« Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela »

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Emma ORTEGA, agricultrice installée dans l’Etat d’Aragua, été élue le 30 juillet dernier comme députée pour le Secteur Paysans et Pêcheurs à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La télévision alternative Alba TV a eu l’occasion de discuter avec elle à propos l’importance de la Loi sur les Semences conquise par la Révolution, du quotidien des femmes paysannes au Venezuela et des difficultés que rencontre le gouvernement bolivarien dans la mise en place des conditions devant mener à la souveraineté alimentaire selon le modèle communal.

Les semences et les transnationales

Pour Emma Ortega, la Loi sur les Semences qui interdit les OGM et défend les semences autochtones « est non négociable », il faut profiter de l’Assemblée Constituante pour lui donner pleinement un rang constitutionnel « en raison de l’autonomie que représente pour le pays le fait de disposer de ses propres semences ». Selon elle, après l’engagement dans une politique orientée vers la préservation de nos semences avec la création d’instances comme l’Institut National de Recherche Agricole ou l’Institut National de Santé Agricole Intégrale (INSAI), le moment est venu de lever le rideau sur le fait que nous restons dépendants de sociétés productrices de semences capitalistes : « les transnationales sont présentes dans nos structures gouvernementales, ce qu’il faut dénoncer, car leur intérêt est de soutenir le modèle capitaliste et agro-industriel dans nos campagnes ».

Si notre politique agricole est basée sur l’agriculture verte, « il est indubitable que Monsanto reste dans les coulisses pour influencer nos décisions et c’est ce qu’il faut dénoncer, Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela. On nous dira probablement que nous ne disposons pas de substituts, mais nous les avons, ils sont là, connus de la population et des techniciens qui ne sont pas rivés à une politique agricole dans laquelle le paysan ne fait que fournir la matière première à ceux qui la transforment ».

La politique agricole appliquée jusqu’à présent est fragmentée, nous devons systématiser une agriculture qui n’aurait pas seulement à voir avec des kilos et des quintaux mais aurait un rapport directe avec les acteurs (trices) sociaux(ales), le processus de production et ses implications « .

C’est pourquoi il faut valoriser la vie des paysans et des habitants des campagnes, garantir leur entière sécurité -pas seulement physique mais aussi sociale – en leur offrant une infrastructure de soutien à la production agricole , »depuis des routes jusqu’à l’électricité, des centres de collecte, de transport, tout cela faisant partie des investissements devant être faits dans l’agriculture paysanne pour consolider les espaces qu’occupe la paysannerie ».

Malgré ces contradictions, Ortega fait remarquer que les étalages des rues des villes sont remplis d’auyamas (potirons), piments doux, de tubercules comme l’ocumo, la yucca, de poivrons et de tomates. « Une production existe dans le pays, la paysannerie est présente, ce sont les aliments liés à l’agro-industrie qui nous posent problème ».

Elle s’interroge sur le fait qu’au cours de visites dans des régions comme Calabozo dans l’Etat de Guárico, elle a observé qu’il s’y produit bien du riz, mais que celui qui est commercialisé est importé. « Se pourrait-il que notre riz soit mis en sacs importés et ainsi vendu plus cher? »

« Ils naissent à la campagne et meurent dans les villes »

Selon elle, les lacunes de notre politique agricole et le fait de ne pas offrir d’opportunités aux jeunes couples paysans favorise leur déplacement vers les villes où ils finissent attrapés dans les rets de la délinquance. Lorsqu’ils doivent s’éloigner à cause d’un conflit ou d’un délit qu’ils ont commis, ils se réfugient de nouveau à la campagne, dans des endroits dont ils connaissent la territorialité et comment s’y meut l’économie. Et ce sont eux qui pillent et violent, « ce sont des délinquants ruraux pour ainsi dire ».

« Je croyais que c’était nous, les femmes, qui étions les plus lésées, mais ce sont finalement les jeunes dont l’espérance de vie est de 24 ans à peine dans cette dynamique qui les fait naître à la campagne pour mourir dans la délinquance », dit Emma. Pour elle, la « Gran Mision Vivienda Venezuela » (Grande Mission Logement Venezuela) est admirable, bien que trop centrée sur les villes ; elle devrait aussi s’étendre dans aux campagnes à travers des programmes ruraux afin de remédier à l’exode des jeunes couples paysans.

« Quand les femmes vont de l’avant, aucun homme ne recule »

Ortega rappelle que la titularisation des terres est transversale à l’économie, le politique et le social, domaines dans lesquels les femmes sont théoriquement les premières concernées, mais la loi donne la priorité aux femmes chefs de famille, laissant en marge des milliers de femmes paysannes qui vivent en union libre; de fait ou consensuelle, car lors de l’enregistrement, c’est l’homme qui finit par devenir le seul titulaire des terres au vu de sa carte d’identité où il apparaît comme célibataire. Elle considère tout aussi nécessaire d’établir une titularisation commune entre l’homme, la femme qui travaille aux champs et leurs enfants.

Vidéo de l’entrevue intégrale :

Source : http://www.albatv.org/Monsanto-debe-empezar-a-hacer-sus.html

Traduction : Frédérique Buhl

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L’Assemblée Constituante dans les territoires

DJtRU6BXUAEqLcwL’Assemblée Nationale Constituante (ANC) est installée depuis plus d’un mois. La dynamique politique du conflit au Venezuela a changé depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, le pays n’est plus en surface ce qu’il était il y a quelques mois: l’insurrection de la droite s’est éloignée des rues. C’était un des objectifs centraux de l’élection de l’ANC : faire rentrer le débat politique dans le champ de la démocratie, au moins pour le moment – même si en sous-main des mouvements de violence sont en marche.

Avec ce nouvel équilibre des forces, une autre initiative a vu le jour : le déploiement d’une partie des députés constituants dans les territoires, du vendredi au dimanche, jours établis de manière hebdomadaire pour une dynamique qui se veut la colonne vertébrale du processus constituant. Plusieurs assemblées ont eu lieu dans le pays, la majorité au cœur des quartiers populaires et des zones rurales, certaines avec des autorités institutionnelles – des maires par exemple – et d’autres directement avec la population.

Nous avons recueilli les thèmes débattus au cours de cinq de ces assemblées: dans la Centrale Sucrière Ezequiel Zamora, sur la Place Hugo Chávez de Sabaneta, au Centro Agricole Génétique Florentino, dans la cour d’une maison de Barinitas et dans une école de El Cobre. Quatre assemblées citoyennes dans l’état de Barinas, une dans l’état du Táchira, avec la participation d’ouvriers, de petits producteurs agricoles, de membres de communes, de voisins du secteur et de députés constituants. Dans tout ce qu’on a entendu lors de ces assemblées on peut dire qu’il existe trois grands axes et besoins exprimés par la base: la production, la corruption et la justice.

La production

C’est un thème répété depuis des années : il est nécessaire de produire plus, et de dépendre moins du pétrole. C’est ce qui s’est dit dans chaque assemblée, où ont été présentés des plans concrets de production tant pour les entreprises d’État que pour des expériences sociales-communales – on compte 137 communes à Barinas, 75 dans l’état de Táchira, et presque toutes connaissent un développement productif. La proposition est claire, l’heure historique exige d’augmenter les niveaux de production, la capacité pour la consommation nationale et l’exportation. Ceux qui produisent la richesse – ouvriers, producteurs, communards – ont montré leur volonté de construire des réponses face aux nécessités du pays.

Le diagnostic sur des entreprises dans les mains de l’État montre que la majorité ne fonctionnent pas comme elles devraient, et produisent en-dessous de leur potentiel, ce qui n’est pas le projet originel. Cette situation constitue une limitation sévère dans une économie partagée entre trois propriétés – privée, d’État, sociale/communale – dans une guerre économique où l’État est appelé à jouer un rôle central.

La corruption

Tous les débats sur la production ont eu pour corollaire la nécessité de combattre la corruption. Le problème touche deux domaines fondamentaux : l’État et le secteur privé. L’accent a été mis sur le premier, et en particulier sur deux aspects. L’un d’eux est la difficulté que rencontrent les initiatives sociales/communales, ou les entreprises publiques elles-mêmes, pour obtenir des réponses dans les demandes faites à l’État – qu’ils s’agissent d’institutions ou d’entreprises. L’autre aspect abordé est le mauvais usage des ressources dans les entreprises d’État qui se traduit, par exemple, par la déviation d’intrants destinés à la production agricole: des entreprises d’État elles-mêmes revendent ces biens aux réseaux du marché noir qui les revendent ensuite aux producteurs à des prix inaccessibles.

Dans chacun de ces cas la conclusion est claire : il est nécessaire d’en finir avec la corruption. Il s’agit d’un problème qui pèse depuis des années sur l’économie, détruit des projets, empêche le développement du modèle productif national. Sans sanctions, commet réactiver la production ? Comment faire pour que les nouvelles initiatives aient du succès et ne finissent pas comme les précédentes ?

La justice

Le besoin de justice s’est manifesté tant vis-à-vis des corrompus que vis-à-vis de ceux qui ont dirigé et pratiqué l’insurrection armée de la droite menée d’avril à juin, qui a fait plus d’une centaines victimes, et qui a donné lieu à une augmentation des faits de délinquance. Cette exigence que la justice s’exerce s’est exprimée en particulier dans les villages assiégés pendant cette période de violences – c’est le cas de Barinitas et de El Cobre. Dans le premier cas, la population a dû affronter principalement des groupes armés ramenés de l’extérieur pour causer des destructions. Les preuves: la mairie et le commissariat de police avec des marques des incendies et des destructions, les magasins vandalisés qui n’ont pas encore rouvert, l’ouvrier assassiné par une arme à feu. Dans le second cas, le plan a combiné l’incursion de forces de choc de la droite – sûrement paramilitaires – avec l’action d’habitants de l’opposition. Ceux-ci ont agressé les voisins chavistes et les centres électoraux pour tenter d’empêcher les élections à l’Assemblée Constituante du 30 juillet.

On a besoin de justice dans ces villages, d’une justice qui ne concerne pas seulement les dirigeants nationaux de l’escalade violente – comme Voluntad Popular -, mais qui soit aussi plus locale, complexe, où de « bons voisins » se sont transformés en assassins potentiels et où des groupes armés ont suivi des schémas de type militaire.

***

Les députés constituants se sont trouvés face à un éventail de demandes. Leur tâche est de réaliser une synthèse pour l’élever jusqu’à l’Assemblée Nationale Constituante et à ses commissions de travail respectives – au nombre de 22, chacune s’occupant d’un axe thématique différent – et d’ébaucher une architecture constituante de démocratie représentative et participative qui se déroule tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’hémicycle.

On ressent la nécessité de ces assemblées. Il persiste dans les communautés un grand manque d’information sur l’Assemblée Constituante, il y a une sensation de distance vis-à-vis de ce nouveau pouvoir : alors que l’Assemblée Constituante prend des mesures politiques – et parle à travers un nombre réduit de personnes- la réalité économique se détériore chaque jour. Grâce aux mesures économiques annoncées par le président Maduro et à ces rencontres face à face sur le terrain, la distance se réduit, et permet à la population de s’approprier d’une instance pour laquelle elle a voté dans l’espoir qu’elle résoudrait ses problèmes.

Il n’existe pas de clef unique pour résoudre les urgences et les nécessités stratégiques. Les causes de la situation sont économiques et politiques, tant internationales que nationales, dans un contexte de tentative d’assaut final dirigé depuis les Etats-Unis. Dans cette complexité, où l’Assemblée Nationale Constituante doit prendre des mesures concrètes, on peut construire des mécanismes pour mettre en marche une participation populaire directe. Il faut valoriser le fait que dans leur immense majorité les gens sont prêts à résister, à en faire plus, même face à la détérioration des prix, à la corruption qui les affecte directement dans leurs expériences productives, et aux vagues de violence armée dirigées par la droite avec leur cortège de traumatismes et d’affrontements collectifs.

C’est dans la rencontre entre ces deux instances – territoires et députés constituants – que se trouve une des réponses à comment affronter la situation. Une situation qui en surface peut paraître plus calme : pas souterrainement, car la nécessité d’en finir avec l’expérience bolivarienne à tous les niveaux est intacte. Nous vivons en guerre.

Marco Teruggi

 

Source: https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/09/11/la-asamblea-nacional-constituyente-en-los-territorios/

Traduction: Thierry Deronne

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La contre-offensive bolivarienne et la course contre la montre de la droite au Venezuela

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par Franco Vielma

Une vue d’ensemble d’abord : pour les droites vénézuélienne et transnationale, la stabilité politique est un vrai problème car elle permet au gouvernement élu (Maduro) de travailler et d’approfondir cette étape de la révolution. D’où la nécessité d’accélérer l’offensive de la pénurie économique, la confrontation politique, la construction du récit de “l’explosion sociale”, la confrontation des pouvoirs institués, la violation des normes du Centre National Électoral pour que celui renonce aux délais légaux et organise de manière très rapide le référendum révocatoire, la propagation de la campagne internationale sur une “crise humanitaire” et les appels à une intervention extérieure.

Sur le plan économique, la contre-offensive du camp bolivarien amène des nouveautés qui, même si elles ne sont pas dûment visibilisées (par l’ensemble de la classe politique) préparent une nouvelle donne à moyen terme.

C’est dans l’économique que se trouve le noyau du malaise, au bout de trois ans d’une guerre économique dure aggravée par la chute mondiale des cours du pétrole. C’est donc en 2016 que les acteurs du putschisme espèrent enfin mener à bien leur coup d’État sur la base politique du mécontentement et de la fatigue.

De nouvelles perspectives d’amélioration de la situation économique apparaissent cependant, qui trouvent leur origine principale dans les actions du gouvernement Maduro. La droite comprend le risque de voir ces actions produire leurs effets. Voyons:

  1. Le prix du pétrole: après les mois catastrophiques de février et de mars 2016, les cours du pétrole connaissent une remontée qui pourrait atteindre un niveau d’équilibre autour des 50 dollars par baril suivant les indicateurs Brent et WTI.

Bien que ce prix reste très bas, il marque une rupture avec le niveau de 10 ou 20 dollars auquel aurait pu stagner le baril cette année, ce qui aurait mis en faillite toute l’économie des hydrocarbures. Même dans les conditions instables du marché, c’est une bonne nouvelle pour le Venezuela.

Si ce niveau se maintient, l’impact de ce prix encore modeste se fera sentir au cours du second semestre lors de l’entrée des revenus générés par ce nouveau prix.

  1. La gestion de la dette en devises: Le président Maduro a expliqué que dans les 20 derniers mois le Venezuela a honoré ses paiements de dette, pour plus de 35 mille millions de dollars. Malgré ce respect strict des engagements, les agences de notation internationales continuent à élever de manière démesurée le “risque pays”, provoquant et générant de fait un blocus financier. Cependant le ministre Miguel Pérez Abad a déclaré à Reuters que le Venezuela a convenu de meilleures conditions de paiement et a signé de nouveaux contrats financiers avec la Chine.

Le Ministère des relations Extérieures chinois a annoncé le mardi passé qu’il est parvenu à un accord avec le Venezuela pour renforcer sa coopération financière. Sur cette alliance avec la Chine, Abad a précisé qu’elle est adaptée « aux nouvelles conditions, ce qui va insuffler au pays un oxygène très important pour avancer ». Le réaménagement de la dette n’est pas une situation totalement nouvelle : quand il était à la tête de la Banque Centrale du Venezuela Nelson Merentes avait déjà évoqué la possibilité de mettre en place des swaps en or ou tout autre instrument. C’est le cas avec les titulaires de bons émis par la compagnie pétrolière publique PDVSA. La recherche de nouvelles sources pour le paiement des engagements allègera la pression sur les liquidités très affaiblies cette année.

  1. Certification et monétisation des réserves de l’Arc Minier: dans quelques mois seront rendues publics les résultats de l’évaluation des réserves de l’Arc Minier. Une fois certifiées, ces réserves pourront être monétisées, avec pour résultat immédiat l’attraction de nouvelles devises à travers les investissements étrangers.

Mais la Nation peut aussi mettre en œuvre l’émission de bons payables à terme en or (ou en autres minéraux), ce qui implique une entrée rapide de devises qui peuvent contribuer en grande partie à atténuer la chute des revenus en dollars suite à la chute du pétrole. Pour notre économie hautement dépendante d’importations de biens et de matières premières, la mise en route rapide de ces sources alternatives est une bonne nouvelle.

  1. Investissements focalisés sur des leviers de la production nationale: Un des aspects favorables de la conjoncture est la conjugaison d’une politique pertinente et cohérente de substitution des importations et de la diversification des exportations, en partant de la capacité installée dans le pays. L’investissement « par acuponcture financière » vise à recapitaliser des secteurs comme l’alimentation et la santé, ce qui limite la pression sur les devises pour les importations (une variable de l’extraction de devises, de la spéculation et de la fraude dans le cadre de la guerre économique) et favorise la rotation de produits nationaux.

L’effort en faveur de la production nationale transversalise l’économie. L’usage des ressources financières se met en place de manière planifiée, de manière pragmatique, sur la base d’une méthodologie plus efficace, avec des accords directs entre l’État et certains acteurs économiques à toutes les échelles, des grandes entreprises privées jusqu’aux entreprises d’État ainsi que des entreprises du tissu communal.

On construit une administration de ressources sur la base de résultats. Le rôle de l’État étant de superviser et d’inspecter rigoureusement les secteurs concernés pour qu’ils remplissent les objectifs prévus de productivité. En plus de préserver des devises, la production nationale fait du bien en profondeur sur l’approvisionnement du marché avec beaucoup d’autres articles.

  1. Contention de la tempête du dollar parallèle: Une partie des accords passés au sein du Conseil de l’Économie Productive est le rejet par certains acteurs économiques (pas les importateurs) de matières premières qui se basent sur le taux du DolarToday, ce qui limite la tendance à  la hausse, clairement spéculative, que ce taux a généré. Bien qu’il reste un marqueur important de la spéculation et des prix commerciaux et qu’il continue à affecter le pouvoir d’achat des vénézuéliens, le DolarToday stagne à 1000 bolivars pour un dollar et perd de sa force après avoir occasionné des dommages brutaux aux acteurs économiques.
  2. Avec l’arrivée des pluies, viendront les grandes récoltes: La complexité de la conjoncture vénézuélienne provient également de deux années de grande sécheresse et de faibles pluies. Son impact le plus médiatisé sont les coupures d’électricité et les réductions d’horaire dans l’administration publique en vue d’économiser l’énergie générée par des barrages victime du faible étiage. Cette mesure sera levée dans quelques semaines et les pluies sont d’une énorme importance dans la production d’aliments stratégiques sur le plan national.

De nombreux produits au Venezuela sont soumis aux conditions d’irrigation, des céréales telles que le riz et le maïs dépendent des cycles hydriques et les grandes récoltes dépendent des pluies. Les pluies de cette année auront donc un impact positif sur ces productions dont la circulation se fera sentir dans la seconde moitié de l’année.

  1. Nouveau système de prix: c’est un thème polémique et sujet à de longs débats. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. Pour commencer admettons que l’actuelle conjoncture économique vénézuélienne met fin à une période de plus de dix ans de prix artificiellement bas maintenus grâce aux différentes subventions directes et indirectes de l’État. Beaucoup de produits sujets à de fortes baisses d’inventaire sont dérivés de matières premières importées au dollar préférentiel. Ce qui explique les prix de produits comme le fameux Pantène à 37 bolivars, ou le dentifrice Colgate à 40 Bolivars, ou le paquet de couches-culottes Huggies à 100 bolivars.

Pendant des années nous avons été nombreux à ne pas reconnaitre l’effort de l’État pour protéger la population avec ces subventions. La situation a changé. Nous ne disposons pas d’une réserve énorme de devises pour effectuer des achats massifs de matières premières et pour produire à grande échelle ces produits à des prix artificiellement bas, ce qui en a fait la proie d’aspects sanglants de la guerre économique tels que la contrebande, le méga-accaparement, le méga-détournement et la méga-revente liés à l’induction de la micro-revente, des files d’attente et des asymétries dans la distribution.

La « mise à niveau » réaliste des prix de nombreux produits (précisément ceux qui subissent le plus de pénurie organisée) implique que les nouveaux prix stimulent la production et la circulation de nombreux produits. Certains resteront subventionnés, leur prix sera plus élevé qu’avant, mais ils se verront favorisés dans leur circulation. Pérez Abad a dit que « le  second semestre de 2016 sera meilleur que le premier, tant en ce qui concerne les niveaux d’approvisionnement que de perception économique ».

  1. Le nouveau modèle d’approvisionnement populaire: pour les acteurs de terrain du sabotage économique, la transformation de la nature du modèle de distribution est plus qu’une menace. Le renforcement des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) dans les secteurs populaires, à travers les conseils communaux, l’introduction de plus de produits et la régularisation de nouvelles formes de distribution vont s’accélérer et s’approfondir dans les prochains mois. Chaque semaine des milliers de tonnes supplémentaires de produits sont distribuées par les CLAP à seulement trois mois de leur naissance. Cette modalité a l’avantage de protéger la population face aux asymétries et aux irrégularités de la distribution, et limite la spéculation qui affecte des produits essentiels.

Dans la lutte contre trois ans de guerre économique, les CLAP ne sont pas la solution définitive et totale mais constituent un facteur d’un poids énorme comme réponse au chaos. Leur importance vient de qu’ils ont un impact au-delà de leur objectif économique. Ils relancent l’économie solidaire au service des gens, revitalise le tissu politique chaviste, surmonte la logique de l’économie cannibale de guerre, impose la gouvernance d’État en faveur de mécanismes participatifs pour la distribution et confère au peuple un rôle vital dans la contre-offensive.

Source: http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/acelerar-el-conflicto-y-propiciar-el-golpe-antes-que-la-economia-mejore

Traduction: Thierry Deronne

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Le Venezuela, An II après Chavez

L'auteur : Alejandro Fierro est un journaliste espagnol résidant au Venezuela. Membre de la Fondation d'Études Politiques et Sociales CEPS

L’auteur : Alejandro Fierro est un journaliste espagnol résidant au Venezuela. Membre de la Fondation d’Études Politiques et Sociales CEPS (Espagne).

Deux ans après la disparition de Hugo Chavez survenue le 5 mars 2013, il est encore bien difficile de procéder à une analyse sereine du Venezuela, tant le traitement médiatique de cette question – placée sous le signe de la partialité et de la manipulation des informations – relève de luttes politiques, idéologiques et économiques camouflées en « journalisme » (1). Le simple fait que la presse mette en permanence l’accent sur ce pays de la zone caraïbe, trahit une intention qui excède les motivations journalistiques proprement dites.

La loupe ne se pose pas sur le Mexique, un pays où toutes les 90 minutes, une personne disparaît. Ni sur le Honduras, où depuis le coup d’État survenu en 2009, l’assassinat d’opposants politiques, de syndicalistes et de journalistes, est monnaie courante. Ni sur le Paraguay, devenu après le renversement du président élu Fernando Lugo, la nation la plus pauvre d’Amérique du sud, supplantant ainsi la très misérable Bolivie dont le niveau de vie a considérablement augmenté ces dernières années. Dans cette liste comparée de l’indifférence médiatique on pourrait encore mentionner des États faillis – Guatemala, Salvador, Belize ou encore Colombie.

Le thème du « Venezuela au bord de l’abîme » est à usage externe. Le vénézuélien moyen, par-delà sa sensibilité politique, et sans nier l’existence de problèmes, ne se reconnaît pas dans cette approche caricaturale. Il ne perçoit pas son pays sous les traits d’une dictature féroce réprimant toute velléité de dissidence politique; et où de soi-disant majorités appauvries erreraient à la recherche d’aliments, harcelées par la police, l’armée et les paramilitaires chavistes. Ce scénario le ramène au contraire au passé : à ce Venezuela des 3000 disparus et des 5000 assassinés de l’explosion populaire de 1989 contre la faim et l’exclusion. Un pays dont 85% de la population vivait dans la pauvreté et dont les médias ne parlaient pas.

L’opposition vénézuelienne n’arrive toujours pas à formuler une grille de lecture correcte de son propre pays, d’où ses défaites électorales à répétition. Elle agite la bannière d’une « lutte contre la dictature » que ses sympathisants eux-mêmes ne suivent plus. Ses derniers appels à descendre dans la rue ont été des échecs (2). Alors que le Grand Caracas compte 6 millions d’habitants, quelques centaines de personnes seulement ont répondu à l’appel pour le premier anniversaire de la mise en détention du leader d’extrême droite Leopoldo Lopez, accusé dans le cadre de l’organisation de violences meurtrières. Même indifférence en ce qui concerne l’arrestation du maire de Caracas Antonio Ledezma pour les mêmes motifs. La société vénézuelienne semble approuver le fait que l’État dispose de mécanismes légaux pour faire face à ceux qui cherchent à renverser l’ordre constitutionnel légitimement établi, comme c’est le cas dans tous les systèmes démocratiques de par le monde. L’Espagne et les États-Unis, fers de lance des attaques médiatiques contre le Venezuela, usent à profusion de cette figure légale pour justifier l’emprisonnement de personnes appartenant aux mouvances de gauche – particulièrement en ces temps de Guerre Froide – ou appartenant aux sphères islamiste ou indépendantiste.

L’opposition échoue à comprendre que le message qui peut marcher pour une opinion publique internationale ignorant la réalité vénézuelienne et dans l’impossibilité d’en juger sur le terrain, est inefficace à l’intérieur des frontières du pays. Après tout, ce sont les vénézueliens qui votent, pas les étrangers.

Aujourd’hui, les préoccupations du peuple vénézuelien se centrent sur l’économie. Selon le baromètre de février 2015 réalisé par la http://www.gisxxi.org/, 45% des personnes interrogées considèrent que les pénuries et l’inflation représentent les principaux problèmes, bien loin devant d’autres questions telles que l’insécurité, le chômage ou la corruption (3).GIS XXI graphique 1

Face à cette situation, l’opposition de droite n’a avancé aucune proposition, au-delà de l’exercice futile de signaler l’existence de ces problèmes. Or, une part non négligeable de la population considère que ce silence dissimule la volonté d’appliquer un programme néo-libéral en cas de retour au pouvoir (4). Le capitalisme extrême ne découvre jamais ses cartes avant d’accéder au pouvoir. Le non respect systématique des promesses qui ont permis à Mariano Rajoy de remporter les élections en Espagne en est un bon exemple.

Mais la pire des nouvelles pour l’opposition est peut-être le fait que l’opinion publique ne considère pas Nicolas Maduro et son gouvernement comme les seuls responsables. L’étude de GIS XXI révèle que la responsabilité est également attribuée aux grandes entreprises et aux réseaux de distribution commerciale en connivence avec l’opposition, les milieux de la spéculation financière et les organisations politiques internes et externes qui opèrent en vue de la destitution du président de la République par des voies non électorales. 55% des personnes interrogées considèrent qu’il existe bien une stratégie de déstabilisation économique à des fins politiques, contre 34% qui ne partagent pas ce point de vue. Le fait que des agences internationales de notation qualifient la dette vénézuelienne de pire que celle d’une Ukraine brisée et en pleine guerre civile, est une de ces absurdités qui alimentent la conviction d’une guerre économique contre le Venezuela.Gis XXI graphique 2

Toutes ces raisons expliquent pourquoi les opinions favorables à l’opposition ont chuté à un niveau historiquement bas (10%). A contrario, selon les sondages émanant de diverses firmes privées telles que Datanalisis, Hinterlaces ou l’étude la Fondation GIS XXI, Maduro est le dirigeant politique national le mieux perçu. Les personnes interrogées reconnaissent que les mesures prises pour relancer l’économie partent exclusivement du président et de son équipe gouvernementale, au-delà du fait qu’elles soient efficaces ou non.

Ces données ne sont jamais diffusées à l’extérieur du Venezuela. Il faut cependant en tenir compte dans l’hypothèse d’une victoire chaviste lors des prochaines élections législatives. L’opinion publique internationale – à qui ces informations ne sont pas communiquées – se demandera comment cette victoire a été possible alors que le pays est au bord du gouffre. Les terminaux médiatiques de la droite sèmeront sur ce terreau fertile le doute sur la validité de ces élections. Et la roue médiatique de la manipulation recommencera à tourner, infatigable, bien que la réalité s’entête à la démentir.

Alejandro Fierro

Source : Tercera Información, http://www.tercerainformacion.es/spip.php?article82647

Traduction : Jean-Marc del Percio

Notes :

  1. Lire « Thomas Cluzel : interdit d’informer sur France-Culture », http://wp.me/p2ahp2-1M7 et « Courrier International, le média off-shore du « Monde », http://wp.me/p2ahp2-1JS

  2. Lire « Qui a gagné la rue ? », https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/05/qui-a-perdu-la-rue/

  3. Site de la Fondation GISXXI : http://www.gisxxi.org/

  4. Lire « L’«accord de transition » Machado-Ledezma-Lopez : ce que révèle et ce qu’occulte le programme de la droite vénézuélienne en cas de succès d’un coup d’Etat« , http://wp.me/p2ahp2-1Kc

URL de cet article :  http://wp.me/p2ahp2-1MU

La dérive des continents… vue de notre Amérique

Dans les années trente certaines bombes larguées sur la République d’Espagne n’explosèrent pas. Des ouvriers allemands de l’armement, solidaires, les avaient désamorcées parce qu’ils savaient à qui elles étaient destinées. Quel journaliste des télévisions, radios ou journaux occidentaux qui diffusent “la bonne parole” sur le Venezuela sait-il que les morts provoquées par les violences de la droite locale et des paramilitaires infiltrés sont le produit de la commande médiatique internationale ?

T.D. Caracas, 21 février 2014

Les leaders de la droite vénézuélienne : Leopoldo Lopez et son principal soutien (politique et financier) régional : l’ex-président colombien Alvaro Uribe, impliqué dans le paramilitarisme et dans des crimes contre l’humanité. Bogota, décembre 2011.

Le leader de la soi-disant « fronde étudiante », Leopoldo Lopez, avec son principal soutien (politique et financier) régional : l’ex-président colombien Alvaro Uribe, impliqué dans le paramilitarisme et dans de nombreux crimes contre l’humanité. López est l’héritier d’une des familles les plus riches du Venezuela. Après des études commerciales aux États-Unis, il travailla de 1996 à 1998 dans l’industrie pétrolière – où une affaire de détournements de fonds lui valut une condamnation en justice. En 2002, il utilisa la police municipale des beaux quartiers de Chacao (dont il était maire) pour participer au coup d’Etat contre le président Chavez, faisant arrêter brutalement un ministre. Il est mêlé aux opérations de destruction (« guarimbas ») que l’extrême-droite mène régulièrement depuis les arrondissements huppés de l’Est de Caracas.

Le leader de la droite vénézuéliene Henrique Capriles Radonski (à gauche) réuni avec l'ex-secrétaire de gouvernement de Pinochet (à droite) Jovino Novoa, à Santiago le 19 juillet 2013. Capriles Radonski est impliqué dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002.
Un autre leader de la droite vénézuélienne, Henrique Capriles Radonski (à gauche), qu’on voit ici réuni à Santiago le 19 juillet 2013 avec Jovino Novoa, sous-secrétaire de gouvernement de Pinochet. Capriles Radonski, héritier d’un des grands groupes économiques privés du Venezuela, est impliqué dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002. 

 Cet enregistrement téléphonique de juin 2013 révèle les contacts de la députée de droite María Corina Machado, elle aussi dirigeante de la droite radicale,  avec le gouvernement des États-Unis. On l’entend insister sur la nécessité d’organiser un nouveau coup d’État précédé de « confrontations non-dialogantes » (sic). Machado participa au coup d’État sanglant d’avril 2002 contre Chavez et cosigna le décret putschiste qui dissolvait toutes les institutions démocratiques. 

Aujourd’hui, la droite donne des versions contradictoires de sa violence : alors que les cagoulés armés de pierres ou d’armes à feu, d’émetteurs radio et des équipements propres à ceux qui s’apprêtent à “tuer ou être tués” affirment que le motif de leurs “protestations pacifiques” est la “pénurie”, les leaders autoproclamés Ledezma, López et Machado affirment que ces marches ont pour objectif la démission du président Maduro.

Il est risible de parler de pénurie dans l’Est de Caracas, foyer de cette bourgeoisie : ses supermarchés de luxe sont pleins à craquer, et pas précisément de produits “locaux”, non. Les délicats palais des habitants des “villas”, “cumbres”, “colinas” et “altos” où résident les riches demandent constamment des produits et des delicatessen d’importation.

Par contre, les efforts du gouvernement Maduro pour surmonter le modèle improductif du rentisme pétrolier rencontrent des obstacles, évidemment, puisque de nombreuses décisions peuvent affecter certains secteurs économiques. Il n’y a guère d’autre moyen si on veut réellement changer la vie.

Ce sont les classes populaires qui sont en partie touchées par l’absence plus ou moins temporaire de certains produits, mais ce ne sont pas elles qui sèment aujourd’hui le chaos, la destruction et la mort dans les rues du Venezuela. Le plus souvent cette rareté est organisée, comme au Chili en 1973, par la bourgeoisie improductive. Non seulement en stockant massivement des produits mais – en association avec les mafias de la contrebande – en déviant une grande quantité de produits alimentaires, de médicaments et de carburant vers la Colombie, les îles hollandaises des Caraïbes (Curaçao, Aruba et Bonaire) ou Trinidad et Tobago. Business is business, aiment répéter les grands importateurs.

Contrairement à d’autres classes de ce type en Amérique Latine, la bourgeoisie vénézuélienne a cette particularité de n’avoir jamais contribué au trésor national mais d’avoir toujours su comment dévier des fonds et des bourses d’État pour que ses enfants étudient le cinéma ou le commerce à Paris ou à New York, loin de cette majorité de couleur qu’elle traite aujourd’hui de “chavistes idiots”, “va-nu-pieds”, “culs-terreux”, “hordes édentées” (la liste est longue)..

La FAO a primé en 2013 l’effort de l’État vénézuélien pour implanter un modèle de souveraineté alimentaire. En 40 ans de non-gouvernements néo-conservateurs, les vénézuéliens avaient à peine augmenté en moyenne d’1 centimètre de stature. Les plans développés par Chavez en 13 ans ont porté cet indicateur à 1,98 centimètres. Le chancelier et ex-ministre de l’Agriculture Elías Jaua rappelait qu’au début de la révolution, en 1999, les vénézuéliens ne consommaient que 15 kilos de viande par an contre plus de 35 aujourd’hui. Le défi est donc de renforcer la production nationale et de mieux contrôler sa distribution pour répondre à ce boom de consommation lié à l’augmentation du pouvoir d’achat.

Ce peu de données sociales et économiques explique déjà pourquoi les vénézuéliens ont infligé 18 défaites en 19 scrutins à une droite qui cherche aujourd’hui son appui aux États-Unis, dans ses médias privés (hégémoniques au Venezuela) et internationaux.

Si des opérations semblables – guerre économique, violences – sont fréquemment lancées contre l’Argentine, la Bolivie ou l’Équateur, les coups principaux ont été portés à la patrie de Bolivar. Non seulement parce qu’elle possède les plus grandes réserves d’hydrocarbures de la planète mais parce qu’elle est le fer de lance stratégique de l’unité latino-caraïbe exprimée dans des organisations indépendantes de Washington et qui regroupent  les gouvernements de toute la región : Alba, Unasur, le nouveau Mercosur, Petrocaribe, la Celac.. Le récent sommet des 33 chefs d’État latino-américains à la Havane, ou la création d’une École de Défense au sein de l’UNASUR, ne font que décupler la rage des États-Unis face à la construction accélérée de “Notre Amérique” (José Martí).

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Avec : Arévalo Enrique Méndez Romero, Angel Guerra Cabrera

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/21/la-derive-des-continents-vue-de-notre-amerique/

«Gouvernement dans la rue» et «révolutions dans la révolution» : Nicolas Maduro commence à gouverner

Alors que les médias occidentaux prennent leurs désirs pour la réalité («chavisme affaibli, divisé, fragilisé», etc…), la remobilisation populaire – pacifique – et l’unification diplomatique de l’Amérique Latine face à la tentative de coup d’État ont accompagné le président Nicolas Maduro pour sa prise de fonctions, ce 19 avril 2013.

Lors de la session spéciale de l’Assemblée Nationale, en présence de chefs d’État, musiciens et  mouvements sociaux venus du Venezuela, d’Amérique Latine et du monde entier, Maduro a dénoncé le black-out médiatique sur les victimes des commandos de l’opposition, et rappelé leurs noms : José Luis Ponce, Rosiris Reyes, Ender Agreda, Henry Manuel Rangel, Keler Enrique Guevara, Luis García Polanco, Rey David Sánchez, Jonathan Antonio Hernández Acosta, Johny Pacheco, en demandant que ces meurtres ne restent pas impunis.

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La mère de Luis García (24 ans) assassiné le 15 avril à Maracaibo.

Le gouvernement bolivarien et plusieurs députés dissidents de l’opposition avaient, dans les semaines précédant l’élection, dénoncé les préparatifs de la déstabilisation violente et notamment l’infiltration de paramilitaires et les réunions à l’ambassade des États-Unis. Les médias privés, radios, télévisions et journaux d’opposition, majoritaires au Venezuela, gardent aujourd’hui le silence sur ces victimes, comme si elles n’avaient jamais existé. L’ONG de «défense des droits de l’homme» PROVEA, puisant ses informations dans le journal d’opposition « el Nacional », les attribue… à la pègre.

« Comme les nazis dans les années trente »

Le président a rappelé que «toute proportion gardée, la haine de la droite contre les centres de santé intégraux installés dans les quartiers populaires et contre les médecins cubains qui y travaillent avec les nouveaux médecins intégraux vénézuéliens, rappelle celle des nazis dans les années trente en Allemagne. Ce sont les mêmes prémisses qui consistent à exclure, à nier le droit de vivre de l’Autre, à l’époque celui du peuple juif, qui ont justifié l’Holocauste. C’est le même visage qui pointe derrière le racime social d’aujourd’hui.

«Peu m’importe la haine de l’oligarchie. A cette oligarchie, à ces médias qui haïssent le peuple, qui réactivent la haine du coup d’État de 2002, qui ont poussé à l’assassinat de huit des nôtres, qui me traitent de «chien colombien» parce que ma mère est d’origine colombienne, je leur crie du fond de mon coeur : Chávez est vivant, la lutte continue et vivra pour toujours ! Il y a parmi nous trois millions de colombiens qui avant la révolution se faisaient exploiter faute de papiers, et nous les avons régularisés, nous sommes historiquement un même et seul peuple : les peuples colombien et vénézuélien !

«Nous n’avons jamais appartenu et nous n’appartiendrons jamais à une élite.

«Aujourd’hui notre capacité d’agir et notre force se sont multipliées : un peuple et un État ont su faire face à une campagne de déstabilisation organisée de longue date. Nos forces armées sont loyales au peuple et ne sont plus l’instrument répressif d’il y a 15 ans. Le peuple s’est organisé en conseils communaux. 20 gouverneurs bolivariens sur 23 ont été élus en décembre dernier et nous voyons grandir chaque jour un puissant mouvement culturel, le monde des artistes, des musiciens, des cinéastes, il faut continuer à revitaliser la culture populaire.

«Nos racines spirituelles plongent dans la rébellions des lutteurs de la première indépendance d’il y a deux siècles, Miranda, Bolívar, Rodríguez, et la lutte pour l’indépendance est la même aujourd’hui, nous venons de la révolution sandiniste, de la révolution salvadorienne des année 80, de la révolution cubaine et de toutes les alternatives de la gauche actuelle. Aujourd’hui, tout autour de nous, nous comptons sur des forces unitaires comme celle de l’UNASUR (3) qui dans sa diversité idéologique – droite, gauche, centre-droit, centre-gauche, réussit à trouver un terrain d’entente commune pour défendre la démocratie, et au fil des épreuves qui ont eu lieu ces dernières années, au fil des tentatives de déstabilisation, a su réagir, réaffirmer, construire, ce que j’appellerais un patrimoine démocratique.

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« révolutions dans la révolution »

«Je vous invite à mener plusieurs révolutions dans la révolution. Nous allons d’abord réaliser et approfondir le « Plan Patria » 2013-2019 en cinq objectifs, qui est l’héritage que nous a apporté le président Chavez (1). Entre 2005 et 2006 quand j’étais député j’ai participé au lancement du «parlementarisme de rue», un phénomène important, suivi de l’étape du «peuple législateur» grâce auquel les citoyen(ne)s présentent leurs propres projets de lois (2). Aujourd’hui nous allons amplifier ce mouvement de participation à travers « le gouvernement dans la rue« .

«Dès lundi, je vais parcourir le pays avec les ministres, nous allons écouter tout le monde, écouter les critiques, les critiques et les solutions car la population dans les quartiers, les travailleurs dans les centres de production, sont les premiers experts de la réalité. Pour que l’économie fonctionne, pour que les aliments ne soient plus accaparés, pour faire face à la guerre économique, aux sabotages, à la mafia du dollar parallèle, nous allons viser l’efficacité socialiste à tout prix, combattre la corruption, la bureaucratie, l’indifférence, le travail mal fait de personnes qui se déguisent en révolutionnaires, se coiffent d’un béret rouge «chaviste» pour mieux se moquer du peuple. Nous allons renforcer toutes les missions, et créer les micro-missions, collectifs locaux chargés de résoudre chaque problème local des missions nationales. Contre la corruption, nous allons aussi créer un corps secret d’enquêteurs.

«80 % des vénézueliens considèrent à juste titre – et c’est un fait constant en Amérique Latine – que le problème principal est l’insécurité. Après les premiers pas déjà accomplis – la création de la nouvelle police nationale bolivarienne, et d’une université intégrale pour la former en permanence, il nous faut travailler avec le «mouvement pour la vie et pour la paix» (3) dans les quartiers et la main dans la main avec les secteurs populaires.

«Nous allons relancer la mission «Barrio tricolor» (quartier tricolore), accélérer la construction de logements dans les quartiers pour qu’ils deviennent les plus beaux, pour une qualité de vie maximale. Cet effort sera complémentaire de la Grande Mission Logement (4) avec un objectif de 3 millions de logements. Dès lundi, notre système national d’électricité deviendra stratégique avec un niveau maximal de sécurité, pour mettre fin aux coupures et aux sabotages qui ont eu lieu dans tout le pays. Nous allons multiplier la construction de centres de diagnostic intégraux, il y aura plus de santé gratuite pour l’ensemble de la population, partout. Ici comme ailleurs, je vais demander aux forces armées de s’intégrer davantage, d’apporter toute leur aide dans ces projets sociaux. De même que les travailleurs doivent être plus présents dans la planification des objectifs de l’économie.

«Notre objectif pour 2019, c’est zéro pauvreté, zéro misère. Mais augmenter la puissance des facteurs productifs de tout le pays, notamment en multipliant les investissements Sud-Sud, surmonter la misère, n’est possible que dans le socialisme. Si nous ne dépassions pas le capitalisme, nous retomberions dans la fosse. C’est la grande révolution sociale de la démocratie, du pouvoir populaire, du mode de vie socialiste, car bien sûr tout est lié, la construction des conseils communaux, des communes, la vie syndicale et les organisations de travailleurs,  nous voulons le respect de la vie, de la solidarité, de la coopération, poursuivre une formation socio-politique critique, car si tout cet effort de conscientisation s’étiolait, la révolution mourrait. Tout cela ne sera possible qu’avec le peuple, à partir de lui.»

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Nicolas Maduro lors de sa prise de fonctions salue quelques uns des chefs d’État présents : Dilma Roussef, Raul Castro et Cristina Fernandez. Pour la présidente argentine, “c’est le premier président chaviste, ouvrier. Dieu, quel continent que le nôtre ! c’est ça, l’Amérique Latine. J’ai vu à Caracas de nombreux logements en construction. Nous devons stopper la haine, la xénophobie des minorités violentes.»

Depuis Brasilia, le Mouvement des Travailleurs Sans Terre qui a organisé le « campement national Hugo Chavez » pour exiger la reprise de la réforme agraire au Brésil, a déclaré par la voix du membre de la Coordination Nationale Alexandre Conceiçao : «la démocratie vénézuélienne a choisi Maduro pour présider le pays. Les actes contraires à cette reconnaissance sont un attentat contre la souveraineté du peuple vénézuélien et concernent toute l’Amérique Latine et les Caraïbes.»

Campement « Hugo Chavez » organisé par le Mouvement des Sans Terre, Brasilia.

CCS-200413-024

Thierry Deronne, Caracas, 20 avril 2013,

avec AVN, Ciudad Caracas Info, Correo del Orinoco.

Notes :
  1. « Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019 » , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  2. Sur les lois d’initiative populaire, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/04/au-venezuela-la-marche-vers-la-democratisation-des-medias/
  3. Sur la création du Mouvement pour la Paix et pour la Vie, voir http://www.avn.info.ve/contenido/maduro-exhort%C3%B3-grupos-armados-pasarse-al-movimiento-paz-y-vida
  4. « Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/
  5. « A Brasilia, le campement national Hugo Chavez exige la reprise de la réforme agraire », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/a-brasilia-le-campement-paysan-national-hugo-chavez-exige-la-reprise-de-la-reforme-agraire/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/20/gouvernement-dans-la-rue-et-revolutions-dans-la-revolution-nicolas-maduro-commence-a-gouverner/

Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton

Le Venezuela est plus bolivarien que jamais (1). Avec 20 états sur 23 –  dont cinq bastions repris à l’opposition de droite, le triomphe des candidats du programme bolivarien aux régionales de ce dimanche 16 décembre 2012 rappelle à ceux qui l’auraient oublié que le Venezuela vit une double révolution.

La première est la transformation d’un peuple en sujet politique. En Europe, pour des raisons sociologiques et médiatiques, ce fait suscite moins d’intérêt que la question «  qui va succéder à Chavez ? ». Mais le Venezuela n’est pas une monarchie : il y a dans ce pays une constitution républicaine, des élections pour choisir ou rejeter les programmes portés par des candidats et surtout, un peuple conscient, mobilisé, capable de critiquer et d’orienter la politique.

Il y a quinze ans, avant la première victoire bolivarienne aux présidentielles, le champ politique se caractérisait par un apartheid de fait. Une partie de la classe moyenne et de l’élite locales, minoritaires, rêvaient (et rêvent encore parfois) d’exterminer une myriade d’insectes grouillant dans les cerros, dans les barrios surplombant Caracas. Cette majorité sociale occupe aujourd’hui le centre de l’espace politique et, vote après vote, accélère le temps historique. Cette intensité génère de nouveaux problèmes à résoudre.

Jesse Chacón, ex-ministre et directeur de la fondation de recherches sociales GISXXI, pointe ainsi le retard de la forme politique sur l’électorat populaire en notant “la fragilité du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV, principal parti bolivarien) qui n’a pas réussi à se muer en “intellectuel collectif » (Gramsci), en parti capable de s’articuler territorialement et socialement avec les gens et de prendre la tête de la mobilisation. Au contraire cette fraction révolutionnaire maintient une trame interne trop complexe pour mener des processus d’organisation solides et permanents. Sa manière répétée de ne s’activer qu’en fonction des élections sans être présent dans la bataille autour des problèmes quotidiens des gens, le cantonne à n’être qu’un espace symbolique que le peuple identifie conme le parti de Chavez et auquel, comme tel, il donne son vote. Reste à penser comment construire un vrai détachement collectif capable de conduire la société vénézuélienne dans une transition difficile et ardue vers le socialisme. » (2)

L’autre révolution, c’est la renaissance de l’Etat et la multiplication de services publics de grande envergure. Il ne s’agit pas d’un simple refinancement, d’une simple « sortie du néo-libéralisme » mais de construire un nouveau type d’État. Prenons l’exemple de la Mission Logement. (3)

Avant la révolution bolivarienne, les quartiers populaires aux toits de carton et de zinc dépeints par la chanson « Techos de cartón » d’Ali Primera en 1974, n’étaient que l’expression la plus visible du drame de la pauvreté et de l’exclusion sociale. En faisant résonner le mot car-tón, Ali Primera disait la condition réelle d’une population sans État, sans défense face aux éléments, livrée à l’exploitation quotidienne. (4)

¡Qué triste, se oye la lluviaen los techos de cartón !

¡Qué triste vive mi gente

en las casas de cartón !

Viene bajando el obrero

casi arrastrando los pasos

por el peso del sufrir

mira que es mucho el sufrir !

¡ mira que pesa el sufrir !

Arriba, deja la mujer preñada

abajo está la ciudad

y se pierde en su maraña

hoy es lo mismo que ayer :

es su vida sin mañana

Recitado

« Ahí cae la lluvia,

viene, viene el sufrimiento

pero si la lluvia pasa

¿ cuándo pasa el sufrimiento ?

¿ cuándo viene la esperanza ? »

Niños color de mi tierra

con sus mismas cicatrices

millonarios de lombrices

Y, por eso :

¡ Qué tristes viven los niños

en las casas de cartón !

¡ Qué alegres viven los perros

en casa del explotador !

Usted no lo va a creer

pero hay escuelas de perros

y les dan educación

pa’ que no muerdan los diarios,

pero el patrón,

hace años, muchos años

que está mordiendo al obrero

oh, oh, uhum, uhum

¡ Qué triste se oye la lluvia

en las casas de cartón !

¡ qué lejos pasa la esperanza

en los techos de cartón !

 

Comme elle est triste la pluie qu’on entendsur les toits de carton !

Comme elle est triste la vie de mon peuple

dans les maisons de carton !

L’ouvrier arrive

d’un pas traînant

sous le poids de sa  souffrance.

Regarde comme il  souffre !

Regarde comme la souffrance lui pèse !

En haut il laisse sa femme enceinte,

en bas il y a la ville

et il se perd dans son maquis

aujourd’hui pareil qu’hier :

c’est sa vie sans lendemain.

Récitatif

Là-bas tombe la pluie,

elle vient, elle vient la souffrance.

Mais, si la pluie cesse,

quand la souffrance cessera-t-elle ?

Quand viendra l’espoir ?

Enfants de la couleur de mon pays,

comme lui, pleins de cicatrices,

millionnaires en parasites.

C’est pourquoi :

Qu’elle est triste la vie des enfants

dans les maisons de carton !

Qu’elle est gaie la vie des chiens

dans la maison de l’exploiteur !

Vous n’allez pas me croire

mais il existe des écoles pour chiens

où on les éduque

pour qu’ils ne mordent pas les journaux.

Mais le patron,

depuis de très longues années,

ne cesse de mordre l’ouvrier.

Oh, oh, mmm, mmm

Qu’elle est triste la pluie qu’on entend

dans les maisons de carton !

L’espoir, comme il passe loin

des toits de carton !

Avec la Grande Mission Logement Venezuela lancée en avril 2011, le gouvernement cherche à restituer un des droits fondamentaux dont furent privés pendant tant d’années ces millions de vénézuéliens contraints de construire des baraques sur des terrain à risques, maintenus à l’écart des centres urbains dont les terrains sûrs étaient aux mains de gros propriétaires et d’agences immobilières.

Pour l’année 2012, cette mission offre un bilan de 311 mille 992 logements construits (soit 89% de l’objectif prévu pour 2012). Ils ont été remis principalement à ceux qui avaient perdu leur foyer lors des graves inondations de 2010, aux familles qui hier encore écoutaient « le triste bruit de la pluie sur les toits de carton ».

Dans des pays comme l’Espagne, la disparition progressive de l’État social a eu pour conséquence durant les quatre dernières années 350.000 saisies hypothécaires. Le bilan pour 2012 est de 18.668 expulsions, soit une hausse de 13,4% par rapport au deuxième trimestre de 2011. 34% des suicides, selon les statistiques officielles, sont dus à des expulsions.

À Caracas, Yana Coelli est formatrice populaire dans le secteur El Recreo. Elle se charge d’organiser les processus de formation et d’organisation communale. Un des problèmes qu’elle affronte avec les quasi 200 personnes des huit conseils comunaux de la commune en construction de sa juridiction, est précisément celui du logement.

« Nous avons commencé le 7 juin 2012 par des réunions d’orientation pour former les assemblées citoyennes techniques sur le logement. Lors des deux premières réunions nous avons utilisé la méthodologie de « l’arbre du problème » pour détecter ensemble les causes profondes du manque de  logements, comprendre pourquoi nous étions obligés de louer ou d’être acculés dans des terrains à haut risque. Le but était que tous voient que ce besoin ne se réduit pas à nous seulement mais qu’il est vécu à l’échelle nationale. Nous avons dû remonter l’histoire du pays, les quarante ans de fausses promesses des gouvernements de la quatrième république, l’éléphant blanc d’Inavi (Institut National du Logement). Les gens ont beaucoup participé, un climat de confiance s’est noué. Après les élections nous avons repris les réunions, à chacune d’elles ont assisté en moyenne une centaine de personnes. »

Pour Yana, la participation est fondamentale, mais plus encore la formation. Pour elle, seuls des conseils comunaux organisés, menant les recensements de logement et proposant des solutions élaborées collectivement, garantissent l’accès à un logement digne, qu’ils soient construits par le biais de la Grande Mission Logement ou en auto-construction avec la collaboration des Comités de Terre Urbaine ou du « Movimiento de Pobladores » qui se chargent de chercher les terrains ou les immeubles abandonnés afin de les destiner au logement.

« Les occupants des refuges sont prioritaires mais il y a beaucoup plus de gens qui ont besoin de logements, et qui doivent s’organiser pour transférer aux institutions gouvernementales l’information exacte sur leurs besoins. La Mission Logement devrait travailler davantage avec les  conseils communaux, et qu’on le voie à la télévision, pour stimuler l’organisation citoyenne. La communauté qui ne s’organise pas n’obtiendra rien. C’est ainsi que va notre processus: essais, erreurs, essais, tout le temps« …

Réunion du « Movimiento de pobladores » avec le président Chavez pour proposer des lois en faveur du logement public. L’objectif de ce mouvement social est de lutter contre la spéculation immobilière, pour la démocratisationde la propriété et la sécurité juridique en faveur des secteurs populaires. Il est formé par diverses organisations de base telles que le campement de pionniers (familles sans logement), Concierges Unis pour le Venezuela, Comité de Locataires, Comités de Terre Urbaine, Front de Locataires et Occupants, provenant de tout le pays.

T.D.

Avec Mariel Carrillo, AVN http://www.avn.info.ve/contenido/vivienda-y-revoluci%C3%B3n-logro-vivo-del-pueblo-venezolano et http://www.ciudadccs.info/?p=363025

Notes:

(1) Résultats définitifs disponibles sur le site du Centre National Électoral vénézuélien: http://www.cne.gob.ve/resultado_regional_2012/r/1/reg_000000.html

(2) Jesse Chacón, “2012 y la intensidad de la trama política nacional” http://www.gisxxi.org/articulos/2012-y-la-intensidad-de-la-trama-politica-nacional-venezolana-jesse-chacon-gisxxi/#.UM51LuQmbld

(3) Infos chiffrées sur la Grande Mission Logement:  http://www.mvh.gob.ve/index.php?option=com_content&view=category&id=45&layout=blog&Itemid=81

(4) La chanson engagée en Amérique du Sud (années 1960 et 1970) : définition, origine et caractéristiques, par Ana Luisa Polania-Denis, Doctorante, Université de Paris 10, thèse présentée en 2010.

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/

Début 2012 : les 3 problèmes principaux de la population vénezuélienne sont : insécurité, chômage, inflation.

La question était: à présent je voudrais savoir quels sont selon vous les trois problèmes principaux du pays ?

Réponse :

Insécurité : 38 % / Chômage : 16 % / Inflation et coût de la vie : 9 % / Service publics : eaux, ordures, voies publiques, zones de récréation : 8 % / Rareté des aliments : 6 % /  Assistance médicale : 6 % / Logement : 5 % / Routes, voies publiques : 3 % / Pauvreté : 3 % / Éducation : 3 % /  Autres : 1 % / Pas de problèmes : 1 %.

Source : Grupo de Investigación Social GIS XXI, http://www.gisxxi.org

Jean-Pierre Langellier (« Le Monde ») procède à une nouvelle dévaluation du journalisme

lundi 18 janvier 2010

Les coupes claires dans le poste « international » des médias obligent à de périlleuses acrobaties. Par exemple, « Informer » sur le Vénézuéla de Chavez depuis… Rio de Janeiro (soit à 4500 Km de distance…).

Cela ne semble pourtant pas effrayer le trapéziste Jean-Pierre Langellier. D’autant plus que le filet est solide : 99 % des médias du Venezuela et du monde le confortent d’avance dans son aversion pour Hugo Chavez et son « socialisme du XXIème siécle ».

En août 2009 le très contesté « correspondant régional » du Monde dénonçait depuis Rio la nouvelle Loi d’Éducation. Elle ouvrait la voie à la « censure de la presse », expliquait-il gravement, en prévoyant une « éducation critique aux médias » (réforme que proposait pourtant l’ex-directeur du Monde Jacques Fauvet, cité pour l’occasion par Hugo Chavez). Hélas, en janvier 2010, aucun commissaire politique n’est en vue dans les cours de récré. Au point que l’opposition vénézuélienne et ses médias ont oublié leur campagne contre la loi.

Répondant aux critiques d’un lecteur en mai 2009, Langellier disait aussi sa crainte de voir Chavez fermer Globovision, chaîne privée de droite. Or, six mois plus tard, celle-ci continue en toute liberté à exiger le départ du président « par tous les moyens ». (1)

La technique du trapèze est simple et nécessite une connection internet : papillonner de thème en thème, reprendre les « informations » des médias d’opposition (majoritaires au Vénézuéla), refuser le droit de suite au lecteur, ne jamais enquêter sur les réformes en cours.

Cette fois cela s’appelle « Pour financer ses dépenses publiques, Hugo Chavez dévalue le bolivar ».

Aux fins d’objectivité, Mr. Langellier commence par la conclusion : « Cette dernière mesure est un sérieux échec pour le chef de l’État, qui s’était toujours refusé à envisager un tel recours, que la dégradation continue de la situation économique et financière du Venezuela a rendu inéluctable. »

Passons sur les incohérences de l’auteur qui nous explique que « la dépréciation massive du bolivar est un camouflet pour le président Chavez, que les médias pro-gouvernementaux tentent de dissimuler en parlant de simple ajustement » alors que le président a d’emblée annoncé : « nous procédons à une dévaluation » (discours du 8 janvier).

Langellier ne dit pas à ses lecteurs que l’économie du Vénézuéla reste largement dominée par un « faux » libre marché où de grands groupes comme « Polar » fixent les prix en monopolisant sous des marques diverses la commercialisation de la plupart des articles – farine, bière, dentifrice, électro-ménager, etc. Ce secteur a toujours préféré spéculer en important les biens au lieu de les produire sur place, tout en profitant largement… des subsides d’un État rentier-pétrolier ! Si ce secteur critique le président Chavez c’est parce que celui-ci a décidé d’investir dans la production nationale, renvoyant le libre marché à son propre jeu.

« La crise ne touchera pas à un seul de nos cheveux », clamait le président au début de 2009. Elle a pourtant « décoiffé » toute l’économie » jubile Mr. Langellier. Elle a surtout mis en lumière ces quarante ans d’économie artificielle, non-productive, reposant sur l’importation des biens et la spéculation sur les prix de vente, facteurs majeur d’inflation et obstacle au développement du pays.

« La double dévaluation, selon M. Chavez, a trois objectifs : renforcer l’économie, freiner les importations qui ne sont pas strictement nécessaires, stimuler les exportations. » Mr. Langellier ne retient qu’il s’agit de «  financer les dépenses de Chavez » à travers un « État contrôlé par lui » pour « fidéliser l’électorat ».

En réalité il s’agit de rééquilibrer la balance commerciale et à plus long terme de construire une véritable économie productive. Tâche d’ampleur, qui se poursuit à travers l’amélioration du contrôle des changes, l’octroi simplifié de devises aux entrepreneurs (un décret de janvier 2010 permet aux exportateurs de retenir 30% des devises pour leur marché intérieur) et une meilleure méthodologie de contrôle des mouvements de capitaux.

Le gouvernement a créé le 13 janvier 2010 le « Fonds du Bicentenaire » : un milliard de dollars pour financer la substitution des importations, l’appui aux productions stratégiques et les exportations de produits agricoles (cacao, café, riz..) ou de production légère (plastique, acier, aluminium, alimentation..) grâce à un taux de change favorable aux petits et moyens entrepreneurs. À la différence du grand patronat, ceux-ci ont bien accueilli ces mesures.

Le commerce privé indexait ses prix sur le dollar parallèle, surévaluant artificiellement les prix (1 dollar pour 7 bolivars). La Banque Centrale du Venezuela vient d’injecter 100 millions de dollars sur les marchés, faisant immédiatement baisser le dollar parallèle de 25%. La conséquence devrait être une baisse des prix de la part du secteur privé. En outre la dévaluation ne peut avoir d’effet concret sur les prix (si tant est qu’elle en ait) que dans deux mois, au renouvellement des stocks de certains produits d’importation. Les augmentations actuelles de prix ne sont donc que spéculatives et totalement illégales.

« Pendant le week-end, les habitants de Caracas ont pris d’assaut les magasins pour acheter téléviseurs et ordinateurs, avant que leurs prix n’augmentent » raconte Mr. Langellier. Les chaînes privées ont en effet transmis les scènes risibles d’une classe moyenne achetant fébrilement des écrans plats, victime de la psychose entretenue par ces mêmes médias. Au Vénézuéla, 80 % des habitants appartiennent aux secteurs populaires. Ce sont les associations de consommateurs populaires et l’Institut qui défend leurs droits(INDEPABIS) qui ont «  pris d’assaut les magasins » pour contrôler les prix.

La mobilisation sociale est un réel succès. La population s’est unie aux fonctionnaires pour empêcher les augmentations illégales et fermer le cas échéant les commerces qui s’obstinent á frauder.

Une fois n’est pas coutume, un gouvernement défend les droits des « petits ». En décembre il a également nationalisé plusieurs banques coupables de malversations, remboursé immédiatement les épargnants, tandis que la justice poursuit les hauts responsables, dont certains ont fui aux États-Unis.

Pour Mr. Langellier, seul compte le fait que «  le Venezuela est entré en récession : – 2,9 % en 2009 ». En réalité, face à la crise économique mondiale, les Vénézueliens sont plus protégés que leurs voisins grâce a une politique anti-austérité qui a multiplié les budgets sociaux. Résultat : un taux de chômage tombant à 6,6% en décembre 2009, la pauvreté en baisse continue (30% aujourd’hui contre 65% en 1998). Le Vénézuéla monte dans le classement duProgramme des Nations Unies pour le Développement(PNUD) et entre dans le club fermé des pays à « indice de développement humain élevé ».

De tout cela, Mr. Langellier ne dit rien. Il préfère dénoncer ce « gouvernement qui aura plus d’argent, mais qu’il prendra dans la poche des gens ». Sauf que c’est pour l’y remettre aussitot et en plus grande quantité. L’État poursuit sa politique de missions sociales, notamment par le biais du Fonds du 19 avril, garantissant ainsi la gratuité de l’éducation, l’accès aux soins pour tous, cassant les prix des aliments de base. Le président Chavez a décidé ce 15 janvier une augmentation de 25 % du salaire en 2010 (sans compter les avantages dont bénéficient les travailleurs comme les tickets-restaurants, etc…). Ce qui fait du salaire minimum vénézuélien le plus élevé de toute l’Amérique Latine.

Mr. Langellier « oublie » même la naissance d’une nouvelle monnaie régionale, le SUCRE(Système Unique de Compensation Régionale) qui permet de libérer de la dictature du dollar les échanges commerciaux entre les pays de l’ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Dominique, Equateur, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda, soit 71 millions de personnes et un PIB d’environ 540 milliards de dollars, système ouvert à d’autres États d’Amérique Latine.) Cette union régionale non-concurrentielle, basée sur la complémentarité des économies, est cohérente avec la vision non-monétariste, sociale de l’économie vénézuélienne qui récupère des secteurs-clefs comme la sidérurgie, les télécommunications, le ciment, le pétrole, l’agriculture, la banque.

La Banque Centrale que l’Europe a réduit, par dogmatisme néolibéral, à un robot monétariste, devient au Vénézuéla un levier d’investissement au service du développement national. En Argentine la présidente Cristina Fernandez affronte, elle, une Banque Centrale archaïque qui refuse d’éponger les dettes de l’État au moment oú le pays veut sortir de la crise dans laquelle l’a plongé le néolibéralisme.

Des émeutes de la faim reprimées par la social-démocratie (1989) à la première élection de Chavez (1998), le Venezuela a connu une lente gestation politique. Dix ans de gouvernement bolivarien ont ensuite permis de changer les lois et de procéder aux premières modifications structurelles. On passe en 2010 à la construction d’un nouveau modèle de production et de nouvelles relations sociales basées sur des instruments juridiques, politiques, sociaux, économiques (démocratie participative, structures communales, entreprises de production sociale,…). Plusieurs sondages indiquent que 60 % des vénézuéliens préfèrent aujourd’hui le socialisme au capitalisme. Changement profond dans un pays ultra-consommateur et culturellement nord-américanisé. C’est toute l’importance du temps comme clef d’une transition d’un modèle a l’autre.

C’est évidemment cette transformation « socialiste » que Le Monde se doit d’attaquer. Mr. Langellier cite un économiste : « Il est rare dans le monde d’aujourd’hui de voir un système de change qui privilégie autant le secteur public« . Dans un article de mai 2009, Mr. Langellier écrivait : « ce socialisme du XXIe siècle que Chavez affirme vouloir enfanter, ressemble beaucoup à celui, autoritaire et étatiste, qui, rappelle le philosophe et opposant Antonio Pasquali, « a échoué au XXe siècle dans 46 pays ».

D’autres dangereux révolutionnaires étatistes en Allemagne, en France, durant la bien-nommée période des « Trente Glorieuses » ont suivi une politique de dévaluation du franc et fait intervenir l’État dans l’économie, tout en augmentant les salaires et en prenant des mesures de protection sociale. « La seule chose que les Américains n’ont jamais pardonné á De Gaulle, m’a dit Pierre Messmer peu avant sa mort, ça n’est pas sa sortie de la défense intégrée de l’OTAN, (où Sarkozy veut nous faire rentrer), ni son fameux discours de Pnom-Penh dénonçant la guerre au Vietnam, c’est sa remise en cause du « privilège exorbitant du dollar » (…) De Gaulle avait pour opposants les mêmes gens, haute finance et classe moyenne, qui firent tomber le gouvernement Blum dans les années trente en spéculant contre le franc et en plaçant leur argent à l’étranger (écrit Hannah Arendt dans une lettre à Mary Mc Carty fin 68). Le tout non pas en réaction aux émeutes étudiantes, mais aux idées de De Gaulle sur la participation des travailleurs dans les entreprises » (2).

Certes demander au « Monde » de passer de l’imputation au journalisme reviendrait à exiger du trapéziste aveugle un triple saut périlleux sans filet et sans trapèze.

Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (Bruxelles)

Grégoire Souchay, étudiant de l’Institut d’Études Politiques (Toulouse)

Caracas, janvier 2010.

(1) Autre exploit : le 2 octobre 2009, Mr. Langellier avait relayé la campagne du Parti de la Presse et de l’Argent brésilien reprochant au président Lula d’accueillir dans son ambassade au Honduras le président Zelaya victime d’un coup d’État qui a ramené son pays à l’ère des escadrons de la mort et du libre commerce.

(2) Extrait de : « Le mai 1968 dont les médias n’ont pas voulu parler » Morgan Sportes.

Vie quotidienne dans une usine de Production Sociale dans l’Etat Guarico

vendredi 15 janvier 2010

Aux murs de l’usine sont dessinés des visages : le chef indigène Guaicaipuro, Ernesto Che Guevara ainsi que Simon Bolivar, on peut lire : « souvenez vous que l’échelon le plus élevé que peut atteindre l’espèce humaine est l’être révolutionnaire » (Ernesto Guevara).

Une femme en uniforme conduit un monte-charge. Ana Teresa Marín, coordinatrice générale de l’usine explique : « notre principale tâche est de produire de la farine de maïs blanc et enrichie. »

Les machines tournent à plein régime. Chaque jour l’usine peut recevoir jusqu’à 72 tonnes de maïs blanc et le transformer en 47 tonnes de farine de maïs pré-cuite. Cela permet non seulement d’alimenter l’Etat Guarico de farine de maïs, mais également de produire pour l’ensemble du pays cet ingrédient de base de l’arepa vénézuelienne (galette de maïs).

La volonté du gouvernement bolivarien est que ce produit aille également aux conseils communaux, aux producteurs, aux Mercal et PDVAL (supermarchés à bas prix) et aux cantines populaires.

Un homme nous interpelle : « c’est comme ça que ça marche, nous faisons un produit de qualité et il est largement diffusé parmi la population. Cela permet d’empêcher que les grandes entreprises capitalistes sabotent le circuit en accaparant les produits pour les revendre plus cher, comme ils l’ont fait plus d’une fois ».

Une dame arrive pour acheter deux paquets de farine, et la jeune fille qui lu répond lui demande « vous allez à la cantine populaire ? ». La dame répond que oui et prend le chemin de ce lieu où chaque jour 150 personnes ont de quoi manger.

Plus loin, un paysan producteur, Carlos Mayorca, perché sur un cheval rassemble le bétail. Il nous explique que l’usine de farine fait maintenant partie de la famille, qu’il enlevait les mauvaises herbes qui poussaient aux alentours, et chassait les voleurs qui traînaient par là. « Beaucoup de gens vivent ici et travaillent dans l’usine, j’en suis très fier, car nous nous bénéficions tous de ces produits »

Un jeune homme rencontré dans l’usine nous déclare « nous venons des conseils communaux, nous sommes volontaires pour aller dans les petits villages pour motiver la communauté à participer aux conseils communaux, nombreux sont ceux qui restent apathiques, qui n’ont pas l’envie de se former ou de se réunir. »

La coordinatrice Ana Teresa Marín reprend : « ce n’est pas facile, nous ne sommes pas là pour profiter des fruits du socialisme, mais pour le construire, pour que nos enfants le vivent dans un nouveau pays, avec les possibilités qui s’ouvrent à eux dont nous n’avons profité, le travail se construit, en luttant et donnant tout ce que nous pouvons dans ce sentiment d’appartenance. »

La femme avec ses deux paquets de farine arrive à la Cantine Populaire, elle ouvre un sac et commence à préparer la pâte et à cuisiner. Elle nous explique qu’il est très simple de pétrir cette farine, elle est de bonne qualité, elle a bon goût et elle va directement bénéficier à la population de Chaguaramas, et elle est vendue ici moins chère. Elle continue expliquant que l’usine fournit du travail aux personnes au chômage, qu’ici il y en avait beaucoup. L’arepa cuit doucement.

« Plus précisément, nous ne savions pas ce que c’était « semer le pétrole », aujourd’hui nous ne voudrions pas que lorsque le pétrole soit épuisé, nous n’ayons rien construit. Désormais, nous avons cette usine ».

Nelson Cova

Traduction : Grégoire Souchay pour :http://www.larevolucionvive.org.ve/