait. Jusqu’à ce que le cancer le contraigne à transmettre le flambeau à ses camarades, qui étaient également partie prenante du processus révolutionnaire en cours. »

« Mama Morela » est un espace consacré à la confection. C’est la zone n° 10 du quartier, qui l’accueille. Ce sont des uniformes scolaires (garçons et filles) que l’on fabrique ici. Mais aussi des chemises, des maillots de corps et des shorts. Pour que cette unité textile puisse voir le jour, le Ministère du Pouvoir Populaire des Communes et des Mouvements sociaux, lui aura alloué une aide financière d’un montant s’élevant à 3 300 000 bolivars.

Flor Bolívar

Flor Bolívar

Au second étage des locaux accueillant « Mama Morela », une ouvrière est tout affairée à la confection d’une veste de couleur bleue. Il s’agit de Flor Bolivar. Et bien que cela soit un peu difficile, elle poursuit son labeur tout en nous parlant. Flor se rappelle que les débuts de la Commune ont été difficiles. Mais au bout d’un certain temps, l’initiative a porté ses fruits. Elle nous en parle comme si le futur tant espéré, se manifestait désormais dans le présent vécu. «En fait, à notre niveau, nous faisons tout pour apporter notre aide à Chavez qui reste vivant dans la tâche qui lui incombe. Nous gardons également à l’esprit que cet héritage, nous allons le léguer à nos enfants et à nos petits-enfants. Un jour, ce sera à eux de défendre le socialisme, la Commune et leurs acquis».

Marbella Navarro, occupe une autre aile du local. Pour elle, un jour de travail pour la Commune, « c’est un apprentissage permanent ». Elle s’acquitte de son ouvrage avec d’autant plus de plaisir, qu’elle sait que tout cela, elle le fait aussi pour ses 5 enfants. Pour un futur meilleur dont ils profiteront. Marbella nous confie que Jesus -son cadet et unique garçon- malgré son jeune âge (il n’a que 10 ans) se rend compte de l’importance du travail mené à bien. À l’occasion, Jesus aide bien volontiers sa mère lorsque le besoin se fait sentir.

Marbella Navarro

Marbella Navarro

Loin de là, dans les zones d’urbanisation de Palo Verde, la Commune « Rogelio Castillo Gamarra » intègre également le voisinage, à ses activités. C’est ici précisément, que le « Núcleo de Desarrollo Endogeno » (le « Noyau de Développement endogène ») déploie l’ensemble de ses atouts : un terrain de foot-ball et de basket-ball ; un salon de coiffure ; une salle de danse ; une radio et une chaîne de télévision communautaires. Notons qu’une double porte débouche sur une petite salle, dont les murs sont recouverts d’un système d’isolation sonore. Sur le perron, on peut observer une caméra. Dans un coin, 4 gamins ont l’attention happée par autant d’ordinateurs mis à leur disposition. En fait, ils s’emploient à mixer les paroles de diverses chansons. Ce studio spécialisé reçoit tous ceux et toutes celles qui souhaitent enregistrer des compositions musicales pour la communauté.

Guillermo Paiva est l’un de ceux qui s’affairent face à un ordinateur. Il travaille ici, au studio d’enregistrement. Malgré ses 14 ans, il a d’ores et déjà acquis une expérience : à son actif quelques ateliers de production musicale auxquels il a participé, dans le cadre des activités du Núcleo de Desarrollo. Il avoue bien volontiers qu’il n’a pas encore une idée bien définie de ce qu’est une Commune. A contrario, il sait très clairement qu’il s’agit de travailler pour le peuple : « être au service des gens, c’est ce que je veux et ce que j’aime. Alors que beaucoup d’entre nous, n’ont pas eu cette chance auparavant, il est désormais possible d’enregistrer des CD. C’est l’idée. C’est accessible à tout le monde ».

Apprendre, améliorer les compétences acquises, être solidaires les uns des autres, telles sont les pierres d’angle du dispositif qu’est le Núcleo. Bien avant que la Commune ne soit créée, cette installation -et toutes celles qui se situent sur le territoire national- ont rempli une mission plus que vitale, pour l’ensemble des quartiers défavorisés du pays : « Ici, il y a une centaine de jeunes qui ont abandonné la délinquance armée ; qui ont tourné le dos à la violence. 250 autres, qui baignaient dans l’oisiveté, ont la faculté de s’occuper en se joignant aux activités du studio d’enregistrement ; en fréquentant la salle de danse, en se dépensant sur les terrains de sport ».

Outre les charges dont elle s’acquitte au sein de la commune, Keila de la Rosa à qui l’on doit ces éléments d’information, est membre de la Commission Présidentielle du Mouvement pour la Vie et la Paix. Cet organisme est à l’origine de l’intégration des jeunes dont il est question ici. Keila tient également à préciser que ce type d’actions n’est pas récent : « chacun des responsables en charge du Nucleo est un animateur de rue très expérimenté. Ce sont des militants sociaux de longue date. Depuis les débuts de la Révolution. Et pour certains d’entre eux, cet engagement remonte plus loin encore ». De ces temps éloignés où Rogelio, « Mama Morela » étaient à pied d’oeuvre, ces personnes se dévouaient déjà pour leur communauté. En retour, des revenus bien modestes certes, mais une volonté de se mettre au service des autres, de la collectivité, qui ne se dément pas.

A Palo Verde, la Commune possède désormais un siège où se déroulent les réunions. Avant cela, son « quartier général », c’était un vieux camion, dans lequel à ce jour, on conserve les archives de l’organisation communale de cette période.

Revenons à Nairubi, qui aura été le premier à nous faire part de son témoignage. Confrontée aux bruits mêlés des moteurs de voitures, de motos, des véhicules des fournisseurs du secteur, sa voix n’est plus qu’un écho, que l’on discerne de plus en plus difficilement. Berrios nous avoue que deux ans auparavant, il vivait chez lui, avec son enfant. Ignorant tout des activités de la Commune.

Dorénavant, à travers sa propre voix, ce sont les voix de tous les Rogelio, de toutes les « Mama Morela », de tous les militants des quartiers défavorisés qui luttent, qui se font entendre. Bref, de tous ceux qui trop longtemps, auront été privés de parole. A leurs côtés les voix de Gustavo, de Marbella, de Sandra, qui les secondent et les accompagnent ; mais aussi les voix de ces jeunes enfants, telle que celle du gamin de Nairubi, celui à la voix posée. Ils pourront bénéficier de cette conjoncture qui leur est désormais favorable.

Texte : Juan Sebastián Ibarra. Photos : Oscar Arria

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/06/rogelio-castillo-gamarra-renacer-en.html

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/07/la-seconde-vie-de-rogelio-castillo-gamarra/ 

« C’est ici qu’on a retrouvé Alberto Lovera » : une commune qui a de la mémoire.

Octobre 1965. Côtes de Lechería. Etat d’Anzoategui.

imagesComme toujours, le travail commence tôt. Le pêcheur a préparé un par un chacun des outils dont il aura besoin. Il a d’ores et déjà appareillé, jeté ses filets à la mer. A l’instant précis, il s’apprête à découvrir le fruit de son travail : des pagres, des seiches , des poissons-perroquets et peut-être quelques petits poulpes. Sauf qu’aujourd’hui, le filet remonte à la surface les restes d’une dépouille. Celle d’un être humain : pieds, mains, bras seront de ceux-ci ; une tête également, méconnaissable du fait des coups reçus. Mêlés à quelques poissons résultant de cette pêche bien particulière, les doigts tranchés et ce qui subsiste de la colonne vertébrale du corps d’Alberto Lovera, sont restitués par la mer. Plus personne n’avait de ses nouvelles depuis une semaine.

Alberto Lovera

Alberto Lovera

En fait, l’océan s’est fait le complice de ce retour, puisque le corps retenu par la chaîne de l’ancre a été récupéré par les filets. C’est ainsi que le cadavre d’Alberto fut ramené sur la terre ferme. Pour ses proches, et pour ses camarades du Parti communiste du Venezuela (PCV), Alberto, c’était déjà une vieille connaissance lorsqu’après son arrestation, il sera traîné jusque dans une cellule qui s’apparentera en réalité à une oubliette. Tout cela est dû à cet « organisme de bienfaisance » qu’est la Digepol (Direction générale de la Police), la force spéciale de répression servant le gouvernement, que Raul Leoni dirigeait à cette époque. Celui-là même qui s’était engagé à réunir les conditions politiques d’une « paix démocratique ».

 

Mai 2014. Lecheria. Costa d’Anzoategui.

DSC09405-300x206Comme à l’accoutumée, le travail commence tôt. Désormais, ce sont les mains d’Henry qui préparent minutieusement le matériel de pêche nécessaire. Il met toutefois au point un engin improvisé, que l’on nomme « canard » du fait de sa ressemblance avec le volatile. A l’horizon, des dégradés de rose et d’orange font la toile de fond du paysage. A ce moment précis du le lever du jour, le froid pénètre jusqu’aux os le corps du pêcheur pas bien réveillé. C’est malgré tout sur ce tableau resplendissant que ce dernier pose son regard. Désormais, il n’est plus seul face à la mer. Il est l’un de ces « soldats », l’un des maillons de la Commune « Alberto Lovera » qui a adopté le nom du disparu de 1965. Depuis 40 ans, la pêche est l’activité principale. Tout commence avec elle.

Chaque matin, le savoir-faire et les connaissances acquises s’imposent sur le terrain, bien avant le lever du soleil. Henry Quijada et ses camarades communards ne font qu’un. Ils ne sont pas tous pêcheurs. Cela ne les empêche pas de partager une préoccupation commune : faire de leurs communautés, une seule et même force. Celle qui précisément, transforme Lechería -commune Urbaneja- en l’une de ces zones où l’on construit le socialisme. Tout cela, sur le territoire de « l’une des communes les plus déshéritées du pays », comme le rappelle Pancho, de son vrai nom José Vasquez. On ne sera pas étonné d’apprendre que lors des dernières élections, c’est au total 70% des suffrages qui se reporteront sur le représentant du MUD (Mesa de la Unidad Democrática, qui regroupait initialement 16 organisations dont les principaux partis de droite), le maire actuel.

Chacun est bien conscient du potentiel que recèle une zone littorale, généreuse en ensoleillement et pourvue de plages conséquentes. Il est par conséquent aisé de pointer l’ensemble des difficultés auxquelles on est confronté. Il ne faut pas avoir de scrupules à les énumérer. A lui seul, un bateau qui évolue dans le secteur, a la capacité de ramener plus d’une tonne de poissons dans ses cales. C’est un travail de longue haleine. Difficile. Malheureusement comme Pancho le souligne : « rien n’est fait pour doter systématiquement les équipages de pêcheurs d’un petit bateau pourvu d’un moteur. Certes, on continue à pêcher, mais il n’y a pas de chaîne du froid, et pas d’organisation permettant la commercialisation des produits de la pêche ». Paradoxalement, l’halieutique est de moins en moins la clé de voûte d’une commune dont les activités semblent être a priori tournées vers la mer. Tourisme y compris. Il s’agit-là d’une carence, qui résulte de la sous-exploitation, mais aussi d’une absence de prise en compte des atouts caractérisant ce territoire.

La voie d’un développement économique alternatif.

DSC09144-201x300Jorge Serrano, porte-parole du secteur Transport : « Comme Chavez en parlait dans l’émission « Alo Présidente » (Allo, Président)  de février 2010, les Communes doivent préfigurer ce que seront le futur, les territoires de l’avenir. Or, pour regarder en avant, il ne faut pas se contenter de reproduire des expériences que l’on connaît. Il faut explorer chacune des possibilités en gestation que nous offrent les territoires concernés. Sans oublier les gens qui y vivent. En suivant cette voie, on a pu -à partir de la mise en œuvre d’une série d’expérimentations- recourir concrètement à des alternatives pour accéder à de nouvelles ressources financières, que l’on a réinvesti. Il en est ainsi du domaine des transports qui a par ailleurs, fait l’objet d’un financement émanant des autorités gouvernementales. A ce jour, trois véhicules sont en activité. On en sera très prochainement à quatre. Ce seront ainsi les territoires pourvus de 3 Conseils communaux qui seront reliés entre eux : « Secteur central », « Secteur Santa Rosa » et « Punta Caraïbes ». Jorge Serrano s’exprime à bord de l’un de ces autocars, qui sillonnent le secteur « Casco Central ».

De sa voix traînante, Jorge met à nu l’ensemble de la trame organisationnelle et administrative ayant trait à la gestion des revenus dérivés du secteur routier. Les 86 mille bolivars d’excédents ont été réinvestis dans la construction d’une boulangerie socialiste. Avec sa mise en activité, une augmentation des ressources matérielles sur laquelle on pourra compter, est attendue. Chacun a bien compris que les surplus financiers doivent également servir à la consolidation de ce qui a d’ores et déjà été acquis. Jorge : « Il en est ainsi des unités de transport et de leur maintenance. Le reste va aux collectivités ». Pour sa part, le Conseil communal « Santa Rosa » pourvoit au bon entretien d’un CDI (Centre de diagnostic intégral de santé) mais aussi d’un centre de soins dentaires et d’un Simoncito, c’est-à-dire, une école maternelle. L’autobus que conduit Jorge, emprunte l’avenue se situant entre la plage de Sotavento et Barlovento.

Sur la ligne droite, la vitesse du véhicule, mais aussi le débit de paroles augmentent au même rythme. Une émotion que Jorge ne cherche pas à dissimuler. Tout le travail accompli jusqu’à ce jour, en est l’origine. Il souligne le fait que sur le territoire du « Centre Colonial » on a investi pas loin de 84 mille bolivars pour la création d’un autre CDI, dont l’édifice qu’il occupe reçoit également la cellule locale de formation de base. Mais aussi, la Salle de Bataille Sociale ?

¨Il nous faudrait 5 bonnes années pour obtenir une pièce de rechange en passant par les voies administratives normales. Alors qu’à notre niveau, nous réglons immédiatement la question¨.

DSC09533-300x148Jorge : « nous reprenons à notre compte cette charge initialement dévolue à la fondation Barrio Adentro et au ministère de tutelle ». Cependant, par delà le soutien apporté à l’Etat, c’est surtout une tentative visant à la bonne résolution de problèmes pendants et récurrents : « l’inertie bureaucratique fera en sorte que si l’on demande le remplacement d’un élément de carter cassé, il nous faudra 5 bonnes années pour en obtenir un autre, en passant par les voies administratives normales. Alors qu’à notre niveau, nous réglons immédiatement la question ». L’argent disponible a également servi à réparer les faux-plafonds de l’immeuble du Centre de Diagnostic Intégral. Quant aux climatiseurs, et aux brancards pour malades , ils ont été purement et simplement remplacés. Le passage en revue ne s’arrête pas là, puisque comme Jorge le déclare : « nous avons installé une nouvelle porte sécurisée, et réparé toutes les chaises et bancs qui en avaient besoin. Sans oublier la peinture des locaux qui a été refaite ».

Le bus à l’arrêt, Jorge se détend. Arpentant la rue, il traverse le secteur destiné à bénéficier d’aménagements, et d’un développement digne de ce nom. Un terrain faisant face à la boulangerie en voie de construction, est appelé à recevoir les installations relatives à la venue de l’eau potable, et à sa desserte ; mais aussi les canalisations destinées à l’évacuation des eaux usées. Ces réalisations ont vu le jour grâce au concours du Ministère de l’alimentation et des 86 mille bolivars dont on a parlé auparavant. Organisation, planification et conviction sont les maîtres-mots qui sous-tendent les actions entreprises : d’abord, deux chauffeurs sont détachés auprès de chaque unité de transport. Ils se partagent l’emploi du temps qui leur est attribué. Pour cela, ils perçoivent respectivement 200.000 et 300.000 bolivars par semaine. (La rémunération variera en fonction du travail plus ou moins long accompli en alternance, par l’un et par l’autre). Toutefois, en lieu et place du terme habituellement usité, on parlera ici d’une collaboration rétribuée. Telle est l’expression que l’on emploie au sein de la Commune. Parce que pour engendrer du neuf sur le plan politique, il est impératif de recourir à des termes nouveaux, afin de caractériser un mode de relation qui rompt avec le passé.

Dépendre de l’Etat ou opter pour la gestion communale.

DSC09027-300x189La Commune est la traduction d’un niveau d’organisation populaire qui cristallise l’ensemble des acquis émanant des luttes du peuple pour son émancipation ; qui recueille l’ensemble des expériences propres à la remise en question récurrente -aux fins d’amélioration- des formes organisationnelles dont elle se dote. Ce que l’on attend de l’Etat c’est l’impulsion initiale. En retour, c’est une forme de « prise de distance » qualitative vis-à-vis de lui, qui doit se concrétiser. Ce processus devant in fine, déboucher sur la transformation effective de l’État traditionnel.

Les aides telles que celles que la communauté de Santa Rosa a reçu, sont les bienvenues. Pas moins de 48 logements ont ainsi été créés, par le truchement de la Grande Mission Logement Venezuela (GMVV). Ce complexe est la première étape d’un projet plus large, qui verra l’aménagement d’un abri de pêche (l’infrastructure de base existe déjà), auquel l’on adjoindra un centre de stockage pour le poisson pêché. Ce n’est pas tout. En effet, l’activation d’un module dépendant du programme de santé intégrale Barrio Adentro et l’amélioration du réseau routier déjà existant complèteront le tableau. La porte-parole de la communauté -Ludy Figueroa- insiste sur le fait que la généralisation de la gestion communale met à mal le paternalisme de toujours. La création locale d’un campement de pionniers -futurs (auto-)constructeurs de leur propres logements- en est l’une des illustrations. On a en effet déterminé que 600 familles de la commune ont besoin d’accéder à un logement décent. (C’est le cas de Ludy elle-même).

« La droite locale veut s’approprier toutes ces plages et convertir l’ensemble en baie privée ».

DSC09055-300x199On a d’ores et déjà prévu que 300 de celles-ci bénéficieraient de ces logements dans le cadre du nouveau projet. Ce sont les ménages les plus démunis qui ont fait l’objet d’une désignation prioritaire. Ils participeront activement aux transformations programmées. « Il s’agit d’une lutte collective ». Cette réflexion tout emplie d’espoir, ce sera le porte-drapeau explicitant la nature du labeur en voie d’accomplissement : « tous ceux qui le veulent, ont vocation à nous accompagner dans la lutte ». Il en a bel et bien été ainsi. Ils ont grossi les rangs du Conseil communal ; ils travaillent avec la municipalité ; ils participent à la gestion de l’une des unités de transport et du CDI du secteur. C’est à la plage du Lido que se trouve Aliyabor Baez, porte-parole du Conseil des travailleurs de Playa. Ce dernier est en charge de la gestion et des questions organisationnelles ayant trait au pôle touristique de la communauté. Le dénommé boulevard Eneas Perdomo -qui longe le littoral-est une zone sur laquelle la droite souhaite depuis longtemps jeter son dévolu. « Ils veulent s’approprier toutes ces plages et convertir l’ensemble en une baie privée ». Le Conseil se doit de prendre position sur ce dossier. Car il s’agit de préserver l’activité de tous ceux qui s’occupent de la propreté des plages, de ceux qui vendent de la nourriture ; de ceux qui s’occupent de la sécurité des estivants et des baigneurs. Car ce sont autant de personnes qui pourvoient ainsi aux besoins de leurs familles. Et ce, à travers l’autre grand pôle d’activités spécifiant la commune : le tourisme.

DSC09205-300x199Pour Pancho, tout le monde n’a pas encore atteint un niveau de conscience qui permet à ceux qui en sont les protagonistes de partager équitablement entre eux, les bénéfices de ces activités. Et de s’acquitter par la suite, des impôts à verser à la commune. Toutefois, selon lui, bien que subsistent encore ces différences, on va dans le bon sens. Tous ensemble. « Nous ne cherchons pas à nous différencier. Nous recherchons la symbiose ». C’est un sentiment largement partagé. « De tout cela, émane la force du pouvoir populaire. Être unis. C’est ce qui rassemble malgré tout, l’ensemble des gens. Nous visons par ailleurs à placer toutes nos activités et les unités productives qui en sont issues, sous le signe de la propriété sociale ». (Empresas de Propriedad Social). Cependant, la réalité ne concorde pas toujours avec les désirs. Il en est ainsi d’Insopesca (Institut socialiste de la pêche et de l’aquaculture). Cette structure n’a pas répondu aux nécessités opérationnelles des communautés de pêcheurs de la zone. Parmi celles-ci, il faut noter la présence des habitants de l’île La Borracha. Ces derniers s’étant réunis en Conseil communal.

DSC09730-300x184Les enfants de la communauté sont blonds pour la plupart. En fait, ils paraissent l’être. Il existe une explication à cet état de fait. José Cordoba, que nous donne le porte-parole du Conseil comunal : « comme on ne peut pas accéder à l’eau douce après s’être baigné, -le taux de salinité étant ce qu’il est- il en résulte que les cheveux virent au clair ». Tout cela ne pourrait relever que du souci esthétique. C’est pourtant l’un des signes manifestes d’un secteur qui a été négligé. En effet, les installations électriques adéquates font encore défaut. (On recourt ici et là, à des générateurs qui sont largement insuffisants par rapport aux besoins effectifs). Malgré sa situation encore précaire, La Borracha a récemment adhéré à cette forme organisationnelle qu’est la Commune. Car les membres de la communauté sont convaincus que ce type d’organisation pourra peser positivement sur leur vie, et inverser le cours des choses en leur faveur. Ils s’inspirent de l’exemple donné par les autres Communes, qui ont su, à partir de cela, concrétiser de nombreux projets qui auront amélioré la vie de tous. Les habitants de La Borracha continuent à se tourner vers la mer. Car la pêche, c’est leur unique savoir-faire. Pour l’instant.

DSC09198-300x177Suivre le cheminement qui relève de l’expérience communale, c’est aussi parier sur l’ouverture de nouveaux espaces, de nouveaux horizons, qui leur permettront de combler les lacunes auxquels ils sont confrontés. Ils en ont conscience. C’est pourquoi José insiste sur le fait qu’ils ont jeté les bases d’un projet à vocation touristique qui améliorera leurs propres conditions de vie : « il verra enfin le jour, alors qu’il a végété durant de nombreuses années à l’état d’ébauche». La concrétisation de cette belle aventure passe par la mise en place d’une EPS (Empresa de Propriedad Social/Entreprise de propriété sociale), qui sera en charge de la plage El Guaro, mais aussi d’une zone que l’Inparques (Institut National des Parcs) a classé dans la catégorie « loisirs récréatifs » ; et qui jusqu’à présent, n’a jamais fait l’objet d’un aménagement approprié. Ses atouts essentiels : des eaux peu profondes, que longe une belle plage de sable. Des paillotes, des tentes à vocation touristique, mais aussi un service de restauration sont autant de points forts du projet en voie de réalisation. Les habitants de La Borracha, entendent bien ainsi, apporter leur concours à la dynamique communale globale. Ils pourront également écouler les produits de leur labeur. José : « nous pourrons ainsi, vendre aux touristes le poisson que nous aurons pêché ». José est confiant. Car il perçoit désormais clairement que la vie de la communauté dont il est le porte-parole, va s’améliorer sensiblement. Dans un proche avenir.

Ce qu’annonce l’activité halieutique : un nouveau cycle. ¨Parce que de nos jours, il n’est plus impossible car dangereux de s’engager sur le plan politique¨

DSC09318-300x211Pancho s’explique sur son choix de « privilégier l’engagement politique par rapport à la pêche ». Il précise également qu’il souhaite consacrer sa vie à la Commune. « Je disparaîtrai peut-être avant l’aboutissement des projets qui nous tiennent à cœur. Mais je souhaite vraiment que tout cela aboutisse ». Il se réfère ici, à une communauté qui serait parfaitement organisée, qui serait l’actrice principale de son propre développement, parce composée de gens désormais pourvus d’une haute conscience et convaincus que c’est dans l’union que l’on peut arriver.

Peu à peu le jour prend congé. Entre deux chansons, José Monasterio -communard et chanteur invétéré- évoque le projet de pêche récréative, également à l’ordre du jour. L’idée générale consiste à impliquer des personnes qui savent très précisément ce qu’est pêcher. Il en est ainsi parce que comme le souligne Pancho, il n’est pas question de se contenter d’un touriste qui se dit « je souhaite venir ici, me baigner, me dorer au soleil sur la plage, m’enivrer et repartir chez moi ». Il faut proposer aux estivants, une approche des vacances différant des lieux communs courants. Les uns et les autres souhaiteraient que l’on prenne conscience du fait que les milieux naturels -la mer, la plage- sont des écosystèmes, qui doivent être également respecter. Alors que ceux qui ont pris la parole se taisent, leurs camarades communards poursuivent leur tour de chant improvisé.

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A l’horizon, du côté de Lecheria, le soleil couchant brille de ses derniers feux. « C’est ici que l’on a retrouvé Alberto Lovera ». Tout en s’exprimant, Pancho montre du doigt un groupe de récifs qui affleurent à la surface de l’eau. Toutefois, l’espoir d’une vie meilleure illumine son visage. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, on ne retirera pas de cadavre mutilé de la mer. Parce que de nos jours, il n’est plus impossible car dangereux de s’engager sur le plan politique. Longtemps, trop longtemps, la lumière du soleil a semblé inaccessible aux plus pauvres, aux plus démunis. Désormais, la pêche telle qu’elle est pratiquée ici, démontre que ces derniers ont su enfin s’unir sous l’égide de la Commune.

En définitive, le sacrifice du militant Alberto Lovera n’aura pas été vain.

DSC09919-300x277Texte : Juan Sebastián Ibarra. Photos : Milangela Galea

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-pesca-de-alberto-lovera-una-comuna-con-memoria/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1wT

Maisons entre pluie et poussière.

1En fait, la route n’est pas asphaltée. C’est un chemin de terre. Une série de fanions la surplombe et la franchit sur toute sa largeur, reliant entre elles les maisons alignées sur chacun de ses côtés. Un chapiteau de couleur blanche se dresse. Disposées tout autour d’une grande table, une série de chaises rouges permettent aux personnes qui les occupent de s’abriter du soleil. Toutefois à ce moment de la journée, l’ombre prodiguée est bien insuffisante. Il est 10 heures du matin.

Les rues et ruelles adjacentes -de terre également- desservent quelques rares pâtés de maisons. Un terrain de foot-ball, de base-ball, mais aussi un Mercalito comunal (magasin d’État distribuant des aliments bon marché), des chaumières de terre, quelques voitures stationnant ici et là, complètent le tableau d’ensemble. Il ne faut pas oublier le point de vente du gaz domestique, et la route, encore.

A peu de distance, les champs et quelques îlots boisés se succèdent, habitat des hérons et des geais multicolores. Ensuite, le vaste horizon s’ouvre tout grand au regard. Et le hameau que l’on observe ici, se résume à bien peu de chose, comparé au llano (plaine) dans lequel il est immergé. L’immense llano.

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Les 22 habitations qui vont être inaugurées, résultent d’un travail collectif : celui de la communauté. C’est-à-dire celles et ceux qui en sont les bénéficiaires ; le conseil communal de la communauté El Cruce ; les ouvriers et artisans maçons. Ce travail collectif s’est étalé sur un peu plus d’une année. Il y a des précédents : 60 de celles-là ont d’ores et déjà vu le jour. C’était un peu plus que prévu. En effet, au lieu d’une première tranche de construction qui concernait 5 lieux de vie, 6 auront été réalisés. Puis 32, en lieu et place des 30 initialement programmées. Il en a également été ainsi en ce qui concerne les 22 maisons qui nous intéressent ici. 22 de celles-ci contre 20. Cette dernière estimation chiffrée, correspondant aux prévisions sur lesquelles on s’était appuyé dans un premier temps

Des ballons, des cœurs tricolores, mais aussi la signature d’Hugo Chavez ornent la façade des maisons. Bien à sa place, le ruban d’inauguration attend d’être coupé.

Des toits de métal rouge chapeautent les murs blancs de chacune des constructions nouvelles. Contrairement à l’intérieur de celles-ci où le silence règne, dehors, la rumeur enfle, un mouvement de foule prend peu à peu de l’ampleur. C’est bien la première fois qu’un ministre en personne s’apprête à visiter El Cruce.

Chacune des maisons offre à ses futurs occupants, 70 m2 de surface habitable. On y accède par la rue principale. Là où le chapiteau est planté. Autour de 11 heures, les sœurs Alvarez -Nelly et Rosmary- se préparent. Après s’être séché les cheveux, elles se coiffent et se maquillent. Elles attendent, assises au niveau du passage qui relie encore la nouvelle maison et la baraque vétuste qui ne va pas tarder à disparaître. L’une et l’autre s’apprêtent à déménager dans quelques heures.

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Nelly, son mari, et leurs deux enfants vivaient en compagnie de la mère de celle-ci. Or, leur ancienne habitation s’est effondrée sous l’effet de la tourmente qui s’est abattue sur le pays en 2009. Quant à Rosmary, son époux et leur deux enfants, ils se partageaient l’intérieur d’une masure aux murs de canne, de terre et de plaques assemblées, de diverses origines. Ils étaient à l’étroit. Insupportablement à l’étroit. La volonté seule les aura sauvés. Rosmary se rappelle : « nous sommes de ceux qui ont participé à la construction de ces habitations. Nous-mêmes, mais aussi l’ensemble des bénéficiaires de ce programme. Récemment, les ouvriers maçons ont pris le relais. En fait, nous n’avons pas arrêté de travailler jusqu’à aujourd’hui même. Depuis le début, ces travaux ont été ponctués de réunions régulières. Nous nous retrouvions tous. Et ce, chaque vendredi ».

En 3 ans, que de réalisations !

Les baraques ne résistaient pas à la pluie. Les murs s’écaillent, se disloquent sous les assauts du vent. La chaleur est intolérable. L’humidité est partout présente. En définitive, l’habitation dans son ensemble, subit soit l’humidité que les murs de terre détrempés retiennent, soit les attaques d’une poussière omniprésente, lorsque la sécheresse s’impose. Nelly résume sa pensée en déclarant : « tout cela est bien triste ». La révolution bolivarienne s’est engagée á mettre en oeuvre la Gran Mision Vivienda Venezuela. Pour que désormais, chaque jour et chaque nuit soient placés sous le signe du « bien vivre ».

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3 années se sont écoulées depuis. En tout, sur l’ensemble du territoire national, 584.747 appartements ont été mis à la disposition du peuple. 218.295 sont en cours de réalisation. A ce jour, outre les 22 lieux d’habitation dont il est question ici, 265 d’entre eux ont vu le jour dans l’état de Portuguesa dont dépend El Cruce.

Chaque maison, chaque appartement terminé, c’est une baraque en moins, un bien hypothétique refuge (surpeuplé) de moins. Un de ceux dont de bien pauvres rideaux faisaient dérisoirement office de fenêtres ; un refuge où le linge, les draps de bain étaient suspendus dans la cour ; de douches approximatives, se résumant à l’usage d’un seau. Le visage des sœurs Alvarez affichent, atteste du fait que cette funeste époque est révolue. Respectivement vêtues d’un T-shirt rouge (signe vestimentaire distinctif des partisans de la Révolution bolivarienne), Nelly et Rosmary arborent un large sourire. Et pour cause : l’une et l’autre exhibent leur tout nouveau titre de propriété, en attendant que la cérémonie officielle débute.

Quant un projet devient réalité.

Lorsque le ministre pour les Commune et les Mouvements sociaux – il s’agit de Reinaldo Iturriza- fait son apparition, le chapiteau est bondé. Toutes les places occupées. Les personnes n’ayant pas pu en trouver, s’agglutinent tant dans les proches environs, que sur le perron des maisons, bénéficiant ainsi d’une ombre bien salutaire. Il est midi et la chaleur ne cesse d’augmenter. Seules les libellules semblent à l’aise, qui volètent confiantes et légères, à portée de mains.


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Trois des porte-parole locaux s’expriment à tour de rôle. Il s’agit d’Isaac Rieras (Conseil communal), fraîchement réélu lors des élections de dimanche dernier ; de Nelly, en sa qualité de bénéficiaire du nouveau programme et de personne ayant apporté sa contribution concrète à la construction des maisons ; et de Cristina Lujano, qui est en charge des affaires financières, un brassard tricolore (aux couleurs de la patrie) au bras gauche. Le débat s’engage. De nombreuses choses ont été réalisées. Mais il faut faire plus et mieux. Pour le seul El Cruce, pas moins de 80 maisons sont appelées à voir le jour, afin de reléguer définitivement les masures restantes, aux oubliettes de l’histoire. Les besoins des communautés voisines sont identiques. Les travailleuses et travailleurs du ministère sont logés à la même enseigne. Iturriza commente : « sans organisation populaire, on ne peut strictement rien faire ». Des heures durant, les échanges fuseront, le débat se poursuivra. Aux alentours, les champs de maïs et de riz alternent

Persévérer encore et encore.

Vêtu d’un pantalon aux extrémités retroussées, d’espadrilles noires bordées d’un filet rouge, Diego est un jeune garçon de 11 ans. Jennifer est pourvue d’une longue robe jaune. On peut remarquer ses pieds sont nus, lorsque l’empoignant, elle commence à mouvoir. Elle a 12 ans. Leur déplacement soulève des nuages de poussière. Ils dansent le joropo, s’accompagnant d’un tambourin. Toute l’assistance applaudit.9

Pour terminer, la communauté distingue ses héros : les constructeurs volontaires, les porte-parole. Le ministre quant à lui, visite les maisons neuves, s’attarde sur les dernières baraques encore debout. Entre et sort un peu partout.

Ici, comme partout ailleurs dans le pays, on formule des propositions, on évalue les besoins. Telle est la caractéristique d’une commune en devenir. Chaque semaine, l’on inaugure des lieux de vie, issus d’une action collective et obstinée. Malgré la pluie et la poussière réunies.

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Texte : Marco Terrugi

Photos : Sabrina Porras

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/casas-entre-polvo-y-lluvia/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/18/maisons-entre-pluie-et-poussiere/

Le gouvernement Maduro accélère la révolution citoyenne du logement

Loin des violences de l’extrême droite nostalgique de l’apartheid des Leopoldo López ou María Corina Machado, la stratégie du gouvernement présidé par Nicolas Maduro est de poursuivre le travail, de concrétiser les promesses électorales de 2013, qu’il s’agisse de l’État communal, de l’alimentation et de l’agriculture, ou encore du logement et de la ville en général, secteurs sur lesquels la mafia a longtemps régné. L’idée est toujours la même : construire une économie libérée des spéculateurs, qui part des besoins fondamentaux pour produire sur place le nécessaire et resserre les liens entre producteurs et usagers. ¨Il y a tout un réseau de mafieux qui se consacrent à construire des baraques pour les vendre, il faut les arrêter et les passer en jugement¨ dénonce le président au sujet de ceux qui spéculent sur la détresse des sans–logis.

Depuis sa création par Hugo Chavez en 2011 pour résoudre le déficit de logements et venir en aide aux victimes des inondations de 2010, la Grande Mission Logement Venezuela (GMVV) a remis plus de 560.000 logements aux secteurs populaires. Le Ministre concerné, Ricardo Molina, en annonce ¨600.000 pour bientôt″. Nicolas Maduro a décidé de faire de cette mission un moteur de l’économie, en passant du rythme actuel de construction de 2000 logements par semaine à 4000. Le mandataire veut aussi améliorer l’accès de la population aux matériels de construction grâce à la réactivation intégrale de la filière – toits, charpente, céramique, plastique, matériel électrique, ciment (la nouvelle usine de Cerro Azul, dans l’État de Monagas, produira un million de tonnes de ciment par an). Dans de nombreuses communautés, à travers les conseils communaux notamment, la population participe activement à la construction de ses propres logements.

img_20140611_1949411402533033Lors de sa visite à la Foire Internationale du Logement qui a réuni au début de juin 251 entreprises publiques ou privées vénézuéliennes et les représentants de 17 pays (Colombie, Espagne, Turquie, Chine, Mexique, Brésil, Cuba, Portugal, Equateur, Royaume-Uni, Granada, Iran, Italie, Panama, République Dominicaine, Russie et Allemagne), le président bolivarien a expliqué : “cette foire revêt une grande importance car elle articule deux axes fondamentaux de notre travail : d’une part la Grande Mission Logement, d’autre part la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (mission de rénovation intégrale des logements et services des quartiers populaires), qui sont nos deux axes pour réurbaniser et reconstruire le Venezuela”. L’accord passé avec le Portugal prévoit ainsi la construction de 50.000 logements. L’objectif général étant d’octroyer un logement à trois millions de familles en 2019.

T.D., Caracas, 13 juin 2014.

Nouveaux logements populaires récemment construits au coeur de Caracas (métro Bellas Artes).

Logements populaires récemment construits au coeur de Caracas (métro Bellas Artes).

La Grande Mission Vivienda Venezuela : l’espérance d’une vie meilleure pour la population.

Depuis le 30 avril 2011, la Grande Mission Vivienda Venezuela (GMVV) a changé la vie de plus de 558 000 familles. « On peut espérer accéder à une vie meilleure, voir tous ses enfants grandir dans une ambiance plus sereine, avoir le sentiment d’appartenir à une communauté, de progresser en famille », précise Carlos Carabal. Ce dernier, son épouse et leurs 5 enfants habitent dans l’immeuble Teatros, qui se situe sur l’avenue Lecuna (Caracas). La famille de ce moniteur de foot-ball fut l’une des 29 000 victimes des pluies diluviennes qui se sont abattues sur le pays, à la fin de l’année 2010. C’est la raison pour laquelle ils se sont tournés dans un premier temps, du côté de foyers provisoires habilités par l’Etat, pour y attendre dans de bonnes conditions, le parachèvement du programme gouvernemental destiné à leur attribuer un lieu de vie définitif.

« Nous avons été confrontés à des temps difficiles. Nous avons tout perdu, exception faite des quelques vêtements que nous avons pu sauver. Mais l’épreuve nous a rendus plus forts. Aujourd’hui, grâce aux bons offices de cette Mission créée par notre président Hugo Chavez, nous jouissons d’un logement qui nous appartient réellement ». Carlos se souvient qu’il n’a jamais perdu courage, convaincu que le président Chavez tiendrait la promesse formulée le 13 février 2011. Au moment où ce dernier avait déclaré qu’il « était en train de monter la grande Mission Vivienda Venezuela ». C’est aussi à cette date que le mandataire avait assuré que dorénavant, « il n’y aurait plus une seule famille dans le pays, qui ne bénéficierait pas de son propre appartement. D’un lieu de vie digne de ce nom ».

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Partout dans la cité, des logements dignes de ce nom.

Durant les 3 dernières années, la Mission Logement (Misión Vivienda) aura su occuper à bon escient les terrains vagues des centres urbains du pays et redefinir les plans d’urbanisme. On a ainsi pu contrecarrer le déficit chronique en matière d’habitations auquel le pays était aux prises depuis longtemps déjà. Un déficit qui atteignait le chiffre de 2,7 millions.

Rien que sur Caracas, pas moins de 27 000 logements ont vu le jour. Chiffre auquel il faut ajouter 14 000 autres en cours d’édification. Il est commun d’observer nombre de d’édifices et de constructions récents, occuper des lieux autrefois à l’abandon.

Pour Carabal, « Hugo Chavez a, en toutes circonstances, donné la priorité à l’humain. A son épanouissement. C’est pourquoi il a réfléchi à la manière dont il serait possible d’apporter une solution au déficit chronique d’habitations auquel le peuple vénézuélien était confronté. Plus que cela, il aura oeuvré à l’amélioration de notre vie. En réunissant les conditions d’une intégration de tous ceux d’entre nous, aux origines plus que modestes, qui vivaient au sein de communautés de vie isolées de tout. De ceux qui ne pouvaient accéder aux modes de transport trop onéreux, et aux services, pour des raisons analogues ».

« Je donnerai un exemple. Teatros, la plus proche des stations de métro, se situe à l’angle de notre immeuble. Cet état de fait facilite grandement les allées et venues de nos enfants qui fréquentent l’école et le lycée. Comment aurais-je pu imaginer qu’un jour, l’opportunité me serait offerte de vivre avec ma famille en plein centre de Caracas. En un lieu central comme celui-ci, qui nous permet d’accéder à toutes les commodités que cela implique ? ».

Logements du projet La Ladera remis en 2013 à 600 familles de Los Teques, en présence du président Maduro.

Logements du projet La Ladera remis en 2013 à 600 familles de Los Teques en présence du président Maduro.

Un plan massif de construction.

Pour les Vénézuéliens qui ont vécu sous les gouvernements néo-libéraux de la IVè République, il était tout bonnement inimaginable d’espérer accéder à des appartements de qualité. Pour s’en convaincre, il suffit simplement de se pencher sur les statistiques officielles. Entre 1985 et 1998, c’est-à-dire durant les 14 années qui ont précédé la Révolution, 891 000 appartements ¨commerciaux¨ont été construits. Alors que depuis 1999 et jusqu’à l’an passé, 1 million 43 000 de ces derniers ont été mis à la disposition de ceux qui en avaient le plus besoin.

« Aucun de ces gouvernements de droite ne songeaient à nous. Sans la révolution bolivarienne, nous serions encore sur nos collines, taraudés par la peur de voir nos baraques détruites à tout moment ou de ne plus avoir de toit au-dessus de nos têtes. L’action des gouvernements de la I Vè République se bornait à nous fournir des plaques de zinc, pour que les familles concernées bricolent un nouveau toit s’il s’était écroulé. Telle était leur façon de régler la question du logement » se souvient Marilyn Suarez.

Accompagnée de son époux, de leurs 4 enfants, et d’un frère handicapé, cette habitante de Caracas s’est vu attribuer un appartement au sein de la barre d’habitation Santa Rosa (Avenue Libertador). C’est ainsi que depuis février 2014r, date à laquelle ils ont pu intégrer leur nouveau lieu de vie, les conditions de vie de cette famille se sont fortement améliorées.

« Quand on nous a averti du fait que l’on allait nous remettre les clés de notre nouvel appartement, nous ne pouvions pas le croire. Notre rêve de toujours devenait enfin réalité. Avant cela, nous vivions à San Agustin del Sur. C’était une maison que l’on partageait avec d’autres familles. Alors qu’aujourd’hui, grâce à la révolution, nous occupons un appartement – pourvu d’une salle de bain, d’une cuisine et d’un réfrigérateur- que l’on a pu aménager avec nos propres meubles ».

Marilyn Suarez précise qu’auparavant, tous les membres de sa famille étaient contraints de se partager une seule et unique pièce. Le nouvel appartement dont ils bénéficient a une surface de 73 m2 : 3 pièces, 2 salles de bain, une salle à manger, une cuisine, une buanderie et un balcon. Marilyn assure que dans de telles conditions, ses enfants pourront enfin jouir d’un cadre de vie rassurant, sécurisant ; qu’ils auront également accès à des espaces récréatifs. « Ici même, alors que les terrains vagues étaient notre seul horizon, un boulevard, une place, des espaces de jeux et divers locaux socio-productifs vont voir le jour. Et ce, afin que nos enfants bénéficient d’une enfance meilleure que celle que nous avons vécue ».

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Veiller sur son habitat, l’aimer.

Lisbeth Cardenas est la voisine de Marilyn. Elle manifeste un souhait : que tous les vénézuéliens jouissent d’un logement digne de ce nom, grâce à l’action de la GMVV, et prennent soin de veiller sur ces espaces de vie. De les conserver en l’état.

« Je ne pouvais en aucune manière compter sur mes revenus pour envisager de faire l’achat d’un appartement. C’est pourquoi j’apprécie à leur juste valeur chacun des jours qui me voient vivre ici, en compagnie des membres de ma famille. Je suis par ailleurs absolument convaincue que c’est à nous tous que revient la tâche de conserver en bon état notre immeuble; de faire en sorte que chacun de nos appartements soient accueillants et propres. Car veiller sur son habitat, c’est l’aimer ».

Marilyn considère qu’il incombe à l’ensemble des Venezueliens bénéficiaires du programme GMVV, de s’acquitter d’une manière juste – compte tenu de la prise en considération des revenus de chacun d’entre eux- du paiement du logement attribué. Un tableau de financement accompagne la réalisation de ce programme social, avec une prise en compte fine des revenus de chacun ; ce qui facilite la mise en œuvre des facilités de paiement. « Si je prends soin de payer mon appartement, la Mission continuera et d’autres pourront aussi jouir d’un mode vie qui est désormais le mien. C’est de cette façon que cette grande mission (GMVV) répondra aux aspirations qui se manifestent partout dans le pays ».

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Espaces de convivialité.

Nicolas Maduro rappelle l’importance du volet social : par-delà sa fonction initiale de création de logements, la Grande Mission Vivienda peut se résumer en ces termes : « une nouvelle organisation sociale basée sur la convivialité ».

En décembre 2012, accompagnée de ses 3 petits-enfants, Ingrid Aguado a reçu les clés d’un appartement (OPPE 12) se situant à Bellas Artes. Depuis cette date, elle est le témoin de la manière dont une organisation appropriée, facilitera un travail en commun ( de nature sociale) entre voisins.

« Dès que nous nous sommes installés ici, les 144 familles habitant cette barre d’immeuble se sont investies dans l’élaboration d’un mode d’organisation qui nous aura permis de mettre en place un comité inter-familial de gestion. (1 par immeuble). Le Conseil communal qui en résulte est constitué de l’ensemble de ces comités inter-familiaux. A l’heure actuelle, nous nous fixons ce but : nous rapprocher des autres expériences de ce type, pour déboucher sur la création d’une Commune ».

Ingrid ajoute que l’une des tâches que s’est assignée la communauté de vie dont désormais elle dépend, consiste à identifier l’ensemble des potentialités qu’elle recèle : « Nous nous situons dans le centre de Caracas. Nous avons par conséquent décidé de constituer le fer de lance d’un engagement collectif en faveur de la convivialité. Nous veillons aussi à préserver nos traditions, notre culture. ».

Sources : Ciudad CCS et l’article de Leonardo Buitrago pour AVN : http://www.avn.info.ve/contenido/gran-misi%C3%B3n-vivienda-venezuela-esperanza-del-vivir-bien-para-pueblo

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/14/le-gouvernement-maduro-accelere-la-revolution-citoyenne-du-logement/

"Plus d’énergie pour l’unité" : le Salvador devient membre de PetroCaribe

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San Salvador, 1er juin 2014. Salvador Sánchez Céren, ancien dirigeant guérillero et ex-ministre de l’Éducation, devient Président de la République. Photos : G. Trucchi

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Par Giorgio Trucchi | LINyM

Il n’a pas perdu de temps. Pour son premier acte de politique internationale après sa prise de fonctions ce dimanche 1er juin, le président Salvador Sánchez Cerén a inauguré dans la capitale salvadorienne le 13ème Conseil Ministériel de PetroCaribe qui, au terme de ses travaux, a accepté la demande d’adhésion du Salvador, Celui-ci devient ainsi le 19ème pays membre à part entière de l’instance régionale [1].

Cette initiative avait été annoncée par Sánchez Cerén et par Medardo González, secrétaire général du parti de gauche FMLN (Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale) dans les jours qui ont précédé la cérémonie officielle. "Aujourd’hui nous allons faire un grand pas dans l’histoire de notre pays, un pas qui marque la volonté de transformation socio-économique pour continuer à forger le Salvador que nous voulons" a déclaré le nouveau président.

Le nouveau chancelier salvadorien Hugo Martínez a salué cette décision unanime de l’instance régionale, expliquant que l’adhésion de son pays lui permettra de se fournir en énergie "suivant les príncipes de coopération, solidarité, commerce juste et complémentarité" en vue d’atteindre le développement "dans la justice sociale, en préservant son indépendance, sa souveraienté et son identité".

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Pays membres de PetroCaribe (en rouge), auxquels il faut ajouter à présent le Salvador.

Petrocaribe est une Alliance énergétique entre nations créée en 2005 par le président Hugo Chávez, qui permet aux pays membres d’obtenir du pétrole à bas prix, dans le cadre d’un projet plus vaste d’intégration régionale basée sur l’indépendance et la souveraineté des peuples.

L’accord propose une échelle de financement d’entre 5% et 50% de la facture pétrolière, en prenant comme référence le prix des hydrocarbures. Le délai de grâce pour le financement est étendu à un ou deux ans et prévoit un allongement de la période de paiement de 17 a 25 años, avec une réduction de l’intérêt à 1% si le prix du pétrole dépasse les 40 dollars par baril.

De cette manière les pays bénéficient d’un traitement préférentiel et peuvent faire usage d’au moins 40% de ce qu’ils doivent en facture pétrolière pour l’investir dans des programmes économiques et sociaux qui visent à réduire la pauvreté et une meilleure distribution de la richesse. En outre le paiement peut être effectué avec des biens et des produits nationaux, surtout agricoles, ce qui avantage les petits et moyens producteurs.

En matière de programmes sociaux, Petrocaribe compte 88 projets approuvés, dont 46 ont été réalisés, pour un investissement de 208 millions de dollars.

Petrocaribe est une réalité

Lors de l’inauguration du Conseil Ministériel, le vénézuélien Bernardo Álvarez, président de  Petrocaribe, s’est dit honoré par la décision du Salvador de demander l’adhésion. Selon les données communiquées par Álvarez, dans les 9 dernières années, le Venezuela a fourni journellement 105 mille barils de pétrole à tous les pays membres de Petrocaribe, ce qui leur permet de couvrir 43% des besoins énergétiques. En plus, a été financée la facture pétrolière à hauteur de 15 milliards de dollars. "Parmi ceux-ci 5 milliards de la facture à long terme ont été utilisés pour des projets d’inclusion sociale. Pendant ces années, le PIB (Produit Intérieur brut) des pays membres a augmenté de 25%, le revenu par habitant a augmenté de 387 dollars et l’indice de développement humain est monté de 0.60 à 0.70" a souligné Álvarez.

ALBA Petróleos : ¨Pour la première fois au Salvador quelqu’un concurrence les grands entrepreneurs et offre un contrepoids à leur pouvoir¨

Sous le gouvernement de Mauricio Funes (2009-2014), le Salvador s’était converti en observateur de Petrocaribe et avait initié les études en vue de son adhéalba1sion intégrale.

ALBA Petróleos de El Salvador est une entreprise d’économie mixte créée précisément pour faire entrer le pays dans l’accord Petrocaribe. Face aux résistances qu’affrontait le projet d’y intégrer le Salvador en tant qu’État, fut mise sur pied l’Association Inter-municipale ENEPASA (Énergie pour le Salvador), en tant qu’interlocutrice.

Parmi les projets sociaux impulsés par cette entité, se détache le populaire programme ALBA Alimentos de El Salvador. “Avec ce projet nous avons appuyé le crédit aux producteurs individuels et organisés, on a remis des équipements technologiques pour l’ensemencement de haricot, riz, maïs, etc.. . Alba alimentos s’est chargée de la distribution commerciale, en signant des accords avec les grandes chaînes commerciales” a expliqué Abel Lara, président de la CONFRAS (Confédération de la Réforme Agraire Salvadorienne).get_img (1)

En outre, ALBA Alimentos s’est consacrée à la tâche de produire ces grains de base à un prix juste, a offert une formation technique et commerciale aux producteurs et a appuyé le programme gouvernemental du Verre de Lait Scolaire, qui a bénéficié à plus de 1.3 millions d’étudiants.get_img (3)

En 2013 a été inaugurée le premier centre de production de bio-fertilisants du pays, afin de réduire la dépendance et la forte consommation de produits agro-toxiques dans la production des grains de base. On a également installé une usine de traitement de maïs, ris et haricot, brisant le monopole qui existe dans ce secteur.

485212_469952743059952_1733896417_nLe projet a été très attaqué et a dû affronter l’opposition des grands entrepreneurs. Pour la première fois au Salvador quelqu’un les concurrence et offre un contrepoids à leur pouvoir. Aujourd’hui, avec ce nouveau gouvernement et ce nouveau pas vers l’intégration, nous espérons pouvoir aller plus loin et, de manière graduelle, cesser de dépendre des décisions d’une élite économique privée qui a fait beaucoup de mal à notre pays” conclut Ricardo Ramírez, de la direction de la CONFRAS (Confédération de la Réforme Agraire Salvadorienne).

Texte : Giorgio Trucchi

Source : http://www.nicaraguaymasespanol.blogspot.it/2014/06/el-salvador-ya-esta-en-petrocaribe.html

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Antigua et Barbuda, Bahamas, Bélize, Cuba, Dominique, Grenade, Guatémala, Guyana, Haití, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, République Dominicaine, San Cristóbal et Nieves, San Vicente et Las Granadinas, Santa Lucía, Suriname et Venezuela. Sur proposition du gouvernement bolivarien, l’État de Palestine a été récemment admis comme observateur au sein de PetroCaribe. Lire ¨Mahmoud Abbas : ¨le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie.¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/17/mahmoud-abbas-¨le-venezuela-nous-a-permis-de-briser-le-monopole-disrael-sur-notre-economie-¨/

Pour plus d’information sur PetroCaribe, on peut consulter sa page officielle http://www.petrocaribe.org/

(2)  Lire également ¨De PetroCaribe à la Patrie Caraïbe¨, http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

 

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/04/plus-denergie-pour-lunite-le-salvador-devient-membre-de-petrocaribe/ 

Le labeur des Capables

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Commune “Collines unies de la vallée Macho Capaz’’, municipalités Andrés Bello et Campo Elías, État de Mérida.

Niño en portal (Macho Capaz)

Récolte de pommes de terre, Commune Macho Capaz.

Récolte de pommes de terre, Commune Macho Capaz.

Par Marianny Sánchez

Photos : Oscar Arria 

Ni le froid épais capable de congeler les os ni les menaces répétées de passage à tabac ou de mort reçues pendant un an ne purent entraver leur décision : cette nuit – une fois pour toutes – on occuperait l’hacienda La Carbonera.

Nous sommes le 11 avril 2011, à la sourde périphérie de Mérida, à trois heures du matin. En pleine obscurité, Luis Marquina et Julio César Rangel surveillent l’entrée de la centrale laitière qui donne la bienvenue aux visiteurs. A l’intérieur, deux des leurs traient les vaches, scellant ainsi la première grande victoire de la commune “Communes Unies de la Vallée de Macho Capaz” : le contrôle total de tous les moyens de production du grand domaine – de tous, oui. Plus seulement de quelques potagers ou d’espaces de réunion, mais aussi des bêtes.

Ces quatre corps ne tremblaient pas à l’idée que l’autre débarque, celui qui jusqu’alors avait possédé ces grandes terres en friche et le bétail maigrissant, ne livrant qu’un peu de lait pour les vacances sur les haut-plateaux; celui qui détenait la signature des titres de propriété du terrain. La bataille – c’était clair pour eux – pouvait se livrer par la force mais pas par celle des muscles. Celle des tripes, celle qui se répète sur la cartographie racontée de la commune : la force de volonté.

Plus de mille nuits ont coulé depuis. Qui monte le chemin vers Macho Capaz et qui passe par le village de Jají un lundi, est surpris de découvrir dans la profondeur d’un silence à peine troublé par le courant fort du Río Blanco, parmi des maisons éparpillées dans les montagnes, les pionniers de cette occupation avec leurs corps usés par le temps et dedans, leurs esprits rebelles.

Julio César Rangel

Julio César Rangel

Un matin clair a réussi à se faufiler entre les averses torrentielles de cette saison, et dans les Corrals, Julio observe les deux porcs vider leur auge crémeuse. Bientôt c’est avec le même appétit qu’ils seront dévorés par la communauté. “Quand La Carbonera appartenait aux anciens propriétaires, c’est ici qu’on entraînait et soignait les taureaux pour les corridas”. La paire d’animaux n’est que le début des plans que développe la commune pour multiplier l’offre de viande aux voisins. Il faut se retrousser les manches pour donner un sens au slogan tant répété de “renforcer la souveraineté alimentaire’’.Plus de trois ans après l’aube décisive, on retrouve Julio César Rangel dans les Corrals de l’Unité de Production Characot–Apirá, dans les pâturages de La Carbonera. “Cette nuit-là il y avait de la peur mais nous sommes allés traire les vaches, tous les quatre, parce que c’est ce dont nous avions besoin (…) nous vivions depuis un an au même endroit que les gens de Chepo (José Vera), le grand propriétaire qui malgré l’expropriation refusait de s’en aller. Nous attendions que quelque chose se passe mais personne n’est venu, et quand nous avons pris le contrôle, au bout de deux, trois jours, Chepo et les siens sont partis, enfin’’ raconte-t-il, mettant des mots sur les images de la mémoire.

Il n’y a pas que les Corrals qui ont été transformés par la population. Depuis l’occupation de 2011 l’unité de traite mécanisée produit près de 400 litres de lait par jour achetés par l’entreprise nationalisée Lácteos Los Andes, à El Vigía; les vastes étendues émeraude sont des champs de pommes de terre qui sont écoulées dans les marchés paysans, et l’hacienda centrale – une grosse demeure coloniale à demi ruinée, à demi reflet de la prospérité des ci-devant grands propriétaires – a cessé d’être le fleuron d’été des Grisolía, proches du président social-démocrate Carlos Andrés Pérez, pour se convertir en siège non seulement du premier Agropatria mais aussi des sessions du parlement communal qui se réunit, religieusement, tous les mercredis.

Sur les murs du rez-de-chaussée restent des traces de marqueur bleu, traces des fêtes aveugles aux besoins des habitants, marques du Moi des puissants. “Je ne veux pas d’eau, je veux de la boisson” et “ici on vient pour danser” a dû écrire un ivrogne sur un coin de la terrasse où les gens huppés venaient noyer dans la danse et l’alcool le stress de la grande ville. Avec comme toile de fond pour la fête, 277 hectares de terre fertile, apte à produire des aliments et à élever du bétail, mais confinées au rôle d’ornement, de carte postale pour voyageurs.

Hermógenes Puentes

Hermógenes Puentes

Vous savez, quand on raconte cette histoire, on finit par s’émouvoir parce qu’elle a été dure (…) A la fin de 2008, en novembre, on a commencé à travailler avec les gens de Transition au Socialisme de la Compagnie Nationale de Téléphone (CANTV) et les conseils communaux existants se sont regroupés en assemblée pour la communication, avec le projet de construire une antenne pour une base radio ici dans la communauté de La Carbonera, parce que l’obstacle majeur que nous avons subi est celui des communications et des voies de transport’’ se souvient-il sans inspirer trop d’air dans les poumons pour ne pas s’arrêter, et qu’on ne l’interrompe pas, car il demande aussitôt de se calmer, car il arrive précisément à la partie de l’histoire que l’oreille curieuse souhaite entendre. Hermógenes Puentes n’était pas présent cette aube-là. Paperasserie par-ci, paperasserie par-là, c’est l’homme des dossiers mais aussi la mémoire vivante de la commune. Son parler andin, étiré, confond. La lente cadence – peut-être la fatigue accumulée dans les genoux après tant de marches à pied de La Carbonera à El Paramito, de El Paramito à El Macho - contraste avec le dynamisme du récit qu’il égrène. “C’est que je suis une machine d’information” dit-il avec un léger rire, après que la glace de la première rencontre se soit brisée en quelques jours.

Au début il y eut quatorze conseils communaux articulés pour briser le silence. Nul caprice. Il y a quelques mois, un enfant étouffé par un noyau de fruit est arrivé mort à l’hôpital le plus proche, à Jají, à quelques 45 minutes de jeep. Trop loin. Quand les portables ne servent que de lanterne ou de montre, les minutes qui peuvent sauver une vie – auxquelles on ne pense pas dans les grandes villes – vous glissent, fatalement, entre les doigts.

Hacienda La Carbonera

Ex-hacienda La Carbonera, aujourd’hui siège du parlement communal et d’Agropatria.

En mai de cette année-là l’INTI a récupéré les terres et nous sommes entrés ici avec les fonctionnaires. Nous continuons à gérer tout ce qui a trait aux projets mis en place : l’antenne, les voies de transport et tous les problèmes généraux mais nous avons décidé de recevoir les terres. Nous sommes entrés ici, trente porte-paroles, trois ou quatre par conseil communal – les plus motivés – et nous avons commencé aussitôt les réunions, dans l’Unité de Production (…) nous avons pris quelques terrains pour les ensemencer et eux (les propriétaires) ont continué à traire les vaches et à gérer l’affaire. Nous avons remis les terrains en état… à la fin de 2009 nous avions créé la Banque de la Commune comme Association Coopérative – baptisée Association Coopérative de la Commune Collines Unies de la Vallée Macho Capaz, un sacré nom !” lâche Hermógenes, les yeux clairs, brillants de fierté sans doute. Il précise que dans ce fonds sont entrés près de 900 mille bolívars sous la forme d’aides et de crédits de Fundacomunal et de Fondas (Fonds pour le Développement Agraire Socialiste) pour lancer les activités de la commune.On a alors organisé les discussions de l’assemblée communale pour la communication, jusqu’à ce qu’en 2010 la direction de l’État du Táchira du Ministère des Communes a fait savoir que l’Institut National des Terres (INTI) allait exproprier les terres de “Chepo” et qu’elles pouvaient être remises à la commune, si celle-ci en décidait dans son assemblée.

Un tournant. Avec toute une Unité de Production dans les mains, les ressources déposées dans la nouvelle banque ont dû être répartis, réorientés non plus pour acheter une fromagerie en construction loin de La Carbonera – hors de portée du regard – mais pour les semailles qui fourniraient les aliments et un revenu; pour engraisser et vacciner le bétail producteur de lait et pour acquérir les deux tracteurs et le camion nécessaires au labour et au transport des sacs de pommes de terre pour les écoles de la zone.

¨Beaucoup de voisins ont pris peur, ils nous disaient que nous avions volé la terre au grand propriétaire¨

Vint la solitude. “Vous voyez, la mentalité de beaucoup de gens ici n’est pas favorable à cela, au socialisme (…) on nous disait que nous avions volé la terre au propriétaire (…) Quand nous avons occupé la terre, enfin, quand nous avons commencé à traire les vaches, beaucoup de gens se sont retournés, c’est pourquoi nous ne sommes restés que sept conseils communaux (…) Ils sont partis parce qu’ils avaient peur, comme je dis, peur de lutter, parce qu’ils craignaient des représailles des grands propriétaires contre nous. Il y a eu des moments où nous n’étions plus que trois personnes, trois personnes – souligne-t-il – pour défendre ceci, mais armés de volonté, vous entendez ? C’est ainsi que nous avons comencé à travaillr avec la communauté, on faisait du fromage, on vendait toute la semaine à Cdval, Pdval Mérida, en particulier le fromage fumé qui est traditionnel ici et les gens ont commencé à avoir confiance, à nous respecter, il n’y a plus autant d’hostilité, mais pour vous dire la vérité, sans ces trois porte-paroles de conseils communaux et leur motivation socialiste, croyez-moi, cette commune n’aurait jamais vu le jour”.Vacas lecheras llegando al segundo ordeño

Les vaches laitières interrompent la conversation, dans leur procession depuis les pâtures jusqu’au centre de traite mécanisée. On est presque 4 heures et elles inondent la route. C’est la seconde traite du jour, après celle de 4 heures du matin. Elles sont les principales sources de revenus de la commune. L’une d’elles avance avec peine, au ralenti, à cause du poids de son pis. Quelques minutes plus tard des tuyaux reversent le liquide dans des cartons qui garniront les rayons des supermarchés. Mais pas à la commune, non, pas aux postes de vente ni aux maisons du voisinage. Énorme contradiction qui fait s’émouvoir Hermógenes, mais il se remet vite, parle des semences données par FONDAS et qui vont arriver cette semaine, pour cultiver plus que des pommes de terre, du brocoli, du céleri, des carottes, du chou rouge et des échalotes; par ailleurs le Plan de Développement Communal propose que l’entreprise Lácteos Los Andes distribue du lait, obligatoirement, à la communauté qui fournit la matière première.

Karen Knight

Peu de visites sont attendues par avance à Macho Capaz. Karen Knight ne nous attend pas. Les aboiements de quatre chiens au moins nous accueillent. Les étrangers ici arrivent par surprise; et les bonnes nouvelles, en travaillant dur.

Elle pourrait être andine. Mais le “ouw” avec laquelle elle achève les gros mots qui vénézolanisent son parler (“coñouw”, “carajouw”) révèlent que cette femme – un des rares visages féminins de la commune – est née loin d’ici. Elle est venue d’Angleterre à Caracas et après un passage par l’entreprise privée a décidé de se lancer dans la vente de roses à Mérida. Quand son associée a décidé de jeter l’éponge, elle a déménagé dans la grande maison entourée de roseraies fanées, une des plus éloignées du lieu. On y parvient par un chemin de terre, on l’appelle à présent “L’ambassade des Communards”.

Elle fronce les sourcils en parlant, un feu intérieur brille. Karen a été actrice d’un des épisodes les plus incendiaires de la commune.  “Des menaces ? si ce n’était que ça, il y a eu bagarre” corrige-t-elle.“Dans un endroit aussi éloigné où personne n’arrive, si les gens ne s’entraident pas, comment s’en sortirait-on ?” répond-elle sans hésiter quand on l’interroge sur son itinéraire pour devenir membre de la commune. Elle clarifie d’emblée : “Ce fut une expérience d’organisation pour tenter de faire que les gens assument certaines responsabilités et parce que, honnêtement, je crois que l’union fait la force. Donc l’idée est – coñouw – de briser le concept de l’État-qui-doit-me-donner et les gens n’ont pas compris que si toi tu t’organises, si tu fais par toi-même tout ce que tu peux faire, alors oui le gouvernement peut venir t’aider par surcroît, mais nous n’en sommes pas encore là”.

¨Les communards de Macho Capaz sont diplômés en matière de problèmes, d’obstacles et d’hypocrisie des fonctionnaires¨.

Ce fut en 2011. Un groupe de porte-paroles du conseil communal Lomas del Pedregal –influencé par le recteur de l’Université des Andes (ULA) Mario Bonucci, qui possède une propriété dans la zone – veut qu’on restitue La Carbonera au grand propriétaire Chepo. Ánquiza Vásquez – compagne de lutte et de foyer de Karen- est trésorière et garde avec soin le cachet qui sert à sceller tous les accords passés entre communards. Un soir d’assemblée, le fameux cachet – est posé innocemment sur une table. La température monte entre participants jusqu’au point d’ébullition : “Nous voulons le cachet ! Nous ne partirons pas sans qu’on nous cachète les signatures – crie un groupe. Où est le foutu cachet ?”. Karen le cache dans la camionnette et à l’intérieur Ánquiza Vásquez – est très secouée par les coups portés contre la porte du véhicule. Un acte de violence qui fut dénoncé et qui mena à l’exclusion du conseil communal qui avait trahi la cause. Karen conclut : “ici personne ne peut venir utiliser le processus du pouvoir citoyen pour détruire le système que nous sommes en train de construire, et qui est déjà assez problématique”.

En matière de problèmes et d’obstacles les communards de Macho Capaz sont diplômés. “Les soi-disants promoteurs de Fundacomunal qui devaient venir et qui ne sont jamais venus – ¨c’est trop loin ce secteur¨, ¨la voiture ne grimpe pas jusque là¨, tous les prétextes étaient bon. Les gens de CANTV, de Transition au Socialisme, je leur ai fait dire de laisser tomber parce qu’ils ne nous donnaient pas de réponses, on obtenait le contact de CANTV Caracas et ils ne nous donnaient pas de réponse fiable (…) Le Ministre de l’Agriculture et des Terres de l’époque n’était jamais venu sauf le jour où il a eu besoin de faire un direct à la télé avec le bétail et a dépensé 80 mille bolívars pour ça, quelle hypocrisie (…) Là on l’a pris à part et ils ont fait ce qu’ils avaient à faire mais pendant trois semaines seulement, après plus jamais.  Alors les gens se fatiguent car tu as beaucoup d’offres et peu de réponses concrètes, c’est à cause de ça que nous avons appris à trouver des réponses par la bande. Je t’assure que nous en savons plus en matière de routes et de télécommunications que ceux qu’ils nous envoient, qui n’ont pas la moindre idée de ce qu’est l’efficacité”.

Pourquoi continuer, quel est le secret de la patience infinie des rebelles ? Quand a pris fin le chantier public il y a deux jours, l’antenne a été mise en service; on a nivelé quelques kilomètres de gravier sur la route; il y a les vaches qui produisent le lait; le tapis vert des champs de pommes de terre; les vergers et leurs figues et framboises prêtes à croquer, les coopératives qui sèment le paysage et emballent les roses; les tours où on façonne des cruches en céramique; la mise en pot des confitures et des confiseries laitières.

Jardins d'orangettes, Commune de Macho Capaz.

Jardins d’orangettes, Commune de Macho Capaz.

¨Il suffit de comprendre qu’on n’est pas la personne la plus importante du monde.

La tradition orale veut que ces terres furent le berceau des indigènes Capables, célèbres pour leur force de travail et leur persévérance. C’est ce que disent les voisins et bien que les livres n’en disent rien, la légende vit dans les corps infatigables. “La vision de Chávez sur les communes, c’était tellement génial, beaucoup ne l’ont pas encore compris : on a des zones où les gens vivent, souffrent et jouissent des mêmes choses, alors tu prends conscience des ce qu’il faut apporter à ce qui en ont le plus besoin, tu peux équiper tes propres centres de santé, maintenir la propreté de tes écoles en contrôlant les excédents que tu produis (…) tout le monde est conscient que le bien commun est plus important que l’individuel, il suffit de comprendre qu’on n’est pas la personne la plus importante du monde” conclut Karen.

Elles sont quelques uns des visages nouveaux de la commune, avec leurs enfants, certains tout petits, d’autres adultes, toute une génération qui a grandi assise sur une charrette pendant que les mères recueillaient des framboises et semaient des fleurs.

Où est la commune ? Où allons-nous la chercher, sur la lune, sur Jupiter ?” demandait Chávez en 2012.

La pluie frappe le toit de zinc de la coopérative Los Rosales Bolivarianos. María Vivas emballe des bouquet de roses crème, rouges et oranges avec la dextérité de l’expérience. Quand elle a entendu Chávez parler des coopératives elle a pris son courage à deux mains pour abandonner son travail de domestique et prendre en charge sa propre subsistance dans la communauté.

María Vivas, coopérative La Hoja (¨La feuille¨), Commune Macho Capaz

María Vivas, coopérative La Hoja (¨La feuille¨), Commune Macho Capaz

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C’est aussi le cas de Carmen Guerrero, surnommée Maggi, qui après avoir vaincu son cancer, s’est dit qu’il était temps de s’engager dans cette révolution féministe et qui, avec ses cinq fils, a pris part à la naissance de la commune jusqu’à devenir actuelle porte-parole de la sécurité.

Le petit-fils de Maggi

Le petit-fils de Maggi

Maggi laisse son petit-fils dans sa nouvelle maison construite récemment par un des conseils communaux et nous conduit en souriant au temple de câbles, de fils qui focalise six ans de lutte, de prières, d’espoirs et de démarches : l’antenne de la base radio. Le lundi 5 mai 2014, une date qu’on n’oubliera pas, les travaux ont pris fin. On n’attend plus que les techniciens de Movilnet pour faire fonctionner ce qui fut l’impulsion première de l’organisation populaire.

Où est la commune ? Où allons-nous la chercher, sur la lune, sur Jupiter ?” demandait Chávez en 2012 dans un discours qu’on a retenu comme ¨le coup de barre¨. Il est probable que si les Collines Unies de Macho Capaz n’avaient encore été à ce moment-là une zone silencieuse – un silence que vont briser aujourd’hui les télécommunications – il aurait su que la commune était ici, dans les Andes, et depuis longtemps, dans la moelle des indigènes Capables et dans celle de leurs descendants, les communard(e)s de Macho Capaz, ceux et celles qui sont nés ¨câblé(e)s¨.

L'antenne de la base radio, enfin !

L’antenne de la base radio, enfin !

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/05/brega-de-capaces.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/01/le-labeur-des-capables/

Adriana. Les montagnes, toujours plus hautes.

Par Aquarela Padilla. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

1Gustavo-Lagarde-028

Comuna José Felix Ribas. Secteur de Santa Ana. Quartier Antimano. District Capital.

L’on a parfois affaire à des configurations géographiques invraisemblables, à des architectures de la survie. Ces chemins quasi verticaux qui serpentent la colline telle une grande toile d’araignée, résultent d’une action en commun fondée sur la solidarité et la sueur. Ils nous mènent tellement haut, qu’à première vue, cela semble impossible. Ici on ne trouve pas seulement des maisons, des écoles, des boutiques et des terrains de foot-ball. En deçà des réseaux de câbles et de toutes ces façades, tout un peuple fait acte de présence. En chacun de ces hommes et de ces femmes qui le constituent, des idées jaillissent et se rassemblent. Le temps passé en commun les a rendus chaque jour un peu plus forts.

Ce récit commence et finit avec Adriana. Ses 4 ans et le bonheur inhérent à cet âge sont la cause et la conséquence de tous les efforts fournis. Rien que pour elle, cela vaut la peine de se pencher sur ces petites actions qui en fin de compte, façonnent un pays. Celles qui résultent d’une armée libre d’êtres humains qui se posent en acteurs de leur propre vie, qui en sont la clé de voûte, qui constituent la pointe avancée d’une force collective qui ne se dément pas. En fait, tout cela ressemble bel et bien à l’initiative propre à ces oiseaux qui font le choix de se poser sur le point culminant d’une chaîne montagneuse, afin de ne pas être vaincus par le vertige. Humant l’air, étendant leurs ailes, ils surplombent le tout.

2Adriana

Adriana

Adriana  est la fille d’Aura. Le visage de l’une et de l’autre sont en permanence illuminés d’un sourire. Aura pourrait être originaire de n’importe quel coin d’Amérique Latine. Cependant, son apparence est celle d’une métisse, et son allure, celle d’une rebelle à l’instar des paysages qui l’entourent. Adriana dans ses bras, Aura nous reçoit pour nous faire part de l’expérience de la Commune à laquelle elle appartient. La voix enjouée par l’expérience qu’elle narre, son discours rapporte par le menu, les dynamiques propres aux structures organisationnelles communales. La réunion hebdomadaire (tous les jeudis) se tient à la Sala de Batalla, c’est le point d’orgue ; le déjeuner qu’elle partage avec les associés de l’Entreprise de Propriété Sociale, le temps fort. Une anecdote est à retenir, qui circonscrit les contours d’une  dynamique sociale digne de ce nom : impliquée dans le bon déroulement du programme local de la Mission Ribas, Aura comptera sa propre mère parmi ses élèves. Celle-ci acquerra un niveau équivalant au baccalauréat.

La commune est née d’une nécessité

Aura nous captive de sa parole séductrice. Et ce, malgré le bruit continuel des machines à coudre en action qui l’accompagne. « La Commune est née d’une nécessité. Alors que la taille du Conseil Communal initial s’avérait trop peu importante pour résoudre les problèmes auxquels il était confronté, 7 Conseils Communaux (CC) ont décidé de se regrouper en une seule entité. Il en résulte 4 années de travail en commun ». A ce jour, 24 CC  sont autant de parties constitutives de l’ensemble Communal. De ce fait, de nombreux projets ont été menés à bien : 4 boulangeries ont vu le jour ; mais aussi une forge ; une route desservant la commune ; une ananeraie ; 2 unités socio-productives consacrées au maintien de la propreté.

Ces initiatives ne résultent pas uniquement de la nécessité de s’acquitter de tâches auxquelles la population de la zone aspire. Elles entrent en résonance avec le projet d’ensemble qui influe sur le pays tout entier. C’est l’impulsion d’un projet politique global qui prend corps. Volonté d’aboutir, affrontement, contradictions sont les maîtres-mots d’un état de fait hérité d’un système social colonialiste, à l’intérieur duquel l’on ne pouvait que survivre, l’on ne peut que « surmourir », comme le déclarera Galeano.

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Porte-parole de l’un des Conseils Communaux, et par ailleurs membre sociétaire de la EPS (Entreprise de Propriété Sociale) Textile, Nancy Romero nous déclare que « ces entreprises n’ont pas été créées dans une perspective d’enrichissement. Elles relèvent d’une forme d’autogestion. De ce fait, les activités de la Commune bénéficie d’un taux de participation accru. Et les problèmes à résoudre ne font plus l’objet d’une solution qui s’inscrirait dans une logique individuelle, mais collective ». L’EPS Textile José Felix Ribas est le parangon de ce dessein d’ensemble. Tout cela passe par la formulation d’une analyse globale qui puise à la source des diagnostics que les structures communales prennent soin d’établir. Cette tâche, ce sont les Conseils Communaux du quartier qui s’en acquittent. Cela n’exclut nullement les errements qui procèdent inévitablement de la mise en place d’initiatives sans précédents, de la confrontation aux inerties de la quotidienneté.

Les femmes des Conseils Communaux relèvent le défi de s’attaquer aux inégalités dont elles étaient les victimes.

L’amélioration de la condition féminine aura été une priorité. De ce fait, les femmes des Conseils Communaux ont assumé la tâche historique de s’attaquer aux inégalités dont elles étaient les victimes. Le plus souvent jeunes et seules elles auront à prendre soin de leurs enfants respectifs, à déjouer les pièges de la vie. De plus, trouver un emploi impliquait le fait de se détacher de la communauté de quartier. Il fallait donc répondre à la question suivante : comment confier sa progéniture à la garde de personnes, sans que cela n’entraîne des frais, que ces mères ne pouvaient pas honorer ? C’est ainsi que ce qui semblait relever a priori de la sphère de la vie privée, a fait l’objet d’une prise en compte collective. Et ce, à travers la concrétisation des projets portés par la Commune. La création de l’EPS (Entreprise de Propriété Sociale) Textile prend en considération les demandes et besoins de ces femmes célibataires, qui ne savaient comment faire pour mettre à l’abri leur foyer respectif. L’exercice d’une activité professionnelle digne de ce nom,  assortie de l’aménagement des horaires de travail à leur attention, a rendu possible la formulation d’une réponse appropriée aux difficultés rencontrées.

Tout cela est inimaginable au sein d’une entreprise privée 

« Au sein de cette EPS, nous sommes toutes en situation d’égalité. Nous sommes toutes associées. C’est à travers le Fonds d’Action Sociale, que nous nous employons à faire face aux divers problèmes qui s’imposent à la communauté. La majorité des femmes qui travaillent ici, sont des mères célibataires. Notre mode de vie est grandement facilité car l’entreprise est pourvue d’une installation -une petite aire de jeu- qui permet à nos enfants d’être sur place. A cela s’ajoute un espace de formation qui leur donnent la faculté de bénéficier de travaux (scolaires) dirigés. Tout cela est inimaginable au sein d’une entreprise privée ». C’est ainsi qu’Aura s’exprime.

Le travail, l’autre, celui que nous méconnaissons encore, parce que nous sommes en train d’en inventer le contenu, jouit d’avantages non mercantiles. Par exemple les fils et les filles des camarade de l’EPS, passer des jours entiers à apprendre, à profiter des installations d’un quartier que leurs mères ont contribué à rendre tangibles. De ce fait, ils ne se verront pas dans l’obligation d’être soumis à l’autorité policière. Ils n’auront pas à subir le poids d’alternatives qui leur sont imposées : soit vendre pour vendre ; soit « se former » pour s’en sortir et être quelqu’un dans la vie. Ce qui revient en réalité, à se détourner de la classe sociale et des origines dont ils dépendent, et dont ils sont tributaires.

L’un des problèmes centraux à résoudre, est celui de l’acquisition de la matière première, qui continue à dépendre du marché privé. Il s’agit par ailleurs, d’appréhender cette thématique en se plaçant dans le sillage de la stratégie économique telle qu’elle est conçue et appliquée par le gouvernement. Le Venezuela n’est pas à proprement parler, un pays producteur de tissu. Les toiles de coton et de jean faisant exception à cette règle. Tout le reste est importé. C’est l’une des raisons pour lesquelles le coût de ces produits restent élevé ; du fait que le système capitaliste contrôle les modes de production. D’où une incontestable situation de vulnérabilité de ceux-là. Ils subissent en effet les contrecoups des conspirations touchant la sphère de l’économie, et les diverses formes de pression politique émanant des entrepreneurs privés.

Il ne s’agit pas d’invoquer un miracle

Nulle forme de science n’est en situation d’expliquer l’espoir qui naît des sommets. Là où pas même les oiseaux ne semblent devoir échapper au vertige. La proximité du ciel entre peut-être en jeu. Il ne s’agit toutefois pas d’invoquer une quelconque forme d’action miraculeuse, celle qui ne provient de rien, et que l’on attend passivement, bien à l’abri d’un arbre, protégé du soleil de midi. Les communardes quant à elles, nous font part de leur foi, de ce qui est inatteignable et qui bat dans leur poitrine. De ce qui les incite à être sur pieds jour après jour, dès 5 heures du matin, préparant le café et prenant soin de réveiller les enfants. Lorsque le jour décline, ces communardes continuent à sourire. Adriana rit également. Leurs corps auront gravi maintes et maintes fois les marches des escaliers, les auront tout autant descendues. Pour tous, elles auront cuisiné. Grâce à elles, une espèce de magie de la création aura façonné la multitude de pièces de toile dont elles avaient la charge. Elles sourient parce qu’elles croient -c’est en cela précisément, que la Révolution est tout, sauf un concept abstrait- elles croient en leur propre force. C’est tout ce qui importe. Car c’est à ce point, que le caractère irréversible de ce qu’elles réalisent, est atteint.

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Comment prendre conscience du fait qu’un processus révolutionnaire n’est pas synonyme de relation paternaliste ?

« De temps en temps, la perte de foi de quelqu’un devient un obstacle. Il en est ainsi parce qu’une source de financement attendue n’arrive pas. Il y a parfois des gens qui ne travaillent pas suffisamment avec leur cœur. Ils pensent que tout relèvent de l’argent. Le révolutionnaire quant à lui, se doit de poursuivre sa route » complète Nancy Romero.

Surgit toute une série de questions. Comment faire pour que cette organisation émergente marquée par le principe de l’autogestion se substitue aux vieilles structures institutionnelles d’exercice du pouvoir; comment prendre conscience du fait qu’un processus révolutionnaire n’est pas synonyme de relation paternaliste cherchant à tout résoudre avec force argent et propagande.

Contrairement à d’autres, cette Commune a maintenu de bonnes relations avec les institutions, Le Gouvernement du District Capital, Fondemi, le Conseil Fédéral de Gouvernement et Fundacomunal. Ce qui lui a permis d’obtenir un financement  pour la récupération  d’espaces destinés à la détente, au sport et à leur aménagement respectif.

Adriana prend congé. Tout attentives à la vie, ces femmes nous font leurs adieux. Nous savons que nous ne cheminerons plus seuls. Que la toile immense dont elles sont partie prenante nous permettra de nous revoir.

 URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/16/adriana-les-montagnes-toujours-plus-hautes/ 

Les barrios ne descendent pas

Par Eleazar Diaz Rangel, ultimasnoticias.com.ve

eleazarJournaliste et historien des médias, diplômé de l’Université Centrale du Venezuela (UCV). Prix National de Journalisme. Directeur du journal Últimas Noticias (centre, critique du gouvernement) depuis 2001. Professeur titulaire de l’UCV, dont il dirigea la faculté de communications sociales (1983-86). Président de l’Association Vénézuélienne des Journalistes.

Il y a peu, un matin de mars, je recevais un journaliste européen, parmi tous ceux qui visitent le Venezuela lorsqu’il fait l¨actu¨. Certains d’entre eux visitent les médias pour recueillir des témoignages et des opinions qui les aident à se faire une idée plus complète de la situation du pays pour les reportages, chroniques ou articles qu’ils doivent envoyer dans leurs pays. A une de ses questions, j’ai parlé des ¨guarimbas¨ (barrages violents des militants de droite), de leur composition de classe, de leur localisation à Caracas et dans d’autres villes, toujours dans des secteurs où vivent des familles de classe moyenne et gouvernées par des maires de partis d’opposition, ainsi que de leur éventuel financement, qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête du Parquet.

Le bureau du directeur de Últimas Noticias possède de grandes baies vitrées qui donnent sur de vastes zones de Petare, avec ses collines peuplées de barrios (quartiers populaires) et d’immeubles résidentiels et industriels. Le journaliste me les montra et m’interrogea “Et là ? Ils ne montent pas de guarimbas ?

Je lui ai expliqué. Dans ces barrios, quartiers populaires, pas de guarimbas, pas de barrages, pas de violences. Malgré leurs efforts, ils n’ont pas réussi à attirer les jeunes ni à les enrôler. Le journaliste ne comprenait pas. Si les violences visaient la pénurie, la faim, les mauvaises conditions de vie, etc… comme l’affirment les médias internationaux, jusqu’á en faire l’image même du Venezuela pour la majorité de ceux qui vivent hors de notre pays -, pourquoi les plus pauvres de Caracas étaient-ils absents de ces manifestations, pourquoi ne participaient-ils pas aux actes de violence ?

Aerial view of Venezuela's biggest slum of Petare in Caracas

Je lui ai dit qu’il est vrai qu’il y a des pénuries et que je crois que c’est le problème numéro un du pays, de devoir faire de longues files pour accéder à beaucoup d’aliments et de produits de première nécessité, mais qu’ils ont les moyens de les acheter; le problème est de les trouver, difficulté qui n’est pas limitée aux quartiers populaires, puisque différents niveaux de la classe moyenne ont aussi des difficultés pour acquérir certains produits.

Je lui ai raconté ce qui s’est passé à Caracas en février 1989. Un matin, dans une agglomération voisine, Guarenas, les gens ont commencé à protester violemment lorsqu’ils apprirent que la hausse des prix du transport jusqu’à la capitale. En peu de temps, la protestation s’étendit avec férocité et commencèrent les pillages des commerces. Des milliers de personnes, au départ venues des quartiers populaires, ensuite d’autres classes, sortaient de magasins et de centres commerciaux les bras chargés de tout ce qu’ils trouvaient. Cela dura trois jours. Les forces de police et la Garde Nationale ne purent l’empêcher, on vit même en certains lieux la police mettre de l’ordre pour que les pillages se déroulent normalement ! Finalement le gouvernement lâcha l’armée pour contenir la population. On parla officiellement de 500 morts mais d’autres estimations s’élèvent à plusieurs milliers de victimes.

Ce massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

Ce massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

Il y a une grande différence : à l’époque les magasins étaient bien fournis mais les gens pauvres, quasi la moitié de la population, n’avait pas de quoi acheter. Aujourd’hui ils ont de quoi acheter, malgré certaines pénuries actuelles.

Le collègue fut surpris.

L’ explication réside dans quelques statistiques. Par exemple le revenu mensuel d’une famille en 2011 était de 4.282 Bolivars; un an plus tard ils avait augmenté à 6.252 bolivars, et au 31 décembre 2013 il est de 8.514 bolivars. Soit un doublement du revenu en deux ans seulement.
Quant au nombre d’inscrits à l’université, puisqu’on a tenté de faire croire qu’un ¨mouvement étudiant¨ était à l’avant-garde des manifestations : en 2000 il y avait 862 mille 862 étudiants dans les universités, en 2005 ils étaient un million 526 mille 625 et en 2013, 2 millions 629 mille 312. Même courbe ascendante pour les investissements sociaux : de 11 milliards 458 millions mensuels en 2005 à 134 milliards 414 millions l’an passé. En matiére de santé on est passé de 8 milliards en 2005 à prés de 89 milliards en 2013. Bien que ce secteur présente encore des failles.

dscn1069Le fait qu’il y ait une meilleure protection sociale pour les pauvres – grâce aux énormes investissements – et qu’aujourd’hui – y compris les personnes âgées – vivent mieux qu’il y a 10 ou 15 ans, explique pourquoi les barrios, soit 80 % de la population, ne sont pas descendus des collines pour se joindre aux manifestations de la classe moyenne; ni à la version pacifique d’un secteur majoritaire de la droite, ni à la version violente.

J’ignore ce que le journaliste écrivit pour son journal.

Source: http://www.ultimasnoticias.com.ve/opinion/firmas/los-domingos-de-diaz-rangel—eleazar-diaz-rangel/los-barrios-no-bajan.aspx

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/22/les-barrios-ne-descendent-pas/

Venezuela : l’augmentation du salaire et la baisse du chômage continuent.

Occultés par les médias privés vénézuéliens et leurs relais internationaux (Le Monde, El Pais, Libération, NY Times, etc..) les chiffres révélés en janvier 2014 par l’Institut National de la Statistique indiquent une nouvelle baisse du chômage, tombé à 5,6% en décembre. Ce chiffre est le plus bas enregistré par le gouvernement bolivarien (rappelons que le chômage atteignait 11% lors de l’élection de Hugo Chavez en décembre 1998).

De 1999 à 2013, l’économie vénézuélienne a décollé grâce au rôle moteur de l’État et aux investissements publics, permettant à 4.185.697 personnes de trouver un emploi. L’étude indique également que le travail “informel” qui occupait 55 % de la population active en 1999 a reculé en 2013 à 37,9 %. Dans la même période l’emploi formel a fortement augmenté, passant de 45,0% à 62,1% de la population. Signe des temps, le Venezuela est devenu, après l’Argentine, le deuxième pays latino-américain en nombre d’immigrants (en grande majorité espagnols) qui fuient l’Europe en quête d’un travail.

En janvier 2014, le président Maduro a décrété une nouvelle augmentation de 10 % du salaire minimum, ce qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. De mai 2013 à janvier 2014 celui-ci a augmenté au total de 59% pour s’établir actuellement à 3270 bolivars. Parallèlement les droits des travailleurs vénézuéliens ont été renforcés par une nouvelle loi du travail qui a brisé le carcan néo-libéral (1).

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Pour gommer ces faits, les médias internationaux préfèrent insister sur l’inflation (qui, soit dit en passant, selon le FMI était bien plus forte sous les régimes antérieurs à la révolution bolivarienne) (2). Ils “oublient” qu’au Venezuela l’alimentation, les soins de santé, l’éducation à tous ses niveaux, le logement et l’ensemble des missions sociales sont subventionnés par l’État, sont dans certains cas totalement gratuits, et qu’une part croissante de la population bénéficie de la sécurité sociale. En 1998, à l’arrivée de la révolution, le Venezuela ne comptait que 380.000 pensionné(e)s ne percevant que 60 % du salaire minimum. On compte aujourd’hui 2.750.000 pensionné(e)s dont les allocations augmentent au même rythme que le salaire minimum et leur sont versées avec un mois d’avance. De sorte que les hausses du salaire et du pouvoir d’achat sont bien réelles.

Il faut y ajouter la loi des “coûts et des prix justes” qui vient de limiter à 30 % la marge bénéficiaire d’un secteur commercial privé pratiquant jusqu’ici des hausses de 200 à 1000 %, la réduction des bails pour les locataires ou les petits et moyens commerçants, les coups de pouce aux petits épargnants, et les divers mécanismes économiques qui dégonflent peu à peu la bulle spéculative du dollar.

L’investissement social (qui stagnait à 12 % avant la révolution) a totalisé en 2013 54% du budget de l’État et passe à 60 % en 2014.

On comprend pourquoi, malgré la guerre économique menée en 2013 par l’opposition, les politiques mises en oeuvre par le gouvernement bolivarien continuent de faire baisser la pauvreté. Celle-ci est passée de 21,6% en 2012 à 19,6 % en 2013. Sur la même période, la pauvreté extrême est passée de 6,3 à 5,5%. Ces chiffres sont confirmés par la CEPAL (Commission Économique des Nations Unies pour l’Amérique Latine). Le président Maduro a rappelé que l’objectif de la révolution bolivarienne est “la pauvreté zéro en 2019”.

T.D., Caracas, 22 janvier 2014.

Graphique 6  Graphique 1 Graphique 2 Graphique 3 Graphique 5

Notes :

1)    “La nouvelle loi du travail, un pas de plus vers la vraie viehttp://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

2)    Voir “Associated Press et le mythe d’une opposition muselée au Venezuelahttp://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/14/associated-press-et-le-mythe-de-lopposition-muselee-au-venezuela/ et “The Economist.. économise la vérité sur le Venezuelahttp://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/30/the-economist-economise-la-verite-sur-le-venezuela/

3)   Sur le mythe d’une économie en difficulté au Venezuela,  “L’apocalypse tant espérée n’aura pas lieu”, http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/10/venezuela-lapocalypse-tant-esperee-naura-pas-lieu/

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/

Venezuela : l’apocalypse tant espérée n’aura pas lieu

Les hausses continues du salaire et du pouvoir d’achat au Venezuela, conjuguées à l’explosion démographique urbaine – des milliers de familles populaires enménageant dans les logements construits par le gouvernement – ont fait exploser la consommation. Comme la production nationale n’a pas crû assez vite pour répondre à la demande, les intermédiaires privés en profitent pour gonfler les prix de biens importés à moindres frais… grâce au dollar préférentiel que leur accorde l’État – et l’opposition pour tenter de retourner la population contre le gouvernement (variante du scénario chilien qui avait préludé au renversement de Salvador Allende).

Un kiosque à Caracas, novembre 2013 : “pillage pour de la nourriture” “malgré le bond des achats publics, la pénurie continue”, “l’essence au compte-goutte”… Comme au Chili en 1973, la plupart des médias vénézuéliens et internationaux tentent de susciter la panique en inventant des pénuries, en dénonçant le vide de pouvoir, etc..

Un kiosque à Caracas, novembre 2013 : “pillage pour de la nourriture” “malgré le bond des achats publics, la pénurie continue”, “l’essence au compte-goutte”… Comme au Chili en 1973, la plupart des médias vénézuéliens, relayés par les médias internationaux, tentent de susciter la panique en annonçant ou en inventant des pénuries.

La grande différence est qu’au Venezuela l’offre reste très abondante, les pénuries relatives – on trouve la plupart des aliments dans les magasins – et que le gouvernement Maduro puise dans la crise téléguidée par le secteur privé et ses alliés colombiens et états-uniens “un moyen d’accélérer la révolution”. Pour pallier les besoins de certains produits, le président bolivarien a obtenu l’appui immédiat de ses partenaires du MERCOSUR tels que le Brésil. Avec l’appui de la population, le gouvernement inspecte et le cas échéant prend le contrôle des entreprises privées et des chaînes commerciales qui ont augmenté artificiellement les prix ou accaparé des produits.

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Caracas, 9 novembre 2013. Inspection du magasin d’électronique et d’audio-visuel Pablo Electronica, à la suite d’augmentation injustifiée des prix (de 400 à 2000 %).

Caracas, 9 novembre 2013. Affluence populaire pour acheter des biens électrodomestiques de la chaîne Daka (Caracas, Punto Fijo, Barquisimeto et Valencia) où le gouvernement vient de ramener les prix à la normale. Deux gérants ont été arrêtés pour avoir multiplié sans justification (de 200 à 600 %) le prix de ces biens importés.

Caracas, 9 novembre 2013. Affluence populaire pour acheter des biens électrodomestiques de la chaîne Daka (Caracas, Punto Fijo, Barquisimeto et Valencia) que le gouvernement vient d’occuper. Daka surfacturait jusqu’à 1000 % ses produits après avoir obtenu plus de 400 millions de dollars publics de 2004 à 2012 pour importer ces biens à bas prix. Deux gérants ont été arrêtés. D’autres inspections sont en cours et les entreprises en infraction devront rembourser aux clients la différence.

Parallèlement, le gouvernement investit dans l’appareil productif national et crée de nouveaux “Centros de Distribución Directa”. Le président Maduro rappelle que rien ne pourra empêcher la naissance du “nouveau”. Notamment la construction de l’économie communale qui permettra aux organisations sociales de prendre les rènes d’une économie auto-centrée, libérée de l’importation spéculative, et plus en phase avec les besoins profonds de la population.

Pour mieux comprendre où en est l’économie vénézuélienne après quatorze ans de révolution, nous publions l’analyse de l’économiste états-unien Mark Weisbrot, codirecteur du Center for Economic and Policy Research (Washington), parue dans le quotidien britannique The Guardian, le 7 novembre 2013.

T.D.

Le Venezuela dispose de suffisamment de réserves et de gains du commerce extérieur pour faire tout ce qu’il veut.”

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Mark Weisbrot, Codirecteur du CEPR, Washington.

Depuis plus de dix ans, ceux qui s’opposent au gouvernement du Venezuela – parmi lesquels il faut désormais inclure presque tous les médias qui comptent en Occident – nous expliquent que l’économie vénézuélienne va imploser. Comme les communistes qui dans les années 30 annonçaient la crise finale du capitalisme, ils voient l’économie vénézuélienne s’effondrer au prochain tournant. Quelle frustration, dès lors, de ne constater que deux récessions : celle causée par le lock-out pétrolier (décembre 2002-mai 2003) et celle liée à la récession mondiale (2009 et première moitié de 2010). Malgré ces deux récessions la performance économique sur dix ans – le gouvernement a pris le contrôle de la compagnie nationale du pétrole en 2003 – se révèle finalement très bonne, avec en moyenne une croissance annuelle du revenu réel par personne de 2.7 %, une pauvreté réduite de plus de 50%, et de grandes avancées pour la majorité en termes d’emploi, d’accès aux soins de santé, aux allocations de retraite et à l’éducation. Entre septembre 2012 et septembre 2013, 166.625 personnes ont trouvé un emploi et 321.432 personnes sont passées de l’économie informelle à formelle. Le chômage pourrait s’établir à 4 % en 2014, selon l’INE.

Actuellement le Venezuela affronte des problèmes économiques qui réchauffent les coeurs de ses ennemis. On lit tous les jours des mauvaises nouvelles (les informations occidentales sur le Venezuela sont presque exclusivement négatives, comme à la suite d’un décret) : les prix à la consommation ont bondi de 49 % l’an dernier; le dollar se vend au marché oir à sept fois le taux officiel; il y a des pénuries de produits tels que le lait ou le papier hygiénique ; l’économie est en perte de vitesse, et les réserves de la Banque Centrale sont en baisse. Ceux qui pleurent depuis si longtemps vont-ils enfin voir leur rêve devenir réalité ?

Probablement pas. S’il faut suivre l’analyse de l’opposition et des médias internationaux, le Venezuela serait pris dans une spirale d’inflation-dévaluation, la hausse des prix saperait la confiance interne dans l’économie et la devise, provoquant une fuite des capitaux et l’explosion du prix du dollar parallèle : ce qui, toujours selon cette thèse, renforcerait l’inflation, comme le fait la création de monnaie par le gouvernement. Et les contrôles de prix par le gouvernement, les nationalisations, et d’autres interventions auraient causé des dommages et des problèmes structurels qui vont hâter la débâcle économique. L’hyper-inflation, la croissance de la dette extérieure, et la crise de la balance des paiements auront bientôt raison de cette expérience économique – tel est en tout cas le grand espoir et l’objet des prières quotidiennes.

Mais comment un gouvernement qui dispose de plus de 90 milliards de dollars en revenus pétroliers peut-il en arriver à une crise de la balance des paiements ? Eh bien, la réponse est qu’il ne peut pas, et qu’il ne le fera pas. En 2012 le Venezuela a tiré 93,6 milliards de dollars de la vente du pétrole alors que le total des importations – à leur plus hauts niveaux – était de 59,3 milliards. Les comptes courants ont connu un surplus de près de 11 milliards soit 2,9 % du PIB. Le paiement des intérêts de la dette publique externe, qui est la mesure fondamentale de l’endettement, ne concernait que 3,7 milliards. Ce gouvernement n’est pas près de tomber à court de dollars. L’analyse de la Bank of America sur le Venezuela du mois dernier l’a reconnu, en concluant que l’achat des Bons du gouvernement vénézuélien était une bonne affaire.

La Banque Centrale du Venezuela dispose de 21,7 milliards de dollars en réserves auxquels les économistes de l’opposition estiment qu’il faut ajouter 15 milliards répartis dans d’autres agences gouvernementales, soit un total de 36,7 milliards de dollars. L’usage est de considérer comme suffisantes des réserves qui peuvent couvrir trois mois d’importations; celles du Venezuela couvrent au moins huit mois et probablement davantage. Et le pays a les moyens d’emprunter davantage sur le plan international.

Le fait que la plupart des réserves de la Banque Centrale soient en or peut faire problème mais l’or peut être vendu même si cela représente moins de cash que celui du Trésor états-unien. Il serait farfelu de croire que le gouvernement vénézuélien préfère une crise de sa balance des paiements à la vente de son or.

L’hyper-inflation n’est elle aussi qu’une hypothèse lointaine. Sur les deux premières années de la reprise économique qui a débuté en juin 2010, l’inflation a baissé, tandis que la croissance économique a grimpé à 5,7 % en 2012. Ceci montre que l’économie du Venezuela – malgré ses problèmes – est tout à fait capable de conjuguer prospérité avec baisse de l’inflation.

Ce qui a réellement poussé l’inflation, il y a près d’un an, fut la réduction de l’octroi de dollars pour le marché extérieur. Ceux-ci ont été réduits de moitié en octubre 2012 et pratiquement éliminés en février 2013. De sorte que beaucoup d’importateurs ont dû acheter davantage de dollars au marché noir. C’est de là qu’est venu le pic d’inflation. La dévaluation de février a également contribué en partie à l’inflation, mais dans une moindre mesure.

L’inflation a grimpé à un taux de 6,2 % en mai pour redescendre à 3,0 % en août lorsque le gouvernement a réinjecté des dollars dans le marché. Elle est remontée à 4,4 % en septembre mais le gouvernement a depuis lors augmenté l’octroi de dollars et a annoncé des plans d’importation d’aliments et d’autres biens, ce qui va probablement faire pression sur les prix à la baisse.

Bien sûr, le Venezuela fait face à de graves problèmes économiques. Rien à voir cependant avec ceux que subissent entre autres la Grèce (qui entre dans sa sixième année de récession) ou l’Espagne, piégée par des accords dont les objectifs macro-économiques entrent en conflit avec la reprise économique. Le Venezuela dispose de suffisamment de réserves et de gains du commerce extérieur pour faire tout ce qu’il veut, y compris pour dégonfler le marché noir du dollar et éliminer la plupart des pénuries. Ces problèmes peuvent être résolus rapidement par des mesures politiques.

Le Venezuela – comme la plupart des économies dans le monde – connaît aussi des problèmes structurels à long terme tels que la surdépendance du pétrole, l’infrastructure inadaptée et une capacité administrative limitée. Mais ces facteurs ne sont pas la cause de sa situation actuelle.

Pendant ce temps le taux de pauvreté a été ramené à 20 % l’an dernier. C’est certainement le plus important recul de la pauvreté pour les Amériques en 2012, et l’un des plus – sinon le plus – importants au monde. Ces chiffres sont disponibles sur le site de la Banque Mondiale mais presque aucun journaliste n’a entrepris le difficile voyage à travers le cyber-espace pour les trouver et pour les publier. Demandez-leur pourquoi.

Mark Weisbrot

Source : The Guardian (UK), 7 novembre 2013.

Traduction : Thierry Deronne

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