Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges, par Seumas Milne (The Guardian)

Note : C’est pour ses révélations sur le système mondial de la NSA que le Pulitzer a été décerné au journal The Guardian (Londres) parce qu’¨exemple distingué de service public en tant que quotidien d’information¨. The Guardian vient aussi de sauver l’honneur du journalisme occidental au sujet du Venezuela. Alors que ses confrères sont restés enchaînés au fond de la Caverne de Platon, il a dépêché un envoyé spécial sur place, rappelant l’époque glorieuse où informer était synonyme d’enquêter. Journaliste à The Economist avant de devenir chroniqueur et rédacteur associé au Guardian, Seumas Milne a effectué des reportages au Moyen-Orient, en Asie du Sud, en Russie, en Europe de l’Est et en Amérique Latine. Il est l’auteur d’un livre à succès sur la grêve des mineurs anglais de 1984–5 British intitulé L’ennemi intérieur : la guerre secrète contre les mineurs, fruit d’une enquête sur les agissements du MI5 et de la Special Branch dans ce conflit.

————————-
Par Seumas Milne
images

Si on l’ignorait avant, la recrudescence de protestations globales au cours des deux dernières années nous offre une leçon que des manifestations de masse peuvent avoir des sens sociaux et politiques totalement différents. Porter des foulards et construire des barricades – ou même porter des revendications authentiques – ne veut pas dire automatiquement que ceux qui protestent se battent pour la démocratie ou la justice sociale.

De l’Ukraine à la Thaïlande et de l’Egypte au Venezuela, des protestations à grande échelle visaient – et dans certains cas ont réussi – à renverser des gouvernements. Dans certains pays les protestations de masse étaient conduites par des organisations de travailleurs contestant l’austérité et le pouvoir des entreprises privées. Dans d’autres cas des troubles où prédominent la classe moyenne ont servi de levier pour restaurer des élites évincées.

Parfois, en l’absence d’organisation politique, les deux peuvent se chevaucher. Mais quel que soit le secteur qu’elles représentent, elles se ressemblent toutes… à la télévision. Et les manifestations de rue ont été tellement efficaces pour faire tomber des gouvernements ces 25 dernières années que les pouvoirs globaux se sont ruées en force sur le marché de la protestation.

Depuis le renversement du gouvernement élu Mossadegh en Iran dans les années 1950, pour lequel la CIA et le MI6 ont payé des manifestants anti-gouvernementaux, les États-Unis et leurs alliés ont dominé le champ : en finançant des "révolutions de couleur", en fondant des ONGs affiliées, en formant des activistes étudiants, en alimentant les réseaux sociaux de la protestation pour dénoncer – ou ignorer – les répressions policières selon leur convenance.

Après une période où ils se vantaient de promouvoir la démocratie, voici qu’ils reviennent à leur méthodes anti-démocratiques. Prenez le Venezuela qui, ces deux derniers mois a été en proie à des manifestations anti-gouvernementales visant à renverser le gouvernement socialiste de Nicolas Maduro, élu l’année dernière pour succéder à Hugo Chávez .

L’opposition de droite vénézuélienne a depuis longtemps un problème avec le système démocratique. Après avoir perdu 18 des 19 élections ou référendums depuis que Chávez a été élu la première fois en 1998 – dans un processus électoral décrit par l’ancien président américain Jimmy Carter comme "le meilleur du monde" – ses espoirs s’étaient ravivés en avril 2013 à la suite de la mort de Chavez, lorsque le candidat de l’opposition de droite n’avait perdu que de 1,5 % face à Maduro. Mais en décembre 2013, les élections municipales dans tout le pays rendirent à la coalition chaviste une avance de 10 points.

Le mois suivant, des dirigeants d’opposition liés aux États-Unis– parmi lesquels certains sont impliqués dans le coup d’État contre Chávez en 2002 – ont relancé une campagne pour chasser Maduro, appelant leurs militants à “allumer les rues au feu du combat". Avec le haut niveau de l’inflation, la criminalité violente et les pénuries de certains produits de base, il y en avait plus qu’assez pour alimenter la campagne – et les manifestants ont répondu à l’appel, de manière littérale.

Pendant huit semaines, ils ont incendié des universités, des édifices publics, des arrêts de bus, et prés de 39 personnes ont été tuées. Malgré les déclarations du secrétaire d’État John Kerry pour qui le gouvernement vénézuélien mène une "campagne de terreur" contre ses citoyens, les preuves indiquent que la majorité a été assassinée par des militants de l’opposition, et parmi ces victimes on compte huit membres des forces de sécurité et trois motards égorgés par des filins d’acier tendus aux barrages de rue. Quatre militants d’opposition ont été tués par la police, faits qui ont entraîné l’arrestation de plusieurs membres des forces de l’ordre (1).


Ce qu’on dépeint comme ¨protestations pacifiques¨ a toutes les marques d’une rébellion anti-démocratique, ancrée dans des privilèges de classe et dans le racisme. Confinée à l’extrême aux zones riches et blanches de classe moyenne, ces manifestations ont rapidement tourné aux incendies et aux combats rituels avec la police, tandis que d’autres secteurs de l’opposition ont accepté de participer aux dialogues de paix.

s6gjS9fl

Des militants de droite installent une “guillotine” dans un quartier riche, à Caracas. La présence de certains civils armés dans des manifestations de l’opposition a déclenché une diabolisation de tout motard de secteur populaire ou de collectif sympathisant du chavisme. C’est sur cette base qu’ont été justifiés des dispositifs comme des câbles d’acier tendus en travers d’avenues ou de rues à une hauteur de 1,20m environ, et qui ont coûté la vie à deux personnes. Cette guillotine recommandée aux opposants par Angel Vivas, général d’extrême-droite à la retraite, est un instrument socialement sélectif, les motos étant un moyen de transport généralement utilisé par les travailleurs de milieu populaire.

Le soutien au gouvernement, pendant ce temps, reste solide dans le monde du travail. Anacauna Marin, une activiste locale du quartier populaire 23 de Enero à Caracas, explique : "Historiquement les manifestations étaient un moyen que les pauvres utilisaient pour exiger une amélioration de leurs conditions. Mais ici ce sont les riches qui protestent et les pauvres qui travaillent".

Dans ces circonstances il ne faut pas être surpris si Maduro analyse les événements comme une déstabilisation soutenue par les USA dans le style ¨ukrainien¨, ainsi qu’il me l’a dit. La réponse des États-Unis qui rejettent comme ¨infondée¨ cette analyse, est absurde. Les preuves de la subversion états-unienne au Venezuela – depuis le coup d’État de 2002 jusqu’aux câbles de WikiLeaks éclairant les plans états-uniens pour ¨pénétrer¨, ¨isoler¨ et ¨diviser¨ le gouvernement bolivarien, sans oublier le financement à grande échelle de groupes d’ opposition, sont volumineuses.

Ce n’est pas seulement parce que le Venezuela est assis sur les plus grandes réserves pétrolières du monde (2) mais aussi mais parce qu’il a dirigé la marée progressiste qui a déferlé sur l’Amérique latine au cours de la dernière décennie : contestant la domination des États-Unis , reprenant le contrôle de ressources aux mains des entreprises privées pour redistribuer les richesses et le pouvoir. En dépit de ses problèmes économiques actuels, les réalisations du Venezuela révolutionnaire sont incontestables.

Depuis qu’il a renationalisé le secteur pétrolier, le Venezuela l’a utilisé pour réduire de moitié la pauvreté, et l’extrême pauvreté de 70%, massifier la santé publique, le logement, l’éducation et les droits des femmes, augmenter les pensions et le salaire minimum, établir des dizaines de milliers de coopératives et d’entreprises publiques, transférer des ressources aux organisations de base de la démocratie participative, et financer des programmes de santé et de développement à travers l’Amérique latine et les Caraïbes.

Rien de surprenant donc si les chavistes pro-Maduro gardent le soutien de la majorité.

Pour le maintenir, le gouvernement devra réduire les pénuries et l’inflation – et il a les moyens de le faire. L’envolée des prix s’est produite après l’interruption de l’approvisionnement en dollars du secteur privé qui domine les importations et l’offre de produits alimentaires, et une grande proportion des marchandises soumise au contrôle des prix sort en contrebande du pays pour être revendues en Colombie à des prix beaucoup plus élevés.

De nouvelles mesures de contrôle des changes ont déjà produit leurs effets. Malgré tous ses problèmes, l’économie vénézuélienne a continué à croître et le chômage et la pauvreté à baisser (3). Le Venezuela est très éloigné d’être le cas désespéré dont rêvent ses ennemis. Mais le risque existe que, les manifestations s’essoufflant, des secteurs de l’opposition augmentent le niveau des violences pour compenser leurs défaites électorales.

Le Venezuela et ses alliés progressistes en Amérique Latine son importants pour le reste du monde – non parce qu’ils offrent un modèle politique et social ¨à imiter¨ mais parce qu’ils ont démontré qu’il y a de multiples alternatives économiques et sociales à la faillite néo-libérale dans laquelle sont plongés l’Occident et ses alliés.

Leurs opposants espéraient qu’avec la mort de Chavez se tarirait l’impulsion du changement régional. La récente élection de Michele Bachelet (centre-gauche) au Chili et de l’ex-dirigeant de la guérilla de gauche Sánchez Cerén au Salvador indique que le courant continue. Mais de puissants intérêts sur place et à l’extérieur sont determinés à le faire échouer – ce qui signifie qu’on verra surgir d’ autres manifestations ¨dans le style du Venezuela.¨

Twitter: @SeumasMilne

Notes :

(1)  parmi lesquels il faut compter également des effectifs policiers obéissant à des maires de droite comme ceux de Polichacao (maire : Ramon Muchacho) (NdT).

(2)  La compagnie pétrolière PDVSA vient de découvrir dans l’axe Zulia-Falcón un nouveau gisement de l’ordre de 185 millones de barils de pétrole et de 1,1 milliards de pieds cube de gaz (1,1 TCF) (NdT).

(3)  Voir http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/ (NdT)

Original de cet article : http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/apr/09/venezuela-protest-defence-privilege-maduro-elites

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de la version française : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/ 

Venezuela : médias et terrorisme, par Luis Britto Garcia.

Note : On a rappellé récemment le rôle de médias locaux et de puissances occidentales dans le génocide du Rwanda. En abril 2002 les médias privés vénézuéliens ont co-organisé un coup d’État sanglant qui substitua brièvement le président élu Hugo Chavez par le chef du patronat. Les évènements récents montrent que ces médias, hégémoniques au Venezuela, et relayés par les médias internationaux, continuent à justifier la violence d’une opposition et à la conforter dans son refus d’accepter les résultats d’élections favorables à la révolution.

Luis Britto García

Luis Britto García

L’auteur de cette étude, Luis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix "Casa de las Américas" 1970) et “Abrapalabra” (Prix "Casa de las Américas" 1969).

T.D., Caracas 13 avril 2014.

Traduction : Jean-Marc del Percio

Chaque fois que l’on traite du thème de la liberté d’expression au Venezuela, l’on devrait obligatoirement recourir au classique paradoxe du grec menteur : « Tous les Grecs sont menteurs », proclame le sophiste, et d’enchaîner : « je suis Grec ». « Il n’y a pas de liberté d’expression au Venezuela » assénera en mentant, un commentateur. Et il l’affirmera librement dans un pays où supposément, la liberté de le dire serait inexistante.

Or, tout cela ne concerne pas un pays quelconque. Il soutient qu’il n’y a pas de liberté d’expression, dans un pays qui aura vécu en 2002, le premier coup d’Etat fondé sur le recours aux médias. Et par conséquent, en abusant de cette liberté. Ce coup d’Etat -premier du genre- a consisté à confisquer la parole au Président en exercice, et dans le même temps, à propager la fausse nouvelle de son retrait. A la toute fin de la même année 2002 et au début de celle qui suivit, tous les médias s’employèrent durant deux mois et demi à déclamer sur tous les tons -24 heures sur 24- le renversement du gouvernement légitime. En vain, cependant. Cela étant, aucun des médias ayant participé à ces activités pourtant délictueuses n’aura à connaître une fermeture administrative ; aucun de ceux-ci n’aura été poursuivi en justice.

Une thèse n’est bien bâtie qu’à partir du moment où elle se fonde sur des faits, et non pas sur des contradictions. Celui qui souhaite toucher du doigt l’absolue liberté d’expression que la société et l’Etat vénézuélien accordent aux moyens de communication de ce pays, n’a qu’à s’informer lui-même y compris sommairement, de son contenu. Ce n’est pas difficile. Il peut le faire quotidiennement, à travers -entre autres possibilités- la consultation de la page Web de la Organisation of American States.

Les médias vénézueliens répètent à l’envi et sans entrave aucune, que le gouvernement du Venezuela serait tyrannique ou autoritaire. C’est un mensonge. Pourtant, en date du 21 mars 2014 El Nacional exposera en page 8 et sur 5 colonnes, l’opinion de Marco Rubio, sénateur de l’Etat de Floride. Ce dernier annoncera sans embages que « le Venezuela vivrait sous la tyrannie ». Il n’est qu’à réfléchir un peu. Quel type de tyrannie permettrait qu’un quotidien la qualifie ainsi ? Le même jour, El Universal imprimera (page 1-7) : « Marquez : Nicolas Maduro est natif de Bogota. C’est un fait irréfutable». Il faudrait pouvoir expliquer quel genre de « dictateur » tolérerait que l’on émette des doutes sur sa propre nationalité ; et que l’on en déduise « que son élection à la tête de l’Etat vénézuélien serait nulle et non avenue ». Ce même jour également, les journaux les plus importants du pays relaieront l’appel de Leopoldo Lopez à un « rassemblement national contre la dictature et pour la liberté ». Or, existe-t-il une seule dictature au monde qui permettrait que l’on diffuse cette proclamation à l’échelle nationale ? Qui plus est, un appel à le renverser ?

En possession de ces éléments d’information, le lecteur ne s’étonnera aucunement que le 18 février, El Universal, publiera en page une de son volet 3 ce qui suit : « Les étudiants ont dénoncé la censure en s’adressant à Conatel (Commission Nationale des Télecoms) ». Quel gouvernement pratique la censure de telle façon que l’on puisse accéder librement aux protestations émises contre elle ? Il est inutile de multiplier les exemples, que le public a la faculté de glaner jour après jour au hasard de n’importe quel kiosque à journaux, écran de télévision ou radio allumée dans les transports en commun ou le bar d’à côté. Une part notable des communicants venezueliens se situent non seulement bien loin de la vérité, mais toute forme de honte et de scrupule leur sont étrangers.

La censure existe-t-elle au Venezuela ? Oui, en effet. Elle est le fait d’une partie des médias nationaux et internationaux qui en use pour occulter ce qui en réalité se passe dans le pays ; privant ainsi de son droit à l’information l’immense majorité silencieuse dans le monde entier. Une dictature règne-t-elle au Venezuela ? Oui, en effet. Une dictature médiatique qui prétend imposer des tyrans du style de Carmona Estanga (chef du patronat putschiste qui avec l’appui de militaires de droite déposa Chavez brièvement en 2002, NdT), ou des énormités de ce genre : ¨le Venezuela est confronté à une guerre civile. Pour quelle raison mentent-ils ? Munis d’un tel bagage éthique, ils prétendent s’imposer comme des acteurs politiques à part entière, déposer ou désigner des mandataires, s’interposer auprès d’organismes internationaux -qui s’occupent de pays qui eux, commettent des fraudes semblables- et porter des accusations contre le Venezuela. C’est le plus grave.

Hégémonie des moyens de communication privés.

image_previewAvec la même indifférence pour la vérité qui leur permet d’imposer l’allégation selon laquelle une dictature sévirait au Venezuela, ils soutiennent que l’Etat exerce une hégémonie sur le plan de la communication. La réalité est diamétralement opposée à ce qu’ils affirment. En 1998, 80% des stations de télévision et 97% du secteur de la radio-diffusion (FM) relevaient du secteur privé. Par ailleurs, les moyens de communication communautaires étaient inexistants. Ces medias aux mains du privé, se caractérisaient par une haute concentration de la propriété, tant sur le plan horizontal que vertical.

En 2014, pas moins de 2896 medias opèrent au Venezuela. 2332 d’entre eux sont des entreprises privées. 65,18% appartiennent au secteur privé ; 30,76% dépendent du secteur communautaire ; et à peine 3,22% de l’ensemble, ressortissent au service public. 

La multiplication des médias communautaires s’impose comme le changement principal. A travers eux, c’est l’ensemble de la société qui accède à la communication. Il faut ajouter que la grande majorité d’entre eux est pourvue d’une portée restreinte et leur temps de vie est limité.

Dans le domaine de la radio-diffusion, 1598 émetteurs appartiennent au secteur privé, 654 dépendent du domaine communautaire et à peine 80 d’entre eux relèvent du service public.

 Quant aux canaux de télévision en signal ouvert, 55 d’entre eux relèvent du secteur privé, 25 du secteur communautaire ; alors que le service public contrôle à peine 8 d’entre eux.

La quasi totalité de ces medias privés se situent dans l’opposition. Par conséquent, prétendre que l’Etat en serait à exercer son hégémonie dans le domaine de la communication, en s’appuyant sur les faibles moyens dont il dispose, est une affirmation infondée qui suffit à disqualifier celui qui la propage. Le bolivarisme exerce toutefois une évidente hégémonie. Non pas en terme quantitatif, mais en ce qui concerne le message qu’il formule. Un message qui postule la démocratie face à la dictature, l’égalité face au privilège, la tolérance en lieu et place du racisme, l’éducation gratuite et la sécurité sociale pour tous. Tout cela est bien évidemment préférable à celui qui soutiendrait le contraire. C’est la raison pour laquelle cette politique assure de solides majorités électorales à ceux qui la préconisent et l’appliquent.

L’accès à l’information.

Certains médias soutiennent la thèse selon laquelle l’Etat ne leur fournirait pas les informations qu’ils attendent de lui, et/ou ne les invite pas lors des événements qui lui en permettraient la pleine diffusion. Il convient tout d’abord de signaler que si l’on considère que pas moins de 3000 médias de communication sont en activité sur le sol vénézuélien, il semble extrêmement difficile pour l’Etat de transmettre à chacun d’entre eux les informations requises. D’autant plus que certains d’entre eux, emploient des dizaines, voire des centaines de personnes. A cela, il faut ajouter que la déformation systématique de la teneur des déclarations et des données émanant du secteur public, justifie si besoin était, de traiter avec circonspection les exigences que les medias privés formulent. Il en est ainsi par exemple, de diverses pages d’Internet -anonymes ou dont la source se trouve à l’extérieur des frontières- dédiées à la diffusion de supposés taux de cotation du dollar ou de l’euro. L’intention étant de provoquer la dévaluation de la monnaie nationale. En vertu des articles 5 et 12 de la loi relative aux transactions illicites en matière de change (17 mai 2010), une centaine de pages internet destinées à diffuser ces informations fallacieuses et visant à déstabiliser l’équilibre de la monnaie nationale, ont été bloquées.

Les chiffres réels de l’insécurité.

Dans d’autres cas, les médias privés diffusent des informations au contenu volontairement exagéré, ou simplement fausses et sans fondement. L’Etat s’employant quant à lui, à divulguer des chiffres et données bien plus fiables. Se basant sur des enquêtes de « perception » de l’insécurité, des organisations non gouvernementales telles que l’Observatorio Venezolano de Violencia aboutissent à des résultats plaçant le taux d’homicide pour 100 000 habitants, à une hauteur oscillant entre 73 et 75,8. Cherchant à amplifier le sentiment d’insécurité, il ajoutera aux chiffres des victimes de la violence, les personnes ayant perdu la vie dans les accidents de la route ou du travail ; et abordera par ailleurs sous un angle sensationnaliste la question des délits.

A l’opposé, le ministre de l’Intérieur et de la Justice Miguel Rodriguez Torres, a tenu à préciser que le taux réel des homicides (2013) s’élève en fait, à 39 pour 100 000 habitants. Divisant ainsi par deux, les données que les médias privés ont rendu publiques. Cela dit, les données falsifiées ayant trait à l’insécurité sont la clé de voûte de la campagne de propagande menée par l’opposition. La manifestation du 12 février 2014, qui déclencha tout un tragique déchaînement de violence, était initialement destinée à… protester contre l’insécurité.

Il semble bien que notre pays soit la victime depuis 5 ans, d’une opération de Guerre Psychologique basée sur la question de l’ « insécurité ». Elle aura consisté à instaurer un climat de panique, à susciter divers types de violence. Et ce, afin de donner corps au renversement du gouvernement bolivarien démocratiquement élu, par le recours à la terreur. Celui-là même qui aura vu 75% des municipalités voter en sa faveur en décembre 2013 et qui bénéficiera d’un avantage de 10 points et demi du total des votes sur l’opposition.

Les médias vénézuéliens et la légitimation du terrorisme.

Dans un quartier huppé de Caracas, une mise en scène destinée à l'opinion publique internationale. L'image de ces jeunes "guarimberos" d'extrême droite, alliée à l'occultation des marches pacifiques d'une majorité de vénézuéliens défendant de leur choix électoral, a produit une inversion du réel sur les petits écrans occidentaux.

Dans un quartier huppé de Caracas, une mise en scène destinée à l’opinion publique internationale. L’image de ces jeunes "guarimberos" d’extrême droite, alliée à l’occultation des marches pacifiques d’une majorité de vénézuéliens défendant de leur choix électoral, a produit une inversion du réel sur les petits écrans occidentaux.

Au Venezuela, une violence terroriste se manifeste sous la forme de barrages routiers, d’assassinats prémédités dont les habitants de moins d’une douzaine de municipalités sont les victimes. Cette violence est suscitée en sous-main par des maires et des polices locales se situant dans l’opposition. Les véritables raisons en sont falsifiées. Les médias appuient et promeuvent cet ensemble de phénomènes, en prétendant qu’il s’agit là d’un « soulèvement social », « pacifique » à l’« échelle nationale ». Les violences seront mises en avant lorsqu’elles seront le fait d’infiltrés ou des membres de « collectifs ». Nous allons nous pencher sur le traitement biaisé et tendancieux de ces événements. Le dirigeant du parti minoritaire Voluntad Popular, Leopoldo Lopez qui était déjà de ceux qui participèrent au coup d’Etat d’avril 2002, s’exprimera en ces termes (janvier 2014) dans les médias : « Qu’ils s’en aillent tous, ceux qui détiennent les rênes du pouvoir au niveau national doivent faire l’objet d’un changement total et profond ». Le même, ajoutera quelque temps après : « Nous souhaitons lancer un appel aux Vénézuéliens (…) à ceux qui nous soutiennent. Nous invitons le peuple vénézuélien a dire "basta ya". (…) L’objectif dont il faut discuter : "la sortie (du président)". Quelle est le type de sortie que ce désastre implique ? ». Celle qui consiste à persister dans la voie menant à la violence. Il insistera sur ce point, tout en incitant ses acolytes à y recourir : « Je lance un appel au pays afin que l’on maintienne et que l’on augmente la pression jusqu’à ce que la dictature soit brisée ». (Salim Lamrani, « 25 verdades sobre a manifestaçoes na Venezuela », Opera mundi, et « Opositor Leopoldo Lopez pide a venezolanos aumentar presion "hasta quebrar la dictadura" », 19 de março de 2014).

Le 13 février 2014, Notitarde écrit en page 1 : « Des infiltrés émaillent de violence les marches étudiantes ». (Sauf indication contraire, les citations qui vont suivre relèvent également de « unes »). Le même jour, Ultimas noticias titrera : « Juan Montoya, d’un collectif du 23 Janvier et Basil da Costa, étudiant de la Humboldt, sont tombés à la Candelaria ». El National déploiera le titre suivant : « des éléments violents ont attaqué la Manifestation pour la Paix ». Ce journal se gardera bien d’expliquer comment il est possible d’en appeler à « la Paix », pour faire en sorte qu’un Président élu « s’en aille immédiatement ». Le Carabobeno quant à lui, cherchera à légitimer ce qui est arrivé, en ayant recours au bandeau « visionnaire » suivant : « La protestation est dans la rue ». Au même moment, El Universal mentira également en affichant à sa « une » : « Dans tout le pays, la jeunesse s’est mobilisée », confondant ainsi un secteur du quartier La Candelaria avec la totalité du Venezuela. Afin de semer un peu plus la confusion, il affirmera en outre, que « des membres des collectifs proches du pouvoir, ont tiré contre des personnes rassemblées avenue Universidad ». Ce faisant, il jettera les bases d’une affirmation infondée qui sera reprise à l’envi par les médias, de longues semaines durant : « dans tout le pays » (alors que tout cela s’est déroulé sur le territoire d’une municipalité),une manifestation « pacifique » (dans le sillage de laquelle des édifices et des véhicules ont été incendiés), aurait été la cible de tirs du fait de « collectifs ». C’est à partir de cette configuration d’ensemble, que la présence (imaginaire) de groupes armés bolivariens sur le terrain prendra corps.

En fin de compte, est-il nécessaire de poursuivre cette analyse indéfiniment ? A travers elle, il est possible d’obtenir la confirmation de l’existence d’une atteinte durable à la vérité de l’information, et ce lorsqu’il s’agit d’affirmer que le gouvernement serait d’essence dictatoriale ou tyrannique (bien qu’étant démocratiquement élu) ; de l’exercice d’une censure (bien qu’elle n’entrave en aucune manière la diffusion de ce genre d’allégations). Tout cela accompagne les prétentions d’une opposition bien décidée à rechercher une « issue », par le biais de l’instauration d’un « gouvernement de transition » inconstitutionnel. Ce serait des groupes « non violents » (qui entravent par la violence la circulation à l’aide de barrages routiers, et qui assassinent tous ceux qui entendent bien déplacer ces obstacles) qui opéreraient sur l’ensemble du « territoire national » (alors qu’ils ne représentent qu’un petit nombre de groupes terroristes, agissant sur le territoire d’une poignée de municipalités se situant dans l’opposition).

C’est en ces termes que les médias défigurent la réalité des faits. Ceux-là même qui feignent d’être confrontés à une ¨guerre civile.¨ Qui servirait le cas échéant, de prétexte au déclenchement d’un coup d’Etat, à une invasion étrangère ou à une sécession du territoire national, alors que la réalité du Venezuela, pour paraphraser l’écrivain colombien William Ospina, voit les pauvres se réjouir, et les riches protester.

Une présentation erronée de la violence terroriste comme forme de protestation sociale.

medios 11a

La campagne des médias privés en faveur du coup d’État contre Hugo Chavez (avril 2002)

A la défense et illustration du coup d’Etat « médiatique » (2002) ; au lock-out patronal accompagné du sabotage du secteur de l’industrie pétrolière (2002/2003), il convient d’ajouter le fait que les médias venezueliens s’emploient à promouvoir la violence terroriste, en tant qu’elle serait une forme supposée de protestation sociale. L’emploi de la violence, et le recours à la désinformation et au terrorisme tendent à atteindre un objectif politique illégitime. Dans cette perspective, une partie de l’opposition vénézuélienne s’attelle à la tâche visant à user de violence, mais aussi à abuser de la désinformation. Et ce, dans le dessein de renverser le gouvernement démocratiquement élu de Nicolas Maduro et de lui substituer un « gouvernement de transition » pour lequel personne n’aurait voté. Tous ceux qui ont suivi de près les agressions violentes dont le Venezuela aura été le théâtre, et la manière dont la presse les aura abordées, ont su en discerner les caractéristiques suivantes :

1 – à l’instar de la marche du 11 avril 2002, la violence inhérente à celle qui se sera déroulée le 12 février, aura été préparée et planifiée par l’opposition. Le 11 février 2014, Venezolano de Television a rendue publique la teneur d’un échange téléphonique entre les tenants de l’opposition que sont Fernando Gerbasi et Carratu Molina. Il spécifiait que le rassemblement prévu le jour suivant (12 février) devrait être émaillés d’actes de violence s’inspirant du 11 avril (2002). Pour ce faire, ils déclarent disposer d’un fond d’un montant de 120 000 millions de bolivars pour les financer.

2 – dans un premier temps, les actes terroristes se focalisèrent en 19, puis en 9 points, pour se concentrer sur le territoire de certaines des municipalité à la tête desquelles se trouvent des maires de l’opposition où la classe moyenne/à moyenne supérieure est hégémonique par rapport aux secteurs populaires. Quelque-unes d’entre elles se situant par ailleurs, à l’intérieur de zones frontalières sous influence du paramilitarisme colombien. Mais il est utile de le répéter, elles correspondent à d’infimes portions de territoire au regard des 335 divisions communales constitutives du Venezuela. Les zones urbaines ¨selec¨t – telles que le Country Club ou La Lagunita – habitées par les classes sociales particulièrement aisées n’ont pas connu de perturbations du type barrage. Et on n’osa pas fomneter ces violences dans les zones populaires. Comme le notera à la une, Ultimas Noticias (23 février 2014) : « les zones populaires n’ont pas fait de guarimbas (barrages)».

3 – Les maires de l’opposition et leurs polices municipales respectives ont appuyé les troubles et protégé les violences à un point tel que des agents de la Police de Chacao ont assassiné un agent des services de la sûreté bolivarienne en ouvrant le feu sur lui. Ce dernier avait procédé à l’arrestation de l’un des éléments violents. Répondant à la demande de riverains ayant été les victimes de barrages, il aura été nécessaire au Tribunal Suprême de Justice -par une sentence en date du 17 mars-de rappeler à leur devoir les maires ; de se mettre en conformité avec la Constitution et avec les dispositions légales leur ordonnant de garantir le droit à la circulation de chacun, là où les voies de communication étaient bloquées. Etaient concernées les villes et les édiles suivants : Chacao (Ramon Muchachos) ; San Diego (Vicencio Scarano) ; San Cristobal (Daniel Ceballos) ; El Hatillo (Davis Smolanski) ; Baruta (Gerardo Blyde) ; Lecherias (Gustavo Marcano).

4 – Le lendemain du jour qui aura vu le Tribunal Suprême de Justice rendre sa sentence, les violences (et les barrages) supposément placés sous le signe de spontanéité, ont quasiment tous cessé. C’est-à-dire à partir du moment où les éléments à l’origine de ces actes, ne purent plus compter sur la protection des polices locales/municipales. Exception faite de San Cristobal dont le maire (Daniel Ceballos) fera l’objet d’un mandat d’arrêt pour rébellion et complot, et de Vicencio Scarano qui sera condamné à 10 mois et 15 jours de prison pour outrage à l’autorité, et refus d’appliquer la sentence initiale.

5 – Les activistes usant de violence sont présentés par les médias comme de « jeunes étudiants ». Cependant des adultes cagoulés, notamment paramilitaires et mercenaires étrangers, se feront passer pour eux. D’ailleurs, le 14 mars, Nicolas Maduro déclarera que sur les 1529 personnes détenues à l’issue d’un mois de violences, seulement 558 d’entre elles -c’est-à-dire 1/3 de celles-ci- sont réellement des étudiants. Elles seront toutes libérées, hormis 105 individus contre lesquels seront appliquées des mesures de privation de liberté, du fait qu’au moment de leur arrestation, ils se trouvaient en possession d’armes à feu. Par ailleurs, des cinq détenus ayant été appréhendés par le corps de sécurité de l’Université Centrale du Venezuela, aucun ne possédera la qualité d’étudiants. Et celui qui l’est, est issu de l’Université privée Santa María. Il convient d’ajouter que plus de 9 millions et demi de vénézuéliens sont à l’heure actuelle étudiants. C’est-à-dire à peu près 1 sur 3. Ce qui signifie que si cette population étudiante était hostile à la Révolution bolivarienne, celle-ci n’aurait pas remporté les élections de mars et décembre 2013 et n’aurait pas pu résister à cette flambée de violence.

violncia-escualida-fusil6 – Au lieu de manifester pacifiquement, les éléments violents cagoulés ont incendié une centaine de véhicules de transports collectifs et alimentaires. Ils ont également procédé à la destruction totale ou partielle d’édifices publics, de stations du Metro, des sièges de 15 universités gratuites, sans oublier les installations électriques et téléphoniques. Ils ont ouvert le feu contre la population et à maintes reprises – dans le dos – contre celles et ceux qui participaient aux manifestations. Ils ont élevé des barrages routiers sur le territoire des communes dont les maires se situent dans l’opposition ; employant la force, ils ont empêché les riverains de circuler, allant jusqu’à les séquestrer dans leurs propres lieux d’habitation. Ils les ont intoxiqué en mettant le feu aux immondices ; ils sont responsables de la destruction d’un millier d’arbres et de divers panneaux de signalisation. Et pour finir, ils se sont employés à verser du gasoile dans les adductions d’eau potable.

7 – Les terroristes ont abandonné les multiples obstacles qu’ils laissèrent sur la voie publique, et ont assassiné à distance -par tirs d’armes à feu- les personnes ou les représentants des autorités (notamment des policiers ou gardes nationaux) qui tentaient de les déplacer.

8 – Les terroristes cagoulés ont eu recours aux menaces, aux agressions physiques et jusqu’à l’assassinat de personnes -tirs à la tête et dans le dos- après les avoir attiré dans des pièges qu’ils leur avaient tendus. Leur parcours les mena finalement au pillage et au rançonnage.

9 – Ils s’approvisionnent en argent, produits alimentaires, vêtements imperméables à capuches ; en substances incendiaires et explosives, mais aussi en armes dans des stocks organisés non loin des lieux où les troubles se déroulaient, et installés dans des zones relevant de la juridiction des communes dont les maires sont liés à l’opposition.

10 – l’activisme des terroristes s’imposa 4 semaines durant. C’est un laps de temps inusuel pour des manifestations spontanées. A l’évidence, elles auront fait l’objet d’une préparation et d’une coordination sur le plan organisationnel ; bénéficié d’un entraînement et d’un financement à grande échelle.

11 – Les terroristes ont utilisé des armes à feu, munies de lunettes à visée laser. Le plus souvent gantés, ils se déplaçaient suivi d’«anges gardiens», qui s’employaient à recueillir les douilles. Et ce, afin d’empêcher toute identification des armes employées. Ils ont par ailleurs usé du maniement de divers engins afin de rendre inutilisables les pneus des véhicules. Ils ont également eu recours aux grenades à fragmentation, et ont tendus divers pièges contre des personnes. Le 24 février, un terroriste du Medio Oriente a été capturé. Il s’agit de Mokded Mokde. Le gouverneur Tarek el Aisami a déclaré qu’il existait contre lui des « preuves convergentes de son implication, en vue de la réalisation d’actes terroristes » (Ciudad CCS 25-2-2014,p.4). Un autre terroriste d’origine chinoise celui-là, a été arrêté en possession d’un arsenal, et placé en détention. Le 1er avril, Tarek el Aissami a annoncé via la chaîne Venezolana de Television la confiscation d’un autre arsenal (explosifs, substances incendiaires, et détonateurs pourvus d’un mécanisme à déclenchement différé). De plus, fin mars les observateurs constateront une inhabituelle concentration de para-militaires. C’est la division administrative frontalière du Departamento Norte de Santander qui sera concerné. Le président Maduro a par ailleurs annoncé l’emprisonnement de 3 généraux d’aviation. Une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur leur participation présumée à la préparation d’un coup d’Etat. Aucun de tous ces individus impliqués n’est étudiant.

12 – Le décompte des victimes et le bilan qui en découle, dément formellement l’allégation selon laquelle ces diverses actions auraient été « pacifiques ». En date du 29 mars, 6 membres des gardes nationales et 19 personnes sont tombés sous les tirs. Tout laisse supposer que ces coups de feu ont été tirés des rangs des manifestants de l’opposition. Au total, 25 compatriotes ont été atteints. 7 personnes ont perdu la vie dans des accidents qui ont été causés par les barrages routiers que des manifestants ont installé. Du fait de cette entrave à la libre circulation, 2 d’entre elles sont mortes, faute d’avoir pu être transportées à temps vers les centres de secours. Une octogénaire a été victime d’un infarctus. Son lieu d’habitation ayant été investi par les manifestants de l’opposition. L’un de ces derniers est mort à la suite de la manipulation inappropriée d’un mortier. Un autre s’est électrocuté après avoir tenté de rétablir une barricade. Cela dit, 3 riverains seulement sont décédés des suites de coups de feu probablement tirés par des agents de la force publique. Un autre est tombé, victime d’un tir issu des rang de la Garde Nationale. En tout, 14 fonctionnaires font l’objet d’enquêtes relatives à ces événements. 5 des personnes ayant eu à voir avec ces événements possède réellement la qualité d’étudiants. L’âge des victimes quant à elles, avoisinent les 30 ans en moyenne. Il semble par conséquent, que la participation des étudiants et des jeunes à ces actes, est loin d’être prépondérante. Au 24 mars, on a enregistré le nombre de 461 blessés. 143 de ceux-ci -c’est-à-dire 1/3 de l’ensemble- sont des policiers ou des gardes nationaux.

Les actions de ces groupes terroristes ne peuvent en aucune manière obtenir l’assentiment du corps social. Selon diverses enquêtes réalisées (notament par la firme privée Interlaces), 87% des vénézuéliens rejettent les « guarimbas »(« barrages »). Les commentateurs de l’opposition tels que Carolina Espada et Milagros Socorro les condamnent également en des termes dévastateurs. Le maire de l’opposition Carlos Ocariz (Municipio Sucre de l’Etat Miranda) confiera à El Universal : « ceux qui sont à l’origine des guarimbas, se situent en situation de faiblesse -ils soustraient – et n’additionnent pas ». (2 mars 2014).

13 – Aussi incroyable que cela puisse paraître, les terroristes ne proposent aucun programme, aucun projet d’ensemble et n’avancent pas de revendications précises. La seule exigence (inconstitutionnelle) qu’ils émettent : imposer par la force la « sortie » du gouvernement issu des élections, et lui substituer un « gouvernement de transition ». le tout étant assorti du slogan « Maduro va-t-en maintenant ». C’est en ces termes qu’ils se présentent aux médias nationaux et internationaux qui couvrent -d’une manière bien opaque- les événements en cours.

14 – En tant que telles, ces actions terroristes n’ont pas de buts réellement affichés. Il s’agit uniquement -à l’intention des médias- de jeter les bases d’un scenario de « guerre civile » (supposée), qui ne touchent en réalité qu’une petite minorité des 335 municipalités du Venezuela.

15 – Sur le plan pratique, tactique et logistique ces actions terroristes n’ont rien à voir -ni de près, ni de loin- avec un mouvement qui serait à dominante étudiante, et qui mobiliserait la jeunesse.

L’appui des médias étrangers au terrorisme.

"Vous m'entendez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

"Vous m’entendez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

Jamais au monde, aucun mouvement de la « jeunesse » n’aura bénéficié d’un soutien aussi empressé, suspect et systématique, que celui qui émane de la Sociedad Interamericana de Prensa (SIP) (laquelle avait déjà été trés active dans la campagne internationale contre le gouvernement Allende peu avant le coup d’État de Pinochet en 1973). La SIP a demandé à ses patrons de médias affiliés qu’ils consacrent quotidiennement au moins une page pour dénigrer le gouvernement du Venezuela. L’immense majorité des medias privés n’est pas en reste, qui met au pinacle les actions délictuelles de l’opposition, et passe sous silence les massives et convergentes manifestations pour la paix qui mobilisent l’immense majorité du peuple « bolivarien ».

Jamais au monde, aucun mouvement de la « jeunesse » n’aura bénéficié d’un soutien aussi assidu des 3 groupes de presse dominants d’Amérique latine : GDA (Grupo de Diarios de las Americas), ANDIARIOS (Asociacion de Editores de Diarios et Medios Informativos), PAL (Grupo Periodicos Asociados Latinoamericanos), qui regroupent à eux seuls, 82 journaux qui publient jour après jour leur page sur le Venezuela.

Bien évidemment, aucun mouvement étudiant ou de la jeunesse digne de ce nom, n’accepterait le patronage d’hommes tels que l’ex président colombien Uribe, intimement lié au secteur paramilitaire et responsable de crimes massifs contre l’humanité, qui s’emploie aujourd’hui à réunir un million de signatures en faveur du renversement du gouvernement légitime du Venezuela ; d’individus tels que le président en exercice de l’OEA, qui s’est immiscé dans les affaires intérieures du Venezuela en tentant de dépêcher sur place une commission d’enquête ; de personnes telle que le Haut Commissaire pour les Droits de l’Homme de l’ONU, qui attend du Venezuela que soient déférés devant la justice, les responsables des attaques contre les manifestants anti-gouvernementaux ; de responsables tels que le Secrétaire d’Etat états-unien, ou d’institutions telles que la Chambre des Représentants de ce même pays, qui déplore quant à elle « l’inexcusable violence exercée contre les dirigeants et les manifestants de l’opposition vénézuéliens ».

Il est frappant qu’aucun de ces groupes de presse, aucune de ces structures institutionnelles ne se soit prononcée en faveur de jeunes et d’étudiants tels que ceux qui au Chili -et ailleurs- réclament la gratuité de l’enseignement supérieur et subissent la répression de gouvernements néo-libéraux. Ni n’ont appuyé les mouvements des travailleurs colombiens en lutte contre le Traité de Libre Commerce. En revanche, ces corporations médiatiques ont toujours manifesté leur sympathie envers des interventions impériales contre des gouvernements démocratiques

Parallèlement aux actes de violence que les médias encensent d’une manière disproportionnée, ce sont uniquement les terroristes cagoulés qui s’attellent à justifier le recours à un coup d’Etat, qui en appellent à une intervention étrangère, ou qui soutiennent l’établissement d’un « territoire libéré » qui légitimerait la sécession des riches états (vénézuéliens) frontaliers.

A Valencia, dans le centre du pays, des étudiants de droite "pendent" des effigies de militants bolivariens, dans le plus pur style de la terreur du paramilitarisme colombien ou des cartels de la drogue mexicains.

A Valencia, dans le centre du pays, des militants de droite "pendent" des effigies de militants bolivariens, dans le plus pur style de la terreur du paramilitarisme colombien ou des cartels de la drogue mexicains.

Sous l'effigie d'un chaviste pendu haut et court, la dirigeante de droite María Corina Machado tient un discours dans l'État de Tachira (région sous influence des paramilitaires colombiens et des mafias de la contrebande, où ont débuté les violences de février 2014).

Sous l’effigie d’un chaviste pendu haut et court, la dirigeante de droite María Corina Machado tient un discours dans l’État de Tachira (région sous influence des paramilitaires colombiens et des mafias de la contrebande, où ont débuté les violences de février 2014).

Le terrorisme mercenaire.

A ce sombre tableau d’ensemble s’ajoute la conversation téléphonique entre le dirigeant de l’opposition Requesens et un complice. Cet échange porte sur l’abandon des activités subversives de certains terroristes, du fait qu’il aurait négligé de les dédommager totalement en retour de leurs actes de destruction (1000 bolivares par jour et 3000 bolivars/jour pour les motards). Nous n’approuvons pas particulièrement l’interception des communications privées, mais encore moins les mercenaires stipendiés pour assassiner des compatriotes.

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur et de la Justice Miguel Rodriguez Torres a rendu publique la nouvelle selon laquelle parmi les détenus on compte des paramilitaires. Ces éléments d’information aident à tracer les contours de la nébuleuse qui est à l’origine des actes terroristes. Ils en restituent la véritable nature. Et ils explicitent la persistance de traits spécifiques, qui rendent ces procédés totalement étrangers aux étudiants. Nous songeons à des actes tels que les assassinats sélectifs (balles dans la tête), les actions de sabotage à grande échelle, et la destruction aveugle des biens publics et privés.

Ces dix dernières années, nous nous sommes souvent inquiétés face à la politique d’infiltration des para-militaires. Lesquels supervisent les agissements de la pègre créole, tout en dominant les secteurs du commerce informel et de la contrebande d’aliments de médicaments et de carburant vers la Colombie et les Caraïbes; ils prélèvent également des impôts sur les ventes illicites, pratiquent le racket, et sont impliqués dans le trafic de personnes et de stupéfiants. Ils lavent des capitaux, régentent le secteur des casinos et des jeux d’argent, font l’acquisition d’entreprises de transport. Ils assassinent également des syndicalistes ou des leaders des comunes en construction, tant en milieu agraire, qu’en milieu urbain.

Bien qu’ils soient en tant que tels suffisamment préoccupants, il convient d’ajouter ce qui suit : les paramilitaires colombiens pénètrent d’une manière continuelle sur le territoire national. Selon des sources fiables, ces derniers prélèveraient également des impôts et des rançons. Cet état de fait concerne les états (vénézuéliens) frontaliers. En outre, feu le Président Hugo Chavez Frias avait annoncé que ces groupes auraient pris pied dans la capitale.

Les paramilitaires s’installent dans des zones populaires et recourent à l’argent du narcotrafic pour prendre la tête d’activités financières de type usuraire. Ils organisent le trafic de personnes, de drogue, des tueurs à gage. Ils s’intéressent de près au secteur illégal des jeux d’argent (loterie, casinos) et machines à sous installées dans les débits de boisson. Certains de ces groupes de para-militaires vont jusqu’à prendre le contrôle de lignes de transport. D’autres industries présentant un intérêt stratégique, ne sont pas délaissées.

En cas d’intervention, ces noyaux paramilitaires sont autant de têtes de pont potentielles. Ils en sont également la « cinquième colonne ». Ils pourraient être le détonateur qui déclencherait une guerre civile. Ils pourraient également être de ceux qui chercheraient à enrayer la mobilisation des secteurs populaires, s’il advenait qu’un conflit interne au Venezuela éclate. Une déstabilisation interne du type de celui qui a débouché sur le 13 avril 2002.

Il semble bien que nous nous trouvions confrontés à la concrétisation de ce scénario. Bénéficiant du soutien des polices municipales concernées, tout un réseau d’agents perturbateurs dont les principales municipalités gouvernées par l’opposition seraient autant de points d’appui, auraient la faculté de tenir sur pied durant un mois, forts de la présence d’un complexe maillage terroriste.

L'ex-président Uribe Alvaro Uribe, un des principaux soutiens financiers et paramilitaires, avec les États-Unis, de l'insurrection de l'extrême-droite au Venezuela.

L’ex-président Uribe Alvaro Uribe, un des principaux soutiens financiers et paramilitaires, avec les États-Unis, de l’insurrection de l’extrême-droite au Venezuela.

La liberté sur Internet.

L’Institut Presse et Societé soutient la thèse selon laquelle se serait l’exécutif national qui aurait fait appel à la capacité délibérative qu’accordent les réseaux sociaux à la population. Entre février et mars 2014, il a été affirmé que Twitter avait été bloqué partiellement. La société publique CANTV a nié toute responsabilité en la matière. De son côté l’entreprise twitter n’a jamais confirmé qu’un tel blocage ait jamais existé. En réalité le flux intense des deux parties n’a jamais cessé, le Venezuela étant un des pays du continent connaissant l’usage le plus élevé des réseaux sociaux, même si, en revancha, des miliers de compte de militants bolivariesn furent mystérieusement supprimés par Twitter durant 24 heures et une partie seulement rétablie aprés protestations des usagers.

S’exprimant sur ce sujet, le Ministère du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information, insiste sur le fait que « le Venezuela est à l’heure actuelle victime d’une stratégie relevant de la cyberguerre. En effet, toute une série d’attaques cybernétiques et informatiques cherche à pénétrer -pour la détruire- la plateforme des technologies de communication et d’information du gouvernement ». Durant ce laps de temps, « pas moins de 160 sites internet (hautement sensibes) du secteur public tels ceux de Pdvsa, des ministères de la Défense, des Finances, de la telefonica CANTV, et de la Commission Nationale des Télécommunications ont eu à subir des attaques systématiques visant à pénétrer leurs systèmes d’information respectifs. Et ce, afin de les rendre inutilisables ». Cette attaque a mis en péril 266 000 domaines publics et privés. Par ailleurs, certains des sites relevant du secteur public ont eu à subir pas moins de 10 millions d’attaques focalisées sur un temps restreint (quelques heures).

Au Venezuela, l’accès à Internet et aux réseaux sociaux est entièrement libre. Or, l’opposition use et abuse de ces technologies pour adresser au plus grand nombre des messages haineux et discriminatoires. Karen Rojas Mata écrira par exemple qu’il faut tuer tous ces maudits chavistes. Mayelis Colmenarez : Chaque fois que je croise des chavistes, j’ai envie d’avoir en ma possession un mitraillette et tatatatata, de les tuer. Oscary : je me sens mal à l’aise lorsque je vois un groupe de chavistes parlant de leur Président. Une seule envie me prend : sortir un fusil et les tuer tous.

A tout cela, se mêle la diffusion de rumeurs et de nouvelles infondées. Nous en voulons pour preuve les scènes de répression dont on a prétendu qu’elles se déroulaient au Venezuela alors qu’elles avaient été prises en Turquie, au Chili, en Egypte, en Espagne, au Brésil ou en Syrie ; les annonces ayant trait à de supposées ruptures d’approvisionnement ; les allégations prophétisant le collapsus de l’économie vénézuélienne ; les attaques médiatiques visant à déstabiliser la monnaie nationale ; la pure invention d’événements divers, mais aussi le recours à toute série de méthodes consistant à instrumentaliser l’outil Internet et les réseaux sociaux, et les associer par voie de conséquence, au terrorisme.

C’est dans ce contexte, qu’il faut interpréter l’émergence d’une xénophobie hystérique que dénoncera Eduardo Rothe dans son article « De la haine ». Partie prenante de l’actuel coup d’Etat prenant pour cible la démocratie vénézuélienne, la CIA (fidèle à elle-même) a intensifié -par le truchement des réseaux sociaux- sa campagne sur la ¨cubanisation¨ du Venezuela lancée il y a 10 ans. Elle a réussi à s’insinuer dans les cerveaux des opposants. Il en est ainsi du malsain Padre Palmar, mais aussi de la jeunesse dorée qui s’exprime sur twitter. Ils rapportent tous que des camions de transport de troupes cubains convergent sur Caracas ; ou que des officiers du G2 cubain seraint ceux qui donneraient les ordres à Fuerte Tiuna (complexe militaire et siège du Ministère vénézuélien de la Défense). La seule et unique preuve avancée, ce sont les photographies de soldats vénézuéliens, teintées de racisme. Car « Au Venezuela, nous n’avons pas de noirs aussi noirs que ceux-ci »…

Luis Britto García

Traduction : Jean-Marc del Percio

Original (espagnol) : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/venezuela-medios-de-comunicacion-y.html

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/13/venezuela-medias-et-terrorisme-par-luis-britto-garcia/ 

FiveThirtyEight se trompe sur le Venezuela, par Mark Weisbrot (CEPR, Washington)

Mark Weisbrot, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research in Washington DC (CEPR)

Mark Weisbrot, économiste, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research, Washington DC (CEPR)

Nate Silver, rendu célèbre par sa capacité à manier les données électorales pour projeter avec succès les résultats des élections aux USA, a lancé le mois dernier un nouveau blog – FiveThirtyEight.com. Ce fut un démarrage difficile, “quelque chose entre une déception et un désastre” comme Paul Krugman l’a écrit après son lancement, en constatant le mauvais traitement de certains éléments et des “affirmations basée sur l’emploi désinvolte et bâclé de quelques données, comme le dit la vieille expression, à la manière dont un ivrogne utilise un réverbère — comme support, non comme éclairage” dit Krugman.

Je laisse le lecteur juger si cette image s’applique à l’article publié dans FiveThirtyEight le 17 mars par Dorothy Kronick sur le Venezuela. Bien qu’il soit devenu banal de publier à peu près n’importe quoi sur le Venezuela du moment que ce soit négatif pour le gouvernement, au CEPR nous appliquons les mêmes mesures aux mêmes produits.

La thèse de l’article de D. Kronick est étrange. Tout en notant correctement que la polarisation politique au Venezuela épouse à l’extrême les coupures de classe, avec des groupes de haut revenu qui tendent à soutenir les protestations et les vénézuéliens de moindre revenu appuyant le gouvernement, l’auteur pose la question rhétorique : ¨pourquoi la division ?¨et répond :

Le désaccord sur la vision politique pour leur pays proviendrait en partie du fait qu’ils utilisent des références différentes pour mesurer le ¨chavisme¨ : alors que les chavistes comparent le Venezuela d’aujpurd’hui à celui d’avant la révolution, l’opposition compare la situation économique actuelle avec les récents développements dans le reste de l’Amérique Latine.

Je pense que l’auteure veut dire que le chavisme semble meilleur si on le compare à l’ère d’avant Chávez que si on le compare avec le reste de l’Amérique Latine. Il est très facile de répondre à la première partie : le PIB per capita a chuté de plus de 15 pour cent au cours des 20 années qui ont précédé Chávez (1978-1998). Cependant, il n’existe aucune preuve que les deux parties fassent ces comparaisons. Quels électeurs dans le monde jugent-ils leur gouvernement en se basant sur une comparaison avec ses voisins ? Si c’était le cas aux États-Unis par exemple, les taux d’approbation du président Obama seraient très élevés et les démocrates voleraient vers une victoire éclatante aux électiosn pour le Congrès en novembre grâce à la comparaison du niveau de revenu se ferait avec l’Europe, qui s’est comportée de manière bien pire dans sa récupération de la grande récession depuis 2009.

Voyons maintenant la comparaison entre le Venezuela et le reste de l’Amérique Latine. Est-il probant ou même logique d’évaluer la performance des gouvernements de Chávez (et de Maduro) depuis 1999, l’année où le premier a pris ses fonctions ? Pendant les quatre premières années le gouvernement bolivarien ne contrôlait pas la compagnie nationale pétrolière, qui compte pour 50 pour cent dans les ressources du gouvernement et pour 90 % dans les bénéfices de l’exportation. Cette compagnie était sous contrôle de l’opposition qui l’a utilisée pour saboter l’économie et pour lancer plusieurs tentatives de renverser le gouvernement. Comme le journaliste d’opposition Teodoro Petkoff l’a écrit par la suite, l’opposition vénézuélienne a suivi une stratégie de “prise de pouvoir militaire” de 1999 à 2003 (brièvement couronnée de succès lors du coup d’État d’avril 2002).  La dernière tentative de l’opposition pour prendre le contrôle de l’industrie pétrolière en décembre 2002 a provoqué une perte de 24 % du PIB, comparable au pire moment de la récession états-unienne. Elle a aussi mené à une forte chute permanente de la production des champs pétrolifères traditionnels du Venezuela.

Pour poser une question analogue en ce qui concerne les États-Unis : si Paul Ryan (congressiste républicain ultra-libéral, NdT) contrôlait la Réserve fédérale et augmentait les taux d’intérêt à 25 %, pour plonger l’économie américaine dans une grave récession alors que le président Obama était au pouvoir, Obama serait-il responsable des résultats de l’économie américaine au cours de cette récession ? Bien sûr, si vous êtes un opposant inconditionnel, vous pouvez blâmer Chávez pour tous ces dégâts en disant que s’il avait fait ce que ses adversaires politiques voulaient qu’il fît (au lieu d’accomplir le programme pour lequel avait voté les électeurs), alors il n’y aurait pas eu cet énorme sabotage de l’économie. Mais je ne voudrais pas mettre Dorothy Kronick ou Nate Silver dans cette catégorie.

Même si D. Kronick peut avoir d’autres raisons de tenir le gouvernement pour responsable des dommages économiques causés par ses adversaires, nous ne pouvons pas commencer à 1999. Le gouvernement a finalement obtenu le contrôle de l’industrie pétrolière en 2003. Mais reprendre la mesure à partir de 2003 ne serait pas juste non plus pour ceux qui critiquent le gouvernement, car cela reviendrait à mesurer la croissance depuis un point très bas. La façon juste de le faire est de recommencer en 2004, lorsque le PIB a rattrapé le niveau d’avant la récession. C’est une mesure valable des années Chávez/Maduro.

Si l’on regarde la croissance du PIB par habitant entre 2004 et 2013, l’image change de façon significative. Le Venezuela est le 12ème sur 20 pays latino-américains, et plus important encore pour la comparaison faite par D. Kronick, il égale la Bolivie avec une croissance du PIB annuel par habitant de 2,7 pour cent. (D. Kronick utilise la Bolivie comme une comparaison pour affirmer que le Venezuela ne s’est pas bien porté sous les années Chávez/Maduro).

Amérique latine: croissance annuelle, PIB par habitant 2004-2013 

lacgrowth

 Source: FMI.

L’auteure note la réduction de la pauvreté au Venezuela, mais pour une raison inconnue, ne la compare pas à celle des autres pays. Toutefois, si nous faisons cette comparaison, nous voyons que le Venezuela est la quatrième de 9 pays d’Amérique du Sud plus le Mexique dans le pourcentage de réduction de la pauvreté et aussi de l’extrême pauvreté; notons qu’il est en avance sur la Bolivie, la comparaison choisie par Kronick, et loin devant la moyenne de l’Amérique latine dans son ensemble. Cette mesure comprend le revenu mesuré uniquement en espèces; si nous devions mettre une valeur monétaire sur les augmentations de l’accès gratuit aux soins de santé, à l’éducation et au logement, le rang du Venezuela monterait de manière significative.

weisbrodt2

Source: CEPAL, Commission Économique Pour l’Amérique Latine (ONU).

Remarque: Les exposants se rapportent à des périodes de temps reflétées dans le graphique; (1) 2004-2012, (2) 2004-2011, (3) 2003-2011, et (4) de 2007 à 2012.

Le reste des comparaisons de Kronick ne prend pas en compte le niveau de vie. L’inflation est bien sûr devenue un problème grave au cours des 16 derniers mois, et si elle devait se poursuivre à ce rythme, elle pourrait nuire à la production, à l’emploi et éventuellement à la répartition des revenus. Cependant, nous ne pouvons pas affirmer que ce sera le cas; par exemple, l’inflation annuelle était de 39 pour cent en Février 2003, mais a baissé en février 2014. Donc, tout ce que nous pouvons faire actuellement pour une comparaison de ce genre est de comparer les mesures du niveau de vie et la protection sociale de 2004 à nos jours, avec les dernières données disponibles. Beaucoup de gens ne sont pas conscients de ce fait, mais l’inflation n’est pas une mesure du niveau de vie.

Pas plus que ne l’est le montant des réserves de liquidités détenues par le gouvernement central du Venezuela, qui est comparé avec la Bolivie dans cet article. Il n’est pas dit clairement pourquoi nous devrions penser que c’est un point de comparaison important, ou pourquoi les Vénézuéliens devraient s’en soucier. Selon le dernier rapport de Bank of America Merrill Lynch, les actifs liquides et semi-liquides de la banque centrale, de PDVSA, et d’autres avoirs du gouvernement totalisent plus de 50 milliards de dollars, ce qui est un montant tout à fait raisonnable de réserves par rapport aux importations du Venezuela (équivalent à la valeur d’une année). Et ce d’autant plus que la monnaie du Venezuela n’est pas directement convertible (il existe des contrôles de change). Il n’est pas clair pourquoi les réserves de trésorerie serait la mesure la plus pertinente pour la balance des paiements.

D. Kronick compare également la dette publique extérieure du Venezuela avec celle de la Bolivie, qui montre que celle du Venezuela est plus élevée, à environ 27 pour cent du PIB alors que la Bolivie en est à 16 pour cent du PIB. Bien sûr, ce n’est pas une mesure du niveau de vie soit, mais cela pourrait être pertinent si on considère que le Venezuela est confronté à une sorte de crise de la dette. Mais ce n’est pas le cas. Si nous comparons, il est important de souligner que la Bolivie avait un montant de dette extérieure à 10 pour cent de son PIB – due à la Banque interaméricaine de développement – qui fut annulée en 2007. Ce chiffre représente la quasi-totalité de la différence entre la la dette publique extérieure de deux pays. Ce fut Chávez, d’ailleurs, qui réussit à faire annuler la dette en poussant d’autres gouvernements d’Amérique du Sud à l’accepter (ce mouvement comprenait également l’annulation de la dette pour le Honduras, Haïti, le Guyana et le Nicaragua).

La comparaison de la réduction de la mortalité infantile entre le Venezuela et le reste de l’Amérique latine est aussi peu valide. D. Kronick mesure le pourcentage de réduction annuelle mais bien sûr, il est beaucoup plus facile de réduire la mortalité infantile de 1 point de pourcentage si vous êtes à 60 pour mille que si vous êtes déjà tombé à 18 comme le Venezuela. Comme l’explique le graphique ci-dessous, le Venezuela a commencé la période (ici vous pouvez utiliser 1999 ou 2004 comme ici, cela ne change pas la photo) avec le cinquième le plus bas taux de mortalité infantile et a terminé la période avec le sixième le plus bas taux de mortalité infantile.

weisbrodt4

Il y a d’autres comparaisons tout aussi peu pertinentes (par exemple, Kronick écrit que Chávez a remporté l’élection de 2012 par "seulement" 11 points d’avance, c-à-d moins que les autres titulaires) mais cela ne vaut pas la peine de les relever toutes. L’article illustre bien le commentaire initial que Krugman fait sur ce blog, celui d’utiliser (ou d’abuser) des chiffres sans cadre cohérent.

La comparaison avec la Bolivie, par exemple, aurait pu être instructive pour illustrer deux importantes erreurs de politique économique importantes faites par le gouvernement vénézuélien, si l’auteur avait disposé d’un cadre cohérent. Bien que la Bolivie n’avait nul besoin de 50 pour cent du PIB en réserves de liquidités, le gouvernement Morales a maintenu le taux de change bolivien très stable pendant sept ans. Les boliviens ont utilisé un flottement dirigé sans cible pré-annoncée, et accumulé suffisamment de réserves (tout en utilisant des contrôles de change) pour maintenir le taux de change dans une fourchette étroite. Le système du taux de change au Venezuela, en revanche, a été beaucoup moins stable et a rencontré des difficultés graves depuis un an et demi, avec une forte hausse du prix du dollar sur le marché noir et une forte augmentation conséquente de l’inflation.

La seconde comparaison intéressante entre la Bolivie et le Venezuela porte sur leur réponse à la crise financière et à la récession mondiales de 2008-09. La Bolivie – en partie à cause des plans déjà mis en route – disposait d’une large stimulation fiscale et a fini avec pratiquement la meilleure performance en termes de croissance de l’hémisphère en 2009. Le Venezuela a répondu avec des réductions de dépenses pro-cycliques et a donc connu une récession qui a duré un et demi (toute l’année 2009, plus de la première année de l’année 2010). Si le gouvernement vénézuélien avait adopté des politiques anticycliques, sa croissance durant la dernière décennie aurait été plus élevée que la Bolivie et en avance sur la plupart des pays de la région.

Bien sûr, si la tendance des 16 derniers mois devait se maintenir, l’économie vénézuélienne suivrait une autre voie et pourrait en effet afficher des résultats moindres que ceux des pays voisins dans son but affiché d’élever le niveau de vie des vénézuéliens. Mais l’auteure prétend que ceci s’est déjà produit sous les années Chávez/Maduro – et sur ce point, les données vont dans le sens contraire de ses affirmations.

Finalement, toute évaluation des années Chávez/Maduro devrait prendre en compte les milliards de dollars de coopération extérieure que le Venezuela a fournis à la région – un fait probablement sans précédent pour une économie de cette taille. Du point de vue d’un opposant, bien sûr, cela ne mérite aucun crédit. Mais quand on considère ce qui s’est passé avec les recettes pétrolières de cette époque qui ne furent pas réinvesties sur place, il y a ici une grande différence avec le fait de les transférer sur un compte en Suisse comme c’est le cas pour de nombreux alliés des États-Unis. D’un point de vue économique, humain et moral, cela mérite d’être pris en compte.

Mark Weisbrot

Source: CEPR

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/13/fivethirtyeight-se-trompe-sur-le-venezuela-par-mark-weisbrot-cepr-washington/

La vérité sur le Venezuela : une révolte des classes aisées, pas une « campagne de terreur » (The Guardian, Mark Weisbrot)

La rhétorique de John Kerry est déconnectée de la réalité sur le terrain, où la vie continue – même sur les barrages

Les images forgent la réalité et octroient un pouvoir à télévision et aux vidéos et même aux photos qui peuvent s’enfoncer profondément dans la conscience des gens sans même qu’ils s’en rendent compte. Moi aussi j’ai pensé que j’étais à l’abri de ces représentations répétitives du Venezuela comme un état défaillant pris dans les affres d’une révolte populaire. Mais je ne m’attendais pas à ce que j’ai vu à Caracas ce mois-ci : combien peu de la vie quotidienne semble être affectée par les manifestations et combien la normalité prévalait dans la grande majorité de la ville. Moi aussi, j’avais été happé par les images des médias.

De grands médias ont déjà indiqué que les pauvres du Venezuela n’ont pas rejoint les protestations de l’opposition de droite, mais c’est un euphémisme : ce ne sont pas seulement les pauvres qui s’abstiennent – à Caracas, c’est pratiquement tout le monde à l’exception de quelques zones riches comme Altamira, où de petits groupes de manifestants se livrent à des batailles nocturnes avec les forces de sécurité, jetant des pierres et des bombes incendiaires et fuyant les gaz lacrymogènes.

En marchant dans le quartier de la classe ouvrière de Sabana Grande au centre de la ville, il n’y avait aucun signe que le Venezuela est en proie à une « crise » qui nécessite une intervention de l’Organisation des États américains (OEA), et peu importe ce que John Kerry vous raconte. Le métro fonctionnait normalement aussi, même si je n’ai pas pu descendre à la gare d’Altamira, où les rebelles avaient établi leur base d’opérations avant leur expulsion cette semaine.

altamira1402143

Photos : manifestation de droite dans le quartier cossu d’Altamira. Slogans : "Maten a Maduro" ("Tuez Maduro") et "Viva el cancer" ("Vive le cancer", allusion a Chavez)

altamira14021412J’ai eu mon premier aperçu des barrages à Los Palos Grandes, une zone de revenus supérieurs où les manifestants ont le soutien de la population, et où les voisins s’en prennent à ceux qui tentent de démonter les barrages – une opération risquée (au moins quatre personnes ont apparemment été abattues en tentant de le faire). Mais même ici, sur les barrages, la vie est à peu près normale, à part quelques embouteillages. Le week-end, le Parque del Este était plein de familles et de coureurs en sueur dans la chaleur étouffante – avant Chávez, on m’a raconté qu’il fallait payer pour y entrer, et les résidents ici étaient déçus quand les moins bien lotis ont été autorisés à entrer gratuitement. Le soir, les restaurants sont toujours pleins.

Voyager permet plus qu’une simple vérification de la réalité, bien sûr, et j’ai visité Caracas principalement pour recueillir des données sur l’économie. Mais je suis revenu très sceptiques quant aux récits rapportés chaque jour dans les médias et selon lesquels les pénuries croissantes de produits alimentaires de base et des biens de consommation sont une motivation sérieuse pour les manifestations. Les gens qui sont les plus incommodés par ces pénuries sont, bien sûr, les pauvres et les classes ouvrières. Mais les habitants de Los Palos Grandes et Altamira, où j’ai vu de véritables manifestations, ont des serviteurs qui font la queue pour eux et ils ont les moyens et l’espace pour faire des stocks.

Ces gens-là ne souffrent pas – ils s’en sortent très bien. Leur revenu a augmenté à un rythme constant depuis que le gouvernement Chávez a pris le contrôle de l’industrie pétrolière, il y a dix ans. Ils bénéficient même d’une mesure coûteuse pour le gouvernement : n’importe qui avec une carte de crédit (ce qui exclut les pauvres et les millions de personnes qui travaillent ) a droit à 3000 $ par an à un taux de change subventionné. Ils peuvent ensuite vendre ces dollars à 6 fois le prix qu’ils ont payé, ce qui équivaut à une subvention annuelle de plusieurs milliards de dollars pour les privilégiés – mais ce sont eux qui fournissent la base et les troupes de la rébellion.

La nature de classe de cette lutte a toujours été évidente et incontournable, aujourd’hui plus que jamais. En passant devant la foule qui s’est présentée pour les cérémonies du 5 Mars pour marquer l’anniversaire de la mort de Chávez, c’était une marée humaine de Vénézuéliens de la classe ouvrière, des dizaines de milliers d’entre eux. Il n’y avait pas de vêtements de luxe ou de chaussures à $300. Quel contraste avec les masses mécontentes de Los Palos Grandes, avec leurs Jeeps Grand Cherokee à $40 000 affichant le slogan du moment : SOS VENEZUELA.

Quand il s’agit du Venezuela, John Kerry sait de quel côté de la guerre de classe il se situe. La semaine dernière, alors que je quittais la ville, le secrétaire d’État des États-Unis a redoublé de violence dans sa rhétorique contre le gouvernement, accusant le président Nicolás Maduro de mener une « campagne de terreur contre son propre peuple ». Kerry a également menacé d’invoquer la Charte démocratique interaméricaine de l’OEA contre le Venezuela, ainsi que des sanctions.

Brandissant la Charte démocratique contre le Venezuela est un peu comme menacer Vladimir Poutine avec un vote parrainé par l’ONU sur la sécession en Crimée. Peut-être que Kerry ne l’a pas remarqué, mais quelques jours avant ses menaces, l’OEA s’est saisi d’une résolution que Washington a présenté contre le Venezuela en l’a retourné contre lui, en déclarant « la solidarité » de l’organisme régional avec le gouvernement de Maduro. Vingt-neuf pays l’ont approuvé, seuls les gouvernements de droite de Panama et le Canada se sont rangés du côté des États-Unis.

L’article 21 de la Charte démocratique de l’OEA s’applique à l’ « interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique d’un Etat membre » (comme le coup d’état militaire de 2009 au Honduras que Washington a contribué à légitimer, ou le coup d’État militaire de 2002 au Venezuela, appuyé encore plus par le gouvernement des Etats-Unis). Compte tenu de son récent vote, l’OEA serait plus susceptible d’invoquer la Charte démocratique contre le gouvernement américain pour ses meurtres sans procès de citoyens américains par drones que de condamner le Venezuela.

altamira14021417altamira14021416

La rhétorique de Kerry sur la « campagne de terreur » est également déconnectée de la réalité, et de façon prévisible a provoqué une réaction équivalente du ministre des Affaires étrangères du Venezuela, qui a qualifié Kerry d’ « assassin ». Voici la vérité sur ces accusations de Kerry : depuis que les manifestations au Venezuela ont commencé, il semble que plus de gens ont été tués par des manifestants que par les forces de sécurité. Selon les décès signalés par le CEPR le mois dernier, en plus de ceux tués pour avoir tenté de démonter des barricades, environ sept ont apparemment été tués par des obstacles installés par les manifestants – dont un motard décapité par un fil tendu à travers la route – et cinq officiers de la Garde nationale ont été tués.

Opposante chilienne en 1973 : "Il faut chasser du Chili tous ces communistes et ce gouvernement marxiste de dégénérés, immondes. pourris, corrompus !”

Quant à la violence de la répression, au moins trois personnes semblent avoir été tués par la Garde nationale ou d’autres forces de sécurité – dont deux manifestants et un militant pro-gouvernemental. Certains blâment le gouvernement pour trois meurtres supplémentaires par des civils armés ; dans un pays avec une moyenne de plus de 65 homicides par jour, il est tout à fait possible que ces gens aient agi de leur propre chef.

21 membres des forces de sécurité sont en état d’arrestation pour abus, y compris pour certains des meurtres. Il n’y a pas de « campagne de terreur ».

Dans le même temps, il est difficile de trouver une dénonciation sérieuse de la violence des principaux dirigeants de l’opposition. Les sondages indiquent que les protestations sont très impopulaires au Venezuela, même si elles font beaucoup mieux à l’étranger où elles sont présentées comme des « manifestations pacifiques » par des gens comme Kerry. Les sondages indiquent également que la majorité des Vénézuéliens voient ces perturbations pour ce qu’elles sont : une tentative de renverser le gouvernement élu.

La politique intérieure de la posture de Kerry est assez simple. D’une part, vous avez le lobby de la droite cubano-américaine en Floride et leurs alliés néo-conservateurs qui réclament à cors et à cris le renversement du gouvernement. A gauche de l’extrême droite, il n’y a… rien. Cette Maison Blanche se soucie très peu de l’Amérique latine, et il n’y a pas de conséquences électorales à faire en sorte que la plupart des gouvernements du continent soient un peu plus dégoûtés de Washington.

Peut-être que Kerry pense que l’économie vénézuélienne va s’effondrer et que cela entraînera quelques Vénézuéliens pas-si-riches dans les rues contre le gouvernement. Mais la situation économique se stabilise – l’inflation a diminué en Février, et le dollar sur le marché noir a fortement baissé à l’annonce que le gouvernement mettait en place un nouveau taux de change, basé sur le marché. Les obligations souveraines du Venezuela ont eu un rendement de 11,5% entre le 11 Février (veille des manifestations) et le 13 Mars, soit le rendement les plus élevé de l’indice du marché Bloomberg en dollars des pays émergents. Les pénuries seront probablement réduites dans les semaines et mois à venir.

Evidemment, c’est justement là le problème principal de l’opposition : la prochaine élection est prévue dans 18 mois, et à ce moment, il est probable que les pénuries économiques et l’inflation qui avaient tellement augmenté au cours des 15 derniers mois auront diminué. L’opposition perdra alors probablement les élections législatives, car elle a perdu toutes les élections de ces 15 dernières années. Et la stratégie insurrectionnelle actuelle n’aide pas sa cause et semble avoir divisé l’opposition et réuni les chavistes.

Le seul endroit où l’opposition semble recueillir un large soutien est Washington.

Mark Weisbrodt

Traduit par Viktor Dedaj

Source: Le Grand Soir

Article original: The Guardian (anglais)

Des manifestants des quartiers huppés de Caracas (de peau blanche car descendants d’européens, souvent les plus radicaux au sein de l’extrême droite) se font prendre en photo devant les “singes chavistes” (monos chavistas). Ces gardes nationaux, chargés de défendre les transports et infrastructures publiques contre les destructions sont pour la plupart issus de la majorité populaire, métisse. Ces séances photo empreintes de racisme et qui s’accompagnent souvent d’insultes, de jets d’urine, se font en présence de photographes et caméramans de médias nationaux et internationaux qui guettent les réactions des gardes. Notons que si le gouvernement a fait arrêter une femme garde nationale (ainsi qu’une quinzaine de policiers) pour usage de la violence ou homicides, la quasi-totalité de ce corps armé est resté dans son rôle de contention pacifique, fait resté “hors champ” des médias internationaux.

bgy_qidceaawmuaawbylplnios_ricos_opositores

Vient de paraître "Ainsi parle Chávez"… ou les histoires du vendeur d’araignées

Ainsi parle ChavezLes arañas ce sont les petits gâteaux, en forme d’araignées, préparés par sa grand-mère et que Chavez vendait à la criée dans les rues de Sabaneta, sa ville natale. Voilà par où commence toute l’histoire…

Voici l’ adaptation française du livre "Histoires du vendeurs d’araignées" (Cuentos del arañero) publié en 2012 au Venezuela par le ministère du Pouvoir populaire pour la Culture. « Ainsi parle Chavez » est une sélection de ces Cuentos del Arañero pour le public francophone, avec une cinquantaine de textes, une petite chronologie et une préface d’Ignacio Ramonet, et c’est publié par l’éditeur Bruno Leprince.

Chavez n’est pas né avec une petite cuillère en argent dans la bouche. C’est justement sur cet épisode de sa vie que revient le premier texte du livre en français. Cela plante le décor : Chavez est né dans une famille pauvre. A sa naissance, ses parents étaient très jeunes ; ils travaillaient en tant qu’instituteurs intérimaires, qui gagnaient peu d’argent, et c’est pour cela que Chavez a été élevé par sa grand-mère paternelle, tout comme son frère Adan. Chez Rosa Ines, la grand-mère, les revenus du foyer reposaient essentiellement sur la vente des petits gâteaux.

Je voudrais citer Ignacio Ramonet qui nous a fait le grand plaisir de signer la préface du livre : « Chavez était un communicateur exceptionnel, ses discours étaient agréables et accessibles, illustrés d’anecdotes, de touches d’humour et même de chansons. Son admirable facilité de parole, il l’a probablement acquise dès ses années de vendeur de rue, bavardant et négociant avec d’éventuels clients à la sortie du cinéma, des magasins, du jeu de boules ou du combat de coqs. »

733924_499016033467268_2047322820_n

Oui on peut le rappeler, Chavez avait vraiment la tchatche comme on dit, et il avait ce don de dire tout haut ce que beaucoup d’entre nous pensons tout bas. Tout le monde se souvient de son discours à l’ONU en 2006, il avait osé dire en parlant du président Bush : « Hier le diable était ici, en ces mêmes lieux. Ca sent encore le soufre ici ! » Les discours de Chavez sont nombreux, percutants, passionnants.
Mais il fallait choisir. Et plutôt que de traduire des discours, j’ai choisi de traduire quelques unes de ces "histoires de vendeurs d’araignées" qui surgissaient au fil des « Aló Presidente », émission dans laquelle Chavez venait parler en direct de tous les sujets avec les Vénézuéliennes et Vénézuéliens, chaque dimanche pendant 13 ans.

Ces récits nous font entrer dans une autre dimension plus intime, plus personnelle et nous permettent de découvrir l’homme Hugo Chavez attachant, généreux et combatif jusqu’à la mort qu’il a frôlée plus d’une fois, préoccupé jusque dans ses tripes par le sort des plus démunis, soucieux d’égalité et de dignité pour son peuple.

Voilà, ce petit document est un véritable témoignage historique dans lequel on sent flotter un esprit de lutte, de solidarité, d’internationalisme et d’optimisme permanent. C’est l’expression de la révolution bolivarienne en marche, portée par Chavez et par tout un peuple qui s’est enfin senti représenté.

C’est aussi le premier tome de la collection « Amérique bolivarienne » : un clin d’œil pour rappeler à tous ceux qui l’oublient trop souvent, par la magie du langage courant dominant, que l’Amérique est un continent qui commence au Nord au Canada et descend au Sud jusqu’à la Terre de feu. « Amérique bolivarienne » pour souligner qu’aujourd’hui plusieurs gouvernements et plusieurs peuples américains ont décidé de s’unir, pour faire progresser le rêve d’unité du Libertador Simon Bolivar.
Le prochain tome de cette collectionsera consacré à des textes du président bolivien Evo Morales.

Notre intention était de faire un livre très abordable et accessible à tout public : j’espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j’en ai eu à le traduire. Pensez à l’offrir à vos amis français ou francophones : c’est un outil contre la désinformation !

Karine Alvarez

Ainsi parle Chávez
128 pages, format 12 x 17 cm – 6 e
Disponible en librairie
Éditions Bruno Leprince, 62, rue Monsieur Le Prince 75006 Paris – http://www.graffic.fr/amerique-bolivarienne/145-ainsi-parle-chavez-9782364880917.html

Contact presse : 01 44 41 37 23 – presse@graffic.fr

Miguel Littin tourne «Allende, ton nom a le goût de l’herbe» au Venezuela.

Roulés dans la farine par une campagne médiatique sans précédent*, les occidentaux ignorent que l’insurrection de la droite vénézuélienne contre des élections qui ont favorisé la gauche – insurrection menée par une minorité d’étudiants riches, militants d’extrême droite, paramilitaires colombiens, trois généraux de l’aviation et de nombreux formateurs de la CIA, n’est qu’une réplique du coup d’État mené contre la révolution de Salvador Allende, il y a 41 ans. La nouvelle présidente chilienne Michele Bachelet a dénoncé avec la quasi-totalité des mouvements sociaux et des gouvernements latino-américains “les minorités violentes qui cherchent à renverser un gouvernement libremement et démocratiquement élu au Venezuela”. Le hasard fait qu’alors que l’empire contre-attaquait au Venezuela, le cinéaste chilien Miguel Littin était en train d’y tourner son prochain film intitulé “Allende, tu nombre me sabe a hierba”. Témoignages recueillis à Caracas lors d’un break de tournage par l’équipe du Correo del Orinoco.

 

Traduction : Jean-Marc del Percio

Película-Allende-tu-nombre-me-sabe-a-hierba-I

Miguel Littin vient de mettre un point final au tournage sur le sol vénézuélien, de son prochain film intitulé Allende, tu nombre me sabe a hierba (sortie prévue le 11 septembre 2014). Le cinéaste chilien, réalisateur du mythique “Chacal de Nahueltoro” ou de “Sandino”, a tourné au Venezuela l’ensemble des scènes correspondant aux 7 heures les plus décisives de la vie d’Allende. Ces 7 heures correspondent au moment où, entouré de tous ses collaborateurs, le président montra sa détermination à résister au coup d’Etat fasciste, en pénétrant pour la dernière fois dans les murs du Palais de la Moneda. C’est à ce moment crucial qu’il prononcera son fameux discours d’adieu, dont la fameuse phrase : « un jour s’ouvriront les grandes avenues… » sera le point d’orgue.

“Allende. Tu nombre me sabe a hierba” narre un acte héroïque réel par le prisme de la fiction. Le film met en avant des personnes qui ont perdu la vie lors du coup d’Etat du 11 septembre 1973 (Chili), dans les murs de la Moneda; et plus précisément, durant les ultimes heures de la vie du Président Allende, du jour où le coup d’Etat a éclaté, changeant de ce fait, le cours de l’Histoire de l’Amérique latine. Selon le réalisateur, cette co-production chileno-vénézuélienne, a touné 50% de ses images en terre bolivarienne – scènes qui se sont déroulées dans l’enceinte de La Moneda, avant et après le déclenchement de la féroce attaque visant la présidence.

Deux fois nominé pour l’Oscar dans la catégorie du Meilleur film étranger (1975 et 1982), deux fois nominé à Cannes dans la même catégorie (1976 et 1978), Miguel Littin sera l’un des collaborateurs de Salvador Allende avant l’élection de ce dernier à la présidence du Chili. Par la suite, le cinéaste sera également placé à la tête de l’institution d’Etat Chile films (1971). Ne se trouvant pas sur les lieux aux côtés d’Allende en ce 11 septembre 1973, le metteur en scène a rassemblé toutes les informations relatives à cet événement.

« Ai-je tout inventé ? Non. Ai-je été un témoin visuel des faits ? Pas davantage. Ce sera au spectateur de trancher. Je ne me trouvais pas sur les lieux de la tragédie. En revanche, je sais ce qui s’est passé, parce que des gens qui étaient sur place avec Allende, me l’ont rapporté. Toutefois, je promets à ceux qui verront le film, qu’ils seront persuadés que cela s’est déroulé ainsi ».

Película-Allende-tu-nombre-me-sabe-a-hierba-II

Espaces et temps d’un tournage.

Le siège de la Chancellerie vénézuélienne, a accueilli les premières scènes du tournage. Par la suite, le bâtiment abritant la vieille Cour Suprême de Justice (centre de Caracas) a été choisi afin de graver sur la pellicule les moments qui ont vu le Palais de la Moneda être détruit par les bombes d’avions pilotés par des officiers ayant trahi Allende. Parallèlement au tournage sur la terre de Bolivar, une équipe chargée de poursuivre son travail au Chili, s’est employée à restituer divers aspects de l’itinéraire biographique d’Allende, d’avant le coup d’Etat : son adolescence, mais aussi d’autres moments ayant trait à sa vie intérieure seront privilégiés, ce qui permettra aux spectateurs d’entrer dans la vie même de cette personnalité majeure de l’histoire du Chili et de l’Amérique latine. « Nous avons beaucoup tourné. Il nous reste à peaufiner certains détails au Chili. L’essentiel a d’ores et déjà été réalisé au Venezuela ».

Première du film en septembre prochain.

Le 11 septembre prochain il y aura 41 ans qu’eut lieu le coup d’Etat. Outre Caracas et Santiago du Chili, Littin espère que le film paraîtra simultanément sur les écrans de cinéma à La Havane, Mexico, Buenos Aires entre autres. « L’idée étant de se souvenir de ce moment non seulement avec tristesse, mais aussi avec la joie de rendre hommage à la vie d’un homme qui se consacra totalement à la réalisation de ses idéaux ».

L’expérience de la solidarité vénézuélienne, de l’exil à aujourd’hui.

Le réalisateur chilien raconte que les 17 jours de tournage au Venezuela ont été «extraordinaires» parce que des techniciens et des acteurs de haut niveau se sont donnés à fond, « heure après heure, jour après jour, rendant ainsi possible la réalisation du film ». «Un climat de grande coopération, assorti d’un grand savoir-faire sont les ingrédients qui rendent les films particulièrement forts, puissants, et les inscrivent dans la durée». Littin insiste sur le fait que cette co-production chileno-vénézuélienne a été la traduction de l’amour qu’il ressent pour le Venezuela. « Je lui voue un amour de longue date. Depuis mes années étudiantes. Mon premier séjour dans ce pays, remonte à 1968, date de la présentation de mon premier film à Merida : Por la tierra ajena. De plus, lors de mon exil hors du Chili, la solidarité vénézuélienne m’a suivi partout. De ce fait, cette récente (re)prise de contact a été placée sous le signe d’un grand bonheur. Les causes en sont multiples, y compris sur le plan personnel ».

“Comme si ce qu’ils vivaient était réel.”

Littin confie qu’Allende -qu’il a connu personnellement- aura été l’un des hommes qu’il admira le plus. Ce sont cet amour et ce respect conjugués, qui l’ont poussé à réaliser ce long métrage. “Bien que cumulant une expérience de 50 ans en tant que cinéaste, pour moi, le dernier des films réalisés semble toujours être le premier. Tout comme la première fois, et comme si j’avais 25 ans, le tournage d’un film me confère toujours un sentiment de bonheur infini, mais aussi de plénitude. Cet état d’esprit m’aide à suppléer ce que l’affaiblissement de l’âge et du temps m’imposent ».
Ce projet tenait Littin à cœur depuis bien longtemps. Jusqu’à ce que les conditions spirituelles et physiques soient réunies, lui permettant de venir à bout d’une entreprise qui jour après jour, lui « déchirera l’âme, et lui arrachera des lambeaux de coeur ». « Aujourd’hui (vendredi) nous étions en train de filmer l’épisode qui vit le Président Salvador Allende prendre congé de ses collaborateurs, leur serrer la main et les embrasser. La scène se situe au Palais de la Moneda. Or, tous ces garçons avaient les larmes aux yeux, comme si ce qu’ils vivaient était réel. Quant à moi, tout cela me fendait le cœur. Cependant, je me devais de leur expliquer qu’au-delà de ce moment qui signifiait pour eux, la déroute, la victoire au regard de l’Histoire est acquise. Allende « était un homme très romantique, il débordait d’amour, non seulement pour sa propre épouse, mais pour son peuple tout entier ».

“Isoler les secteurs fascistes”
Revenant sur les violences subies par le Venezuela ces derières semaines, le cinéaste Miguel Littin a insisté sur le fait que le plus important, consistait à instaurer le dialogue -à le consolider- entre les différentes strates de la société de ce pays. Rechercher la paix, « isoler les secteurs fascistes, distinguer celles et ceux qui souhaitent aller dans le sens de l’échange ».

Poursuivre sa tâche de cinéaste.
Littin confie qu’à l’issue du tournage de Allende, tu nombre me sabe a hierba, son seul objectif était de réaliser d’autres longs-métrages. « Pourvu que Dieu m’accorde suiffisamment d’années de vie. Je pourrais ainsi poursuivre ma tâche de cinéaste et réaliser des films qui resteraient gravés dans la mémoire des gens ».

L’acteur Daniel Munoz dans le rôle du Président chilien.

Littin Miguel

Littin a retenu la candidature de l’acteur Daniel Munoz -très connu des Chiliens- pour ramener à la vie le temps d’un film, le Président Salvador Allende. Issu de la fameuse Ecole de Théâtre de l’Université du Chili, et pourvu d’une expérience de 20 années dans le domaine du théâtre, du cinéma et de la télévision, Munoz a confié au Correo del Orinoco que deux ans auparavant, un producteur l’a effectivement approché pour lui dire que Littin comptait sur lui pour interpréter le rôle d’Allende.
L’acteur a su que le réalisateur a porté son choix sur lui, après l’avoir vu au travail dans une série chilienne pour la télévision. Elle retraçait l’histoire d’une famille de ce pays durant les années 1980, tout en portant un regard sur une partie de la société chilienne dont la transformation sera dûe au coup d’Etat de 1973.
« Dans cette série, j’interprète le rôle d’un père de famille : Juan Herrera. Le caractère chaleureux du personnage, sa tendresse et sa fragilité, ne le pousse cependant pas à renoncer à la préservation de sa famille, faisant ainsi preuve d’une certaine force de caractère. Tout cela a décidé Littin à me retenir pour endosser le rôle d’Allende au cinéma. Car selon Miguel, Allende aura eu le comportement d’un père de famille qui s’emploiera à défendre sa sphère familiale (son pays) , n’hésitant pas sacrifier sa propre vie pour cette cause. Littin y vit par conséquent beaucoup de ressemblance, c’est pourquoi il me jugea apte à assumer cette tâche ».

Daniel Munoz ne donna pas son accord immédiatement. Tout d’abord parce qu’il est âgé de 47 ans, alors qu’Allende mourut dans sa soixante cinquième année. Cette différence de 18 ans, il fut nécessaire de la gommer, et l’acteur était réticent à se soumettre à de longues séances de maquillage préliminaire. Finalement, prenant acte de l’envergure du projet, il entrevit le caractère particulièrement enrichissant de cette interprétation pour sa propre carrière, et accepta de rejoindre la production.

De son propre aveu, la préparation que lui imposa ce travail, contribua à changer radicalement son propre jugement sur Allende. Avant de se lancer dans la réalisation de ce projet, Daniel Munoz connaissait du légendaire leader latino-américain ce que tout chilien moyen sait de lui : le coup d’Etat, ses discours et son sacrifice. Malgré cela, il ne possédait de cet homme, qu’une vague image.

« Avec l’accomplissement de ce travail, je pris l’exacte mesure de la grandeur de son existence. De ce pourquoi il était destiné à accomplir, lors de son passage parmi nous. Depuis, je me considère à 100% allendiste.

Certes, avant d’être partie prenante de ce projet, je l’admirais. Désormais, je comprends clairement pourquoi tant de ses relations amicales lui manifestèrent une telle loyauté, allant jusqu’à sacrifier leur propre vie pour les idéaux auxquels il croyait. Il en est ainsi, parce que c’était un homme de vérité, il l’a toujours été ; la complète transparence de ses actes ne pouvait que convaincre. Il m’a également convaincu, c’est la raison pour laquelle je suis ici ; et c’est également pour cela que je considère ce projet comme le plus important de ma carrière d’acteur. C’est un défi difficile à relever, qui me tient en haleine, et qui doit être abordé avec beaucoup de doigté. Pour ce faire, je me dois d’en appeler à toutes mes ressources afin d’être à la hauteur et au service d’un tel projet ».

Película-Allende.-Tu-nombre-me-sabe-a-hierba-cuenta-un-relato-heroico-real-visto-desde-la-ficción2

“Ne m’oubliez pas.”

Selon son principal interprète, Allende. Tu nombre me sabe a hierba, est un film d’une valeur transcendantale. En premier lieu, parce qu’il aborde fidèlement, mais non pas sous la forme d’un documentaire, ce qui se passa au Palais de la Moneda à cette date si importante pour l’histoire contemporaine de l’Amérique latine. Enfin parce qu’il se présente sous la forme de la personne qui se situe en retrait par rapport à l’homme d’Etat et au révolutionnaire qu’il aura été.
Munoz rappelle que l’année 2013 a été fertile en programmes de télévision notamment, qui abordèrent ce fatidique putsch militaire, qui s’imposa 40 ans auparavant. « Toutefois, personne ne parle d’Allende, de ce qui se passait réellement dans sa tête, de cet homme qui a incarné cette épopée véritablement héroïque. Pour autant, dès que ce thème est abordé au Chili, une grande crainte s’affiche. Non seulement à droite, mais aussi de ceux qui étaient -et sont favorables- à l’idéologie qu’Allende promouvait. Il est en peut-être ainsi car ils considèrent que cet événement est définitivement inaccessible ; ou bien parce qu’ils ne savent comment en narrer les étapes ».

Allende. Tu nombre me sabe a hierba, fera désormais partie du très petit nombre d’oeuvres cinématographiques qui offre « un regard différent » -à partir d’un support fictionnel- sur le coup d’Etat de 1973. Il sera le premier film non documentaire à en parler de cette manière, c’est-à-dire en prenant en compte ce qui s’est passé à l’intérieur des murs du Palais de la Moneda, et en y incluant l’espace proprement intime de Salvador Allende. « L’un des dialogues du film restitue l’échange entre Allende et l’ambassadeur d’Argentine, qui lui offre de l’aider en ce moment crucial. Le Président répondra en lui disant : "La seule chose que je solliciterai, c’est que l’on ne m’oublie pas". Or, ce film appelle à cela, précisément. A ne pas oublier. Moyennant quoi, nous nous remémorons cette demande et l’honorons de notre souvenir », affirme l’acteur.

A la recherche de l’homme.

-Miguel Littin a raconté que lors du tournage de ce film, il se sentait tout intimidé à l’idée de diriger le président Allende -à lui donner des ordres- à travers vous.

-Ah, ah, ah. C’est amusant et cela me plaît beaucoup. De toutes manières, j’aime avoir conscience de ce que je suis en train de faire. La thèse selon laquelle l’acteur s’efface totalement derrière le personnage qu’il incarne, qu’il oublie en quelque sorte, d’être ce qu’il est, ne me convient pas. Je suis en effet en permanence conscient de la présence de la caméra, sensible au son et au regard des gens qui m’environnent, sur le lieu de tournage. Cependant, il subsiste toujours des moments d’inconscience qui s’imposent au moment même où se déroule la scène que j’interprète. Tout cela résulte d’un travail sérieux et n’a rien à voir avec la Divine Providence, ni même avec un talent extraordinaire. C’est un travail de longue haleine, qui nécessite de nombreuses années de labeur, durant lesquels l’on engrange nombre d’acquis et d’informations, lesquels à un moment donné s’échappent librement de soi. L’interprétation d’une scène, ne laisse guère la place au doute. C’est la confiance dans le fait que tout est bien préparé qui favorise le relâchement et par voie de conséquence, la montée à la surface de cette forme d’inconscience qui pousse à l’émergence de Salvador Allende, dans le cas de figure qui nous intéresse.

Película-Allende.-Tu-nombre-me-sabe-a-hierba-cuenta-un-relato-heroico-real-visto-desde-la-ficción1

-Comment s’est déroulé votre travail pour la construction du personnage ?

-La première des choses fut de comprendre par quel biais aborder le personnage ; déterminer quel serait le chemin à suivre, parce que de très nombreuses options s’offraient à nous. Allende est un personnage mythique, et comme tel, il transcende sa propre histoire. Je me suis consacré à l’étude de l’histoire du Chili, et ai entrepris la recherche de données importantes, susceptibles de cerner très précisément Salvador Allende sur le plan biographique. Par la suite, j’ai commencé a approché la personne d’Allende, à proprement parlé. C’est-à-dire, non plus seulement l’homme des discours, non plus uniquement le politique, mais le père, l’ami qu’il aura été pour certains. Ce ne fut pas une démarche aisée, car je n’avais en ma possession que très peu d’éléments ayant trait à ces domaines. Cela dit, une fois réunies toutes ces informations, il m’a fallu les confronter à l’histoire bâtie par Littin, et entamer un gros travail visant à la définition d’un Allende conforme à l’image que nous souhaitions donner de lui.

-Et quel est le Salvador Allende que le film montrera ?

-C’est l’homme qui a mûrement réfléchi aux raisons pour lesquelles il allait sacrifier sa vie. Réfléchissant par la même, au caractère correct ou non d’une décision sans retour possible. C’est ce type de réflexion qui donne substance au film.

-Quelle est votre opinion sur la décision que prit Allende ?

-je pense que quels que soient les chemins qu’il se serait résolu à emprunter, sa décision aurait été correcte. Si l’on prend en considération les conséquences qui s’ensuivirent, cela relève de la certitude absolue. Je crois que durant toute sa vie, il s’est préparé à affronter ce genre d’issue. Depuis sa plus tendre enfance, il s’est employé à engranger toutes une série de connaissances logiques/objectives, portant essentiellement sur la réalité sociale du Chili de son temps-notamment pendant sa vie d’étudiant. Je songe à ses activités de médecin social et légiste. Il percevra avec acuité la misère humaine s’abattant sur son pays ; mais aussi la réalité d’un Chili divisé en classes sociales opposées, où une minorité modelait le destin de la grande majorité. Confronté à cet état de fait, il inventera cette manière de faire triompher la justice sociale. Non pas en ayant recours à la révolution armée, mais en tendant les ressorts d’une révolution pacifique, légale. Parce qu’il croyait profondément en l’efficacité d’une parole susceptible de convaincre les gens. Parce qu’il manifestait la certitude que la Constitution, bien que de type aristocratique, serait en mesure de s’adapter à sa propre auto-transformation, dans le respect de ses mécanismes constitutifs. Et ce, afin d’instaurer la justice sociale.

-Cette confiance a été trahie.

-Sur ce plan, il fut très conséquent. La partie adverse ne le fut pas, lamentablement. Le pacte conclu fut rompu. La violence à laquelle l’autre partie a eu recours, c’est-à-dire l’opposition au gouvernement de Salvador Allende, s’est imposée. Elle ne lui laissa nulle autre alternative que de recourir à ce paradoxe, qui aura consisté à défendre les armes à la main une politique se fondant sur la force de proposition et de conviction. Au final, on l’accula à cela. Qu’il se soit suicidé, ou qu’il ait été tué ne change rien au fait que confonté à cette épreuve ultime, il en sortira grandi, parce qu’il fut toujours conséquent avec lui-même et vis-à-vis des autres.

-Vous affirmez qu’il y a très peu de données connues relatives à l’Allende lui-même, c’est-à-dire à la personne que l’homme d’Etat occulte. Qu’est-ce qui résulte de ce constat ? Comment décririez-vous cet aspect méconnu du personnage ?

-On le voit très énergique à travers ses discours, avec une intonation de voix très ferme et claire. Cependant, dans le cadre d’entretiens et de conversations informelles, il était confronté à des problèmes de diction. Il bafouillait et usait de nombreux tics de langage. Tout cela ne transparaissait aucunement dans ses discours d’homme d’Etat. En contraste avec l’homme au caractère explosif de ses discours, il était pourvu d’une voix très douce, très tranquille. C’était un fervent ami de ses amis, un homme passionné, féru de conversation, aimant et profitant de la vie, de la bonne chère, de la boisson.

-Pourriez-vous nous faire part de certaines de ces données que vous auriez en votre possession ?

-Il dormait peu mais faire la sieste, c’était sacré. Sieste d’une durée moyenne de 10 minutes, il la faisait en pyjama et récupérait de l’énergie. Il plaisantait beaucoup avec ses amis. Au téléphone, il modifiait parfois sa voix et jouait avec eux. Lors de certaines de ses tournées, il attachait les draps des lits de ses camarades. ce qui les décontenançait passablement lorsqu’ils s’apprêtaient à se coucher. Il jouait également avec ses filles. Il se dissimulait dans la baignoire de la salle de bain, et s’amusait à leur faire peur. L’ensemble de ces détails mis bout à bout, nous permettent d’appréhender au plus près la manière dont par exemple, il faudrait s’exprimer dans le cadre d’un dialogue intime avec un personnage quelconque ; comment il faudrait l’embrasser, comment il faudrait lui donner la main, le regarder.

-Durant 20 années, vous avez suivi une trajectoire d’acteur ; et ce travail est le plus important de votre carrière. Le plus important pour vous, est-ce le personnage, l’histoire en elle-même ou l’interprétation ?

-il m’est difficile de théoriser sur tout cela. Le plus important c’est que nous sommes confontés à une vraie attente. En tout état de cause, nous avons tendance à être saisi par une certaine anxiété, qui découle de celle-là. Cela nous met en danger. En effet, Allende est un personnage plein de noblesse, et par ailleurs universellement connu. Or, à l’instar d’un avocat, un acteur représente le personnage qu’il incarne, comme le juriste représente la personne qu’il sera chargé de défendre. Allende bénéficie d’un image bien installée, et je me dois de convaincre sur ce plan. Car en plus de l’image physique qu’il nous restitue, Allende est pourvue d’une sorte d’image interne. Or, la difficulté consiste à la restituer au mieux. Il s’agit de se démarquer d’une certaine approche monolithique du personnage, de l’écarter du piédestal sur lequel les documentaires l’ont installé. Il nous faut impérativement mettre en valeur une facette méconnue de ce dernier. Qui sera précisément celle qui correspondra à la dimension intime d’Allende». Daniel Munoz, est convaincu du fait que les enfants et les jeunes gens doivent découvrir cette production. Il en est ainsi parce qu’elle « rend toute sa dignitié à un homme qui en était imprégné, et qui aura été vilipendé durant une période bien trop longue de notre histoire ».

Le Venezuela qui n’est pas.

-La distribution de ce film est constituée de 50% d’actrices et d’acteurs vénézuéliens et chiliens. Comment s’effectua la fonte de deux équipes différentes en une seule ?
-Au début, nous avons connu quelques difficultés. Accompagnés de nos familles respectives, nous avons rejoint terrifiés, le Venezuela, tant la campagne de terreur qui concerne ce pays est forte à l’extérieur. Internet, la presse, et les nouvelles qui en découle, vont dans le même sens. Par hasard, peu de temps avant son départ pour le Venezuela, un camarade de l’équipe chilienne est entré dans un magasin, dont le vendeur était en fait vénézuélien. Lorsque le membre de cette équipe lui a précisé qu’il comptait se rendre dans son pays, dans un premier temps, ce dernier l’en dissuada.

Le meurtre d’une ex-Miss (Monica Spears) ne contribua pas à diminuer notre inquiétude. Mon épouse était terrorisée parce que nous avions prévu de séjourner au Venezuela, accompagnés de notre fille. Le sentiment général était celui-ci : depuis l’aéroport de Caracas jusqu’au lieu de tournage, l’un d’entre nous courait le risque d’être assassiné. Tel est l’état d’esprit qui nous habitait lorsque nous avons atterri au Venezuela. Un état d’esprit que la campagne contre ce pays, nous avait en réalité imposé.

-Quel est votre sentiment depuis que vous vous trouvez ici, parmi nous ?

-Nous sommes désormais, totalement détendus. Il faut dire que les membres de l’équipe vénézuélienne ont contribué à la restitution de l’atmosphère réelle, qui est celle de ce pays. Dans le cadre du tournage de ce film, chacun d’entre nous aura appris à détecter les codes et les rythmes propres aux membres de l’autre équipe. C’est ainsi, que peu à peu les méthodes de travail différentes des deux équipes se sont harmonisé. J’ai désormais la sensation très nette, que nous parlons le même langage et que la fusion s’est accomplie.

 

Sources :

Correo del Orinoco, Texte/ Luis Jesús González Cova. Photos/ María Isabel Batista – Roberto Gil.  Texte/ Sharlaine Chona. Photos / Héctor Rattia. Caracas

http://www.correodelorinoco.gob.ve/comunicacion-cultura/littin-allende-tu-nombre-me-sabe-a-hierba-sera-%E2%80%9Cun-documento-artistico-para-historia%E2%80%9D/
http://www.correodelorinoco.gob.ve/comunicacion-cultura/pelicula-allende-tu-nombre-me-sabe-a-hierba-cuenta-un-relato-heroico-real-visto-ficcion/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/07/miguel-littin-tourne-allende-ton-nom-a-le-gout-de-lherbe-au-venezuela/

 

 

"Les collectifs sont synonymes d’organisation, non de violence", ou pourquoi les médias internationaux n’ont jamais parlé de la démocratie participative en construction depuis quinze ans. Entretien avec le sociologue Reinaldo Iturriza, ministre des Communes et des Mouvements Sociaux.

Une des traits de l’extrême-droite qui s’est récemment insurgée contre les résultats électoraux au Venezuela ou au Salvador est sa "culture paramilitaire". L’idée est de détruire tout ce qui bouge en matière de démocratie participative, assassiner sélectivement des dirigeants communaux, installer une culture de la peur. Les médias privés, hégémoniques dans ces deux pays, contribuent à cette campagne de  criminalisation des mouvements sociaux. C’est sur ce combat d’arrière-garde (mais aussi et surtout sur la construction de l’État communal, occultée depuis quinze ans par les médias internationaux) que le journaliste Clodovaldo Hernandez a interrogé le sociologue critique et enseignant universitaire Reinaldo Iturizza, nommé Ministre de la Commune et des Mouvements Sociaux par Nicolas Maduro.

Foto 4-776091

Reinaldo Iturizza, ministre de la Commune et des Mouvements Sociaux (café à la main) rencontre les organisateurs d’une des 560 communes vénézuéliennes.

Par Clodovaldo Hernandez/Spécial Ciudad CCS.

Clodovaldo Hernandez – Nous assistons depuis peu, à une entreprise de criminalisation des organisations populaires. A l’instar de ce qui s’est produit en 2002, avec le cas des Cercles Bolivariens, on prétend aujourd’hui attribuer la responsabilité du recours à la violence aux « collectifs » que l’on qualifie de groupes para-militaires armés. Selon vous, ce type de matrice risque-t-elle de s’imposer à l’opinion, à l’image de ce qui s’est déroulé en 2002 ?

Reinaldo Iturizza – C’est déjà fait. On le voit à travers les très délimitées mais néanmoins intenses démonstrations de haine qui se manifestent sur le territoire de certaines communes du pays. Elles sont parties prenantes de la culture politique propre à un secteur spécifique de l’opposition vénézuélienne. Je persiste à penser -je ne sais si cela dénote une certaine forme d’ingénuité- que tout cela relève d’une attitude minoritaire.Je connais de nombreuses personnes qui ne sont pas chavistes, mais qui ne pensent pas pour autant ainsi. Nous sommes toutefois en présence d’un noyau très dur de l’opposition qui s’avère être véritablement et ouvertement fasciste.

Q – Cette forme de contestation atteint-elle les rangs des partisans de la Révolution ?

R – En aucun cas la base sociale du chavisme n’a été sensible à ce type de discours. De fait, je suis convaincu que lors du coup d’État contre le président Chavez en avril 2002, les multiples démonstrations de force (les marches) de l’opposition, furent rendues possibles du fait que le registre de la « peur » avait été très habilement instrumentalisé par celle-ci.

Une forme de crainte essaima et s’empara de nombreuses personnes, se traduisant ainsi : le chavisme aurait été violent et criminel. Les retombées de ce travail psychologique ont perduré, et nous n’avons pas réussi à en effacer complètement les effets. Je crois que nous allons être confrontés à un type de scénario identique que nous avons le devoir de combattre et ce, jusqu’à ce que la volonté de paix émanant de la majorité du peuple, s’impose durablement.

consejos_comunales-3

Q. – Cette campagne de diabolisation des collectifs retentit-elle sur eux, et contribue-t-elle à instaurer un climat d’usure au sein des diverses formes d’expression de pouvoir populaire tels que les conseils communaux et les communes qui l’incarnent ?

R – En aucune manière. Sur le plan interne, il se produit au sein des collectifs le même type de réaction que lorsque le fascisme s’en prend au chavisme d’une manière générale: les gens se regroupent et la cohésion de groupe en sort renforcée. Les actions récentes de l’antichavisme, dont la virulence est bien supérieure a ce qui s’est déroulé dans le passé, ont favorisé la montée en puissance d’un effort décisif, s’enracinant dans l’approfondissement du travail des collectifs à l’intérieur de leurs communautés respectives.

Dans certains quartiers, les collectifs exercent un rôle jamais égalé, qui consiste à s’occuper prioritairement de secteurs aussi importants que la formation politique et les diverses formes d’expression culturelles et sportives. Par ailleurs, de nombreuses facettes des politiques mises en chantier par le gouvernement bolivarien – par exemple les Missions sociales – trouvent une application concrète du fait de l’existence de ces collectifs.

Q – Quelle est la réalité de la relation qui unirait les collectifs et le recours aux armes ?

R – Il n’est pas possible d’établir un lien entre les collectifs et le recours aux armes. Je crois que sur ce plan, le président Chavez en premier lieu, et le président Maduro plus récemment se sont fixés une ligne de conduite, sans la moindre équivoque : quiconque prend les armes au motif qu’il serait nécessaire de défendre la Révolution Bolivarienne se place hors jeu et hors la loi. Parce que c’est l’Etat et personne d’autre qui possède le monopole de la force comme obligation démocratique. Nous avons par ailleurs à fournir un effort d’explication à ce sujet, afin d’écarter le risque qui consisterait à focaliser le débat sur les termes de cette alternative. Car pour nous, l’action des collectifs ne peut en aucune manière se dérouler sur le terrain de la violence ou des armes, mais sur celui de la participation, de l’organisation et de la mobilisation populaire, du travail en commun avec un gouvernement révolutionnaire, afin de résoudre les problèmes concrets qui se posent aux communautés.

Q – Etablir un lien entre les collectifs et la violence, correspond-elle à une ligne politique qu’adopterait la droite contre la capacité organisationnelle du peuple ?

R – Cette ligne est claire et s’inscrit indubitablement dans la durée. Dans ce domaine, l’action de l’antichavisme est parfaitement cohérente. Il sait qu’afin d’atteindre les objectifs politiques qu’il s’est assigné, il est nécessaire de criminaliser quelque forme que ce soit, d’organisation populaire. Parce que cette dernière est le principal obstacle à abattre sur la voie qui doit mener à la défaite de la Révolution. Les tenants de l’antichavisme savent pertinemment que plus le peuple affiche clairement sa volonté de s’organiser, plus les chances de mettre en déroute la Révolution s’amenuisent. Nombre d’entre eux manifestent la ferme intention de se lancer dans une entreprise de démoralisation des masses révolutionnaires.

Très habilement, en 2012, Capriles Radonski entouré de son équipe de campagne présidentielle se plaça dans cette perspective, lorsqu’il aborda le thème du pistonné ("enchufado"). A aucun moment, cette initiative ne déstabilisa les hauts dirigeants. Elle visait cependant à incriminer les Conseils communaux et ses porte-parole. Pour ce faire, il s’est appuyé sur l’existence en nombre minoritaire, de cas de pratiques douteuses et de corruption. Ils avaient d’ailleurs été signalés par les membres eux-mêmes des Conseils communaux. La campagne de Capriles Radonski a par conséquent consisté à démontrer que ces cas isolés relevaient de pratiques inhérentes à l’ensemble des Conseils communaux en tant que tels. La manœuvre, si elle avait atteint son but, aurait débouché sur la destruction de cette structure organisationnelle.

petare-4Asambleas Comunitarias Amayito 081.redimensionado

La droite sait qu’au travers des Conseils communaux, c’est le peuple qui se manifeste par sa participation active. Le peuple a qui n’avait jamais été donné auparavant, la capacité d’occuper le champ de la politique active ; a qui n’avait jamais été donné auparavant la faculté d’administrer ses propres ressources. C’est pourquoi les Conseils communaux représentent autant d’espaces fondamentaux au sein desquels il est donné à la Révolution Bolivarienne, la possibilité de s’épanouir.

C’est également la raison pour laquelle il est nécessaire pour la droite de les soumettre au feu roulant de ses critiques. L’enjeu essentiel consiste à ce que le peuple ne croie plus en ses propres potentialités; qu’il considère ses porte-parole et ses organisations ad hoc, comme un problème et non plus telles qu’elles sont réellement, c’est-à-dire une partie constitutive de la solution.

Finalement, la droite et tout particulièrement son aile fascisante, sont guidées par une raison conjoncturelle qui les incitent à criminaliser les structures populaires de type collectif. Car il s’agit de rejeter sur elles, la responsabilité d’actions violentes dérivant de leurs propres rangs ; d’avoir à leur disposition un coupable désigné d’avance, qui leur laisse la latitude de prétendre que la violence viendrait d’ailleurs.

UN PROFOND BOULEVERSEMENT CULTUREL.

Q – Outre ce genre de campagnes, les organisations populaires affrontent d’autres difficultés. La prédominance au sein même des secteurs populaires, de valeurs inhérentes au capitalisme telles que l’individualisme et l’égoïsme, sont des exemples à citer. Comment appréhendez-vous ces questions, vous qui en avez été dans un premier temps le théoricien, et qui depuis quelque temps, les percevez à travers une expérience pratique directe ?

R – Je crois que la faculté de survie du processus politique en cours, tient dans sa capacité à réinventer d’une manière récurrente ses propres formes et espaces de participation et d’organisation. Le president Chavez s’appuya sur un principe : dépasser/amender la logique de la démocratie représentative, et les espaces traditionnels de participation. Il ne s’agit toutefois pas de faire abstraction des partis et des syndicats.

Nous nous efforçons néanmoins de réinventer d’une manière systématique l’exercice effectif de la politique. Je reconnais qu’à un certain moment, j’étais convaincu de la nécessité de réviser et réinventer le mode de fonctionnement des Conseils communaux. Cependant, lorsque j’ai commencé à vivre concrètement mon expérience de ministre -notamment lorsque nous avons jeté les bases du Gouvernement dans la rue- je me suis mis à comprendre nettement mieux, l’idée que le président Chavez se faisait des Conseils communaux, quand il en a conçu la nécessité. C’est à ce moment-là, je l’affirme avec humilité, que j’ai saisi l’importance de la place stratégique, que les Conseils communaux occupent au sein même de notre Révolution. Par voie de conséquence, j’ai estimé à sa juste mesure ce qui se fit au sein de ce Ministère, avant l’accession aux affaires de l’équipe qui m’accompagne.

vida_en_el_municipio_1

Il n’y a pas un seul lieu du pays qui soit dépourvu d’organisation populaire. Partout, il se trouve des gens qui savent où se situent les problèmes les plus importants… En vérité, aucun d’entre nous n’a manifesté la capacité suffisante à rapporter l’histoire de l’impressionnante et profonde transformation, qui s’est opérée en matière de culture politique. En règle générale, les gens qui assument la fonction de porte-parole au sein de ces organisations, prêteront une moindre attention à leurs problèmes individuels et familiaux. En revanche, ils s’intéresseront prioritairement aux questions à résoudre ayant trait aucollectif dans son ensemble.

Il est indéniable, qu’il subsiste ici et là des cas d’individualisme. Il est parfois possible de constater que la communauté ne s’implique pas autant qu’il le faudrait dans la recherche de solutions aux problèmes qui lui font face. Elle se décharge de toute responsabilité en se tournant vers ses porte-paroles, qui ne souhaitent pas endosser le rôle de représentants permanents… Cependant, ils finissent par endosser ce rôle du fait de l’absence de participation de la majorité des gens concernés.

Nous rencontrons par ailleurs des problèmes liés à une réactivité défaillante des structures institutionnelles et de l’Etat, lorsqu’ils doivent répondre aux sollicitations émanant des Collectivités. Or, si le temps de réaction est trop long, les porte-paroles qui assument la fonction d’intermédiaires entre ceux-là et celles-ci, se trouvent en porte-à-faux vis-à-vis de ceux qui lui confient cette tâche.

L’image de l’Etat en pâtit également. En tout état de cause, cette génération d’hommes et de femmes -surtout les femmes- qui ont assumé ces lourdes responsabilités, qui ont donné corps au protagonisme collectif, méritent qu’on leur rendent hommage, bien au-delà des formalités d’usage.

Tôt ou tard, c’est à nous qu’il incombera de mettre en valeur l’énorme travail qui a été réalisé au sein de ces nouveaux espaces de citoyenneté. Dans le même temps, il nous revient d’être très fermes, lorsque nous nous trouvons confrontés à des cas qui démontrent que les assemblées de citoyens et de citoyennes ont été abusées. Nous songeons à ceux qui usent de leur charge de porte-parole aux fins d’enrichissement personnel ou au profit d’individus ou de petites coteries. Tout cela doit être sanctionné. Ce sont des obstacles qui se dressent face au chemin que se tracera toute révolution. Ils peuvent être néanmoins vaincus, parce qu’ils ne représentent que des cas isolés.

comunas980x600Cariacuao-1

Q – Ce que l’on appelle la "contraria social", a-t-elle gagné du terrain parallèlement à ces changements qui remodèlent la culture politique vénézuelienne ?

R – Lorsqu’on aborde le thème de la conduite de ses propres affaires par le peuple, de nombreux préjugés surgissent. On dit que nous sommes en train de donner aux gens la capacité de prendre en mains leurs propres affaires, alors qu’ils ignorent tout des règles de l’administration générale. Il ne faut pas oublier que le chemin que nous empruntons vient tout juste d’être défriché. Nous parlons en outre d’un peuple à qui l’on n’a jamais suggéré de participer à la gestion de ses ressources. Il est évident que lorsque nous avons affaire à une première fois, les problèmes ne manquent pas de se manifester. Cela ne signifie en aucune manière que l’on doive adopter la posture complaisante du « laisser aller » et du « laisser faire ».

En revanche, il nous faut fournir des efforts afin de viabiliser les pratiques inhérentes à la contraria social. Il faut veiller à ce que le contrôle populaire en matière de gestion, soit amélioré. Cela implique par exemple, que l’Etat y mette du sien, en faisant en sorte que l’ensemble de ces processus se « débureaucratisent ». Il se doit également d’être encore plus efficace, dès lors qu’il s’agisse d’appuyer les communautés manifestant le souhait de soutenir leurs Conseils communaux respectifs.

LES MÉDIAS, LE TRAVAIL QUI RESTE À FAIRE

Q – Il est clair que les médias privés s’opposent aux diverses formes d’organisation populaire. Par contre, que se passe-t-il au sein du secteur public et des médias populaires, communautaires ou alternatifs ? Ont-ils progressé dans leur tâche visant à contrebalancer le poids de ces systèmes destructeurs ?

R – Je crois que nous avons avancé à pas très lents. Mais le président a beaucoup insisté pour metttre en oeuvre des projets comme la télévision de la commune, VTV Comunas, dont nous verrons bientôt les premières images. Sur ce thème nous avons réfléchi et je peux dire, de manière auto-critique, qu’il nous reste beaucoup, beaucoup à faire pour avancer dans la diffusion de tout ce que réalise le pouvoir populaire. Il s’agit de raconter beaucoup d’histoires qui se passent en ce moment précis simultanément, dans beaucoup d’endroits, au moment précis où nous nous exprimons. Ce sont des milliers et des milliers de personnes qui ont quelque chose à dire. Et que l’on doit entendre. Il nous reste beaucoup à faire.

Q – L’un des secteurs partie prenante de la Révolution, qui occupe une place importante au sein du débat idéologique, affirme que l’organisation du peuple sur la base des Conseils communaux et des communes, ne peut mener au socialisme, au motif que cette structure organisationnelle enfante une sorte d’individualisme incitant les milieux concernés à s’occuper de leurs intérêts spécifiques. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

R – Je ne suis absolument pas d’accord avec cette analyse. Je répète pour ma part, que le destin de la révolution est subordonné au fait qu’elle se donnera ou non, la capacité à inventer ou réinventer des formes de participation inédites. Le président Chavez s’est exprimé clairement à ce sujet, au moment où le processus révolutionnaire en était encore à ses premiers balbutiements. Il avait clairement conscience du fait qu’il serait nécessaire de susciter l’émergence de formes de participation pourvues d’une logique réticulaire.

En octobre 2012, il évoqua l’existence de cette immense réseau qui s’étend sur l’ensemble du territoire de la Patrie. Cette logique réticulaire se différencie des formes traditionnelles de participation. Je suis quant à moi, un ferme défenseur du parti parce qu’il est nécessaire à l’accomplissement de tâches/devoirs spécifiques. Cependant, toute révolution se doit d’explorer en permanence le champ des structures organisationnelles, et ne pas se cantonner uniquement à la forme d’un parti. Je n’affirmerai cependant pas que les Conseils communaux s’avèrent être la configuration ultime de la participation.

Il me semble toutefois qu’en ce moment historique précis, la continuité de la Révolution Bolivarienne repose sur eux. Si les Conseils municipaux n’existaient pas, la Révolution Bolivarienne ne serait pas soutenue telle qu’elle l’est. Si tout cela devait s’améliorer dans le futur, on ne pourrait que s’en féliciter. Cela reste à voir. En tout état de cause, la décision ne relèvera en aucune manière d’une personne quelconque qui formulerait une analyse politique. C’est au peuple vénézuelien, qui a élu les dirigeants politiques actuels, qu’échoit cette responsabilité. Je crois que les conditions sont réunies pour s’en remettre avec confiance au peuple et à la direction politique de la Révolution.

Depuis quelques mois, le président Maduro démontre qu’il est certes, le président légitime et constitutionnel, mais aussi un leader politique de la révolution, qui se révèle peu à peu. C’est parfois difficile de songer à un autre leader après une personnalité aussi marquante que celle de Chavez. Je crois cependant que Maduro réussit à atteindre des objectifs qui lui sont propres. C’est une réflexion à laquelle devrait s’adonner les bolivariens issus des rangs de la vieille gauche. S’ils manifestaient un tout petit peu plus de confiance envers les gens, peut-être réussiraient-ils ce que Chavez réalisa à partir de 1998.

REPORTAJE-DIANA-2fal2707_3

UNE DÉFINITION POURVUE D’UNE ÂME.. MAIS AUSSI DE CHAIR ET D’OS.

Qu’est-ce qu’une Commune ? C’est la question que se posa le sociologue Reinaldo Iturriza lorsqu’il accéda à la fonction de Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements sociaux. Inutile de recourir à une définition purement académique. « Cette définition doit découler d’une considération d’ensemble, pourvue d’une âme, mais aussi de chair et d’os. Dès le départ, nous avons eu cette conviction : cette explication, ce sont les femmes et les hommes, en tant que parties constitutives des Communes, qui doivent l’apporter. Sans cela, personne n’en comprendra le sens profond » dit-il.

Il s’est par ailleurs penché sur un autre type d’interrogation : Qu’est-ce qui fait, que les gens souhaitent se constituer en commune ? Les diverses conversations qu’il a entamé avec les acteurs sociaux concernés l’incite à être très optimiste. Bien évidemment, de très nombreuses personnes se sont mobilisées. Et ce, grâce à la capacité de réveiller, de stimuler politiquement que Chavez a manifestée. Il est cependant possible de discerner l’existence d’autres raisons à cette mobilisation, différant de celles qui relèvent du rôle décisif/stratégique qui incombe au leader. « Il existe nombre de raisons qui inspirent l’action des gens, et qui feront finalement la différence. Ce sont celles-ci que nous nous devons de diffuser » commente-t-il.

Intégré à un cabinet ministériel après avoir acquis une grande notoriété en tant qu’analyste politique très pointu, Iturriza a bénéficié d’une rare opportunité : parcourir le pays et par conséquent, approcher de près ce que l’on nomme le "pouvoir populaire". Alors que pour d’autres, tout cela relève de la pure abstraction. « Je crois qu’il est indispensable de fournir tous les efforts nécessaires, afin de créer les conditions d’une émergence : celle de l’auto-gouvernement populaire, pour que l’acteur réel de ce processus soit le peuple en tant que force organisée ».

THÉORIE ET PRAXIS

Son total engagement en faveur de la révolution allié à un constant  esprit critique, fut ce qui attira l’attention du président Chavez. L’un de ces articles publiés à l’issue des élections législatives de 2010 fut remarqué par le leader bolivarien, qui en fera l’éloge au cours de l’une de ses interventions publiques. Dès lors, comme tout ce qui sera touché par la "baguette magique" de Chavez, Iturriza ne pourra plus échapper à la notoriété, bien qu’il soit de ces hommes qui préfèrent la discrétion. Bien évidemment, cette recommandation expresse du président a fini par influencer sa nomination à la tête des Communes et des Mouvements sociaux.

Avec cette vision des choses tout à la fois engagée et critique, et doté d’une expérience pratique résultant d’un investissement quotidien, il s’immerge totalement dans les eaux du pouvoir populaire. De ce fait, il peut tracer l’ébauche d’une analyse relevant de la théorie et de la praxis : « Il est absolument courant qu’au sein même des révolutions, surgissent des forces qui misent sur la bureaucratisation des processus, et que d’autres se défient du peuple, même si tout cela semble contradictoire. Je crois que c’est la raison pour laquelle le Président Chavez s’engagea personnellement et avec force, afin que les ministères soient dotés de l’appellation « du Pouvoir Populaire ». Certaines personnes ne se satisfont pas de ce vocable pour des raisons très valables, mais ce sont les bureaucrates qui le détestent le plus."

Traduction de l’espagnol : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/19/les-collectifs-sont-synonymes-dorganisation-non-de-violence-entretien-avec-le-sociologue-reinaldo-iturriza-ministre-des-communes/

 

Comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine.

Le 7 mars 2014, la nouvelle présidente du Chili Michelle Bachelet a été on ne peut plus claire : nous n’appuierons jamais un mouvement qui refuse le résultat des élections et cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement”. La présidente argentine Cristina Fernandez rappelait le 1er mars qu’”indépendamment des idées, nous devons défendre la démocratie et condamner la tentative de coup d’État contre la République Bolivarienne”. C’est un fait : alors que la plupart des présidents et des mouvements sociaux d’Amérique Latine rejettent l’insurrection de l’extrême droite au Venezuela, les journalistes occidentaux sont passés en quarante ans de la dénonciation du coup d’État contre Salvador Allende à la justification – active ou conformiste – du plan qui visait à renverser un gouvernement qui a "organisé 19 scrutins en 14 ans" (Dilma Roussef, 24/2/2014). Serait-ce parce que l’irruption du suffrage universel dans les sociétés latino-américaines porte au pouvoir des politiques qui s’émancipent du dogme du libre marché ? Est-ce l’inculture historique ou le formatage qui règnent dans les écoles de journalisme ? Quarante ans de concentration privée des médias et d’involution idéologique font que la majorité des journalistes occidentaux sont devenus capables d’oublier les décisions des électeurs (validées par les observateurs internationaux), de transformer des paramilitaires ou des militants d’extrême droite en “combattants de la liberté”, et de faire d’un État qui ose défendre les institutions démocratiques un “État répressif”.

Au Venezuela, les membres d’ONGs indépendantes des droits humains dénoncent les mensonges quotidiens des médias internationaux qui reproduisent la version de la droite, de ses médias privés et de ce fait encouragent la poursuite des violences (1). Nicolas Maduro (dont l’image a été travaillée dès son élection pour en faire, comme on l’a fait de Hugo Chavez, un personnage autoritaire, populiste, futur dictateur, etc..) est comme vient de le le rappeller le président Correa “un humaniste, qui ne réprimerait jamais son peuple”. La quinzaine de policiers qui ont désobéi aux ordres de ne pas user d’armes à feu ont été aussitôt arrêtés. Cette mesure est significative d’une volonté politique de mettre fin à l’impunité au Venezuela. images Le hasard des dates a fait qu’au moment où des groupuscules paramilitaires déclenchaient les premières violences à la frontière avec la Colombie (2), le gouvernement Maduro faisait ce qu’aucun de ses prédécésseurs n’avait voulu faire : rendre justice et indemniser 112 familles des victimes du “Caracazo”, massacre de deux à trois mille personnes par l’armée, ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989. Les militaires vénézuéliens, à l’époque, étaient formés aux États-Unis par la School of Americas, pourvoyeuse de bourreaux à tout le Cône Sud.

27 février 2014, Caracas. Le gouvernement indemnise 112 familles de victimes du "Caracazo" de 1989.

Ce massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

Le massacre de deux à trois mille personnes par l’armée fut ordonné par le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez pour écraser la rébellion populaire anti-FMI du 27 février 1989.

Cette triste époque prit fin avec la décision de Chavez de rompre les accords avec le Pentagone et d’humaniser l’armée, notamment en l’impliquant dans les missions sociales. Il reste cependant des nostalgiques de cette nuit de terreur et d’apartheid social, notamment parmi les étudiants des quartiers riches qui jouent aujourd’hui pour les caméras leur “révolution” sans peuple (3). En assassinant sélectivement des militaires et des policiers, l’extrême droite paramilitarisée de Leopoldo Lopez et de Maria Corina Machado recycle une technique conseillée par la CIA pour déstabiliser Salvador Allende en 1973. Le gouvernement bolivarien a évité de tomber dans la provocation et le président Maduro a multiplié les initiatives de dialogue, allant jusqu’à proposer, le 15 mars, aux dirigeants de la droite universitaire une rencontre retransmise en direct à la télévision pour “dire tout ce qu’ils veulent dire”.

La tentative de coup d’État a échoué mais il est clair que toute mesure prise par le gouvernement pour défendre les institutions démocratiques sera aussitôt transformée par le Département d’État ou par les médias internationaux en “durcissement-de-la- répression-au-Venezuela”.

Au Salvador, à peine connue la victoire du candidat de gauche Sanchez Cerén aux présidentielles du 9 mars, l’extrême droite a réagi comme au Venezuela, manifestant violemment et appelant les militaires à rejeter la décision des électeurs. L’Amérique Latine est aujourd’hui assez forte et solidaire pour faire échec à ces putschismes médiatiques et pour défendre son droit à élire qui elle veut quand elle veut (4). En revanche la régression journalistique et la sédimentation en vérité de quinze ans de désinformation ont de quoi rendre inquiet sur l’avenir de la démocratie occidentale.

Thierry Deronne, Caracas, 16 mars 2014.

—————-

Un peu d’Histoire…

Avant la révolution bolivarienne, sous la “4ème république” social-démocrate-social-chrétienne, le Venezuela passait pour une charmante démocratie bleu caraïbe exportatrice de voluptueuses Miss Univers et de pétrole bon marché. Ce n‘est que depuis peu que la justice vénézuélienne s’efforce, comme au Chili ou en Argentine, de retrouver les corps de centaines d’étudiants et de militants torturés, assassinés, disparus. C’est cette mémoire que font revivre deux témoins directs, Elias Jaua, ex-dirigeant de mouvement étudiant et actuel chancelier, et l’écrivain et journaliste José Roberto Duque :

Les seins de ma mère, par José Roberto Duque

José Roberto Duque“Chaque fois que je veux faire comprendre aux jeunes gens ce qu’était la terrifiante « liberté » au temps de ce que l’on appelle  la 4ème République, je leur raconte comment se passait le recrutement. Le recrutement, cette sorte de kidnapping qu’un certain « tyran militaire » du nom de Chavez a supprimé et interdit pour toujours, dans ce qui fut sa première action au gouvernement, en 1999.

recluta2.jpgUne fois par an, pendant une période, je ne me souviens plus de quels mois il s’agissait, les jeunes gens de 18 à 28 ans, nous devions marcher dans la rue en regardant partout, inquiets, redoutant l’apparition d’un agent de police, garde national ou soldat dont la mission était de nous kidnapper et de nous emmener accomplir le service militaire obligatoire. C’est ainsi que l’on appelait le fait d’aller perdre un an et demi de ta vie dans une caserne, presque toujours à la campagne ou dans une ville éloignée de l’endroit où tu habitais.

Pour les plus âgés et pour ceux qui avaient déjà fait leur service, cette chose était plutôt une fête. Voir un jeune se mettre à courir, vert de peur, ou tenter de se cacher, cela les faisait se tordre de rire et il y avait des salauds qui, lorsque les kidnappeurs en uniforme apparaissaient, s’amusaient à dénoncer les jeunes gens qui se cachaient dans les commerces. Ils en ont pris plus d’un de cette façon, derrière le comptoir d’une cordonnerie, après qu’un sympathique crétin ait informé le flic qu’il y en avait un qui se cachait là. On payait ces fonctionnaires 15 bolivars par jeune capturé.

Après avoir souvent échappé à l’autorité, un jour, je me suis fait avoir dans un minibus. Aussi simple que cela : des hommes en uniforme sont montés à l’angle de Carmelitas et, à tous les hommes, ils nous ont demandé nos papiers. J’ai montré les miens et c’est tout ; ils m’ont demandé de monter dans le panier à salades de la Police Militaire pleins de gamins de mon âge, et en plus j’ai dû payer mon parcours à ce fils de pute du minibus.

En arrivant au fort Tiuna, une file de soldats nous a reçus avec des sifflets et des insultes. Comme le métro venait juste d’être inauguré, à chaque instant les gens inventaient des plaisanteries avec les noms des stations ; quelques-uns criaient en imitant la voix des locuteurs qui parlaient dans les haut-parleurs. Station Lapin blanc. Tout le monde descend !(Lapin blanc, c’est ainsi que l’on appelait dans le temps le secteur où est construit le fort Tiuna). Les grandes angoisses de ceux qui, comme moi, ne voulaient pas faire ce maudit service, étaient indescriptibles, mais il faut en mentionner une : à cette époque, les téléphones portables n’existaient pas ; on n’arrêtait pas de penser à notre famille, à comment communiquer avec elle ou à comment lui demander de l’aide. Un kidnapping est un kidnapping, camarade.

Après un après-midi et une soirée d’insultes, de provocation et avec le ventre vide (on ne nous donna rien à manger), nous sommes allés dormir dans un hangar pleins de couchettes. A 4H du matin un groupe de soldats est entré pour faire du tintamarre avec des casseroles et des gamelles et nous crier : « Debout, les conscrits ! Le nouveau est nouveau et son nom c’est de la merde ! ». Et ils entonnaient la sonnerie du clairon (celle-là même qui, par la suite, est devenue de mise les jours d’élection) l’accompagnant en rythme avec ces foutues paroles :

« Debout, recrue/ il fait déjà jour/ Pourquoi n’es-tu pas venu/ quand moi je suis venu ?/ Fais-moi bien ce lit/ lave-moi les gamelles/ Nettoie toute cette merde/ lave les sous-vêtements… »

La description de cette journée est longue, tout comme fut longue la queue de cinq heures que nous dû faire pour entrer dans une pièce et parler avec un sergent ou un machin du même genre ; on nous donnait notre dernière chance pour montrer que nous n’étions pas bons pour le service. Celui qui convainquait ce type recevait un permis qui le laissait sauf de ce kidnapping d’un an et demi et il sortait libre ; celui qui ne la faisait pas, passait dans une pièce annexe pour qu’on lui tonde la boule à zéro et, on lui donnait son uniforme de simple soldat, prêt à être brimé par les anciens. Moi, j’avais deux prétextes légaux : j’étais étudiant et en plus j’étais le seul soutien de la famille.

Le fait d’être étudiant, je l’ai justifié en montrant ma carte d’étudiant. Quand j’ai dit au type que j’étais soutien de famille, il m’a regardé avec un petit rire narquois et m’a dit ; « Bon, eh bien, ils vont tomber les seins de ta maman , car toi, tu ne sors pas d’ici ».

Simple terreur psychologique. Ce jour-là, je suis sorti avec mon permis flambant neuf : « Exempté, pour le moment ».

José Roberto Duque

Source : http://tracciondesangre.blogspot.com/2013/09/las-tetas-de-mi-hogar.html

Traduction de l’espagnol : Sylvie Carrasco

Le Venezuela sans “peinilla”, par Elías Jaua

Elías-Jaua

La «Peinilla», sorte de sabre pour réprimer les manifestants, est tout un symbole de la façon dont la bourgeoisie née du rentisme pétrolier, ses régimes dictatoriaux et ses partis de démocratie représentative ont gouverné le Venezuela pendant un siècle. Le système de domination et d’exclusion se maintint grâce à une répression systématique du peuple lorsqu’il exigeait le respect de ses droits les plus élémentaires. golpe0 golpe1

golpe2« Donnez-leur leur peinilla » disaient les présidents, ministres, gouverneurs, chefs d’entreprise et grands propriétaires terriens lorsque les étudiants, les ouvriers, les paysans, les maîtres d’école et le peuple en général occupaient les rues pour protester contre la faim, la misère, l’exclusion. Mais la peinilla n’était que l’instrument visible d’un système de répression basé sur la torture, les disparitions forcées, les emprisonnements illégaux et exécutions qui suivaient le principe « tirez d’abord et vérifiez ensuite ».

Ces réflexions sur la « peinilla », je les fais à propos car le 21 novembre 2013 on a commémoré le Jour de l’Étudiant, nous avons vu cette belle et triomphante jeunesse estudiantine entrer au palais présidentiel de Miraflores, sans un coup de feu, sans recevoir un tir, pour une rencontre avec le président Nicolas Maduro. A plusieurs reprises, dans les 14 dernières années, nous avons vu cette scène se répéter avec notre commandant Chavez. Sans doute, le Venezuela a-t-il changé pour toujours.

Tous les 21 novembre, nous nous souvenons de nos martyrs et nous renouvelons l’engagement de « Lutter jusqu’à la victoire ». Cette année, j’ai pensé à un épisode que m’a raconté le cinéaste Angel Palacios, il y a deux ans , lorsque l’on a commémoré les vingt ans du massacre de Macarao. Événement où deux jeunes étudiants et un soldat, qui était intervenu pour les défendre, furent assassinés par la sinistre police Métropolitaine, désormais disparue grâce à la Révolution et à Chavez.

cf3121ca-c0bd-4e3c-822c-815cec8d07e0Angel Palacios était en train de faire un documentaire sur ces événements survenus en 1991, durant le gouvernement du « démocrate » Carlos Angel Perez, et il m’a demandé de lui trouver des “peinillas” . Dans un dépôt de Cotiza, nous avons trouvé des centaines de ces peinillas, des uniformes et autres instruments de répression de la PM. Angel a proposé aux étudiants du Lycée de Caricuao, où avait étudié Darwin Capote, l’un des camarades assassinés, de recréer ce triste événement, pour lequel, quelques jeunes devaient jouer le rôle des étudiants réprimés et d’autres celui des policiers répresseurs. Nous avons eu une agréable surprise, lorsque les étudiants ont demandé à Palacios comment on utilisait une peinilla car il n’en n’avait jamais vue. Evidemment ! il s’agissait de jeunes de 14 et 15 ans qui avaient grandi avec la Révolution.

La peinilla, a été interdite dès le premier jour du gouvernement du président Chavez en 1999, et par la suite  dans le texte de notre Constitution Bolivarienne. Une génération de jeunes gens ne connaît pas cet instrument avec lequel on a tellement humilié le peuple vénézuélien, avec lequel tant de jeunes ont été mutilés et quelques-uns assassinés, lorsque certains répresseurs décidaient de l’utiliser comme une machette.

Quelqu’un me disait que l’on devrait faire un musée de ces instruments de répression et les montrer dans tous les lycées et les universités, accompagnés des documents qui montrent comment on les a utilisés durant un siècle contre un peuple désarmé. C’est une bonne idée. J’éprouve un profond sentiment d’orgueil d’appartenir à l’héritage des luttes étudiantes de notre Patrie. Etudier et Lutter reste la consigne.

Elias Jaua 

Source : http://www.mre.gov.ve/index.php?option=com_content&view=article&id=32244:venezuela-sin-peinilla&catid=2:actualidad&Itemid=325

Traduction de l’espagnol : Sylvie Carrasco

Notes :

(1)   https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/02/les-militants-venezueliens-dong-independantes-des-droits-humains-repondent-aux-medias-internationaux/

(2)   https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/20/strategie-de-la-tension-au-venezuela-par-maurice-lemoine/

(3)   http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne/

(4)   http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/18/lunite-latino-americaine-pour-defendre-le-vote-des-venezueliens-relegue-au-passe-la-desinformation-et-la-vigilance-de-leurope-et-des-etats-unis/

On peut lire également :

-          Coup de projecteur sur les zones d’ombres médiatiqueshttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/18/venezuela-coup-de-projecteur-sur-les-zones-dombre-mediatiques-par-romain-migus-caracas/

-          Brévissime leçon de journalisme pour ceux qui croient encore à l’informationhttps://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine/

 

Fauxccupy : quand tombe le masque de Guy Fawkes de l’opposition vénézuélienne

guy-fawkes-mask-for-vendetta-114512
"Vous m'etedez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

"Vous m’entendez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

Poussées par la faim et les pénuries, les masses vénézuéliennes protestent contre la terreur du castro-communisme.

Poussées par la faim et les pénuries, les masses vénézuéliennes protestent contre la terreur du castro-communisme.

Par Roberto Lovato – Latino Rebels, le 14 mars 2014

Caracas – Les news et l’imagerie disponibles sur le Venezuela de ces dernières semaines mèneraient l’homme de la rue à conclure que les jeunes d’opposition sont des “manifestants pacifiques” dans la lignée de l’activisme global des jeunesses du “printemps arabe”, du mouvement Occupy ou d’autres pays d’Amérique Latine. Une telle conclusion serait erronée tant les informations sur le Venezuela relèvent de pratiques journalistiques très contestables, sur une échelle sans précédent.

Qu’on considère, par exemple, les personnes tuées dans les deux camps. Les médias privés (en anglais ou en espagnol) ont omis de couvrir les huit (et plus) victimes pro-chavistes des violences perpétrées par les étudiants ou par le reste de la droite. Aucun n’enquête sur les dénonciations selon lesquelles les morts sont en majorité imputables à l’opposition. Le gommage radical des victimes pro-chavistes est surprenant.s6gjS9fl

L’image ci-dessus montre, par exemple, des membres de la droite vénézuélienne tendant un fil barbelé qui a décapité un cycliste innocent, Rafael Durán de La Rosa, mort omise par la plupart des médias. Autre exemple du silence, l’assassinat de l’étudiante chilienne Gisella Rubiar le 9 mars à Mérida, tombée sous les balles de militants d’extrême droite alors qu’elle tentait de dégager une rue obstruée par leur barricade.

Un autre aspect de ce traitement très spécial des médias sur le Venezuela concerne les images des masques de Guy Fawkes, symbole des mouvements anti-capitalistes popularisé par Hollywood et, plus récemment, par les manifestations du mouvement Occupy.Faux1La semaine dernière j’ai interviewé des membres de l’opposition, parmi lesquels des dizaines de jeunes. Presque tous ceux-ci sont des étudiants de classe moyenne et supérieure vivant dans les quartiers ultra-élitaires de Caracas, les plus riches des Amériques. Lorsque je leur demandai s’ils se définissaient comme “anarchistes” ou “marxistes” ou comme partisans d’une des idéologies qui ont caractérisé la plupart des oppositions historiques ou actuelles dans la région, ces étudiants ont uniformément répondu par la négative, certains y allant parfois d’un “para nada!” (“pas du tout !”) ou d’équivalents espagnols de “Jamais de la vie !”

Certains des interviewés m’ont dit s’identifier à des militaires tels que le Généralissime Marcos Pérez Jiménez, ancien et très répudié dictateur. Ils se sont également reconnus dans l’opposition vénézuélienne, emmenée par trois membres de l’élite du pays —Henrique Capriles, María Corina Machado et Leopoldo Lopez— tous trois impliqués dans le coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez et possédant des liens familiaux direct avec les propriétaires ou les plus hauts dirigeants des plus importants conglomérats privés du Venezuela et du continent.

Or, si l’opposition du Venezuela est dirigée par des milliardaires dans un pays pauvre et si, au lieu de combattre les initiatives multi-millionaires de la politique des USA (comme le font la plupart des mouvements latino-américains), cette opposition reçoit des millions de dollars du département d’État, comment comprendre toutes ces images d’étudiants portant un symbole associé aux mouvements de gauche ?

La réponse est triple. La première est que l’idée de porter ce masque face aux caméras fait partie de la très sophistiquée formation aux médias que les étudiants ont reçue de OTPOR/CANVAS et d’autres consultants loués avec les millions de dollars US. La deuxième est que des étudiants commettant des violences et qui craignent les sanctions ont besoin de se cacher. Enfin, c’est la logique du marché, il y a des personnes achetant des masques parce que c’est cool ou d’autres qui y voient une aubaine commerciale, comme j’ai pu l’observer dans les photos que j’ai prises la semaine passée.fauxccupy-vRL2Faux4RL-1024x9813Sans analyser de près l’imagerie dominante, sans examen minutieux de ce qu’est l’opposition vénézuélienne, on risquerait de la confondre avec quelque chose comme le Che Guevara ou Occupy ou le Printemps Arabe. Mais avec des dirigeants de la droite étudiante comme Lorent Saleh, lié aux paramilitaires de l’ex-président Uribe et à des groupes néo-nazis colombiens (voir El Espectador du 21/7/13) (1) ou Yon Goicochea qui a reçu les 500.000 dollars du prix “Milton Friedman” et d’autres financements privés ou gouvernementaux des États-Unis, il y a beaucoup plus derrière les masques de Guy Fawkes au Venezuela que ceux que nous laissent voir les médias. Et peut-être que nous voyons naître quelque chose de nouveau et radicalement différent dans le continent insurgé de l’Amérique : Fauxccupy

Note :

(1)  http://www.jornada.unam.mx/2014/03/04/opinion/021a1pol

Roberto LovatoL‘auteur : Roberto Lovato est écrivain, journaliste et co-Fondateur de  Presente.org, une des principales associations on-line de défense des droits des immigrants latino-américains aux États-Unis. Une de ses enquêtes sur l’exploitation des travailleurs immigrés à New Orleans après les ravages de Katrina, Gulf Coast Slaves, a servi de matériel pour une enquête du Congrès. Producteur de programmes de radio et collaborateur régulier de dizaines de médias dont Nation magazine et Huffington Post. Lire son blog. Twitter : @robvato.

Source : http://www.latinorebels.com/2014/03/13/fauxccupy-the-selling-and-buying-of-the-venezuelan-opposition/

Photos : Roberto Lovato

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/15/fauxccupy-sous-les-masques-de-guy-fawkes-de-lopposition-venezuelienne/

Comprendre la défaite d’un coup d’État et… des médias internationaux.

Un des objectifs de l’extrême droite était de faire "le nécessaire" pour substituer le processus d’une démocratie participative par l’image mondiale d’un État répressif. Mais alors qu’on a rempli partout les yeux de la “répression-au-Venezuela”, les 90 % des vénézuéliens se sentent étrangers à cette réalité virtuelle. Pourquoi ? Parce qu’ils vivent en paix sur la quasi-totalité du territoire. A l’Ouest et au centre de Caracas, habités par la majorité populaire, pas de violences, pas de journalistes, pas de pixels pour la voix off : “Venezuela", "révolte", "répression”.

En rouge les zones qui subissent les violences de l'extrême droite. Les autorités vénézuéliennes sont actuellement à la recherche de trois bandes paramilitaires (liées aux AUC colombiennes)  infiltrées dans l'État de Carabobo. Ces mercenaires responsables de la majorité des atrocités en Colombie, sont financés par une alliance entre l'ex-président Uribe, le Département d'État US et leurs alliés de la droite radicale vénézuélienne.

Le médiamensonge de "la guerre civile au Venezuela". En rouge les zones qui subissent les violences des groupuscules d’extrême droite. Les autorités vénézuéliennes sont actuellement à la recherche de trois bandes paramilitaires (liées aux AUC colombiennes) dans l’État de Carabobo. Infiltrés en nombre croissant après la mort de Hugo Chavez et la victoire de Nicolas Maduro aux élections présidentielles de 2013, ces mercenaires, coupables de la majorité des atrocités en Colombie, sont financés par l’ex-président Uribe, le Département d’État US et leurs alliés de la droite radicale vénézuélienne.

On a montré des marches de l’opposition, parties des quartiers riches. Mais sous le vernis obligé de slogans “sociaux” ou “populaires” il n’y a que le triple désir de ceux qui n‘acceptent pas la défaite électorale : économie privatisée, apartheid social, obéissance aux États-Unis. Dans le même temps, les médias ont caché les mobilisations des travailleurs pétroliers, des étudiants bolivariens, des mouvements de femmes, des fédérations paysannes, des personnes âgées, des organisations communales, des communicateurs populaires, des médecins intégraux comunautaires pour défendre la poursuite du programme choisi par la majorité. Occultées, les mesures prises lors des rencontres entre ces collectifs sociaux et le gouvernement pour refinancer le système des hôpitaux publics, les projets portés par les organisations comunales, les allocations sociales ou la production agricole. Rien sur les centaines de millions de bolivars destinés à concrétiser les objectifs approuvés par les électeurs et le fait que 80 % des étudiants et des travailleurs du secteur universitaire suivent les cours et travaillent normalement. Sur 67 universités publiques, seuls 5 conseils universitaires se sont prononcés en faveur de la suspension des cours.

Nicolas Maduro, le 10 mars, lors de la remise de diplômes à 2500 nouveaux médecins intégraux communautaires. Actuellement on compte 20 mille 538 étudiant(e)s de cette carrière dans six universités nationales. Le président a annoncé la récupération de 24 hôpitaux publics et un budget de 1492 millions de bolivars pour la construction et la réparation de centres de santé de la mission "Barrio Adentro".

Nicolas Maduro, le 10 mars, lors de la remise de diplômes à 2500 nouveaux médecins intégraux communautaires. Actuellement on compte 20 mille 538 étudiant(e)s de cette carrière dans six universités nationales. Le président a annoncé la récupération de 24 hôpitaux publics et un budget de 1492 millions de bolivars pour la construction et la réparation de centres de santé de la mission "Barrio Adentro".

Le 9 mars à Caracas, Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays et annonce l’octroi de 2400 millions de bolivars pour qu’ils puissent réaliser leurs projets socio-productifs ou de construction de logements.

Le 9 mars à Caracas, Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays et annonce l’octroi de 2400 millions de bolivars pour qu’ils puissent réaliser leurs projets socio-productifs ou de construction de logements.

12 mars, à Caracas. Marche des étudiants du milieu populaire pour défendre les institutions démocratiques face aux violences de l'extrême droite.

12 mars, à Caracas. Marche d’étudiants de milieu populaire pour défendre les institutions démocratiques face aux violences de l’extrême droite.

71-540x367Une des impasses auxquelles a mené l’uniformisation médiatique à partir des années 80 est que l’Amérique Latine n’apparaît plus que dans la fragmentation humanitaire, éphèmère (victimes indigènes, drames humains, écologiques, etc..) ou lorsqu’un pic de désinformation épouse un programme de déstabilisation (comme celui qui vient d’échouer). Hors de ces instants et de ces “morts sur commande”, les 99 % du temps et les 99 % de l’espace d’un continent restent hors de portée de l’occidental.

Si les médias renouaient le lien avec les intérêts des citoyens, redevenaient attentifs à ce que “le peuple discute avec le peuple” (Sartre, fondant “Libération”), ils informeraient sur ce qui fait qu’ici, le mot “politique” retrouve son sens alors qu’il indiffère la majorité des occidentaux. La construction d’un État participatif au Venezuela n’attire pas micros et caméras. Elle apporte pourtant les clefs : enjeux et contradictions d’une révolution pacifique face à des obstacles tels que la déflagration urbaine post-pétrolière (qui porte plus à l’isolement du consommateur qu’á la production et à la solidarité) ou l’hégémonie des médias privés (qui dénigrent la sphère publique).

Il y a quelques jours, au cours d’une réunion de l’Organisation des États Américains (OEA), jusqu’ici soumise aux États-Unis, 29 pays ont voté une déclaration de solidarité avec les efforts de paix du gouvernement Maduro – seuls les États-Unis, le Canada et Panama ont voté contre.

Salvador Sanchez Ceren, nouveau Président de la République du Salvador.

Salvador Sanchez Ceren, nouveau Président de la République du Salvador.

Avec les positions de l’UNASUR, de l’ALBA, de la CELAC et du MERCOSUR le Venezuela compte sur une unité qui fait son chemin : dimanche, le Salvador a élu président Salvador Sanchez Ceren, plus à gauche que son prédécesseur, et désireux d’adhérer à l’ALBA. 

Michelle Bachelet : "nous n'appuierons jamais un mouvement qui cherche à renverser par la violence un gouvernemet élu librement et démocratiquement"

Michelle Bachelet : "nous n’appuierons jamais un mouvement qui cherche à renverser par la violence un gouvernement élu librement et démocratiquement"

La nouvelle présidente du Chili, Michelle Bachelet, a annoncé le 7 mars “son soutien sans restrictions au gouvernement bolivarien du Venezuela” et son refus “d’appuyer des initiatives contraires au verdict des urnes ou des actions violentes visant à déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu”.

Rafael Correa, Président de l'Équateur

Rafael Correa, Président de l’Équateur

C’est à Santiago du Chili que s’est réunie l’UNASUR ce 12 mars pour manifester son appui au gouvernement vénézuélien et comme l’a expliqué le président Correa, “pour prendre position sur base de la vérité, et la vérité est que c’est le gouvernement légitime du Venezuela qui est persécuté, que Nicolas Maduro est humaniste, qu’il ne serait jamais capable de réprimer son peuple, et qu’on tente de le déstabiliser”.

T.D., Caracas, 12 mars 2014

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/12/comprendre-la-defaite-dun-coup-detat-et-des-medias-internationaux/